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2 Janvier 2008
Nicolas Sarkozy présente ce soir à 20 heures ses premiers voeux présidentiels. Ce sera peut-être l’occasion pour les Français de se remémorer quelques tirades du candidat Sarkozy au cours de la campagne présidentielle. Il s’était autoproclamé le « candidat du pouvoir d’achat », promettait d’augmenter les « petites retraites ». À Lille, le 28 mars 2007, il fustigeait « la pensée unique (qui) nous dit que le pouvoir d’achat augmente et que l’on ne peut pas augmenter les salaires sans détruire l’emploi (…). Les travailleurs qui n’arrivent plus à se loger, les salariés qui ont des fins de mois difficiles n’ont besoin de personne pour le mesurer (…). Les salaires trop bas, ce n’est pas une fatalité. La baisse du pouvoir d’achat, ce n’est pas une fatalité ». Entre les deux tours, le 29 avril, à Bercy, l’ex-maire de Neuilly assurait : « Je veux être le candidat du peuple parce que, pendant des mois, j’ai vu ce que le peuple vivait, ce qu’il ressentait, ce qu’il souffrait. »
Huit mois plus tard, la désillusion domine. En matière de pouvoir d’achat, le nouveau président a augmenté celui des plus riches. Quelques jours de débats ont suffi en plein mois de juillet dans un Parlement où sa majorité règne en maître pour offrir un cadeau fiscal de quelque 15 milliards d’euros aux ménages les plus aisés, sous forme notamment de réduction massive des droits de succession, de détaxation des donations, de détricotage de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF)… Pour les « salariés »,
les « travailleurs », dont il plaignait la situation pendant la campagne, l’amélioration du pouvoir d’achat passe par les heures supplémentaires, la vente de leur temps libre ou le travail dominical.
Il n’est pas étonnant, quoique spectaculaire, qu’un sondage réalisé par l’IFOP pour Ouest-France dimanche indique que seulement 25 % des Français (une chute de 11 points par rapport à août 2007) font confiance à Nicolas Sarkozy pour augmenter leur pouvoir d’achat, 27 % (- 16) pour la baisse de leurs impôts, 31 % (- 14) pour faire baisser la pauvreté, 40 % (- 16) pour intégrer les personnes issues de l’immigration, 42 % (- 11) pour lutter contre le chômage…
Le prétendu candidat du peuple s’est mué en authentique président du fric, donnant en quelque sorte l’exemple, décomplexant,
par l’affichage d’une vie de luxe, l’étalage de la richesse par ceux qui en sont pourvus, au nom d’un certain ordre des choses, pour reprendre un slogan publicitaire, « parce qu’ils le valent bien ».
Faute de pouvoir acheter plus, les Français sont conviés à suivre les rebondissements de sa success story. Il n’est pas sûr que le charme opère aussi longtemps qu’une télénovela brésilienne.
Jean-Paul Piérot