Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Blog des Militants Communistes d'Arras

Blog de la section du Parti Communiste d'Arras. 14 avenue de l'hippodrome 62000 mail: arraspcf@gmail.com

LE CONSEILLER PÔLE EMPLOI QUI AIDAIT LES ALLOCATAIRES VIENT D’ÊTRE LICENCIÉ

LE CONSEILLER PÔLE EMPLOI QUI AIDAIT LES ALLOCATAIRES VIENT D’ÊTRE LICENCIÉ

Yann Gaudin, conseiller Pôle emploi à Rennes, vient d’être licencié.

Connu pour avoir aidé des centaines d’usagers à récupérer leurs indemnités chômage, la direction de Pôle emploi lui reproche son insubordination et son comportement.

 

Après l’entretien disciplinaire en juin, le licenciement pour faute grave et insubordination. Depuis le 3 juillet (il a reçu sa lettre le 7), Yann Gaudin ne fait plus partie de Pôle emploi, où il exerçait le métier de conseiller depuis 2006 à Rennes.

L’homme, qui se définit comme lanceur d’alerte au titre de la loi Sapin, demande sa réintégration, dans une procédure en référé aux prud’hommes, et compte bien contester ensuite le licenciement et ce qu’il qualifie de harcèlement moral.

Poussé dehors par son employeur, Yann Gaudin payerait son activisme auprès des allocataires, auxquels il a permis de récupérer au fil des ans, en repérant des failles dans leurs dossiers, des dizaines de milliers d’euros d’indemnisation.

Pour Pôle emploi, l’homme est rétif aux consignes, à sa hiérarchie, et « ne fait pas le travail qu’on lui demande de faire », explique Fréderic Sévignon, directeur régional de Pôle emploi Bretagne, qui assure même avoir dû le changer d’agence en raison de ses mauvaises relations avec ses collègues.

Le salarié dit avoir été placé dans les bureaux fermés au public de la direction départementale d’Ille-et-Vilaine, au vu de la polémique.

 

Yann Gaudin est de fait devenu une petite célébrité dans le monde des allocataires bretons et au-delà. Il découvre, à partir de 2014, en traitant des dossiers, que certains droits ne sont pas « activés » par Pôle emploi, privant les chômeurs indemnisés de centaines, voire de milliers d’euros.

 

L’accès à l’aide de fin de droit pour les intermittents du spectacle par exemple, « matérialisée par une petite phrase sibylline au milieu d’un courrier, que 95 % de gens ne voient pas, détaille Yann Gaudin. Or, 324 euros, ça remplit un Caddie ». Ou encore l’exclusion des gros salaires dans le calcul des allocations chômage, que le système informatique a tendance à lisser automatiquement, à moins d’une recherche d’explication, rarement effectuée.

Sans parler des heures de formation, qui peuvent servir à rallonger ou ouvrir des droits au chômage. « Notre outil informatique est mal paramétré, il ne respecte pas toujours la réglementation pourtant édictée par Pôle emploi. Il faut parfois rectifier manuellement, bidouiller dans la machine », assure le conseiller.

Yann Gaudin explique avoir alerté sa hiérarchie de tels dysfonctionnements, sans succès. Il a de guerre lasse créé un blog fin 2019, et les demandes de toute la France ont afflué. « J’ai traité ces demandes à mon bureau, en toute transparence, pour laisser des traces de mon action, et la direction s’en est servie ensuite pour monter un dossier contre moi. Évidemment, je n’ai pas pu répondre à tout le monde, les gens m’écrivaient de partout, sur Facebook, sur Twitter, et même par courrier ! »

 

Pôle emploi n’en démord pas, Yann Gaudin aurait fait le choix « délibéré » de contrevenir aux consignes : « M. Gaudin était en charge de s’occuper de près de 200 demandeurs d’emploi rennais, détaille Fréderic Sévignon. Il s’occupait des intermittents qui le contactaient de la France entière. Il ne s’occupait plus des autres demandeurs d’emploi. Les conseillers en charge des intermittents, formés pour cela, se trouvaient de fait dépossédés de leurs dossiers. »

 

La direction, en Bretagne, avance aussi son comportement auprès de sa hiérarchie et ses collègues, et un contentieux qui dure depuis plusieurs années, qui lui ont valu avertissement et mise à pied. « Il avait une attitude profondément désagréable vis-à-vis de ses collègues et de sa hiérarchie, à la limite du mépris. Il contrôlait leur travail, leur reprochait la façon dont ils traitaient leurs dossiers. Il enregistrait même ses conversations avec eux. Ceuxci ne voulaient plus assister aux réunions avec lui. »

 

Des éléments que Yann Gaudin récuse, relevant que rien dans les motifs de son licenciement ne fait référence à des problèmes comportementaux. « Je trouve consternant qu’on me décrive comme un monstre, pour justifier l’injustifiable. Cela met le doute dans la tête de gens. Pôle emploi s’appuie sur deux altercations, non violentes, depuis 2015, pour me présenter comme un affreux jojo. »

 

En interne, Pôle emploi semble tout aussi divisé sur son cas : le 1 er juillet, la commission nationale consultée pour donner un avis sur son licenciement s’est soldée par un vote « pour » du collège représentant la direction, appuyé par un syndicat de l’encadrement, qui l’a donc emporté contre l’ensemble des autres syndicats de salariés.

 

Yann Gaudin dit aussi recevoir divers témoignages de soutiens d’allocataires (chez les intermittents du Grand Ouest, une pétition en sa faveur a même recueilli plus de 7000 signatures) et de collègues de la France entière, depuis la médiatisation de son affaire : « Des collègues m’écrivent car ils sont en souffrance. Ils ont un sentiment de clandestinité quand ils passent du temps sur le dossier d’une personne pour les informer de droits que Pôle emploi voudraient leur cacher. Car derrière, il y a des risques de représailles, de pénalités en matière de prime annuelle, et pour leur carrière. »

 

« J’ai été au chômage dans une ancienne vie, de l’autre côté de la barrière, et j’ai toujours voulu rendre le service que j’aurais souhaité que l’on me rende, poursuit Yann Gaudin, conscient des risques d’une telle personnalisation. Après, en tant que citoyen, je veux que les usagers puissent avoir affaire à une administration honnête, rigoureuse, bienveillante. »

 

Au-delà de son cas, la dénonciation de la lourdeur, voire des erreurs de Pôle emploi en défaveur des indemnisés, n’est pas nouvelle : courriers contradictoires, trop perçus, radiations brutales, autant de tracas ou de possibles spoliations dénoncées sans relâche par les associations de défense des chômeurs comme le MNCP, AC !, ou encore SNC.

 

Même le médiateur de Pôle emploi, malgré un très léger mieux en 2019, dans ses rapports successifs n’a également eu de cesse d’alerter sur le manque de simplicité, de lisibilité et d’orientation pour les conseillers comme les usagers.

Une opacité qui explique « le non bénéfice plein des droits » des personnes indemnisées ou suivies par Pôle emploi.

Rétablir les usagers dans leurs droits, telle était la tâche que s’était assignée Yann Gaudin, avant son licenciement.

Médiapart : PAR MATHILDE GOANEC 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article