L’« ambition réussite » serait donc le credo du pouvoir en matière
d’éducation. Le président Sarkozy s’est même fendu d’une lettre aux « éducateurs » (profs, parents, acteurs sociaux, juges, policiers…) pour livrer sa vision de l’école. Mais en réalité, il s’agit
de tordre le coup à l’idée selon laquelle la réussite du plus grand nombre d’élèves serait une question de moyens. Avec un aplomb et un mépris saisissant pour celles et ceux qui enseignent et
encadrent les jeunes dans des conditions de plus en plus précaires, Xavier Darcos, le ministre de l’Éducation, en visite dans un collège de Roubaix, a estimé que les 11.000 suppressions de postes
annoncées pour 2008 étaient « dérisoires » au regard de l’ensemble des effectifs. Plus tard, sur LCI, il s’en est pris à Gérard Aschieri, le syndicaliste de la FSU qui ferait
partie, selon lui, de « ceux qui se trompent depuis 30 ans en réclamant des postes ».
Pourtant, on connaît les conséquences de la diminution du nombre de maîtres et de profs pour enseigner : classes surchargées, remplacements mal assurés, dégradation de l’enseignement… Dramatique
pour les élèves les plus en difficulté, surtout issus des classes populaires. « La logique comptable nuit au service public » explique d’ailleurs G. Aschieri. Mais de service public, Xavier Darcos
que Nicolas Sarkozy ne veulent pas en entendre parler. Seule solution pour en sortir ? « Le mérite ». Lequel profite beaucoup plus aux enfants des quartiers riches qu’à ceux des quartiers
populaires. Le droit à la réussite pour tous par l’accès aux connaissances et la culture pour le plus grand nombre, autrement dit le socle du collège unique ? L’école préparant à un métier mais
aussi à la citoyenneté ? Terminé ! « Le collège unique est dépassé » dit même Xavier Darcos. Nicolas Sarkozy, dans sa fameuse lettre, ne dit pas autre chose : sélection dès l’entrée en 6e,
réduction du nombre d’heures de cours, suppression des allocations familiales pour les parents d’élèves en échec, rémunération au mérite pour les personnels… Son projet pour l’école est celui d’une
grande bourgeoisie élitiste à qui le mot égalité provoque de l’urticaire. Il est à combattre. D’urgence et sans concessions.