Blog de la section du Parti Communiste d'Arras. 14 avenue de l'hippodrome 62000 mail: arraspcf@gmail.com
18 Juillet 2020
Quelques mois avant l’émission, à l’initiative de l’association Millenium de « Marles-Calonne-Auchel » d’un timbre célébrant le cinquantième anniversaire de l’arrivée de travailleurs polonais en France, la Fédération CGT du sous-sol avait déjà pris une série d’initiatives en lien avec des municipalités du Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais :
inauguration d’un square Olszanski, (syndicaliste du Douaisis expulsé en raison de ses activités syndicales) à Lallaing, d’une rue Rudolf Larysz (ancien mineur de charbon dans le Pas-de-Calais, devenu, après la Seconde Guerre mondiale, consul de Pologne à Lille puis à Lyon), etc.
Point d’orgue de cette mobilisation sans précédent du mouvement ouvrier, le samedi 23 septembre 1972, une « rencontre fraternelle » réunissait des centaines de personnes à la salle du Cantin à Lens, dans le cadre d’une journée animée par les orchestres de Stephan Kubiak et Frank Marcy, Jean Makowek (l’Hercule du Nord) ou encore la Chorale des mineurs polonais de Douai...
Ce meeting à dimension artistique était présidé par Léon Delfosse, le président de la Fédération CGT du sous-sol, et Jean Les, président du syndicat des mineurs de Pologne.
Emile Wazny, permanent à la Maison syndicale des mineurs CGT de Lens, a été l'une des chevilles ouvrières de ces célébrations.
L’association Les Amis d’Edward Gierek enquête sur le parcours de ce syndicaliste qui paya très cher sa participation à la terrible grève des mineurs de l’automne 1948. La répression qui affecte l’ensemble de la corporation minière en lutte, s’abat sur des dizaines de mineurs polonais expulsés de France.
Emile Wazny est né en février 1925 à Auchel, à l’ombre des terrils de la compagnie des mines de Maries où son père émigré polonais exerce comme mineur de charbon. Son esprit rebelle se manifeste très tôt. Il est ainsi exclu de l’école privée de la compagnie pour insubordination ! « Pour mon plus grand bien », admet-il en 1998, dans une interview accordée à La Vie ouvrière, l’organe de la CGT.
L’éloge de l’école laïque de la République
« J’ai rencontré à l ’ école laïque un instituteur formidable qui m ’a assuré une bonne formation de vrai citoyen. Et qui m’a permis d’avoir le certificat d’études », poursuit-il.
Très tôt, Emile fait le choix de la France et quand, à la Libération, ses parents repartent en Pologne, il ne leur emboîte pas le pas... A l’époque, il travaille comme forgeron au groupe d’Auchel-Bruay des Houillères.
Le 4 octobre 1948, la corporation minière cesse le travail pour protester contre les décrets Lacoste du nom du ministre de la Production industrielle. Des décrets qui remettent en question le Statut des mineurs. Le mouvement largement suivi est durement réprimé par les socialistes et les radicaux au pouvoir.
La grève se termine le 28 novembre. C’est un échec. Comme des dizaines d’autres mineurs, Émile Wazny est condamné à de la prison ferme, pour « entrave à la liberté du travail », imaginent les amis d’Edward Gierek. Détenu pendant deux mois à Béthune, Émile Wazny est également licencié ! Ce citoyen désormais français aurait même fait l’objet d’un début de processus de dénaturalisation.
Une existence précaire
Militant communiste, Emile Wazny ne peut alors plus prétendre à un logement des mines. Sa famille et lui sont hébergés par Privât Part, son beau-fils, rue de Champagne, au cœur de la cité 5 à Calonne- Ricouart. La vie est d’autant plus difficile que les Houillères interdisent à leurs entreprises sous-traitantes d’embaucher les mineurs qu’elles venaient de congédier.
Ces temps de grande précarité durent jusqu’en 1951. Cette année-là, Émile Wazny devient permanent de la Fédération nationale du sous-sol CGT, rattaché au syndicat de Marles... Français de conviction, il reste un Polonais de cœur comme le prouve son engagement au sein de l’Association pour la défense de la frontière Oder- Neisse, la limite occidentale de la Pologne, menacée par le revanchisme allemand.
Plus tard, devenu administrateur de la Caisse de Secours des Mines et l’un des dirigeants du syndicat CGT des mineurs du Nord-Pas- de-Calais, « Mimile » traitera à la Maison syndicale de Lens où il a son bureau, un nombre colossal de dossiers (retraites, silicose...) qu’il « dépatouille » grâce aussi à ses nombreux contacts en Pologne. Il alimentera aussi la chronique en langue polonaise de La Tribune des mineurs, l’organe du syndicat, prenant le contre-pied de la propagande hostile à la Pologne populaire du quotidien Narodowiec d’inspiration démocrate-chrétienne.
Emile Wazny sera également l’un des piliers de l’association Polonia Restituta qui milite pour la reconnaissance du statut d’anciens combattants aux soldats des groupements d’infanterie polonaise de la 1ère Armée française « Rhin et Danube » de De Lattre de Tassigny.
Partis du fort de Seclin, ces anciens résistants FTP pour la plupart, combattront victorieusement le Ille Reich dans les Vosges, en décembre 1944, plus défileront avec les honneurs à Varsovie et en armes en novembre 1945.
Emile Wazny s’est éteint en 2008. Dans le cadre de ce centenaire, un hommage pourrait lui être rendu dans le courant du second semestre 2020.
Jacques Kmieciak