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22 Novembre 2008
Par Tony Busselen
La guerre dans l’est du Congo fait rage. Intervention rwandaise, dit Kinshasa. Problèmes internes congolais rétorque Kigali. Pourquoi cette guerre ? Pourquoi maintenant ? Laurent Nkunda, un rebelle ? Quels intérêts défendent les protagonistes ?
Que se passe-t-il au Nord-Kivu ?
Depuis que les troupes du seigneur de guerre Laurent Nkunda ont relancé la guerre le 28 août, 250 000 civils ont été chassés de leurs maisons. Les « rebelles » ont utilisé ces flots de réfugiés comme bouclier humain pour occuper la ville de Kiwanja. Les 30 000 habitants de Kiwanja ont été les témoins de l’arrivée des troupes de Nkunda. Des villageois contactés par téléphone témoignent que le noyau dur des forces nkundistes sont des soldats et des mercenaires rwandais et étrangers bien équipés, qui peu après la conquête de la ville ont continué leur avancée laissant derrière eux des soldats de Nkunda même. Des jeunes du village ont voulu se défendre avec des armes prises au bureau de la police locale. Mais les casques bleus casernés à Kiwanja les auraient dispersés, laissant libre cours aux exactions des nkundistes.
Qui s’affronte au Congo ?
Laurent Nkunda est un Tutsi congolais engagé dans l'armée de Paul Kagamé (actuel président du Rwanda) en 1994 dans sa lutte contre les génocidaires Hutus.
En 1998, il rejoint au Congo la « rébellion » pro-rwandaise. Il a commis plusieurs crimes de guerre avant d’être intégré dans l'armée congolaise, selon les accords appliqués à partir de 2003. Mais, en 2004, il entreprend une mutinerie contre le gouvernement congolais. Le Rwanda nie appuyer Nkunda. Pourtant de nombreuses preuves, confirmées par des journalistes, par l’organisation américaine de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch, et le Ministre des affaires étrangères burundais contredisent Kigali. Laurent Nkunda est financé par des hommes d'affaires proche de Paul Kagame telle que les frères Alexis et Modeste Makabuza et l'homme le plus riche du Rwanda, Tribert Rujugiro. Il est approvisionné en hommes et en matériel par l'armée rwandaise à travers l'Ouganda, allié du Rwanda durant la guerre d'agression contre le Congo en 1998-2003. L'Ouganda a d'ailleurs menacé, récemment encore, de relancer la guerre à cause d'un différent sur l'exploitation du pétrole au lac Albert.
L'intervention du Rwanda et de l'Ouganda sont en contradiction avec la chartre de l'ONU et les règles des relations internationales qui demandent un respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de chaque pays membre. Le Rwanda et l'Ouganda sont les alliés préférés des États-Unis et de la Grande-Bretagne dans la région.
La République Démocratique du Congo et la SADC
Lors des élections, la majorité des Congolais a voté pour Joseph Kabila, l'actuel président. L'armée congolaise est « en construction » depuis 2003, selon un système de brassage des différentes milices qui se sont battues pendant la guerre de 1998-2003. Ce brassage a été imposé par l'Occident et fait que l'armée congolaise reste affaiblie par la division et la corruption. Depuis 1997, sous Laurent Kabila, père de l'actuel président, le Congo est devenu membre de la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe). La SADC est l’un des organes de coopération régionale les plus importants d’Afrique. Parmi ses membres : l’Angola, le Zimbabwe, le Mozambique et l’Afrique du Sud. Les membres de la SADC ont un accord d'entraide en cas d'agression d'un de leurs membres. Ce qui rend une intervention de troupes des pays membres de la SADC à côté de l'armée congolaise parfaitement légale et justifiée. Dire qu'avec une telle intervention, le conflit deviendrait une guerre internationale, n'est pas juste puisque c'est le Rwanda qui a agressé le Congo.
Quels sont les enjeux de la guerre ?
Les richesses locales du Kivu permettent aux milices, au Rwanda et à l'Ouganda de financer l'instabilité et l'agression qui plongent des millions de Congolais dans l’insécurité. Cette situation n'est possible que grâce à la complicité tacite de la MONUC, des États-Unis et des états membres de l'Union européenne.
La question clé pour comprendre cette guerre est la suivante : d'où vient cette attitude complaisante des États-Unis vis-à-vis de l'agression du Rwanda et de l'Ouganda ainsi que l'hostilité de certains hommes politiques belges comme Karel De Gucht, ministre des Affaires étrangères, envers le gouvernement congolais ? La réponse est claire. Le gouvernement congolais et le président Joseph Kabila sont en contradiction avec les intérêts des multinationales et des gouvernements américains et européens.
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Congo : conflit interne ou intervention étrangère