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4 Juin 2020
ETATS DES LIEUX. CES GRANDES VILLES DANS LESQUELLES LA CRISE A REBATTU LES CARTES
Le second tour se fera donc au sortir d’un épisode sanitaire durant lequel les maires, mais aussi le gouvernement, ont été particulièrement exposés. De quoi changer la donne dans beaucoup de municipalités, notamment celles sous influence nationale.
Zoom sur 8 points stratégiques.
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AU HAVRE, ![]()
le premier ministre menacé
Dès le premier tour, tous les regards étaient braqués sur Le Havre, où Édouard Philippe jouait déjà sa survie politique. Le premier ministre, quelques jours après avoir utilisé le 49-3 pour imposer par la force la réforme des retraites, est arrivé en tête le 15 mars (43,59 %), échouant à se faire élire au premier tour comme en 2014. II est talonné par son grand rival communiste Jean-Paul Lecoq (35,87 %), qui devrait redéposer sa liste à l’identique, les discussions n’ayant pas abouti avec celle EELV-PS (8,28 %), dans l’impossibilité de se maintenir pour autant. Reste donc un duel pour infliger une défaite historique à un premier ministre en exercice, en plus d’ouvrir une nouvelle page pour les Havrais. Édouard Philippe, dont la popularité est remontée pendant la crise sanitaire, ne bénéficie de réserves de voix qu’à l’extrême droite. |
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À LYON,
![]() LR et LaREM unis contre les Verts
Confortablement en tête à l’issue du premier tour, les Verts étaient sur un petit nuage (28,46 %). Mais les cartes du double scrutin lyonnais - municipales et métropolitaines - ont été rebattues le 28 mai, avec l’annonce d’un accord entre LR et Gérard Collomb. L’ex-ministre de l’Intérieur, qui a perdu l’investiture LaREM, s’est retiré de la course à la présidence de la métropole au profit du LR François-Noël Buffet. En échange, le dauphin de Collomb pour la mairie, le macroniste Yann Cucherat (14,92 %), enregistre le ralliement de son rival LR Étienne Blanc (17 %) et peut espérer contrer les écologistes. Mais c’est une gauche complètement rassemblée qui se présentera au second tour après un accord d’EELV avec les listes de la Gauche unie (PS, PCF) et celles de Nathalie Perrin-Gilbert, notamment soutenue par la FI. Autre souci pour Collomb, les candidatures des marcheurs dissidents David Kimelfeld et Georges Képénékian (12 %). |
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À PARIS, ![]() la déconfiture de LaREM est en marche, la droite salive
Arrivée en tête le 15 mars, la gauche conduite par Anne Hidalgo (29,33 %) peut être considérée comme favorite pour le second tour. Avec quelques incertitudes malgré tout. Depuis la crise sanitaire, la campagne de LaREM, déjà chamboulée par l’affaire Griveaux, a connu de nouveaux remous quand sa tête de liste, l’ancienne ministre de la Santé Agnès Bu-zyn (17,26 % au premier tour), a qualifié après coup de « mascarade » le maintien du premier tour par le gouvernement. Cet affaiblissement des macronistes peut apporter un coup de pouce à la candidate LR Rachida Dati, arrivée en seconde position (22,72 %). Des fusions entre LR et LaREM étaient en discussion dans certains arrondissements. Anne Hidalgo, qui bénéficie déjà du soutien du PCF, était en bonne voie pour obtenir celui de la liste EELV (10,79 %).
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À MARSEILLE,
la venue des beaux jours pour le Printemps?
Ils ont créé la surprise du premier tour. À Marseille, la liste du Printemps marseillais, rassemblant candidats de la gauche et du monde associatif, est arrivée en tête (23,4 %). Celle qui était considérée comme favorite du scrutin pour succéder à Jean-Claude Gaudin, la LR Martine Vassal, est en deuxième position (22,32 7o), le RN étant troisième (19,45 %). La droite, divisée par une candidature dissidente qui avec 10 % peut se maintenir, était en passe de trouver des arrangements dans plusieurs secteurs. La partie s’annonce serrée pour le Printemps marseillais : la meilleure configuration serait un rassemblement de la gauche. La tête de liste
écologiste (8,10 %) a annoncé son soutien dès le 18 mai et les négociations étaient en cours, tandis que le RN menace d’emporter deux secteurs de la ville. |
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De très nombreux maires PCF ont été réélus dès le 1er tour et des reconquêtes sont possibles, notamment à Villejuif, Bobigny et au Havre. La plus importante ville communiste de France, Saint-Denis, est cependant disputée. |
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À BORDEAUX,
l’alliance des droites
La ville de Jacques Chaban-Delmas et Alain Juppé n’avait jamais connu de second tour depuis la Libération, cette fois trois listes seront en lice. Le maire sortant Les Républicains, Nicolas Florian, est arrivé en tête au soir du 15 mars (34,55 %). Mais moins de 100 voix le séparent de l’écolo Pierre Hurmic (34,38 %), qui pilote une liste d’union des gauches. Toutes les gauches ? Non, car Philippe Poutou, tête de liste NPA-F1 (11,8 %), a choisi de se maintenir, amenuisant le réservoir de voix de la gauche. Après quelques discussions, les listes du maire girondin, en poste depuis moins de 15 mois et considéré comme « Macron-compatible », et celle du candidat LaREM ont fusionné pour empêcher la ville de basculer à gauche.
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À STRASBOURG, ![]() la tentation verte et rouge
La huitième ville de France, dirigée depuis 2008 par le socialiste rallié à LaREM Roland Ries, semble arriver au bout d’un cycle politique. Symboliquement, le second tour mettra aux prises la candidate d’EELV soutenue par le PCF, Jeanne Barseghian, arrivée assez largement en tête au premier tour avec 27,87 % des voix, et au moins deux autres candidats : le premier adjoint sortant Alain Fontanel (LaREM, 19,9 %), et Jean-Philippe Vetter (LR, 18,3 %). L’ancienne ministre socialiste Catherine Trautmann (PS, 19,8 "/«) était elle aussi en position de se maintenir et les discussions avec l’équipe de Jeanne Barseghian se sont poursuivies jusqu’au dernier moment pour éviter une quadrangulaire très incertaine. |
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À SAINT-DENIS,
un duel au cordeau
Avec plus de 110 000 habitants, la plus importante ville communiste de France, Saint-Denis, est cependant disputée. Le candidat PS Mathieu Hanotin, qui avait perdu de 181 voix en 2014, est arrivé en tête du premier tour cette année avec 35,32 % des suffrages, et compte sur un report de voix de LaREM, dont le candidat a raté de peu le coche du maintien (9,8 %). Le duel s’annonce serré avec le maire PCF sortant, Laurent Russier (24 %), dont la liste fusionne avec celle de l’insoumis et maire adjoint sortant Bally Bagayoko (18,05 %), pour que cette grande ville reste solidaire et populaire |
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À LILLE,
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la gauche ne perd pas le nord
La capitale du Nord, où l’abstention au premier tour a atteint 66 %, a placé en tête la maire sortante, Martine Aubry, avec 29,8 % des voix. L’ancienne première secrétaire du PS apparaît comme le symbole de la résistance du parti à la rose dans ses grands bastions, aux côtés de Johanna Rolland à Nantes et Nathalie Appéré à Rennes. La nouveauté, c’est le haut score du candidat d’EELV, Stéphane Baly, qui a obtenu 24,5 % des suffrages. Mais, contrairement à Nantes ou Rennes, les discussions ont échoué à Lille. La liste de la FI, qui a obtenu 8,8 % et pouvait donc fusionner, a exclu cette possibilité tout en appelant à battre la candidate de LaREM, Violette Spillebout. Cette dernière, qui n’est autre que... l’ex-directrice de cabinet de Martine Aubry, a obtenu 17,5 ”/o des voix en mars. Elle ne bénéficiera pas du soutien du candidat LR Marc Philippe Daubresse malgré ses maigres 8,24 %. |
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Ces alliances surprises de dernière minute
Mais il y a encore plus rocambolesque : l'élection à Montpellier. Mardi soir, juste avant la clôture des dépôts, une alliance a été conclue entre l’homme d’affaires Mohed Altrad (13,3 % au premier tour) et le trio de circonstance formé par Rémi Gaillard (« N’importe qui », sans étiquette), Alenka Doulain (« Nous sommes», Fl) et l’ex-EELV Clothilde Ollier. Tous trois sous les 10 % synonymes de maintien chacun de leur côté le 15 mars, ils avaient formé une plateforme commune pour peser tout de même sur le second tour.
Patchwork inattendu
Pari réussi, semble-t-il, puisque les désormais « quatre fantastiques », comme ils en plaisantent eux-mêmes, sont réunis sur une même liste : « Cœur, écologie et démocratie».
Soit l’improbable assemblage d’un patron fortuné de club de rugby, d’un humoriste star d’Internet, d’une citoyenne insoumise ( FI) et d’une écologiste syndiquée CGT.
Tous les quatre clament la même envie : « s'engager dans une voie hors système, . contourner les partis ». Mohed Altrad, à la traîne face au maire sortant (ex-PS) Philippe Saurel et au socialiste Michaël Delafosse (allié avec le PCF), joue là son va-tout d’« antisystème». Il espère bénéficier du savoir-faire médiatique de Rémi Gaillard et du collectif d’Alenka Doulain.
En échange, le boss du BTP aurait promis de laisser le siège de maire à cette dernière, sitôt qu’il serait élu à la métropole.
Côté PCF, ce patchwork inattendu étonne. « Les petits arrangements ne nous inquiètent pas, la liste de la stabilité c’est nous. On est dans notre couloir à gauche depuis le début, avec un programme ambitieux de bouclier social, et les gens le savent », avancent Hervé Martin et Clara Gimenez, présents sur la liste menée par Delafosse.
Reste à savoir comment se terminera ce vaudeville local qui fait office de campagne.
CYPRIEN CADDEO