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Blog des Militants Communistes d'Arras

Blog de la section du Parti Communiste d'Arras. 14 avenue de l'hippodrome 62000 mail: arraspcf@gmail.com

Billet d'Alcide: « La connerie, c’est exponentiel, Gavroche ! »

Gavroche

Gavroche

Jeudi 11 mai, 8 h 50, me voilà devant l’école. Mme Célestin, relou en masque bleu délavé, lunettes d’écailles que j’ai jamais vues nous attend devant la porte, mine des jours de pluie, avec la dirlote (elle, c’est toujours jour de pluie). D’habitude on rentre direct on s’installe on bricole, on salue les potes et le taf il commence à pile 9 heures. 

J’étais pas là de cinq minutes qui qui déboule, le Gibus avec Bob Marley devant la bouche, nez caché réglementaire. Je sens qu’il se marre en dessous. Il est déter le Gibus, même dans sa démarche. Il va taper la main de Aïcha et de Saïd qu’il se prend un scud de la dirlote. 

- Eh cool, cool ! i répond Gibus. Bras tendu, on est à un mètre et pour les mains on se les lave dans deux minutes. Si on peut plus rigoler ... 

Ça démarre fort. Aïcha lui jette un look de biche kabyle. Kévin compte les points. La dirlote cherche pas la cogne. Faut que tout se passe bien. 

Je me dis « aujourd’hui ça va être la fête du masque. » 

- Où est-ce que t’as piqué ton masque « Bobby », Gibus ? Au marché Rebeu ? 

- Je ne m’abaisse pas à chourav’ dans les étals des blacks et des rebeus. Je les respecte, moi, les Rebeus, Mossieur Gavroche. Ce bijou de l’eshétique m’a été offert. Tout le monde n’a pas droit aux roses, Mossieur ! C’est Yasmine qui m’a fait ça dans un t-shirt de ma mère. Quand elle va le voir elle va gueuler pour sûr ! Mais bon, c’est la vie. 

- T’as un look d’enfer mon pote. J’aurais dû amener le mien. 

- Gibus, s’il te plaît, a dit la dirlotte – visiblement elle aime pas le soul – enlève moi ça, les élèves n’en ont pas besoin et le tien n’est sûrement pas homologué, qu’elle a dit. 

Gibus, il l’a enlevé sans moufter. C’est pas bon signe. Finalement je suis bien content d’être revenu à l’école. Bon j’aurais aimé que Mme Célestin, elle fasse pas la gueule et qu’elle soit pas tender, mais bon Gibus est là. On n’est que six : Moi, Gibus, Saïd, Aïcha, Kévin et le suce boule de Marc Antoine. Déjà le premier pour rentrer ! Suce Blanquer tite bite ! (Ça je l’ai juste dit dans ma tête.) 

- Comment que ça se fait que t’es là, j’ai demandé à Gibus ? 

- Ben, Célestine, hier, elle a kolé ma mère sur son portable et elle lui a dit : « Gibus peut venir demain j’ai une défection, donc une place de libre. » Mon père il a grogné quéqu’chose sur l’école obligatoire, j’ai pas compris ; et moi j’ai tout de suite pensé qu’on serait ensemble alors, j’ai fait ma sœur quand elle veut une nippe et ma mère elle a dit : « Bon, puisque tu y tiens, si ça te fait plaisir... » Voilà ! Elle est bat’ Célestine, quand même. 

- Silence, a dit Mme Célestin. Direction les toilettes et les lavabos. Lavage des mains et pipi pour ceux qui en ont besoin. On ne sort plus après. 

Deux, il y en a des lavabos. Il y en a un chez les filles et un chez les garçons. A côté il y a Mme Choloux, la femme de service qui donne des lingettes pour s’essuyer, visière de tondeuse à gazon sur le pif. Je me serais cru dans « Retour sur la maternelle ». A faire la queue à 5, à 1m, lavage sous surveillance – Aïcha ça été plus facile – ça a bien pris une demi-heure. 

Après : assis, pas bouger. Pas de bonjour. Rappel des règles. Marc-Antoine qui fait son kéké. Elle va pas tenir Célestine, c’est sûr. 

- Bonjour Madame, il fait Gibus. Souriez, vous êtes filmée. Et toc, le portable essuyé dans le tiroir. 

- C’est interdit tu le sais bien Gibus. Tu l’auras à midi et je ne veux plus le voir à l’école. 

Bon. Personne ne savait pas trop quoi faire. Mme Célestin nous a guidés pour notre boulot de la maison. Moi, j’avais mon idée sur les Arabes. J’avais pas envie de passer pour un déb auprès de Saïd et Aïcha. Je m’approche pour lui parler en privé. 

- Tu gardes tes distances Gavroche . 

- Madame, que je fais, faux derche, calin, j’ai peur des microbes. 

D’habitude, ça la fait marrer. Mais là de glace, la Célestine. Waouh ! Un regard à trembler dans tes chaussettes. 

- Retourne à ta place, et finis tes problèmes. 

- Madame, il a dit Gibus , je peux faire des maths ? 

- Oui. Va chercher une fiche sur le meuble au fond. Mais avant tu te laves les mains. Pas de ce côté, Gibus, tu suis les flèches vertes. Tu la poses sur ta table et tu retournes te laver les mains. Et tu ne traînes pas à raconter ta vie à Mme Choloux . 

- Bien citoyenne, il a fait Gibus pour la décoincer. 

Mais elle a pas aimé Céléstine. Elle a pas répondu. Un partout, Gibus. Le suce boule il en a remis une couche : 

- Hein, oui Madame, on n’a pas le droit de parler comme ça... 

Aïcha lui a décoché un coup de regard noir révolver, type P.38, douze balles d’un coup. A mon avis, il a pas intérêt à retourner seul à midi. L’autre va lui foutre une raclée de coups de pieds kabyles, c’est clair. Faut pas s’en prendre à Gibus. 

Sur le coup de onze heures, dans le silence de l’espace sidéral, on toque à la porte. C’est la dirlote, je me dis. Tout faux. C’est une meuf tailleur cougar . Elle a une cocarde tricolore minus au revers de son son veston. Je l’ai reconnue sous son masque noir, comme celui du bouffon à la téloche. C’est la députée du coin. Mon père il l’aime pas parce qu’elle est pour Macron. Du coup moi, je l’aime pas non plus, avec ses airs de larronne. Avec elle, trois zorros, masqués pareil, un caméraman un autre avec son micro poilu dans un plastique alimentaire, et pis un gros bide qui se la roule avec ses gros bras croisés. Et avec ça, qu’elle nous matte comme si on était des marsouins. Mme Céleste est scotchée, les yeux aussi grands que ses lunettes d’écaille. Elle va tomber pâle, c’est sûr. 

- Et, comment t’appelles-tu mon petit, qu’elle fait à Saïd, et pi à Kévin, et pi à Marc -Antoine tout rouge. Alors tu es content d’avoir repris l’école ? Tu travailles, c’est bien. Et tralala et tralala.... 

Les copains, ils ont même pas le temps de répondre. Visiblement, elle s’en fout. Et l’autre qui filme et l’autre qui leur colle son bout de plastique sous le nez ? Aïcha a droit au gros plan. Du coup, avec son sourire kabyle du club-théâtre, langue de pute : 

- Pardon Madame, Excusez-moi. Mes parents refusent que je sois filmée. 

La tricolore se retourne vers Célestine. Notre prof, je le sens, elle va s’désintégrer sur place. Elle fait « oui » de la tête. 

- Oui, oui bien sûr mon enfant, si c’est ta religion... 

- J’ai pas de religion, Madame. 

Et toc prends ça. Et puis voilà qu’elle en remet pour deux balles, comme la beurette qui nous met en garde à vue pour pas qu’on recommence. Miss Bénitier, il l’appelle Gibus. 

Et voilà qu’elle nous récite la leçon du Bouffon. Le gros, il opine comme un culbuto en même temps qu’il zieute partout. 

- Bravo, l’école est là pour lutter contre les inégalités et tralala et tralala. Vous êtes ici plus en sécurité qu’à la maison ... (« Et pi core quoi connasse tu sais même pas où j’habite, boufonnne », que je me dis dans ma tête) 

Aïcha joue avec ses mèches. Saïd, il tripote son portable dans sa case, Kévin, il fait des ronds avec ses feutres. Marc-Antoine, il arrête pas de lever le doigt. Célestine, muette, tremble.  

Je me retourne, pour voir ce qu’il fout, Gibus. Il a remis son masque. Il a la tête déter dans ses feuilles où qu’il trace des traits à la règle dans tous les sens. La cougar, elle s’approche, dans le carré à Gibus. L’autre il fait comme si il était pas au courant, pourtant il a le sac plastique sous le nez .

La cougar bleu-blanc-rouge, elle lui fait un sourire de madone :
- Et toi mon garçon tu sembles très attentif et occupé voudrais-tu nous dire ce que tu fais ? - De la géométrie, Madame, je calcule des surfaces de parallélépipèdes. 

L’autre elle pâme. Célestine va tomber dans les pommes. 

- Oui, Madame, il fait Gibus. La surface d’un carré s’obtient en multipliant son côté par lui-même, vu les propriétes de ce parallélogramme. De même la surface d’un rectangle s’obtient par le produit des deux côtés. Pour un parallélogramme quelconque, il suffit de la hauteur. Aussi, un carré d’un mètre de côté a une surface de 1 m2 , celui d’un carré de 2 mètres de côté a une surface de 4 m2, de même 3 m donnent 9 m2 . Ce n’est pas proportionnel, mais exponentiel. Mme Céleste l’a écrit sur le bas de la fiche. Autrement dit c’est une fonction « carré ». 

Et toc, prends ça, la meuf. Et l’autre pomme qui filme. 

- Madame, Madame, fait Gibus en s’adressant à Célestine. Célestine, je le vois, elle est freezée à tout. Elle n’arrive même plus à parler. 

- J’ai calculé. La classe est un parallélélipède rectangle de 5 m sur 6. Elle a donc une surface de 30 m2. Les placards de chaque côté du mur sont aussi des parallépièdes rectangles ont une largeur de 0, 5 m. La surface totale des deux placards est de 12 m – deux fois six mètres – multplié par 0, 5 soit 6 m2. Chacun de nous devant bénéficer d’un carré de 2 m de côté, soit 4 m2 multiplié par 7, ce qui fait 28 m2 plus les 6 m2 des placards, ça fait 34 m2. Aussi, Madame, il y a du monde de trop dans la classe. Ça déborde. 

Waouh, t’as vu ce qu’il lui a mis à la meuf bleu-blanc-rouge, le Gibus. De tricolore, elle passe au rouge, la Céleste, au vert jaune. Le type avec son micro, il recule en même temps que la cougar. 

Ça va péter mes vieux ! Suspense. Coup de bol. En reculant, le type au micro il se bute dans ma table. Du coup je lâche ma trousse de billes que j’avais dans ma case. 300 biscaillons dans les guibolles des bouffons. Et cling cling cling ! Aïcha a compris. Elle se précipte à genoux dans les pieds de la meuf pour ramasser les billes, tout le monde par terre même Marc-Antoine. Les autres ils sautent en l’air comme des pierrots. La meuf députée elle pousse des petits cris et agite ses bras. Le gros il la pousse dehors. Sauvés. On est sauvés. Célestine aussi. Aïcha me tape la main et me glisse un clin œil. À Gibus je glance un pouce. Bob Marley me répond pareil. Marc-Antoine a évité sa raclée. Célestine respire à nouveau. Et tout le monde aux lavabos. Mon instit me glisse une lingette et me dit : 

- Range tes billes, n’oublie pas de les essuyer. 

- Merci M’dame. 

Pendant qu’on se lavait les pognes Saïd me glissse un billet : « i a trois caisse de keuf deor ». 

Je le file à Gibus. Il écrit quelque chose dessus et me le renvoie. Il a corrigé l’orthographe de Saïd et il a ajouté : « Ça ira, ça ira ! Tous les keufs à la lanterne et la députée avec. » 

Gibus, c’est le premier de la classe , et ça personne discute. C’est pas une bille mon pote. 

 

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