Guadeloupe: témoignage de Fabrice, un ami vivant sur place (3)
18 Février 2009
Rédigé par Xavier et publié depuis
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Voici deux jours que le chao est installé.
Le vide de pouvoir laissé par la fuite de l'Etat et l'explosion des collectivités territoriales, est occupé symboliquement et réellement par le LKP. A l'origine de cette situation: le comportement irresponsable de tous. Les patrons les plus aisés auront laissé crever tous le monde avant de daigner une augmentation de salaire; ils ne
cessent d'appeler à un arrêt de la grève sans jamais rien proposer. Quant à certains petits patrons, leur magasin est parti en fumée.... L'Etat n'existe pas: le gouvernement méprise le mouvement et je n'en dit pas plus tant nous savons comment les Etats ultralibéraux traitent leur peuple en révolte. Il faut cependant noter le
travail remarquable du préfet (qui montre que le sens de la république existe encore à droite) qui jongle entre prudence dans l'utilisation des forces de l'ordre et déblayage des routes pour
permettre une circulation.
Les présidents de région et de département appellent à un assouplissement de la grève, pour éviter les dérives et proposent des solutions en conformité avec leurs moyens. Mais ils ne sont pas
écoutés, etDomota se fait un plaisir de discréditer les hommes politiques pour gagner plus de force
dans l'exercice de son pouvoir de la rue. Le collectif n'est pas non plus exempt de responsabilités. Si les jeunes casseurs provoquent et sont les auteurs de la violence, le LKP a bien préparé ce terrain. D'abord en semant la
confusion dans les propos: Domota appelle à la manifestation "dans le calme et la discipline", mais il ne condamne pas clairement les actes violents, il en impute l'entière responsabilité (qui à
mon sens n'est que partielle) aux patrons et à l'Etat. Ensuite, l'érection de barrages depuis lundi est une provocation supplémentaire: comment prétendre être pacifique tout en poussant le préfet à
agir pour faire respecter une liberté fondamentale? De plus, ce système de barrage systématique pour paralyser la Guadeloupe donne l'occasion à des voyous, dont on ne sait pas s'ils sont du LKP, de
racketer les gens et, la nuit, de se livrer à des guérillas urbaines contre les gendarmes (qui n'ouvrent pas le feu). Enfin, le monopole de la propagande est détenu par le LKP: en refusant
obstinément de changer de position, le collectif se rend coupable des violences, ultime moyen employé pour arriver à ses fins. Tout cela est nourri par un vocabulaire martial et une mauvaise foi
constrenante sur la responsabilité des dérapages. Les gens tiennent à distinguer voyous et LKP, il me semble plûtot que le second utilise les premiers dans une stratégie de manipulation des foules
brillament orchestrée.
Si le syndicalisme violent naît de la brutalité des patrons les plus extrémistes, c'est toujours la démocratie, la liberté, l'espoir qui perdent dans leurs conflits.