Pour Hervé Poly, 1er secrétaire du PCF 62, la rupture avec le capitalisme et les logiques d’austérité, s’appuiera
nécessairement sur un large mouvement social dont il espère bien voir la préfiguration ce samedi 26 novembre à Lens et Lille. Rencontre.
Liberté : Comment est née l’idée de manifester ce 26 novembre ?
Hervé Poly : Il s’agit d’une volonté commune des deux fédérations du Nord et du Pas-de-Calais du PCF, pour réaffirmer
notre hostilité aux politiques d’austérité, pour dire aussi que la crise n’est pas tombée du ciel. Nous sommes bien, ici, dans une crise systémique de surproduction du capitalisme qui a débuté,
à l’échelle internationale, au début des années 1970. Les solutions libérales ont entraîné un assèchement du pouvoir d’achat des familles, donc moins de débouchés pour les entreprises. C’est le
cercle vicieux. Outre le fait que les Etats soient obligés de s’approvisionner sur les marchés financiers, l’accroissement de la dette participe de cette logique. Elle n’est pas une cause de la
crise mais bien une conséquence de sa gestion libérale. Il s’agit ainsi pour nous de faire entendre un autre son de cloche que celui délivré par la Pensée unique qui nous laisse le choix entre
se serrer la ceinture et se… serrer la ceinture.
Pourquoi deux rassemblements ?
Au départ nous étions partis sur l’idée d’une manifestation régionale à Lille, mais il me semblait important de manifester
aussi à Lens, un peu dans la continuité de notre défilé de décembre 2008, en ouvrant cette initiative à ceux qui veulent vraiment changer la société. La CNL, le MRAP, le PRCF, des syndicats ont
répondu à notre appel. Nous sommes en attente des réponses du NPA et de LO. Si notre manifestation est couronnée de succès, pourquoi ne pas renouveler l’expérience en janvier 2012, dans la
mesure où les plans d’austérité sont appelés à se succéder ? Aujourd’hui, les gens ont besoin de s’exprimer dans la rue. Ce sera aussi le cas demain après les échéances électorales de 2012 quel
que soit le gouvernement en place. Celles-ci sont des moments importants de notre vie « démocratique » mais il faut voir au-delà. Pour nous, il est nécessaire de rompre avec la
culture du fatalisme et du renoncement en rappelant que c’est par la lutte et la grève qu’ont été arrachées les conquêtes sociales.
Qu’entendez-vous par là ?
En 2012, nous ne pourrons pas nous contenter d’une gauche qui gagne, il nous faudra surtout une gauche qui réussit. Il nous
faudra donner au PS quelques éclairages et manifester nos désaccords. Pas question de faire les erreurs d’hier, de redevenir les godillots d’une gauche plurielle devenue « plus
rien ». Je ne mets pas pour autant dans le même sac Sarkozy et Hollande. Qu’on le veuille ou non, ce dernier va porter une forme d’espoir populaire. Mais je ne me fais aucune illusion sur
le PS. En Espagne ou en Grèce, la social-démocratie applique les directives du FMI ou de la Commission européenne. Nous ne sommes pas là pour créer des illusions, mais bien pour ouvrir des
perspectives avec un maximum de députés communistes, je dis bien… communistes, le reste m’importe peu. Aussi quand on lit le programme de François Hollande, on ne peut envisager de
participation de ministres communistes au gouvernement, mais plutôt la mise en place d’un nouveau Front populaire avec un soutien sans participation, et des appels à la lutte et la grève,
j’insiste car c’est la seule issue. Le PCF doit marcher sur ses deux jambes, revenir à ses racines thoréziennes. Aujourd’hui, dans le cadre sclérosant du Front de Gauche, il n’en prend pas le
chemin, car le Front de Gauche n’est porteur, à mon sens, que d’une stratégie électorale.
Quelles solutions préconisez-vous alors ?
Ces dix prochaines années, se posera la question de la sortie du capitalisme. Concrètement, cela nécessitera de
s’affranchir des traités européens dont celui de Lisbonne et d’abroger prioritairement son fameux article 123 qui impose la dictature des marchés en interdisant aux Etats d’emprunter auprès des
banques centrales. Il nous faudra répondre aux besoins humains, augmenter en priorité les salaires et les retraites et ainsi s’engager dans le processus du socialisme d’appropriation collective
des grands moyens de production et d’échanges, des banques, imposer des services publics de l’énergie et de l’eau. Et si l’Union européenne n’est pas d’accord avec ces orientations, alors
qu’elle nous mette dehors, sachant que sans la France, l’Europe n’a pas d’avenir…
Propos recueillis par Jacques KMIECIAK
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