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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

De la propagande à la réalité: l’antisémitisme supposé des russe

14 Juin 2014, 15:09pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

C’est peu de dire que les nouvelles ont ici un tout autre impact que celles que l’on surprend en passant à la télévision française, ou dans les forums sur internet. Chacun y raconte n’importa quoi sans mesurer les conséquences. Ici c’est différent on s’en doute.

Aujourd’hui la télévision russe, on annonce que deux avions militaires ukrainiens ont bombardé la direction de l’Intérieur de Gorlovka (région de Donetsk) où se trouve à présent l’état-major des forces d’autodéfense, il y a un mort et six blessés. Nous venons de quitter l’auberge de jeunesse de Nicolaïev et avons laissé Constantin, l’homo-sovieticus comme nous l’avions baptisé dans l’article sous le même titre. Marianne avait bien traduit son propos sur Gorlovka indiquant qu’il s’agissait du "fief des séparatistes", mais comme dans le même temps il insistait sur le calme, l’absence de combat dans cette ville nous en étions restées là et ne l’avions pas noté dans l’interview.

Peu à peu nous nous étions convaincues que Constantin en savait plus qu’il ne le disait et qu’il avait participé au combat, mais cette nouvelle nous fait revoir l’ensemble de ses propos et donner encore un autre sens à sa colère, à la tension qui l’habitait, à sa dernière phrase "Tout va bien, tout est sou contrôle". Voilà, face à l’horreur de cette guerre civile à laquelle mon pays, la France, participe chaque visage bouleversé, chaque pleur nous atteint presque autant qu’eux qui n’ont pas un mot de reproche contre nous Français et nous accueillent avec cette tendresse timide des Russes. Nous n’y sommes pour rien, nous venons là pour aider et ils veulent que nous disions la vérité… mais comment rétablir le flot de mensonge…

Un exemple, le faux tract antisémite, la rumeur des réseaux sociaux… 
index
Des souvenirs passent dans mon esprit… Celui d’ un faux tract antisémite s’adressant à la communauté juive de Donetsk, c’était le 17 avril 2014. Il les invitait à se faire inscrire sur une liste spéciale en vue d’un impôt.

http://www.leparisien.fr/international/ukraine-un-tract-visant-les-juifs-seme-la-panique-a-donetsk-17-04-2014-3776053.php

Instinctivement j’ai su que ce truc était un faux et je l’ai dénoncé. Avant même l’assaut, le crime de masse on en créait les conditions, la justification… Très rapidement d’ailleurs, le faux a été démonté. Malgré ce j’ai surpris des Israéliens, des "amis de la paix" en train de continuer à diffuser ce faux avec tous les commentaires que l’on peut imaginer sur l’antisémitisme russe.

Ces gens savaient ce qu’ils faisaient et sous couvert de leur amour de la paix, ils relayaient les conditions de la guerre. Il leur fallait inventer un antisémitisme russe pour faire oublier celui bien réel de ceux qui se revendiquent de Bander et qu’ils avaient choisi comme alliés par pur soutien à l’agression d’ Obama.

Mais il a fallu venir ici pour mesurer l’injustice terrible d’un tel comportement, parce que le faux est un fusil pointé sur de pauvres gens qui se battent le dos au mur dans le Donbass et tout le sud-est en général.

Voilà sur les réseaux sociaux, dans la presse française, il y a des gens qui parlent, qui écrivent en se contentant de répéter le mensonge qui accompagne le meurtre… Le Russe serait antisémite, homophobe et terroriste… Que des juifs cautionnent le meurtre de ceux qui ont donné tant de morts à leurs côtés face au nazisme. Je n’arrive pas à comprendre, tout en moi se révulse devant le mensonge, l’ingratitude, l’utilisation d’un drame terrible… Je ne supporte pas le négationnisme, cela veut dire que l’on a la permission de remettre ça?

L’exemple de l’ignoble Kolomoiski

Avant de venir ici, je détestais déjà cet oligarque jouissant d’un passeport israélien et ukrainien, Kolomoiski. Ceux qui ont suivi ses turpitudes sur ce blog me comprendront, mais c’est encore autre chose de découvrir dans le pays ce dont ce type est capable. Chaque fois qu’il était question de lui ici, je rentrais la tête dans les épaules, m’attendant à voir déferler des injures antisémites. Le seul qui a fait allusion à la qualité de juif de ce salaud – je pèse mes mots- a été le responsable espérantiste de Yalta qui se définit lui même comme mathématicien, juif, patriote russe, ami d’Israël. Nous avons rêvé ensemble de tuer Kolomoiski, et il m’a dit que nombreux étaient les juifs du sud-est de l’Ukraine, de Crimée et d’ailleurs qui y pensaient sérieusement. Mais aucun autre interlocuteur n’a jamais fait allusion à son judaïsme…

Mieux, avant hier, Marianne va écouter les nouvelles à la télé dans la salle collective. Elle revient et me me dit: "ton oligarque favori a encore fait des siennes, il a déclaré qu’il fallait entourer le sud est de fils de fer barbelés et bruler au lance flamme ses habitants. Ce que par parenthèse on le soupçonne d’avoir financé à Odessa.

Quand on imagine que les gens qui écoutaient étaient eux-mêmes de ce sud-est, avaient le coeur déchiré d’angoisse pour un proche, un ami ou un parent… que de surcroît cette ordure avait vidé tous les comptes de dépôt avant de fermer sa banque en Crimée, on conçoit sa popularité… J’ai interrogé Marianne sur ce qu’avaient dit les gens:" est-ce qu’il y avait eu des allusions au fait qu’il était juif? -Pas la moindre!" m’a-t-elle répondu, il a été traité de tous les noms, ils se sont moqués de son allure de clochard, mais pas un mot sur le fait qu’il était juif.

Le maire de Karkhov

Autre exemple, les deux femmes de Kharkov qui n’avaient rien vu ni manifestation, ni désordre dans leur ville, disant que c’était des points particuliers de la ville, mais que le reste était calme. Elles l’attribuaient à leur maire qui avait déclaré qu’il ferait tout pour que Kharkov soit épargné par les désordres. Elles avaient une confiance totale en lui, il avait rendu la ville propre et tranquille. Je leur ai demandé si elles avaient su que leur bon maire avait été atteint d’une balle dans le dos en faisant du jogging, en profitant d’un match où les hooligans du club de foot de Dnipropetrovsk, appartenant encore à Kolomoiski, avaient semé un désordre propice à ce genre d’attentat. Elles ont dit qu’elles l’avaient su mais ignoraient qui était coupable, l’affaire avait été étouffée.

Leur bon maire se soignait en Israël, mais il gérait la ville par skipe en communication directe avec ses adjoints, elles l’avaient vu sur son lit d’hopital. Elles n’ont même pas parlé du fait qu’il était juif et elles étaient bien contentes qu’il jouisse de bons soins en Israël.

J’ai repensé au journal de Goebbels qui déplore que même dans la Galicie ukrainienne, les gens protestent contre l’extermination des juifs et il ajoutait que le bolchevisme avait émoussé le bel antisémitisme de ces populations.

En revanche, il est des choses dont on devrait bien se préoccuper c’est l’offensive menée par Marine Le Pen vers la Russie. Hier un de nos interlocuteurs nous a dit: "Cette femme dit des choses justes, à savoir que l’Ukraine n’a rien à espérer de l’UE !" Je lui ai répondu qu’Hitler aussi disait parfois des choses justes, cela n’empêchait pas qu’il soit quelqu’un dont il fallait se méfier… Il a argumenté: il avait vu une émission à la télé russe qui expliquait que son père était un fasciste qui était pour les nazis, antisémites, colonialiste.. Mais elle repoussait les idées de son père…" Bien évidemment j’ai répliqué qu’elle était tellement éloignée des idées de son père que celui-ci était tête de liste aux Européennes. Tout cela lui a paru trop compliqué et puis de toute façon, la pièce clé n’est pas la France qui est le caniche des Américains, mais l’Allemagne et il s’est intéressé aux incohérences de Merkel.

Mais tout cela me confirme dans l’idée des deux fers au feu du capital, apparaître comme le progressiste dans les moeurs alors même que dans le même temps il donne de la force à l’extrême-droite, à la manière dont l’oligarque,Kolomoiski, encourage la propagande sur l’antisémitisme supposé des Russes et des séparatistes avec les faux les plus grossiers tout en finançant et armant de vrais néo-nazis.

Danielle Bleitrach

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L’oligarchie des riches, des médias et des politiques

13 Juin 2014, 21:39pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Rencontre avec Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, auteurs de La violence des riches

 

Le conflit des intermittents est révélateur de la soumission de l’État à la violence des riches : un rapport de la Cour des comptes a construit un déficit exorbitant, monté de toutes pièces afin d’attaquer la protection sociale de la précarité. Le commissaire à la Cour des comptes en charge de ce rapport sur les intermittents est Michel de Virville, dirigeant du Medef, mis en examen dans une escroquerie de plusieurs dizaines de millions d’euros…

Dans La violence des riches Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon identifient cette violence et les conflits d’intérêt entre Hollande et les milieux d’affaire. Rencontre.

Zibeline : L’État français devient selon vous «une société de service pour les dominants». Comment se fait-il que l’opinion en soit inconsciente, et que persiste l’idée qu’on s’en prend aux riches ?

Michel Pinçon : Le discours dominant est très fort, d’une intense duperie idéologique. Pour la réforme des retraites par exemple, la réalité a été étouffée. Les gens se sont dit : on vit plus longtemps, il est donc normal que l’on travaille plus. Alors que le coût de l’espérance de vie supplémentaire est largement compensé par les gains de productivité. Le calcul sur la retraite n’inclut pas la croissance des richesses produites ! Cette croissance se fait toujours au profit du capital, jamais du travail, volontiers considéré comme un coût, une charge.

Monique Pinçon-Charlot : En ce moment, après les échecs électoraux du Parti socialiste, tous les gens que j’ai interviewés depuis 15 jours disent la même chose : le mille-feuille administratif ça coûte trop cher, il faut simplifier. Alors que la réalité de la réforme territoriale, c’est la libéralisation des territoires : il s’agit d’inoculer la notion de compétitivité, qui est une notion issue de l’entreprise, à tous les échelons de la vie économique et sociale, y compris géographique. Mais les gens n’en ont pas conscience, ils ont intégré l’argument libéral.

Jamais la barbarie financière et économique n’a été aussi forte, jamais aussi elle n’a été si bien mise à jour aussi ; comment se fait-il que les contre-vérités du discours dominant soient pourtant admises ?

M.P.-C. : C’est quelque chose qui nous tétanise tous. Cette situation est le résultat de multiples processus qu’on décrit dans La violence des riches. La violence économique, d’abord : on casse les emplois, on casse le système productif français ; puis les 5 millions de chômeurs deviennent une arme de chantage pour le Medef.

Et puis on trafique nos pensées, notre langage. Tous les patrons du CAC 40 sont propriétaires des médias, ils achètent même des maisons d’édition : Denis Kessler vient de s’offrir les Presses Universitaires de France !

Cette violence si forte devrait conduire à un soulèvement, à un rejet !

M.P.-C. : C’est une violence perverse qui avance sous le masque de la démocratie, de la liberté, des droits de l’homme. Ils sont parvenus à se servir de la défense de la liberté pour dominer ! Nous, intellectuels de mai 68, en sommes, bien malgré nous, responsables. Mai 68 a permis d’instaurer le néolibéralisme dans nos pays, en confondant liberté et liberté d’échange…

Comment parviennent-ils à mystifier nos esprits ? Vous décrivez dans votre livre une rencontre avec Antoine Seillière, qui vous avait en quelque sorte cloué le bec !

M.P. : On a expérimenté le pouvoir symbolique de ces milieux dirigeants lors de nos entretiens. On était dans des situations où nous étions dominés, malgré nos études : les habitants des beaux quartiers ont une assurance personnelle fantastique, ils sont sûrs de la justesse de leur combat, qui est de s’enrichir, et de faire que ça dure : c’est légitime, puisqu’ils sont les meilleurs ! La reproduction de génération en génération de leur conscience d’appartenir à une élite, et d’avoir droit à plus que le commun, leur donne une force inouïe.

M.P.-C. : C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il n’y a guère d’autres sociologues qui travaillent sur ce milieu : cette violence symbolique est difficile à vivre. Les riches en imposent par leur courtoisie, ils ont de «la classe», à savoir que leur seule apparence physique indique leur appartenance à l’aristocratie de l’argent. Et ils ne sont pas simplement riches parce qu’ils ont beaucoup d’argent. Ils sont riches aussi par leur capital culturel et leur capital social, c’est-à-dire leurs relations, leurs réseaux, qui se situent toujours au sommet de la société.

M.P. : Oui, ce sont des gens qui cumulent toutes les formes de richesse.

M.P.-C. : Les intellectuels négligent d’analyser les dominants ; ils s’intéressent aux dominés, et à leurs très nombreux problèmes. Pourtant il faut comprendre la cause de ces problèmes. Quant aux journalistes, nombreux sont ceux qui ont intérêt à adopter les codes et à se soumettre à cette classe bourgeoise qu’ils interrogent.

M.P. : Il y a des financements pour aller voir la misère sociale, pas pour aller voir chez les bourgeois comment ça se passe.

On vous a reproché votre proximité avec les riches que vous étudiiez…

M.P.-C. : Oui, on revendique l’empathie avec les gens avec lesquels on travaille. Mais on ne s’est jamais cachés, on a toujours écrit dans L’Humanité et ceux que nous interrogions le savaient très bien.

M.P. : Le capital de séduction des riches leur permet de tout présenter comme naturel.

M.P.-C. : Oui, le système néolibéral est naturel, comme le soleil. Les déficits publics, le «trou» de la sécurité sociale, les inégalités, les paradis fiscaux et l’État sont admis comme allant de soi. Or ce sont des constructions sociales de la classe dominante. Parvenir à casser la machine idéologique qui est derrière est très difficile.

Naturalisation des inégalités sociales et discours dominant ou idéologique : tout ceci n’est pas neuf…

M.P. : Mais avant il y avait un patron dans l’usine et des ouvriers, ce qui rendait les rapports de classe visibles ; aujourd’hui ce sont des fonds de pension qui dépècent les usines. Alors les entreprises sont devenues des biens sur lesquelles on spécule.

M.P.-C. : La financiarisation de l’économie, qui s’appuie sur une révolution technologique avec l’informatique qui a permis la mondialisation, repose sur un système théorique mis au point dès les années 40, par Friedman et Hayek. Ce système néolibéral qui a été mis en œuvre par Pinochet, Reagan puis Thatcher.

C’est une révolution incroyable, que nous n’avons pas l’impression de vivre. Le changement s’est fait par la capacité de la classe des riches à intégrer le marxisme, c’est-à-dire à intégrer la lutte des classes pour la renverser en sa faveur. De sorte que les riches apparaissent comme des créateurs de richesses, des bienfaiteurs, et non pas comme des délinquants en col blanc.

M.P. : Et de sorte que les ouvriers apparaissent comme des coûts et des charges. Avec ce processus, la classe ouvrière a été coupée de son histoire, le travail, précaire et parcellisé, n’est plus perçu comme source de fierté : «surtout mon fils ne sois pas ouvrier».

Le massacre social n’est pas de la seule responsabilité anglo-saxonne. Dans votre livre vous montrez bien la participation active des dirigeants français à cette financiarisation néolibérale.

M.P.-C. : C’est plus qu’une participation ! Les politiques, y compris de la gauche socialiste, les journalistes, sont happés voire intégrés à l’oligarchie dominante ; c’est une oligarchie qui est politique, financière, économique et médiatique. Et c’est ce qui a changé dans cette révolution : les médias sont au cœur de l’oligarchie ; ce qui n’était pas encore le cas en 1986 quand on a commencé à travailler sur les riches.

La vraie question est celle-là : ces dirigeants socialistes pouvaient-il faire une politique de gauche ? Avaient-ils le choix ?

M.P.-C. : Oui

Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ?

M.P.-C. : Les élites du Parti socialiste sortent de l’ENA, de polytechnique ou de HEC ; c’est-à-dire de machines qui sont faites pour réaliser la mayonnaise oligarchique entre les différents pôles de la classe dominante : la noblesse, la bourgeoisie et le pôle libertaire. Bourdieu l’a très bien décrit dans La noblesse d’État ; et Boltanski dans Le nouvel esprit du capitalisme. Ces grands bourgeois ont eu l’intelligence d’intégrer les critiques hédonistes de Mai 68, à un moment où le capital avait besoin de toujours plus de libre-échange. Ce qui s’est traduit par la liberté du capital, la suppression des frontières et à terme des nations ; ainsi les multinationales dictent leur loi.

M.P. : Quand on lit La gauche bouge de François Hollande coécrit en 1983 avec de futurs oligarques de ses amis, on voit qu’il y adhère pleinement au néolibéralisme.

Tout choix alternatif au néolibéralisme est aujourd’hui taxé de populisme.

M.P.-C. : Ces choix ont toujours été violemment attaqués. Nous aussi nous vivons personnellement cette opération de décrédibilisation ; quand je suis invitée sur un plateau de télévision on me renvoie l’image de la sociologue engagée, militante, alors qu’en face de moi j’ai trois militants, mais à fond, du néolibéralisme ! Mais pour eux c’est naturel, ce n’est pas du militantisme.

S’agit-il, comme le décrit Foucault lorsqu’il parle de la reproduction de la délinquance, d’une stratégie sans stratège ?

M.P.-C. : Notre travail décortique la bourgeoisie en tant que classe sociale au sens marxiste du terme, une classe en soi, avec des positions dans la société relativement proches, et une classe pour soi, consciente d’elle-même. C’est-à-dire consciente de ses intérêts.

Sa mobilisation est intense sur le front économique, mais aussi culturel et social.

Terminons sur le score du Front national aux dernières élections européennes…

M.P. : Le Front national tient un discours au plus près des aspirations du peuple mais dans un mensonge terrible…

M.P.-C. : Une véritable imposture ! Le Front national est mis en place par la classe dominante pour éliminer la gauche radicale. Regardez le temps de parole entre le Front de Gauche et le Front national dans les médias : c’est un rapport de un à vingt ! Les statistiques du CSA sont accablantes.

Comment en est-il arrivé là ?

M.P.-C. : Le Front national est largement une création des socialistes, notamment depuis Mitterrand ; et la politique au service du Medef de François Hollande n’a rien arrangé. L’intérêt des socialistes consiste à faire monter le Front national pour ensuite le diaboliser dans une stratégie de front républicain. Leur ennemi n’est pas le Front national, qui compte beaucoup de bourgeois comme eux ; on en a même parmi nos interviewés. Leur ennemi c’est la gauche radicale.

Situation désespérante alors !

M.P.-C. : Il y a des solutions, comme celle de rendre le vote obligatoire avec comptabilisation des votes blancs. De nombreux électeurs ne votent plus parce qu’ils ne se sentent pas représentés, qu’ils ne veulent plus voter PS ou UMP. Le vote obligatoire avec comptabilisation des votes blancs est une réformette facile à mettre en place. Pourquoi les socialistes ne le font pas ? Parce que c’est une mesure démocratique, mais qui détruirait leur système de domination politique aujourd’hui illégitime.

Entretien réalisé par RÉGIS VLACHOS
Juin 2014

La-Violence-des-riches

Photo : Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon-c-Régis Vlachos

Zibeline

L’oligarchie des riches, des médias et des politiques

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Pourquoi De Gaulle refusa-t-il toujours de commémorer le débarquement du 6 juin ?

9 Juin 2014, 10:19am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Extraits de l’excellent livre C’était de Gaulle d’Alain Peyrefitte

C’était de Gaulle, Tome 2 (Édition de Fallois Fayard 1997), pages 84 à 87

 

  • Palais de l’Élysée, 30 octobre 1963

En nommant Jean Sainteny ministre des Anciens combattants en décembre 1962, le Général lui avait demandé de consacrer son énergie à l’année 1964. Elle était propice à raviver le souvenir de deux des années glorieuses : cinquantenaire de 1914 et vingtième anniversaire de 1944.

À la fin du Conseil du 30 octobre 1963 , Jean Sainteny a évoqué les cérémonies prévues pour la commémoration de la libération, Pompidou me prend à part : « Tâchez de faire revenir le Général sur son refus d’aller sur les plages de Normandie… » Je suis stupéfait et de l’information et de la demande. « Enfin, reprend Pompidou, prenez des précautions… Je m’y suis cassé les dents. »

Sainteny m’apprend ensuite qu’il se les était déjà lui-même cassées. Naturellement, je vais me les casser aussi.

de gaulle Churchill france Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

  • « La France a été traitée comme un paillasson ! Churchill m’a convoqué comme un châtelain sonne son maître d’hôtel. » 

Alain Peyrefitte (l’air candide) : « Croyez-vous, mon Général, que les Français comprendront que vous ne soyez pas présents aux cérémonies de Normandie ?

Charles-de-Gaulle (sévèrement) : – C’est Pompidou qui vous a demandé de revenir à la charge ? (Je ne cille pas). Eh bien, non ! Ma décision est prise ! La France a été traitée comme un paillasson ! Churchill m’a convoqué d’Alger à Londres, le 4 juin, il m’a fait venir dans un train où il avait établi son quartier général, comme un châtelain sonne son maître d’hôtel. Et il m’a annoncé le débarquement, sans qu’aucune unité française ait été prévue pour y participer. Nous nous sommes affrontés rudement.

Je lui ai reproché de se mettre aux ordres de Roosevelt, au lieu de lui imposer une volonté européenne(il appuie).

Il m’a crié de toute la force de ses poumons : « De Gaulle, dites-vous bien que quand j’aurai à choisir entre vous et Roosevelt, je préférerai toujours Roosevelt ! Quand nous aurons à choisir entre les Français et les Américains, nous préférerons toujours les Américains ! Quand nous aurons à choisir entre le continent et le grand large, nous choisirons toujours le grand large ! » (Il me l’a déjà dit. Ce souvenir est indélébile.)

Winston Churchill choisir entre francaise et americain de gaulle Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

 « De Gaulle, dites-vous bien que quand nous aurons à choisir entre les Français et les Américains, nous préférerons toujours les Américains ! »  (Winston Churchill)

  • « Et vous voudriez que j’aille commémorer leur débarquement, alors qu’il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, non, ne comptez pas sur moi ! »

Charles-de-Gaulle : « Le débarquement du 6 juin, ç’a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi ! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne !

Ils avaient préparé leur AMGOT qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l’avance de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis.

NOTE : AMGOT = « Allied  military government for occupied territories », gouvernement militaire allié pour les territoires occupés

billets americains france Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

billets americains france 2 Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

NOTE : Comme le révèlent leurs coloris et leur graphisme – très voisins de ceux du dollar – ces billets libellés en francs furent imprimés aux États-Unis, de février à mai 1944, par le Bureau of Engraving and Printing, qui est normalement chargé d’imprimer les dollars américains et les autres documents officiels du gouvernement fédéral. Étant fabriqués aux États-Unis, c’est le papier, l’encre, la matière, la présentation et le format des dollars américains qui servirent de référence.

 Dès les premiers jours suivant le débarquement du 6 juin 1944, les armées américaines commencèrent à distribuer ces billets de banque pour remplacer les billets français émis durant l’Occupation.

Dès le 14 juin 1944, le Commissaire de la République François Coulet, présent en Normandie, fut confronté à cette circulation de monnaie, qui était d’ailleurs mal accueillie par la population. Il recommanda aux banques de les encaisser et de ne pas les remettre en circulation.   

Dès le 27 juin 1944, le général de Gaulle – arrivé entretemps sur le sol français – tapa du poing sur la table en dénonçant cette « fausse monnaie », et en en interdisant la circulation, dès son installation au pouvoir au sein du Gouvernement provisoire de la République française. Cette interdiction alla de pair avec l’effondrement du projet de commandement militaire imposé à la France(AMGOT).

Charles-de-Gaulle : « C’est exactement ce qui se serait passé si je n’avais pas imposé, oui imposé, mes commissaires de la République, mes préfets, mes sous-préfets, mes comités de libération !

Et vous voudriez que j’aille commémorer leur débarquement, alors qu’il était le prélude à une seconde occupation du pays ? Non, non, ne comptez pas sur moi ! Je veux bien que les choses se passent gracieusement, mais ma place n’est pas là !

« Et puis, ça contribuerait à faire croire que, si nous avons été libérés, nous ne le devons qu’aux Américains. Ça reviendrait à tenir la Résistance pour nulle et non avenue. Notre défaitisme naturel n’a que trop tendance à adopter ces vues. Il ne faut pas y céder !

  • « M’associer à la commémoration d’un jour où on demandait aux Français de s’abandonner à d’autres qu’à eux-mêmes, non ! »

Charles-de-Gaulle : « En revanche, ma place sera au mont Faron le 15 août, puisque les troupes françaises ont été prépondérantes dans le débarquement en Provence, que notre première armée y a été associée dès la première minute, que sa remontée fulgurante par la vallée du Rhône a obligé les Allemands à évacuer tout le midi et tout le Massif central sous la pression de la Résistance.

charles de gaulle débarquement de Provence Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

Charles de Gaulle commémore le débarquement de Provence le 15 août 1964 : cf. extrait d’actualités disponible sur le site de l’INA :http://www.ina.fr/video/CAF94058797

Charles-de-Gaulle : – Et je commémorerai la libération de Paris, puis celle de Strasbourg, puisque ce sont des prouesses françaises, puisque les Français de l’intérieur et de l’extérieur s’y sont unis, autour de leur drapeau, de leurs hymnes, de leur patrie ! Mais m’associer à la commémoration d’un jour où on demandait aux Français de s’abandonner à d’autres qu’à eux-mêmes, non !

« Les Français sont déjà trop portés à croire qu’ils peuvent dormir tranquille, qu’ils n’ont qu’à s’en remettre à d’autres du soin de défendre leur indépendance ! Il ne faut pas les encourager dans cette confiance naïve, qu’ils paient ensuite par des ruines et par des massacres ! Il faut les encourager à compter sur eux-mêmes !

Allons, allons, Peyrefitte ! Il faut avoir plus de mémoire que ça ! Il faut commémorer la France, et non les Anglo-Saxons ! Je n’ai aucune raison de célébrer ça avec éclat. Dites-le à vos journalistes. »

Il reprend : « Ceux qui ont donné leur vie à leur patrie sur notre terre, les Anglais, les Canadiens, les Américains, les Polonais, Sainteny et Triboulet seront là pour les honorer dignement. »

NOTE : Sainteny et Triboulet étaient respectivement Ministre des anciens combattants et Ministre de la coopération en 1964.

  • 13 mai 1964

Espérant que le général aura oublié sa vive réplique, ou en tout cas aura oublié que c’est à moi qu’il l’a adressée, je remets la question sur le tapis, 10 mois et demi plus tard, le 13 mai 1964.

  • « Ces messieurs de la presse qui me reprochent de ne pas aller en Normandie 20 ans après, que faisaient-il alors ? Il ne se battaient ni en Normandie, ni ailleurs. La Libération s’est passée sans eux. Elle s’est passée d’eux. »

Alain Peyrefitte : « Ne craignez-vous pas, si nous ne devons pas du moins quelques explications, que votre absence du 6 juin en Normandie soit mal interprétée ?

Charles-de-Gaulle : – Mais je vous l’ai déjà dit ! Il n’a jamais été question que j’y aille ! Je ne suis pas allé pour le cinquième anniversaire ; ni pour le dixième ; ni pour le quinzième. Pourquoi voulez-vous que j’y aille pour le vingtième ? Et j’ai demandé au Premier ministre de ne pas y aller non plus. D’ailleurs, le Premier ministre anglais n’y va pas. Johnson ira pas non plus. Pourquoi irions-nous ?

(Évidemment, Wilson et Johnson n’y vont pas, parce que De Gaulle n’y va pas.)

Alain Peyrefitte : – Eisenhower et Montgomery doivent y aller.

Charles-de-Gaulle : – Ce sont des acteurs, qui se font payer cher à la télévision. »

Finalement, Eisenhower et Montgomery, après avoir annoncé leur participation, ne sont pas venus.

  • 10 juin 1964

Après le Conseil du 10 juin 1964, le Général laisse percer encore son agacement :

« Ces messieurs de la presse qui me reprochent de ne pas aller en Normandie 20 ans après, que faisaient-il alors ? S’étaient-ils battus pour que la France recouvre sa liberté, pour qu’elle contribue à sa délivrance ? Que faisaient-ils pendant la guerre ? Il ne se battaient ni en Normandie, ni ailleurs. La Libération s’est passée sans eux. Elle s’est passée d’eux. »

Et lui, il a dû se battre pour que le débarquement ne se passe pas complètement de la France libre. S’il a prononcé son discours de Bayeux le 16 juin 1946, ce ne fut pas pour commémorer le débarquement du 6 juin, mais son débarquement sur les talons des Américains, le 16 juin 1944 à Bayeux.

Il recule son fauteuil, cale son dos. Il a envie de parler.

Vous croyez que les Américains et les Anglais ont débarqué en Normandie pour nous faire plaisir Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

  • « Vous croyez que les Américains et les Anglais ont débarqué en Normandie pour nous faire plaisir ? »

Charles-de-Gaulle : « Vous croyez que les Américains et les Anglais ont débarqué en Normandie pour nous faire plaisir ? Ce qu’ils voulaient, c’était glisser vers le nord le long de la mer, pour détruire les bases des V1 et des V2, prendre Anvers et, de là, donner l’assaut à l’Allemagne. Paris et la France ne les intéressaient pas. Leur stratégie, c’était d’atteindre la Ruhr, qui était l’arsenal, et de ne pas perdre un jour en chemin.

Churchill avait demandé à Eisenhower d’essayer de libérer Paris pour Noël. Il lui avait dit : « Personne ne pourra vous en demander davantage. »

Eh bien si, nous étions décidés à demander davantage ! Le peuple de Paris s’est soulevé spontanément et il aurait été probablement écrasé sous les décombres, comme le peuple de Varsovie, s’il n’avait pas été soutenu. Mais il y avait des hommes qui, trois ans plus tôt, à Koufra, s’étaient juré de libérer Paris, puis Strasbourg. Ce sont eux qui ont libéré Paris avec son peuple.

NOTE  : Leclerc et sa colonne, qui venaient du Tchad pour rejoindre la Tunisie en guerroyant, avaient fait, dans l’oasis de Koufra, le serment de ne pas déposer les armes avant d’avoir libéré Paris et Strasbourg.

  • « Les Américains ne se souciaient pas plus de libérer la France que les Russes de libérer la Pologne. »

Charles-de-Gaulle : « Mais nous n’avions pas l’accord des Américains. Quand j’ai vu que l’insurrection parisienne allait être écrasée par une division allemande intacte qui arrivait de Boulogne-sur-Mer, j’ai donné l’ordre à Leclerc de foncer. C’est ainsi que nous avons évité à Paris le sort de Varsovie. Nous avons obligé les Anglo-Saxons à changer de stratégie. Les Américains ne se souciaient pas plus de libérer la France que les Russes de libérer la Pologne. Ce qu’ils voulaient, c’était en finir avec Hitler, en essuyant le moins de pertes possibles. Ce qu’ils voulaient épargner, c’était le sang des boys, ce n’était pas le sang, les souffrances et l’honneur des Français.

« Effectivement, si les Anglo-Saxons avaient pu mener leur stratégie jusqu’au bout, ils auraient peut-être réussi à frapper l’Allemagne au cœur plus vite. De toute façon, Hitler aurait fini par être battu, et la France aurait fini par être libérée. Mais si les Français étaient restés passifs, et si nous n’avions pas eu de part à la défaite d’Hitler, c’est au bout du compte lui qui aurait vaincu la France. »


Ce que Roosevelt et les américains voulaient vraiment faire de la France en 1944

de gaulle ROOSEVELT Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

  •  « Bien entendu, je traite avec Darlan, puisque Darlan me donne Alger ! Demain, je traiterai avec Laval si Laval me donne Paris ! »

(Franklin Roosevelt, Président des États-Unis, le 23 novembre 1942, devant les émissaires de Charles de Gaulle à la Maison Blanche)

NOTE : Pour comprendre quels étaient les objectifs de Franklin Roosevelt, et des cercles dirigeants américains, quant à l’avenir de la France après le débarquement, il est utile de relire un passage essentiel des Mémoires de Guerre.

Nous sommes en novembre 1942. Les Anglo-Américains viennent de réaliser le débarquement en Afrique du nord française (Opération Torch), d’ailleurs sans en avoir prévenu le chef de la France Libre. L’affaire a été un succès militaire éclatant puisque les troupes françaises (pétainistes) d’Afrique du nord se sont rendues au bout de 48 heures, après avoir fait seulement semblant de se battre.

En revanche, une décision fait scandale, aussi bien au sein des Français Libres réfugiés à Londres que parmi l’opinion publique britannique : le général américain Eisenhower, bien entendu avec le plein accord du président Roosevelt, a décidé de maintenir l’Amiral Darlan, l’un des dauphins de Pétain, au pouvoir à Alger. En somme, Darlan a retourné sa veste et les Américains l’en récompensent en le maintenant dans ses fonctions à la tête de l’Afrique du nord française !

Sitôt la nouvelle connue, Charles de Gaulle décide d’envoyer deux émissaires à Washington pour protester avec la dernière énergie auprès du président Rososevelt. Lequel les reçoit et leur livre une vision de la France d’après-guerre proprement scandaleuse. C’est ce célèbre passage des Mémoires de Guerre :

Il n’en faut pas davantage pour que le Président Roosevelt surmonte, à l’égard de Darlan, les scrupules démocratiques et juridiques que, depuis plus de deux années, il opposait au général de Gaulle. Par son ordre, Clark reconnaît le haut-commissaire et entame avec lui des négociations qui aboutissent, le 22 novembre, à un accord en vertu duquel Darlan gouverne et commande, pourvu qu’il donne satisfaction à ses vainqueurs anglo-saxons.

Sans doute, le Président fait-il publier une déclaration affirmant que les arrangements politiques conclus entre Eisenhower et Darlan ne sont « qu’un expédient temporaire. » Mais recevant, le 23, André Philip et Tixier et s’irritant de leurs protestations, il leur crie : « Bien entendu, je traite avec Darlan, puisque Darlan me donne Alger ! Demain, je traiterai avec Laval si Laval me donne Paris ! »

Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, Tome 2, l’Unité, 1942-1944, chapitre « Tragédie »  Page 48 (édition Plon)

On voit donc bien la collusion qu’il y avait entre les autorités américaines et les autorités du régime de Vichy. Le président Roosevelt et les cercles dirigeants américains voulaient disposer, au sortir de la guerre, d’une France domestiquée. C’était finalement un conflit d’impérialisme entre les Américains et les Allemands, rien d’autre.

Et Roosevelt souhaitait promouvoir les pétainistes contre de Gaulle parce qu’il savait parfaitement qu’ils seraient infiniment plus dociles, pour obéir à Washington comme ils obéissaient à Berlin, plutôt que le Fondateur de la France Libre, dont l’intransigeance sur l’indépendance de la France était déjà légendaire.

Cette vision stratégique de ce que devait devenir la France d’après-guerre selon Washington a été confirmée et précisée par Charles de Gaulle, vingt ans après les événements. Toujours à Alain Peyrefitte, dans un autre passage capital de l’ouvrage C’était de Gaulle. Passage que voici  :


C’était de Gaulle, Tome 2 (Édition de Fallois Fayard 1997), page 52


  • Palais de l’Élysée, 17 juin 1964

de gaulle roosevelt était un type qui voulait dominer univers Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

  • « Roosevelt était un type qui voulait dominer l’univers et, bien entendu, décider du sort de la France. Alors, de Gaulle, ça l’embêtait ; il ne le trouvait pas assez souple. »

Charles-de-Gaulle : « Roosevelt était un type qui voulait dominer l’univers et, bien entendu, décider du sort de la France. Alors, de Gaulle, ça l’embêtait ; il ne le trouvait pas assez souple. Il pensait que le jour où les Américains auraient débarqué en France, si le Maréchal était encore là, il n’aurait rien à leur refuser ; ce qui était bien vrai.

Ensuite, Vichy étant devenu vraiment impossible, il a laissé tomber Vichy. Il a essayé de se rattraper sur Giraud.

Puis, voyant que ça ne donnait rien, il a essayé de se rabattre sur Herriot. Il a même tenté de fabriquer un gouvernement à Paris au moment où j’allais y entrer, avec Laval, Herriot. Tout ça été manigancé avec Otto Abetz [Représentant de Hitler à Paris sous l’Occupation] et avec Allen Dulles, qui était à Genève pour le compte de la CIA. »

Alain Peyrefitte : – Allen Dulles

Charles de Gaulle : – Oui, c’est ça. D’abord moi, en arrivant à Paris, j’aurais foutu ce gouvernement au [trou][...]. Vous pensez, à l’époque, Herriot, Laval et Abetz ça ne pesait pas lourd. Mais Roosevelt se figurait qu’Herriot assurerait la continuité avec la IIIe et Laval avec Vichy, et que tout ça allait apparaître comme la République.

Seulement, Hitler, ça l’a exaspéré quand il a su ça. Il a dit : « De quoi, de quoi ? Laval, Herriot, et tout ceux-là ? » Alors, il a fait savoir à Laval de s’en aller à Sigmaringen, il l’a fait dire aussi au Maréchal, il a désavoué Abetz, il a fait remettre Herriot dans sa prison. Il a tout nettoyé.

Roosevelt voulait imposer aux Français Pierre Laval et Édouard Herriot Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

Le gouvernement que Roosevelt (ci-dessus) voulait imposer aux Français en 1944 : Pierre Laval et Édouard Herriot (ci-dessous)  !

L’opération avait été préparée en concertation avec le chef de la CIA Allen Dulles et l’ambassadeur d’Hitler à Paris Otto Abetz…  

CIA Allen Dulles et lambassadeur dHitler à Paris Otto Abetz Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

NOTE : Le Président Roosevelt refusa toujours de reconnaître la légitimité de la France Libre, préférant maintenir une ambassade auprès de Pétain et du régime de Vichy jusqu’en novembre 1942, puis usant des manœuvres les plus tortueuses pour tenter d’écarter Charles de Gaulle du pouvoir et installer, à sa place, des dirigeants plus malléables.

Ainsi, en août 1944, soit plus de deux mois après le débarquement de Normandie, le Président Roosevelt espérait encore installer au pouvoir à Paris Édouard Herriot – homme politique radical de la IIIe République – et Pierre Laval – la figure la plus honnie de la Collaboration, avec lequel il avait d’ailleurs des liens de parenté par alliance. Ce projet scandaleux, minutieusement décrit par de Gaulle dans ses Mémoires de guerre, avait été ourdi par une étroite concertation entre le chef de la CIA Allen Dulles, l’ambassadeur d’Hitler à Paris Otto Abetz et le dauphin de Pétain.

Allen Dulles (1893 – 1969) fut le premier directeur civil de la Central Intelligence Agency (CIA), du 26 février 1953 au 29 novembre 1961, et l’un des sept membres de la commission Warren chargée d’enquêter sur l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy.

Il était également le frère cadet de John Foster Dulles, Secrétaire d’État des États-Unis du gouvernement Dwight Eisenhower, de 1953 à 1959, et actionnaire principal de la United Fruit Company, société bananière influente dans les républiques bananières d’Amérique latine.

Allen Dulles est un personnage des plus controversés : sa carrière au sein de l’État américain ne cessant d’être émaillée de conflits d’intérêts personnels et familiaux plus ou moins importants, dus à sa participation à la vie de grands groupes industriels internationaux ainsi qu’à la carrière de son frère John Foster Dulles qui travailla lui aussi pour ces grands groupes.

Otto Abetz (1903 – 1958), francophone et francophile, représenta l’Allemagne en France en 1938 et en 1939, d’où il fut expulsé le 30 juin 1939 comme présumé espion. Le 8 juillet 1940, à la suite de l’armistice entre la France et l’Allemagne, il fut de nouveau envoyé en France. Nommé ambassadeur de l’Allemagne le 3 août 1940, il conserva ce poste jusqu’en 1944 et travailla à mettre en place une politique de collaboration. En juillet 1949, le tribunal militaire de Paris le condamna à 20 ans de travaux forcés pour crimes de guerre, en particulier pour son rôle dans l’organisation de la déportation des juifs de France vers les camps de la mort. Il fut libéré en avril 1954.

Charles de Gaulle : « Bohlen [L’ambassadeur des États-Unis en France] se comporte envers moi comme Roosevelt il y a vingt ans. Il reçoit en permanence des députés, des sénateurs, des journalistes, et il les monte contre nous. Je n’en ignore rien. Ils font tous ça, les Américains.

Bohlen ambassadeur des États Unis en France Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

NOTE : Charles E. Bohlen (1904 – 1974) fut ambassadeur des États-Unis en France de 1962 à 1968. Très hostile à de Gaulle, Charles E. Bohlen avait des liens de parenté proches avec Alfried Krupp von Bohlen und Halbach, héritier des aciéries Krupp, l’un des principaux fabricants d’armes de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, criminel nazi reconnu coupable de pillage et de crime contre l’humanité le 31 juillet 1948, et condamné à douze ans d’emprisonnement et à la confiscation de ses biens.

Charles de Gaulle : « Roosevelt, c’était pareil, il ne traitait qu’avec des gens qui étaient mes ennemis. Il avait autour de lui, à Washington, des types comme Chautemps.

Alain Peyrefitte : – Et Saint John Perse.

Charles-de-Gaulle : – Oui, Léger qui avait été limogé par Paul Reynaud. Et d’autres du même tonneau, avec qui Roosevelt prenait le thé. Ils le montaient contre moi, en remâchant leurs échecs. Seulement, ça continue. Alors, Bohlen ne voit que nos adversaires, les Mitterrand et les Maurice Faure.

Camille Chautemps ministre dÉtat du Front populaire successeur de Léon Blum Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

 NOTE : Camille Chautemps, ministre d’État du Front populaire, successeur de Léon Blum de juin 1937 à mars 1938 à la tête du gouvernement, fut vice-président du Conseil des gouvernements Édouard Daladier, puis du gouvernement Paul Reynaud. Ardent partisan de l’Armistice et très hostile à de Gaulle, il fit partie du gouvernement de Philippe Pétain jusqu’au 12 juillet 1940. En novembre 1940, chargé d’une mission officieuse, il partit pour Washington, et choisit d’y demeurer jusqu’en 1944.

Alexis Léger secrétaire général du Quai d’Orsay 1933 à 1940 Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

NOTE : Alexis Léger, secrétaire général du Quai d’Orsay 1933 à 1940, artisan de la rencontre de Munich (et grand poète sous le pseudonyme de Saint-John-Perse) avait été mis en disponibilité par Paul Reynaud, Président du Conseil, le 20 mai 1940. Il s’était ensuite réfugié aux États-Unis.

Charles de Gaulle : « Churchill, lui non plus, n’admettait pas qu’on ne plie pas. Au lieu de trouver des gens de caractère qui lui auraient tenu tête, il s’entourait de gens qui étaient couchés par terre.

« Je me rappelle un soir, quand j’ai rencontré Roosevelt pour la première fois, au Maroc. Roosevelt voulait m’obliger à me soumettre à Giraud. J’ai envoyé Roosevelt faire foutre, poliment mais fermement. Alors, Churchill m’a fait une scène invraisemblable. Je l’ai mal pris, et je lui ai dit : « Qu’est-ce que ça veut dire : On ne vous comprend pas ? Vous n’êtes pas digne de votre charge ! » Je l’ai très mal traité.

Alors, le dernier jour, on s’est réuni autour de Roosevelt pour se dire adieu. Churchill, devant tout le monde, a commencé à me refaire une scène en me disant : « Vous n’avez pas suivi le Président. » Il piquait une lèche éhontée à Roosevelt, et c’est Roosevelt qui, à la fin, a trouvé que ça suffisait et lui a imposé silence. Il a dit : « Maintenant, il faut que ces deux généraux se serrent la main devant les photographes. »

« La politique de Roosevelt, c’était exactement celle qu’ont aujourd’hui les Américains dans le Sud-Est asiatique. Ils ne peuvent pas en imaginer d’autre. Des marionnettes, c’est ça qu’ils veulent en face d’eux. »


Général Giraud promue par Roosevelt pour tenter de contrer Charles de Gaulle Lhistoire vraie : il y a 50 ans, le 6 juin 1964, Charles de Gaulle refusait de commémorer «le débarquement des anglo saxons»

La marionnette nommée Général Giraud, promue par Roosevelt pour tenter de contrer Charles de Gaulle. 

NOTE : Cette célèbre et hypocrite poignée de mains entre de Gaulle et le général Giraud, pétainiste passé au service des Américains, fut exigée par Roosevelt lors de l’entrevue des quatre hommes au Maroc en 1942. On distingue Roosevelt (à gauche) et Churchill (à droite) assis à l’arrière-plan, en train de contempler avec satisfaction cette scène de théâtre organisée devant les appareils photos des journalistes de la presse anglo-saxonne.

Le président américain voulait absolument promouvoir Giraud, personnage falot, peu intelligent et sans tempérament, pour empêcher Charles de Gaulle d’accéder au pouvoir. Car le patron de la Maison Blanche avait parfaitement compris que de Gaulle était le seul homme d’État français, le seul capable de faire échec au projet des États-Unis de vassaliser la France après la fin de la guerre.

Extraits sélectionnés et annotés par François Asselineau.

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Poutine invité exceptionnel de TF1 et d'Europe 1: l'interview intégrale

6 Juin 2014, 16:02pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

“Et ce qui est aussi frappant, dans la préparation de l’entretien, c’est que, autant ils ont été très regardants sur le nombre de minutes, le fait qu’ils ne voulaient pas que les réponses soient coupées – Poutine est très exigeant là-dessus, il ne veut qu’aucune réponse soit coupée, il ne veut aucun montage, il ne veut pas qu’on travestisse ses propos -, en revanche, quand on lui a dit “nous journalistes français, habitués à dire ‘Pour les thèmes, voilà comment on imagine les choses’…”, on nous a dit “Pas de problème pour les thèmes, apprenez vos dossiers, parce que lui, il les connait, donc pas la peine de nous donner les questions à l’avance, de toute façon, il saura y répondre. Ca aussi, ça nous a beaucoup étonné, par rapport à ce qu’on pouvait attendre de lui, à ce qu’on pouvait imaginer.” [Fabien Namias, Directeur général d'Europe 1]

“L’imagination” est un peu succincte en l’espèce : Poutine, depuis qu’il est président, a répondu à plus de 800 questions direct à la télévision aux questions des Russes (Emission Ligne directe)…

Poutine invité exceptionnel de TF1 et d'Europe 1: l'interview intégrale

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LE DÉBARQUEMENT DU 6 JUIN 1944 DU MYTHE D’AUJOURD’HUI À LA RÉALITÉ HISTORIQUE

5 Juin 2014, 16:26pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris VII-Denis Diderot

juin 2014, http://www.lafauteadiderot.net/Le-debarquement-du-6-juin-1944-du

Le triomphe du mythe de la libération américaine de l’Europe

En juin 2004, lors du 60e anniversaire (et premier décennal célébré au XXIe siècle) du « débarquement allié » en Normandie, à la question « Quelle est, selon vous, la nation qui a le plus contribué à la défaite de l’Allemagne » l’Ifop afficha une réponse strictement inverse de celle collectée en mai 1945 : soit respectivement pour les États-Unis, 58 et 20%, et pour l’URSS, 20 et 57%[1]. Du printemps à l’été 2004 avait été martelé que les soldats américains avaient, du 6 juin 1944 au 8 mai 1945, sillonné l’Europe « occidentale » pour lui rendre l’indépendance et la liberté que lui avait ravies l’occupant allemand et que menaçait l’avancée de l’armée rouge vers l’Ouest. Du rôle de l’URSS, victime de cette « très spectaculaire [inversion des pourcentages] avec le temps »[2], il ne fut pas question. Le (70e) cru 2014 promet pire sur la présentation respective des « Alliés » de Deuxième Guerre mondiale, sur fond d’invectives contre l’annexionnisme russe en Ukraine et ailleurs[3].

La légende a progressé avec l’expansion américaine sur le continent européen planifiée à Washington depuis 1942 et mise en œuvre avec l’aide du Vatican, tuteur des zones catholiques et administrateur, avant, pendant et après la Deuxième Guerre mondiale de la « sphère d’influence “occidentale” »[4]. Conduite en compagnie de et en concurrence avec la RFA (puis l’Allemagne réunifiée), cette poussée vers l’Est a pris un rythme effréné depuis la « chute du Mur de Berlin » (1989) : elle a pulvérisé les « buts de guerre » que Moscou avait revendiqués en juillet 1941 et atteints en 1944 (récupération du territoire de 1939-1940) et 1945 (acquisition d’une sphère d’influence recouvrant l’ancien « cordon sanitaire » d’Europe centrale et orientale, vieille voie germanique d’invasion de la Russie)[5]. Le projet américain avançait si vite qu’Armand Bérard, diplomate en poste à Vichy et, après la Libération, conseiller d’ambassade à Washington (décembre 1944) puis à Bonn (août 1949), prédit en février 1952 : « les collaborateurs du Chancelier [Adenauer] considèrent en général que le jour où l’Amérique sera en mesure de mettre en ligne une force supérieure, l’URSS se prêtera à un règlement dans lequel elle abandonnera les territoires d’Europe Centrale et Orientale qu’elle domine actuellement. »[6] Les prémonitions, alors effarantes, de Bérard-Cassandre, sont en mai-juin 2014 dépassées : l’ancienne URSS, réduite à la Russie depuis 1991, est menacée à sa porte ukrainienne.

L’hégémonie idéologique « occidentale » accompagnant ce Drang nach Osten a été secondée par le temps écoulé depuis la Deuxième Guerre mondiale. Avant la Débâcle, « l’opinion française » s’était fait « dindonn[er] par les campagnes “idéologiques” » transformant l’URSS en loup et le Reich en agneau. La grande presse, propriété du capital financier, l’avait persuadée que l’abandon de l’alliée tchécoslovaque lui vaudrait préservation durable de la paix. « Une telle annexion sera et ne peut être qu’une préface à une guerre qui deviendra inévitable, et au bout des horreurs de laquelle la France courra le plus grand risque de connaître la défaite, le démembrement et la vassalisation de ce qui subsistera du territoire national comme État en apparence indépendant », avait averti, deux semaines avant Munich, une autre Cassandre du haut État-major de l’armée[7]. Trompée et trahie par ses élites, « la France » connut le destin prévu mais ses ouvriers et employés, subissant 50% de baisse des salaires réels et perdant 10-12 kg entre 1940 et 1944, se laissèrent moins « dindonn[er] par les campagnes “idéologiques” ».

Ils perçurent certes les réalités militaires plus tard que « les milieux bien informés », mais, en nombre croissant au fil des mois, ils suivirent sur les atlas ou les cartes de la presse collaborationniste l’évolution du « front de l’Est ». Ils comprirent que l’URSS, qui réclamait en vain depuis juillet 1941 l’ouverture, à l’Ouest, d’un « second front » allégeant son martyre, portait seule le poids de la guerre. L’« enthousiasme » que suscita en eux la nouvelle du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord (8 novembre 1942) était « éteint » au printemps suivant : « Aujourd’hui tous les espoirs sont tournés vers la Russie dont les succès remplissent de joie la population tout entière […] Toute propagande du parti communiste est devenue inutile […] la comparaison trop facile entre l’inaction inexplicable des uns et l’héroïque activité des autres prépare des jours pénibles à ceux qui s’inquiètent du péril bolchevique », trancha un rapport d’avril 1943 destiné au BCRA gaulliste[8].

Si duper les générations qui avaient conservé le souvenir du conflit était délicat, l’exercice est aujourd’hui devenu aisé. À la disparition progressive de ses témoins et acteurs s’est ajouté l’effondrement du mouvement ouvrier radical. Le PCF, « parti des fusillés », a longtemps informé largement, bien au-delà de ses rangs, sur les réalités de cette guerre. Ce qui en demeure en traite moins volontiers dans sa presse, elle-même en voie de disparition, voire bat sa coulpe sur le passé « stalinien » contemporain de sa Résistance. L’idéologie dominante, débarrassée d’un sérieux obstacle, a conquis l’hégémonie sur ce terrain comme sur les autres. La sphère académique n’oppose plus rien (voire s’associe) à l’intoxication déchaînée dans la presse écrite et audiovisuelle ou le cinéma[9]. Or, les préparatifs et objectifs du 6 juin 1944 ne sont éclairés ni par le film « Il faut sauver le soldat Ryan » ni par le long documentaire « Apocalypse ».

La Pax Americana vue par Armand Bérard en juillet 1941

C’est bien avant le « tournant » de Stalingrad (janvier-février 1943) que les élites françaises saisirent les conséquences américaines de la situation militaire née de la « résistance […] farouche du soldat russe ». En témoigne le rapport daté de la mi-juillet 1941 que le général Paul Doyen, président de la délégation française à la Commission allemande d’armistice de Wiesbaden, fit rédiger par son collaborateur diplomatique Armand Bérard[10] :

1° Le Blitzkrieg était mort. « Le tour pris par les opérations » contredisait le pronostic des « dirigeants [du] IIIème Reich [qui…] n’avaient pas prévu une résistance aussi farouche du soldat russe, un fanatisme aussi passionné de la population, une guérilla aussi épuisante sur les arrières, des pertes aussi sérieuses, un vide aussi complet devant l’envahisseur, des difficultés aussi considérables de ravitaillement et de communications.

Les batailles gigantesques de tanks et d’avions, la nécessité, en l’absence de wagons à écartement convenable, d’assurer par des routes défoncées des transports de plusieurs centaines de kilomètres entraînent, pour l’Armée allemande, une usure de matériel et une dépense d’essence qui risquent de diminuer dangereusement ses stocks irremplaçables de carburants et de caoutchouc. Nous savons que l’État-Major allemand a constitué trois mois de réserves d’essence. II faut qu’une campagne de trois mois lui permette de réduire à merci le communisme soviétique, de rétablir l’ordre en Russie sous un régime nouveau, de remettre en exploitation toutes les richesses naturelles du pays et en particulier les gisements, du Caucase. Cependant, sans souci de sa nourriture de demain, le Russe incendie au lance-flamme ses récoltes, fait sauter ses villages, détruit son matériel roulant, sabote ses exploitations ».

2° Le risque d’une défaite allemande (longuement détaillé par Bérard) contraignait les maîtres de la France à rallier un autre protecteur que l’impérialisme « continental » choisi depuis la « Réconciliation » des années 1920. Un tel tournant s’avérant impossible « dans les mois à venir », on passerait avec doigté de l’hégémonie allemande à l’américaine, inéluctable. Car « déjà les États-Unis sont sortis seuls vainqueurs de la guerre de 1918 : ils en sortiront plus encore du conflit actuel. Leur puissance économique, leur haute civilisation, le chiffre de leur population, leur influence croissante sur tous les continents, l’affaiblissement des États européens qui pouvaient rivaliser avec eux font que, quoi qu’il arrive, le monde devra, dans les prochaines décades, se soumettre à la volonté des États-Unis. »[11] Bérard distinguait donc dès juillet 1941 le futur vainqueur militaire soviétique – que le Vatican identifia clairement peu après[12] ‑, que la guerre d’attrition allemande épuiserait, du « seul vainqueur », par « puissance économique », qui pratiquerait dans cette guerre comme dans la précédente la « stratégie périphérique ».

« stratégie périphérique » et Pax Americana contre l’URSS

Les États-Unis, n’ayant jamais souffert d’occupation étrangère ni d’aucune destruction depuis la soumission du Sud agricole (esclavagiste) au Nord industriel, avaient cantonné leur armée permanente à des missions aussi impitoyables qu’aisées, avant (et éventuellement depuis) l’ère impérialiste : liquidation des populations indigènes, soumission de voisins faibles (« l’arrière-cour » latino-américaine) et répression intérieure. Pour l’expansion impériale, la consigne du chantre de l’impérialisme Alfred Mahan ‑ développer indéfiniment la Marine ‑, s’était enrichie sous ses successeurs des mêmes prescriptions concernant l’aviation[13]. Mais la modestie de leurs forces armées terrestres dictait leur incapacité dans un conflit européen. Victoire une fois acquise par pays interposé, fournisseur de la « chair à canon » (« canon fodder »), des forces américaines tardivement déployées investiraient, comme à partir du printemps 1918, le territoire à contrôler : désormais, ce serait à partir de bases aéronavales étrangères, celles d’Afrique du Nord s’ajoutant depuis novembre 1942 aux britanniques[14].

L’Entente tripartite (France, Angleterre, Russie) s’était en 1914 partagé le rôle militaire, finalement dévolu, vu le retrait russe, à la France surtout. C’est l’URSS seule qui l’assumerait cette fois dans une guerre américaine qui, selon l’étude secrète de décembre 1942 du Comité des chefs d’États-majors interarmées (Joint Chiefs of Staff, JCS), se fixait pour norme d’« ignorer les considérations de souveraineté nationale » des pays étrangers. En 1942-1943, le JCS 1° tira du conflit en cours (et du précédent) la conclusion que la prochaine guerre aurait « pour épine dorsale les bombardiers stratégiques américains » et que, simple « instrument de la politique américaine, une armée internationale » chargée des tâches subalternes (terrestres) « internationaliserait et légitimerait la puissance américaine »; et 2° dressa l’interminable liste des bases d’après-guerre sillonnant l’univers, colonies des « alliés » comprises (JCS 570) : rien ne pourrait nous conduire à « tolérer des restrictions à notre capacité à faire stationner et opérer l’avion militaire dans et au-dessus de certains territoires sous souveraineté étrangère », trancha le général Henry Arnold, chef d’état-major de l’Air, en novembre 1943[15].

La « Guerre froide » transformant l’URSS en « ogre soviétique »[16] débriderait les aveux sur la tactique subordonnant l’usage de la « chair à canon » des alliés (momentanés) aux objectifs des « bombardements stratégiques américains ». En mai 1949, Pacte atlantique signé (le 4 avril), Clarence Cannon, président de la commission des Finances de la Chambre des Représentants (House Committee on Appropriations) glorifia les fort coûteux « bombardiers terrestres de grand raid capables de transporter la bombe atomique qui “en trois semaines auraient pulvérisé tous les centres militaires soviétiques” » et se félicita de la « contribution » qu’apporteraient nos « alliés […] en envoyant les jeunes gens nécessaires pour occuper le territoire ennemi après que nous l’aurons démoralisé et anéanti par nos attaques aériennes. […] Nous avons suivi un tel plan pendant la dernière guerre »[17].

Les historiens américains Michael Sherry et Martin Sherwin l’ont montré : c’est l’URSS, instrument militaire de la victoire, qui était la cible simultanée des futures guerres de conquête – et non le Reich, officiellement désigné comme ennemi « des Nations unies »[18]. On comprend pourquoi en lisant William Appleman Williams, un des fondateurs de « l’école révisionniste » (progressiste) américaine. Sa thèse sur « les relations américano-russes de 1781 à 1947 » (1952) a démontré que l’impérialisme américain ne supportait aucune limitation à sa sphère d’influence mondiale, que la « Guerre froide », née en 1917 et non en 1945-1947, avait des fondements non idéologiques mais économiques, et que la russophobie américaine datait de l’ère impérialiste[19]. « L’entente [russo-américaine] lâche et informelle […] s’était rompue sur les droits de passage des chemins de fer [russes] de Mandchourie méridionale et de l’Est chinois entre 1895 et 1912 ». Les Soviets eurent au surplus l’audace d’exploiter eux-mêmes leur caverne d’Ali Baba, soustrayant aux capitaux américains leur immense territoire (22 millions de km2). Voilà ce qui généra « la continuité, de Theodore Roosevelt et John Hay à Franklin Roosevelt en passant par Wilson, Hugues et Hoover, de la politique américaine en Extrême-Orient »[20] ‑ mais aussi en Afrique et en Europe, autres champs privilégiés « d’un partage et d’un repartage du monde »[21] américains renouvelés sans répit depuis 1880-1890.

Washington prétendait opérer ce « partage-repartage » à son bénéfice exclusif, raison fondamentale pour laquelle Roosevelt mit son veto à toute discussion en temps de guerre avec Staline et Churchill sur la répartition des « zones d’influence ». L’arrêt des armes lui assurerait la victoire militaire à coût nul, vu l’état pitoyable de son grand rival russe, ravagé par l’assaut allemand[22]. En février-mars 1944, le milliardaire Harriman, ambassadeur à Moscou depuis 1943, s’accordait avec deux rapports des services « russes » du Département d’État (« Certains aspects de la politique soviétique actuelle » et « La Russie et l’Europe orientale ») pour penser que l’URSS, « appauvrie par la guerre et à l’affût de notre assistance économique […,] un de nos principaux leviers pour orienter une action politique compatible avec nos principes », n’aurait même pas la force d’empiéter sur l’Est de l’Europe bientôt américaine. Elle se contenterait pour l’après-guerre d’une promesse d’aide américaine, ce qui nous permettrait « d’éviter le développement d’une sphère d’influence de l’Union Soviétique sur l’Europe orientale et les Balkans »[23]. Pronostic manifestant un optimisme excessif, l’URSS n’ayant pas renoncé à s’en ménager une.

La Pax Americana dans le tronçon français de la zone d’influence

Les plans de paix synarchique…

Ce « levier » financier était, tant à l’Ouest qu’à l’Est, « une des armes les plus efficaces à notre disposition pour influer sur les événements politiques européens dans la direction que nous désirons »[24].

En vue de cette Pax Americana, la haute finance synarchique, cœur de l’impérialisme français particulièrement représenté outre-mer – Lemaigre-Dubreuil, chef des huiles Lesieur (et de sociétés pétrolières), le président de la banque d’Indochine Paul Baudouin, dernier ministre des Affaires étrangères de Reynaud et premier de Pétain, etc. –, négocia, plus activement depuis le second semestre 1941, avec le financier Robert Murphy, délégué spécial de Roosevelt en Afrique du Nord. Futur premier conseiller du gouverneur militaire de la zone d’occupation américaine en Allemagne et un des chefs des services de renseignements, de l’Office of Strategic Services (OSS) de guerre à la Central Intelligence Agency de 1947, il s’était installé à Alger en décembre 1940. Ce catholique intégriste y préparait le débarquement des États-Unis en Afrique du Nord, tremplin vers l’occupation de l’Europe qui commencerait par le territoire français quand l’URSS s’apprêterait à franchir ses frontières de 1940-1941 pour libérer les pays occupés[25]. Ces pourparlers secrets furent tenus en zone non occupée, dans « l’empire », via les « neutres », des pro-hitlériens Salazar et Franco, sensibles aux sirènes américaines, aux Suisses et aux Suédois, et via le Vatican, aussi soucieux qu’en 1917-1918 d’assurer une paix douce au Reich vaincu. Prolongés jusqu’à la fin de la guerre, ils inclurent dès 1942 des plans de « retournement des fronts », contre l’URSS, qui percèrent avant la capitulation allemande[26] mais n’eurent plein effet qu’après les 8-9 mai 1945.

Traitant d’affaires économiques immédiates (en Afrique du Nord) et futures (métropolitaines et coloniales pour l’après-Libération) avec les grands synarques, Washington comptait aussi sur eux pour évincer de Gaulle, également haï des deux parties. En aucun cas parce qu’il était une sorte de dictateur militaire insupportable, conformément à une durable légende, au grand démocrate Roosevelt. De Gaulle déplaisait seulement parce que, si réactionnaire qu’il eût été ou fût, il tirait sa popularité et sa force de la Résistance intérieure (surtout communiste) : c’est à ce titre qu’il entraverait la mainmise totale des États-Unis, alors qu’un « Vichy sans Vichy » offrirait des partenaires honnis du peuple, donc aussi dociles « perinde ac cadaver » aux injonctions américaines qu’ils l’étaient aux ordres allemands. Cette formule américaine, finalement vouée à l’échec vu le rapport de forces général et français, eut donc pour héros successifs, de 1941 à 1943, les cagoulards vichystes Weygand, Darlan puis Giraud, champions avérés de dictature militaire[27], si représentatifs du goût de Washington pour les étrangers acquis à la liberté de ses capitaux et à l’installation de ses bases aéronavales[28].

On ne s’efforçait pas d’esquiver de Gaulle pour subir les Soviets : épouvantés par l’issue de la bataille de Stalingrad, les mêmes financiers français dépêchèrent aussitôt à Rome leur tout dévoué Emmanuel Suhard, instrument depuis 1926 de leurs plans de liquidation de la République. Le cardinal-archevêque (de Reims) avait été, la Cagoule ayant opportunément en avril 1940 liquidé son prédécesseur Verdier, nommé à Paris en mai juste après l’invasion allemande (du 10 mai) : ses mandants et Paul Reynaud, complice du putsch Pétain-Laval imminent, l’envoyèrent amorcer à Madrid le 15 mai, via Franco, les tractations de « Paix » (capitulation) avec le Reich[29]. Suhard fut donc à nouveau chargé de préparer, en vue de la Pax Americana, les pourparlers avec le nouveau tuteur : il devait demander à Pie XII de poser « à Washington », via Myron Taylor, ancien président de l’US Steel et depuis l’été 1939 « représentant personnel » de Roosevelt « auprès du pape », « la question suivante : “Si les troupes américaines sont amenées à pénétrer en France, le gouvernement de Washington s’engage-t-il à ce que l’occupation américaine soit aussi totale que l’occupation allemande ?” », à l’exclusion de toute « autre occupation étrangère (soviétique). Washington a répondu que les États-Unis se désintéresseraient de la forme future du gouvernement de la France et qu’ils s’engageaient à ne pas laisser le communisme s’installer dans le pays »[30]. La bourgeoisie, nota un informateur du BCRA fin juillet 1943, « ne croyant plus à la victoire allemande, compte […] sur l’Amérique pour lui éviter le bolchevisme. Elle attend le débarquement anglo-américain avec impatience, tout retard lui apparaissant comme une sorte de trahison ». Ce refrain fut chanté jusqu’à la mise en œuvre de l’opération « Overlord »[31].

… contre les espérances populaires

Au « bourgeois français [qui avait] toujours considéré le soldat américain ou britannique comme devant être naturellement à son service au cas d’une victoire bolchevique », les RG opposaient depuis février 1943 « le prolétariat », qui exultait: « les craintes de voir “sa” victoire escamotée par la haute finance internationale s’estompent avec la chute de Stalingrad et l’avance générale des soviets »[32]. De ce côté, à la rancœur contre l’inaction militaire des Anglo-Saxons contre l’Axe s’ajouta la colère provoquée par leur guerre aérienne contre les civils, ceux des « Nations unies » compris. Les « bombardements stratégiques américains », ininterrompus depuis 1942, frappaient les populations mais épargnaient les Konzerne partenaires, IG Farben en tête comme le rapporta en novembre « un très important industriel suédois en relations étroites avec [le géant chimique], retour d’un voyage d’affaires en Allemagne » : à Francfort, « les usines n’ont pas souffert », à Ludwigshafen, « les dégâts sont insignifiants », à Leverkusen, « les usines de l’IG Farben […] n’ont pas été bombardées »[33].

Rien ne changea jusqu’en 1944, où un long rapport de mars sur « les bombardements de l’aviation anglo-américaine et les réactions de la population française » exposa les effets de « ces raids meurtriers et inopérants » : l’indignation enflait tant depuis 1943 qu’elle ébranlait l’assise du contrôle américain imminent du territoire. Depuis septembre 1943 s’étaient intensifiées les attaques contre la banlieue de Paris, où les bombes étaient comme « jetées au hasard, sans but précis, et sans le moindre souci d’épargner des vies humaines ». Nantes avait suivi, Strasbourg, La Bocca, Annecy, puis Toulon, qui avait « mis le comble à la colère des ouvriers contre les Anglo-Saxons » : toujours les mêmes morts ouvriers et peu ou pas d’objectifs industriels touchés. Les opérations préservaient toujours l’économie de guerre allemande, comme si les Anglo-Saxons « craignaient de voir finir la guerre trop vite ». Ainsi trônaient intacts les hauts-fourneaux, dont la « destruction paralyserait immédiatement les industries de transformation, qui cesseraient de fonctionner faute de matières premières ». Se répandait « une opinion très dangereuse […] dans certaines parties de la population ouvrière qui a été durement frappée par les raids. C’est que les capitalistes anglo-saxons ne sont pas mécontents d’éliminer des concurrents commerciaux, et en même temps de décimer la classe ouvrière, de la plonger dans un état de détresse et de misère qui lui rendra plus difficile après la guerre la présentation de ses revendications sociales. Il serait vain de dissimuler que l’opinion française est, depuis quelque temps, considérablement refroidie à l’égard des Anglo-Américains », qui reculent toujours devant « le débarquement promis […]. La France souffre indiciblement […] Les forces vives du pays s’épuisent à une cadence qui s’accélère de jour en jour, et la confiance dans les alliés prend une courbe descendante. […] Instruits par la cruelle réalité des faits, la plupart des ouvriers portent désormais tous leurs espoirs vers la Russie, dont l’armée est, à leur avis, la seule qui puisse venir à bout dans un délai prochain de la résistance des Allemands »[34].

C’est donc dans une atmosphère de rancœur contre ces « alliés » aussi bienveillants pour le Reich qu’avant et après 1918 qu’eut lieu leur débarquement du 6 juin 1944. Colère et soviétophilie populaires persistèrent, donnant au PCF un écho qui inquiétait l’État gaulliste imminent : « le débarquement a enlevé à sa propagande une part de sa force de pénétration », mais « le temps assez long qu’ont mis les armées anglo-américaines à débarquer sur le sol français a été exploité pour démontrer que seule l’armée russe était en mesure de lutter efficacement contre les nazis. Les morts provoquées par les bombardements et les douleurs qu’elles suscitent servent également d’éléments favorables à une propagande qui prétend que les Russes se battent suivant les méthodes traditionnelles et ne s’en prennent point à la population civile »[35].

 

Le déficit de sympathie enregistré dans ce morceau initial de la sphère d’influence américaine se maintint entre la Libération de Paris et la fin de la guerre en Europe, comme l’attestent les sondages de l’Ifop d’après-Libération, parisien (« du 28 août au 2 septembre 1944 ») et de mai 1945, national (déjà cité)[36]. Il fut après-guerre, on l’a dit, d’abord progressivement, puis brutalement comblé. Il n’est donc plus grand monde pour rappeler qu’après la bataille des Ardennes (décembre 1944-janvier 1945), seuls combats importants livrés par les Anglo-Saxons contre des troupes allemandes (9 000 morts américains)[37], le haut-commandement de la Wehrmacht négocia fébrilement sa reddition « aux armées anglo-américaines et le report des forces à l’Est »;

que, fin mars 1945, « 26 divisions allemandes demeuraient sur le front occidental », à seule fin d’évacuation « vers l’Ouest » par les ports du Nord, « contre 170 divisions sur le front de l’Est », qui combattirent farouchement jusqu’au 9 mai (date de la libération de Prague)[38];

que le libérateur américain, qui avait doublé à la faveur de la guerre son revenu national, avait sur les fronts du Pacifique et d’Europe perdu 290 000 soldats de décembre 1941 à août 1945[39] : soit l’effectif soviétique tombé dans les dernières semaines de la chute de Berlin, et 1% du total des morts soviétiques de la « Grande guerre patriotique », près de 30 millions sur 50.

Du 6 juin 1944 au 9 mai 1945, Washington acheva de mettre en place tout ou presque pour rétablir le « cordon sanitaire » que les rivaux impérialistes anglais et français avaient édifié en 1919 ; et pour transformer en bête noire le pays le plus chéri des peuples d’Europe (français inclus). La légende de la « Guerre froide » mériterait les mêmes correctifs que celle de l’exclusive libération américaine de l’Europe[40].

 

[1] Frédéric Dabi, « 1938-1944 : Des accords de Munich à la libération de Paris ou l’aube des sondages d’opinion en France », février 2012, http://www.revuepolitique.fr/1938-1944-laube-des-sondages-dopinion-en-france/, chiffres extraits du tableau, p. 5. Total inférieur à 100 : 3 autres données : Angleterre; 3 pays; sans avis.

[2] Ibid., p. 4.

[3] Campagne si délirante qu’un journal électronique lié aux États-Unis a le 2 mai 2014 a prôné quelque pudeur sur l’équation CIA-démocratie http://www.huffingtonpost.fr/charles-grandjean/liberte-democratie-armes-desinformation-massive-ukraine_b_5252155.html

[4] Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l’Europe et le Reich 1914-1944, Paris, Armand Colin, 2010 (2e édition), passim.

[5] Lynn E. Davis, The Cold War begins […] 1941-1945, Princeton, Princeton UP, 1974; Lloyd Gardner, Spheres of influence […], 1938-1945, Chicago, Ivan R. Dee, 1993; Geoffrey Roberts, Stalin’s Wars: From World War to Cold War, 1939-1953. New Haven & London: Yale University Press, 2006, traduction chez Delga, septembre 2014.

[6] Tél. 1450-1467 de Bérard, Bonn, 18 février 1952, Europe généralités 1949-1955, 22, CED, archives du ministère des Affaires étrangères (MAE).

[7] Note État-major, anonyme, 15 septembre 1938 (modèle et papier des notes Gamelin), N 579, Service historique de l’armée de terre (SHAT).

[8] Moral de la région parisienne, note reçue le 22 avril 1943, F1a, 3743, Archives nationales (AN).

[9] Lacroix-Riz, L’histoire contemporaine toujours sous influence, Paris, Delga-Le temps des cerises, 2012.

[10] Revendication de paternité, t. 1 de ses mémoires, Un ambassadeur se souvient. Au temps du danger allemand, Paris, Plon, 1976, p. 458, vraisemblable, vu sa correspondance du MAE.

[11] Rapport 556/EM/S au général Koeltz, Wiesbaden, 16 juillet 1941, W3, 210 (Laval), AN.

[12] Les difficultés « des Allemands » nous menacent, se lamenta fin août Tardini, troisième personnage de la secrétairerie d’État du Vatican, d’une issue « telle que Staline serait appelé à organiser la paix de concert avec Churchill et Roosevelt », entretien avec Léon Bérard, lettre Bérard, Rome-Saint-Siège, 4 septembre 1941, Vichy-Europe, 551, archives du ministère des Affaires étrangères (MAE).

[13] Michael Sherry, Preparation for the next war, American Plans for postwar defense, 1941-1945, New Haven, Yale University Press, 1977, chap. 1, dont p. 39.

[14] Exemples français et scandinave (naguère fief britannique), Lacroix-Riz, « Le Maghreb: allusions et silences de la chronologie Chauvel », La Revue d’Histoire Maghrébine, Tunis, février 2007, p. 39-48; Les Protectorats d’Afrique du Nord entre la France et Washington du débarquement à l’indépendance 1942-1956, Paris, L’Harmattan, 1988, chap. 1; « L’entrée de la Scandinavie dans le Pacte atlantique (1943-1949): une indispensable “révision déchirante” », guerres mondiales et conflits contemporains (gmcc), 5 articles, 1988-1994, liste, http://www.historiographie.info/cv.html.

[15] Sherry, Preparation, p. 39-47 (citations éparses).

[16] Sarcasme de l’ambassadeur américain H. Freeman Matthews, ancien directeur du bureau des Affaires européennes, dépêche de Dampierre n° 1068, Stockholm, 23 novembre 1948, Europe Généralités 1944-1949, 43, MAE.

[17] Tél. Bonnet n° 944-1947, Washington, 10 mai 1949, Europe généralités 1944-1949, 27, MAE, voir Lacroix-Riz, « L’entrée de la Scandinavie », gmcc, n° 173, 1994, p. 150-151 (150-168).

[18] Martin Sherwin, A world destroyed. The atomic bomb and the Grand Alliance, Alfred a Knopf, New York, 1975; Sherry Michael, Preparation; The rise of American Air Power: the creation of Armageddon, New Haven, Yale University Press, 1987; In the shadow of war : the US since the 1930’s, New Haven, Yale University Press, 1995.

[19] Williams, Ph.D., American Russian Relations1781-1947, New York, Rinehart & Co., 1952, et The Tragedy of American Diplomacy, Dell Publishing C°, New York, 1972 (2e éd).

[20] Richard W. Van Alstyne, recension d’American Russian Relations, The Journal of Asian Studies, vol. 12, n° 3, 1953, p. 311.

[21] Lénine, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, Essai de vulgarisation, Paris, Le Temps des cerises, 2001 (1e édition, 1917), p. 172. Souligné dans le texte.

[22] Élément clé de l’analyse révisionniste, dont Gardner, Spheres of influence, essentiel.

[23] Tél. 861.01/2320 de Harriman, Moscou, 13 mars 1944, Foreign Relations of the United States 1944, IV, Europe, p 951 (en ligne).

[24] Ibid.

[25] Lacroix-Riz, « Politique et intérêts ultra-marins de la synarchie entre Blitzkrieg et Pax Americana, 1939-1944 », in Hubert Bonin et al., Les entreprises et l’outre-mer français pendant la Seconde Guerre mondiale, Pessac, MSHA, 2010, p. 59-77; « Le Maghreb: allusions et silences de la chronologie Chauvel », La Revue d’Histoire Maghrébine, Tunis, février 2007, p. 39-48.

[26] Dont la capitulation de l’armée Kesselring d’Italie, opération Sunrise négociée en mars-avril 1945 par Allen Dulles, chef de l’OSS-Europe en poste à Berne, avec Karl Wolff, « chef de l’état-major personnel de Himmler » responsable de « l’assassinat de 300 000 juifs », qui ulcéra Moscou. Lacroix-Riz, Le Vatican, chap. 10, dont p. 562-563, et Industriels et banquiers français sous l’Occupation, Paris, Armand Colin, 2013, chap. 9.

[27] Jean-Baptiste Duroselle, L’Abîme 1939-1945, Paris, Imprimerie nationale, 1982, passim; Lacroix-Riz, « Quand les Américains voulaient gouverner la France », Le Monde diplomatique, mai 2003, p. 19; Industriels, chap. 9.

[28] David F Schmitz, Thank God, they’re on our side. The US and right wing dictatorships, 1921-1965, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1999.

[29] Index Suhard Lacroix-Riz, Le choix de la défaite : les élites françaises dans les années 1930, et De Munich à Vichy, l’assassinat de la 3e République, 1938-1940, Paris, Armand Colin, 2010 (2e édition) et 2008.

[30] LIBE/9/14, 5 février 1943 (visite récente), F1a, 3784, AN. Taylor, Vatican, chap. 9-11 et index.

[31] Information d’octobre, reçue le 26 décembre 1943, F1a, 3958, AN, et Industriels, chap. 9.

[32] Lettre n° 740 du commissaire des RG au préfet de Melun, 13 février 1943, F7, 14904, AN.

[33] Renseignement 3271, arrivé le 17 février 1943, Alger-Londres, 278, MAE.

[34] Informations du 15 mai, diffusées les 5 et 9 juin 1944, F1a, 3864 et 3846, AN.

[35] Information du 13 juin, diffusée le 20 juillet 1944, « le PC à Grenoble », F1a, 3889, AN.

[36] M. Dabi, directeur du département Opinion de l’Ifop, phare de l’ignorance régnant en 2012 sur l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, déplore le résultat de 1944 : « une très nette majorité (61%) considèrent que l’URSS est la nation qui a le plus contribué à la défaite allemande alors que les États-Unis et l’Angleterre, pourtant libérateurs du territoire national [fin août 1944??], ne recueillent respectivement que 29,3% et 11,5% », « 1938-1944 », p. 4, souligné par moi.

[37] Jacques Mordal, Dictionnaire de la Seconde Guerre mondiale, Paris, Larousse, 1979, t. 1, p. 109-114.

[38] Gabriel Kolko, The Politics of War. The World and the United States Foreign Policy, 1943-1945, New York, Random House, 1969, chap. 13-14.

[39] Pertes « militaires uniquement », Pieter Lagrou, « Les guerres, la mort et le deuil : bilan chiffré de la Seconde Guerre mondiale », in Stéphane Audoin-Rouzeau et al., dir., La violence de guerre 1914-1945, Bruxelles, Complexe, 2002, p. 322 (313-327).

[40] Bibliographie, Jacques Pauwels, Le Mythe de la bonne guerre : les USA et la Seconde Guerre mondiale, Bruxelles, Éditions Aden, 2012, 2e édition; Lacroix-Riz, Aux origines du carcan européen, 1900-1960. La France sous influence allemande et américaine, Paris, Delga-Le temps des cerises, 2014.

LE DÉBARQUEMENT DU 6 JUIN 1944 DU MYTHE D’AUJOURD’HUI À LA RÉALITÉ HISTORIQUE

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"Big bang territorial" un grand débat démocratique s’impose

3 Juin 2014, 16:40pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

la nouvelle carte des régions proposée par Hollande

Dans une tribune publiée sur le site de l’Elysée et reprise aujourd’hui dans la presse quotidienne régionale, François Hollande propose de ramener de 22 à 14 le nombre de régions métropolitaines. Il affirme que "la nouvelle carte sera soumise au débat parlementaire et appelle à ne pas tergiverser".

Il souhaite que les 14 nouvelles régions aient "davantage de responsabilités". "Elles seront la seule collectivité compétente pour soutenir les entreprises et porter les politiques de formation et d’emploi, pour intervenir en matière de transports, des trains régionaux aux bus en passant par les routes, les aéroports et les ports. Elles géreront les lycées et les collèges. Elles auront en charge l’aménagement et les grandes infrastructures".

"Pour remplir leur rôle, elles disposeront de moyens financiers propres et dynamiques. Et elles seront gérées par des assemblées de taille raisonnable. Ce qui veut dire moins d’élus" explique F. Hollande.

Il annonce la suppression progressive des conseils généraux, les nouvelles régions et les intercommunalités devant absorber l’essentiel des compétences des départements. A terme, une réforme constitutionnelle devrait être adoptée pour supprimer le conseil général à l’horizon 2020.

Il déclare que le département devrait cependant demeurer une circonscription de référence pour l’État autour du préfet.

François Hollande souhaite que les prochaines élections régionales se tiennent dans le cadre des nouvelles régions. Pour cela, les élections devraient être reportées à l’automne 2015 (au lieu de mars 2015). Des élections départementales devraient également être organisées à cette date.

Les régions qui restent inchangées :

Bretagne
Pays-de-la-Loire
Aquitaine
Nord-Pas-de-Calais
Corse
Ile-de-France
Provence-Alpes-Côte d’Azur

Les régions qui fusionnent :

Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon
Bourgogne et Franche-Comté
Picardie et Champagne-Ardennes
Auvergne et Rhône-Alpes
Alsace et Lorraine
Poitou-Charentes, Centre et Limousin
Basse et Haute Normandie

Dès la déclaration de politique générale du nouveau Premier ministre annonçant autoritairement un bouleversement territorial, une mise au standard libéral des institutions françaises, de multiples réactions ont témoigné du danger que cela représentait pour la démocratie, les services publics mais aussi pour l’emploi. 

La parution de la loi sur l’organisation territoriale est venue confirmer, dans l’esprit comme dans le texte, les objectifs poursuivis par le gouvernement.

Dans le même temps, a été annoncée une ponction de 50 milliards d’euros sur les politiques publiques dont 11 milliards sur les collectivités locales, portant un coup sérieux à leur fonctionnement et à l’investissement public.

Il convient face à ce " big bang territorial " de croiser les différentes analyses, intensifier les échanges entre élus locaux et parlementaires. Il s’agit également de dégager des pistes de solutions alternatives pour démocratiser les institutions et donner enfin aux citoyens les moyens de participer aux décisions et de se prononcer souverainement.

Il faut un référendum !

"Big bang territorial" un grand débat démocratique s’impose

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Mardi 3 juin 2014, LES RETRAITÉS marchent sur PARIS [informations pratiques - parcours]

3 Juin 2014, 05:57am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

La réalité d’aujourd’hui pour les retraités c’est :

- Une pension mensuelle moyenne mensuelle de 1.550 euros pour les hommes et de 899 euros pour les femmes.

- 4,2 millions de retraités touchent le minimum contributif (629 euros), et leur nombre augmente chaque année : en 2012, 25 % des hommes et 50 % des femmes voient leur retraite liquidée sur cette base.

- Le taux de pauvreté des retraités ne cesse d’augmenter : 17 % vivent avec moins de 600 euros par mois et 10 % des retraités ont recours aux associations caritatives pour pouvoir se nourrir.

- 14% des retraités renoncent aux soins faute de moyens.

- De plus en plus de retraités sont contraints de prendre un travail pour boucler les fins de mois; en 6 ans, leur nombre a triplé.

- Même avec une retraite de 2000 euros par mois, par exemple, (niveau de retraite de plus en plus rare), les retraités sont de plus en plus contraints d’être plus attentifs à leurs dépenses : les charges incompressibles ne cessent d’augmenter (loyer, électricité, gaz, assurances, complémentaires santé, impôts…)

 

Actifs ou retraités, vivre dignement et mieux, passe nécessairement par la mobilisation et par la lutte.

*****

      ORGANISATION DE LA JOURNÉE du 3 JUIN 2014 :

 

Rassemblement à partir de 11 heures place Joffre qui se trouve dans le prolongement du Champ de Mars (Métro « École Militaire » ligne 8 ).

 

Prises de parole des organisations appelant à la manifestation sur la place Joffre avec animation musicale.

 

Pour la restauration, le pique-nique sera pris sur place et les pelouses alentours. Les militants de la Région parisienne accueilleront les manifestants sur les stands avec sandwichs  et boissons.

 

Manifestation en direction de Montparnasse

 

Ordre de la manifestation : CGT, FO, CFTC, Solidaires, FSU, FGRFP, UNRPA, LSR.

Parcours : Avenue de la Motte-Picquet => Avenue de Tourville => Boulevard des Invalides=> Boulevard Montparnasse

 

Arrivée devant la Gare MONTPARNASSE

 

Fin de la manifestation vers 16 heures.

 

Nous devons démontrer au pouvoir en place notre détermination à gagner sur nos revendications.

Pour être entendu, donnons de la voix avec les slogans, les trompettes, les tambours, les cornemuses, les sifflets…

Pour être vu, manifestons colorés.

N’oubliez pas vos foulards, vos drapeaux, vos banderoles et continuons à mobiliser, à inscrire pour remplir les bus, les trains, les voitures…

 

 

Source : VIE NOUVELLE

 

Mardi 3 juin 2014, LES RETRAITÉS marchent sur PARIS [informations pratiques - parcours]

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Traité transatlantique: PS contre Front de Gauche et écologistes

1 Juin 2014, 08:33am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

22 mai 2014 sur Médiapart |  Par Lénaïg Bredoux

À l’occasion d’un débat à l’Assemblée nationale, les socialistes ont détricoté une résolution du Front de gauche, soutenue par les écologistes, demandant la suspension des négociations sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis.

Le débat en est devenu surréaliste. Jeudi, les députés ont examiné une résolution du groupe Front de gauche à l’Assemblée nationale demandant la suspension des négociations sur le projet de traité de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis. Sauf que le PS a complètement dénaturé le texte, plutôt que de s’y opposer à trois jours des élections européennes.

« Le groupe Front de gauche s’est vu contraint de voter contre son propre texte. »La première phrase du chassaignecommuniqué des députés communistes et apparentés résume l’absurdité de ce qui s’est joué dans l’hémicycle jeudi après-midi. En résumé : le Front de gauche dispose chaque année d’une niche parlementaire au cours de laquelle il peut soumettre des textes au vote. Cette fois, il a choisi une résolution demandant la suspension des négociations sur l’accord de libre-échange avec les États-Unis (appelé TTIP ou TAFTA). Une position partagée par les écologistes, par une poignée d’élus de droite et par la députée FN Marion Maréchal-Le Pen.

Mais à trois jours des européennes, le PS n’a pas voulu s’opposer frontalement au texte. Il a donc choisi de multiplier les amendements pour le détricoter : exit la demande de suspension des négociations, pourtant au cœur de la résolution, ou l’exigence de retirer le mécanisme de règlement des différends, vivement contesté par les opposants au Traité (lire notre article sur le piège caché).

En commission la semaine dernièreles échanges avaient été surréalistes : la députée PS Estelle Grelier, tout sourire, avait ainsi fait adopter un« amendement dur », selon son expression, pour remplacer la suspension des négociations par « l’exercice d’une grande vigilance ». Commentaire impuissant d’André Chassaigne, député PCF en charge du texte : « Notre proposition de résolution sera un couteau sans lame qui aura perdu son manche. »

Jeudi, rebelote, dans l’hémicycle, où le PS dispose de la majorité, même si bien peu de députés ont assisté aux débats. Le Front de gauche et Europe Écologie-Les Verts (ici ou  par exemple) ont bien déposé des amendements pour revenir au texte initial. En vain. La résolution se contente pour l’essentiel d’en appeler à davantage de transparence dans les négociations.

Finalement, le Front de gauche a voté contre : « Les députés socialistes ont préféré dénaturer notre texte, car ils n’assumaient pas de voter une dénonciation de la dérive libérale et atlantiste du gouvernement. » Et les écologistes ont refusé de prendre part au vote, dénonçant une « mascarade » (voir l’intervention du député EELV Jean-Louis Roumegas).

Depuis plusieurs mois, les socialistes font assaut d’ambiguïtés et multiplient les déclarations contradictoires sur le traité de libre-échange en cours de négociations. L’an dernier, les militants du PS avaient majoritairement voté pour la suspension des discussions – c’était dans le cadre de la convention Europe, sous forme d’un amendement (le n° 10), déposé par l’aile gauche du parti. Mais ces votes avaient fait l’objet d’un psychodrame incompréhensible, comme le PS en a le secret.

À l’inverse, en mai 2013, au diapason du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, les eurodéputés socialistes français avaient soutenu le mandat donné à la Commission européenne pour mener les négociations. À l’exception de trois élus de l’aile gauche Liêm Hoang-Ngoc, Françoise Castex et Isabelle Thomas qui avaient voté contre. Sauf que jeudi, à l’Assemblée, l’aile gauche du PS a fait profil bas : hormis une intervention à la tribune de la députée Nathalie Chabanne, qui s’est dite favorable à un référendum, aucun député de son courant n’a voté les amendements du Front de gauche.

image_draculaGlobalement, le PS s’est convaincu qu’un tel traité pourrait avoir des avantages pour la France, en relançant la croissance européenne, et qu’il valait mieux négocier que de s’opposer par principe.

Mais à l’approche du vote des européennes, les socialistes ont pris peur, inquiets de voir se reproduire le « syndrome du plombier polonais de 2005 », selon l’expression d’une ministre du gouvernement. En meeting, ils multiplient les critiques, jurent qu’ils seront très vigilants et soulignent que de telles négociations pourraient durer bien longtemps. Il faut « dédramatiser »,insiste la secrétaire d’État au commerce extérieur Fleur Pellerin.

Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture et porte-parole du gouvernement, le dit au détour d’une conversation en listant toutes les raisons pour lesquelles un tel traité est encore bien incertain : « Aux États-Unis, Barack Obama n’a pas de majorité. D’autant moins qu’il risque de perdre les mid-terms. Par ailleurs, l’accès aux marchés publics américains est une contrepartie indispensable. Or l’État fédéral américain renvoie vers les États. Tout cela peut durer des années. »

Les chefs de file PS aux européennes se sont même fendus d’une tribune dans Le Monde pour prendre leurs distances avec les négociations en rappelant leur attachement au « juste échange ». Ils promettent également qu’ils refuseront le fameux mécanisme de règlement des différends, qui doit permettre à une entreprise privée de faire condamner un État par un tribunal de droit privé. Mais sans rappeler que la France n’a pas exigé qu’il soit exclu du mandat de négociations !

Sur le plateau de Mediapart, face à Jean-Luc Mélenchon (PG) et Emmanuelle Cosse (EELV), tous deux opposés au TTIP, le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis avait aussi lâché : « Pour l’instant, c’est non. Parce qu’on ne dit pas “oui” à quelque chose qu’on ne connaît pas. » Puis : « Ce qui nous revient (des négociations tenues secrètes, ndlr), ce n’est pas acceptable. »

Sauf qu’en février, lors d’une visite aux États-UnisFrançois Hollande avait dit tout le contraire : « Aller vite n’est pas un problème, c’est une solution. Nous avons tout à gagner à aller vite. Sinon, nous savons bien qu’il y aura une accumulation de peurs, de menaces, de crispations. »

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Comité d'entreprise, délégués du personnel : vers une «suspension» des seuils sociaux

31 Mai 2014, 18:20pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Selon la taille, l'entreprise est en effet contrainte à un certain nombre de dispositions. Par exemple à partir de 50 salariés, l'employeur est tenu de créer un comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) avec formation de ses membres, un comité d'entreprise qui doit se réunir régulièrement. Il doit également mettre en place un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) en cas de projet de licenciement économique collectif.

«Les organisations patronales affirment que les seuils constituent des freins à l'embauche. Je dis donc aux organisations syndicales que le meilleur moyen de faire tomber cet argument, c'est de tenter l'expérience», a lancé François Rebsamen aux journaux du groupe Ebra. Et d'insister: «Si cela crée de l'emploi, tant mieux, sinon, on remettra les seuils en vigueur et on n'entendra plus l'argument patronal».

Bien conscient que ces seuils ont initialement été créés dans l'intérêt du salarié, le ministre socialiste a tout de même précisé qu'il n'était pas question de les supprimer totalement. «Gardons le principe des seuils, à dix pour créer des délégués du personnel, et à cinquante pour le comité d'entreprise, mais suspendons leur enclenchement durant trois ans», a-t-il détaillé.

Une façon également de se montrer à l'écoute des organisations patronales puisque, reçu en avril par le Premier ministre Manuel Valls, le président de CGPME, Jean-François Roubaud, avait lui-même suggéré cette «expérience». Et l'UMP Patrick Devedjian de commenter sur Twitter: «Si Rebsamen suspend les seuils sociaux il fera ce que la droite n'a jamais osé: c'est objectivement courageux».

Une «bêtise» selon la CGT

La précision de la suspension temporaire ne rassure toutefois pas les syndicats. Une telle mesure «est une bêtise», selon le numéro un de la CGT, Thierry Lepaon. Selon lui c'est «considérer que les représentants du personnel, les droits des salariés, le syndicalisme sont un frein au développement de l'entreprise, alors qu'au contraire c'est une chance», défend-il.

«François Hollande, Manuel Valls et François Rebsamen n'ont à la bouche que le dialogue social et les accords d'entreprise» mais «dès que le Medef aboie sur la question des seuils» ils proposent «un moratoire».

 

Nicolas Maury

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Ils luttent

31 Mai 2014, 17:15pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Cheminots : Le 22 mai, les cheminots ont pris l’avenir de la SNCF, de leur statut social et du service public en mains.

22.000 salariés de la SNCF  venus de toute la France ont manifesté à Paris pour le service publics et l’emploi contre la politique de casse du gouvernement.  3.000 cheminots et commerciaux s’étaient retrouvés dès 11h. du matin devant le siège de la direction...

 

Les 300 salariés des papeteries de l’entreprise Arjowiggins à Wizernes (Pas de Calais) sont en grève, pour défendre leur emploi.

La direction veut fermer leur usine. Depuis l’annonce de la fermeture les salariés sont en grève et le font s’avoir autour d’eux. Manifestations, actions auprès des pouvoirs publics. Une  journée portes ouvertes le 24 mai a recueilli un grand succès auprès de la population de cette région durement frappée par le chômage l’un des plus haut de France après la fermeture des mines, du textile, des industries mécaniques.

Cette multinationale française implantée en France, aux USA, en Angleterre et en Chine est une spécialiste de la fermeture d’usines en France. En 2009 elle ferme l’usine du Faya (Ardèche) et supprime une production à Wizermes, première étape de la fermeture totale de celle-ci annoncée aujourd’hui

Sa situation financière est bonne avec une capitalisation boursière de 132 millions d’euros mais il leur faut toujours plus de profit. Pour une multinationale française ou étrangère qu’importe le sort de 300 salariés et de leurs familles.

 

Les postiers du Centre de distribution  de Paris 15 sont en grève depuis le 20 mai, contre la suppression de plusieurs dizaines de tournées et d’emplois.

Roger Domard au nom de Communistes est aller les saluer et leur apporter notre soutien total.  Il a rappelé notre condamnation de la politique de liquidation du service public et  de la suppression massive d’emplois engagée par la poste et le gouvernement.

 

A Drusenheim dans le Bas-Rhin, 400 salariés de l’usine de caddies sont en grève depuis le 19 mai, pour la sauvegarde de leur emploi et assurer la pérennité de leur entreprise.

 

A la préfecture du Bas Rhin Il a fallu 9 semaines de grève des salariés pour que la direction ordonne à l’usine d’incinération de la Senerval à Strasbourg des travaux pour renforcer la fiabilité des installations, les salariés travaillant dans un environnement toxique.

Neuf semaines de lutte pour faire bouger la préfecture. Lorsqu’il s’agit de faire intervenir la police contre les travailleurs en lutte les préfectures sont plus rapides. Ainsi vont les choses avec le pouvoir socialiste au service du capital.

 

Dans une cinquantaine de restaurants  de Buffalo Grill les salariés ont fait grève le 25 mai à l’appel de la CGT et de FO contre le projet de la Direction de moduler a sa sauce le temps de travail ce qui aurait pour conséquence une perte de pouvoir d’achat de 5 millions d’euros pour l’ensemble du personnel et autant de profit pour les actionnaires .

 

A Bourg en Bresse, à la résidence Emile Pélicand, action contre la suppression du poste d’infirmière de nuit.

La direction de la résidence annonce la suppression du seul poste d’infirmière de nuit pour des raisons financières et parce que c’est la règle !

Les familles des résidents de cet établissement de 195 places hébergeant des personnes dépendantes, atteintes de  la maladie d’Alzheimer ou d’autres relevant de la psychiatrie, refusent cette suppression de poste qui met en cause y compris la sécurité des malades. La mobilisation qui s’organise à l’appel de l’amicale des résidents et de leurs familles, a déjà permis de rassembler la signature de 210 personnes des familles de résidents sur une pétition adressée à la direction.

Le Gouvernement socialiste annonce 3 milliards d’économies de plus dans les hôpitaux, des réductions de dépenses de personnels, au détriment de la qualité des soins aux malades et des conditions de travail des personnels.

 

Dans le monde :

En Afrique du Sud : La grève des 70.000 mineurs des mines de platine pour l’augmentation des salaires et de meilleures conditions de travail se poursuit. Les négociations ont repris entre la direction et les syndicats.

 

www.sitecommunistes.org

 

 

Ils luttent

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Infiltré au FN de Lens : le reportage d'Enquête d'actualité qui dérange le FN

31 Mai 2014, 17:02pm

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Reportage d'un journaliste infiltré au Front national dans l'équipe d'Hugues Sion, candidat FN aux élections municipales 2014 à Lens, dans le Pas-de-Calais.

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Les député-es du Front de gauche élu-es aux européennes 2014

26 Mai 2014, 21:59pm

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Marie-Christine Vergiat ( Sud-Est ) - Elue

Marie-Christine Vergiat ( Sud-Est ) - Elue

Patrick Le Hyaric ( Ile-De-France ) - Elu

Patrick Le Hyaric ( Ile-De-France ) - Elu

​Jean-Luc Mélenchon ( Sud-Ouest ) - Elu

​Jean-Luc Mélenchon ( Sud-Ouest ) - Elu

DVG soutenu par le Front de gauche ( Outre-Mer ) - Elu

DVG soutenu par le Front de gauche ( Outre-Mer ) - Elu

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Européennes 2014 - Réactions de Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon

26 Mai 2014, 21:55pm

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Le résultat des élections européennes de 2014 à Arras

26 Mai 2014, 20:50pm

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Le résultat des élections européennes de 2014 à Arras
Le résultat des élections européennes de 2014 à Arras

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Collectif Stop TAFTA ARRAS

24 Mai 2014, 13:34pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

 

  Communiqué de presse

Des négociations sont en cours entre les États-Unis et l’Union Européenne depuis l’été 2013 – en vue d’un accord sur le commerce et l’investissement. Cet accord est connu sous le nom de TAFTA ou de PTCI ou de Grand Marché Transatlantique.

Il nous concerne dans notre vie quotidienne mais il est mené dans le plus grand secret par la Commission Européenne. Ni les citoyens, ni les députés européens, ni les députés, ni les sénateurs… ne sont associés ni même informés !

Il s’agit de supprimer les derniers droits de douane entre les deux marchés, d’abolir les «barrières» dites «non tarifaires» et d’introduire un mécanisme de «règlement des différends» entre États et entreprises multinationales.

En clair, il s'agit de supprimer au maximum toutes les entraves au libre commerce pour permettre son développement et de confier le règlement des conflits à une justice composée d'avocats d'affaires grassement rétribués.


Toutes les règles de protections sanitaires, sociales, environnementales seront considérées comme des entraves et à ce titre démantelées. Toute nouvelle réglementation que mettront en place les états, sera susceptible d'être attaquée devant cette juridiction privée et donner lieu à indemnités.


Il s'agit donc d'une atteinte grave à la démocratie puisque cet accord remet en cause le pouvoir réglementaire des états.

 

La mobilisation contre ces négociations grandit. Des régions (PACA, Ile de France), des départements, des villes, des partis politiques, des syndicats, des associations, des personnalités, de nombreux citoyens de tous bords se déclarent opposés à la poursuite des négociations.


A Arras, un collectif s'est constitué pour faire connaitre cet accord et lutter contre. Il est composé des organisations suivantes: Artisans du Monde Arras, Attac Artois, Comité pour un audit citoyen de la dette Arras, Collectif Houille ouille ouille, Eau secours 62, Europe Ecologie Les Verts Artois, Fédération Syndicale Unitaire 62 , Mouvement pour la paix Arras, Nord Nature Arras, Nouveau Parti Anticapitaliste ternois, Parti communiste Arras, Parti de Gauche Arras,Union Syndicale Solidaires.


Il invite toutes les citoyennes et les citoyens à s'informer et se mobiliser contre la poursuite de ces négociations.

 

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