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Blog des Militants Communistes d'Arras

Blog de la section du Parti Communiste d'Arras. 14 avenue de l'hippodrome 62000 mail: arraspcf@gmail.com

Mélenchon, nouveau Cronos

Article intéressant a lire jusqu'au bout.

Publié le  par Descartes

Personnellement, j’ai toujours été méfiant envers ceux qui brûlent un jour ce qu’ils ont adoré la veille. Bien entendu, on peut toujours se tromper et on se grandit toujours à reconnaître ses erreurs. Le problème, c’est que ceux qui claquent la porte attribuent souvent leurs malheurs non pas à leurs propres erreurs, mais à celles des autres.

Prenons par exemple le départ de Charlotte Girard de la France Insoumise. Voici ce qu’elle écrit dans sa lettre d’adieux : «Tant qu’on est d’accord tout va bien. Mais il n’y a pas de moyen de ne pas être d’accord. Or une dynamique politique – surtout révolutionnaire – dépend de la capacité des militants à s’approprier des raisonnements, c’est-à-dire potentiellement à les contester. Cette option est obstruée pour le moment, d’autant plus que dernièrement, on a eu parfois du mal à identifier avec quoi être d’accord ou pas. Le reproche d’inefficacité se confond finalement avec celui du manque de démocratie.»

Fort bien. La question évidente que ce texte pose est de savoir quand Charlotte Girard a-t-elle découvert qu’à LFI « il n’y a pas de moyen de ne pas être d’accord ». Madame Girard est en effet une vieille connaissance de Jean-Luc Mélenchon. Elle était la compagne de François Delapierre, fils spirituel et collaborateur le plus proche du Gourou depuis les temps de la « gauche socialiste ». Elle a été une figure de référence du Parti de Gauche, puis de la France Insoumise, dont elle a encadré l’élaboration du programme. Pas un perdreau de l’année, donc. Qui plus est, Charlotte Girard est professeur de droit constitutionnel, la science du fonctionnement des institutions. Qui viendra me dire que Charlotte Girard ne savait pas, qu’elle n’a pas saisi le fonctionnement intime de LFI ? Elle a vécu de l’intérieur le refus du gourou de doter son mouvement de structures démocratiques, elle a vu aux premières loges comment des militants ont été brutalement déchargés de leurs responsabilités ou même exclus d’un simple tweet par décision du leader tout-puissant. Elle savait tout, et elle n’a rien dit. Pire, elle a participé à la création de cette organisation « gazeuse » et couvert de son autorité morale et politique ces agissements.

Et pourtant, aucune contrition chez elle. On dirait qu’elle vient de se réveiller, et de découvrir la nature profonde d’une organisation construite par d’autres. C’est peut-être ce qui est le plus frappant à LFI : personne ne fait jamais d’erreurs, personne n’a jamais rien à se reprocher. Tout ce qui vous arrive, c’est la faute à quelqu’un d’autre. A propos de ce départ, voici ce qu’écrit Mélenchon dans son blog (1) : « Car depuis le record de violence personnelle a été battu par l’annonce du départ de Charlotte Girard sans un coup de téléphone, un mail, un SMS ou quoi que ce soit qui tienne compte de ce que je prenais pour une amitié de longue date scellée dans de terribles épreuves communes. Tant pis pour moi. J’en tire la leçon et je passe à la suite. ». Mais quelle « leçon » en tires-tu, Jean-Luc ? Que tu as du commettre une erreur, fait quelque chose de si terrible qu’une amie de vieille date, la compagne de ton plus fidèle compagnon, se sent devoir partir sans même te passer un coup de téléphone pour discuter avec toi ? Ou bien effaces-tu l’affaire d’un revers de manche sur le mode « tous des salauds, on ne peut faire confiance à personne » ?

Te souviens-tu, Jean-Luc, de cette soirée où tu as décidé d’être candidat aux législatives à Marseille ? La circonscription que tu avais choisie avait déjà un candidat investi par la « commission électorale » censée être souveraine – interdit de rigoler – sur ces questions. Ce candidat a appris par la presse qu’il était des-investi. A l’époque, si je crois ses dires, tu n’as même pas jugé nécessaire de l’appeler au téléphone, de lui envoyer un mail ou un SMS pour expliquer ton geste. Lui aussi, peut-être, a « tiré la leçon ». Avant de « tirer la leçon et passer à la suite », tu ferais peut-être bien de méditer cette vieille maxime qui veut qu’on récolte souvent ce qu’on a semé.  

C’est Orwell je crois qui disait que le secret des grands dirigeants est de savoir associer une totale confiance dans sa propre infaillibilité et une grande capacité à apprendre de ses erreurs. Mélenchon a sans doute la première, mais manque singulièrement de ressources lorsqu’il s’agit d’apprendre de ses erreurs, ou même de les reconnaître. Mélenchon reste un tacticien génial, mais un piètre stratège. Il a parfaitement saisi le « moment » présidentiel de 2017, mais n’a pas compris que l’organisation « gazeuse » qui en fait concentrait tout le pouvoir entre ses mains, si bien adaptée à un blitzkrieg électoral sur les terres des socialistes et des communistes, allait devenir un problème une fois l’élection passée, lorsqu’il faut faire de la politique dans la durée ce qui suppose de conserver l’adhésion des cadres et des militants sur une longue période.

Le problème de Mélenchon, c’est son amour immodéré du pouvoir et son incapacité pathologique à le partager. Toute sa carrière est une variation sur le même thème : mieux vaut être le premier dans un village que le second à Rome. C’est pourquoi il n’a jamais accepté d’avoir des alliés qui ne fussent des vassaux, qu’il a éloigné de lui toutes les personnalités qui pouvaient devenir d’éventuels concurrents, qu’il a promu aux premiers rôles des personnages inconnus, jeunes et inexpérimentés qu’il peut contrôler et qu’il pousse vers la sortie sous les quolibets dès qu’ils manquent à leur devoir de vassaux envers le seigneur que les a faits. Son rapport à son mouvement est celui du créateur envers la créature. Voici par exemple ce qu’il écrit à propos des récents départs de cadres de LFI : « Et cela vaut pour tous ces prétendus « démocrates » qui ont profité de leur position interne (acquise comment ?) pour dénigrer le Mouvement, (…) ». Allons, Jean-Luc, explique-nous comment ces gens-là ont-ils « acquis leur position interne » ? S’ils ont été démocratiquement élus, s’ils doivent « leur position interne » à la confiance de leurs pairs, alors on comprend mal ce que vient faire ce questionnement ironique. Par contre, s’ils doivent cette « position » au gourou, c’est de la plus haute ingratitude de ne pas rendre hommage à celui qui les a « faits ». Mélenchon insiste d’ailleurs lourdement sur cette question des « nominations ». Au paragraphe suivant, il recommence : « En effet, personne n’est allé vérifier qui avait bien pu nommer ces personnes dans leur fonction ni quel était leur bilan réel. » Peut-être la solution la plus simple à ce problème aurait été de publier des statuts indiquant précisément qui a le pouvoir de nommer à quelle fonction, non ? Mais implicitement, c’est toujours le même message : « c’est moi qui t’ai nommé, donc tu me dois fidélité ». La logique sectaire, on n’y échappe pas. Mélenchon se permet d’ailleurs de blaguer sur la nomination de Quatennens comme « coordonnateur » : « après tout j’y aurais bien droit, c’est moi qui ai fondé la boutique ». On ne saurait mieux dire…

Il y a des moments où l’on se demande si Mélenchon, enfermé dans sa logique, n’a pas perdu tout contact avec la réalité. Croit-il vraiment qu’on peut aujourd’hui diriger un parti politique sur une logique quasi-féodale ? Apparemment, oui.  Ainsi, il écrit que « C’est la raison pour laquelle j’ai pris une décision très importante avant de transmettre publiquement les clés de la maison à la coordination des secteurs qui la composent et qui ont désigné Adrien Quatennens comme coordinateur. J’ai abrogé la totalité de la liste des responsabilités que j’avais construite empiriquement avec Manuel Bompard au fil de trois campagnes électorales et de deux ans de vie du mouvement. Ainsi ai-je dit que les « nommés sont dénommés ». Plus de 50 personnes sont ainsi concernées. La nouvelle structure qui va animer le mouvement sera donc totalement maîtresse de son organisation et de la répartition des tâches pour la période qui arrive. » On ne saurait pas être plus clair : c’est Mélenchon qui nomme et qui dénomme, qui « construit la liste des responsabilités » et qui les abroge. C’est lui qui décide si la structure qui « anime le mouvement » sera ou non maîtresse de son organisation. Quant à l’idée que ce serait la « coordination qui aurait désigné Adrien Quatennens comme coordonnateur », cela rappelle le baron de Münchhausen qui arrivait à voler en tirant les lacets de ses bottes… Tout le monde sait que c’est Mélenchon qui a désigné Quatennens  qui touche là dividendes de sa fidélité canine au gourou notamment pendant l’épisode des perquisitions. On notera par ailleurs que Bompard, qui assurait cette fonction, est « denommé » sans qu’on sache très bien quel est le « bilan réel de son action » ou quelle est la faute qui lui vaut cette dégradation. 

Hors de question donc de démocratiser ou même d’institutionnaliser le fonctionnement de LFI. Hors de question de tirer les leçons de la déroute du 26 mai dont la faute incombe bien évidement aux autres. A la méchante presse, aux méchants intellectuels, aux autres organisations qui ont refusé de se rallier inconditionnellement au « Front populaire » proposé par LFI… Ceux qui s’en vont, ceux qui contestent ? Des traîtres et des ingrats. Les électeurs manquent à l’appel ? C’est la faute des syndicats et des intellectuels qui ont mal géré l’affaire des « gilets jaunes ». Il n’y a aucune leçon à tirer des deux années passées depuis l’élection présidentielle.

Et ensuite ? Certes, le gourou n’est pas éternel, et tôt ou tard – le plus tard possible, si on laisse le choix à l’intéressé – Mélenchon partira. Mais il y a fort à parier que LFI ne survivra pas à son départ. D’ailleurs, aucune des structures que Mélenchon a dirigées successivement n’y a vraiment survécu. Et on ne voit pas pourquoi il en irait différemment cette fois-ci, au contraire. Comme Cronos, Mélenchon à peur d’enfanter celui qui lui piquera sa place. C’est pourquoi il a pris soin de s’entourer de petits jeunes admiratifs qui lui doivent tout et qui à ce titre ne représentent pour lui aucune menace. Et de les renouveler régulièrement: lorsqu’ils commencent à prendre de la bouteille – comme Bompard – ou à penser par eux-mêmes – comme Girard – il les fait partir ou il les « dénomme ». Depuis le début du mouvement, on ne compte plus les figures qui ont été écartées, quelque fois d’un tweet. La mise à l’écart de Girard ou Bompard et leur remplacement par les petits jeunes Quatennens ou Panot ne sont pas innocents : ils permettent au « gourou » de garder le contrôle total sur le système. Mais les jeunes promus feraient bien de se souvenir que la jeunesse, hélas, est un statut éminemment temporaire, et que ce qui leur vaut leur promotion aujourd’hui pourrait demain leur valoir la roche tarpéienne… 

Mélenchon a créé LFI, c’est un fait. Mais si LFI doit survivre et prospérer, il est indispensable aujourd’hui de tuer le père. Et personne parmi les insoumis n’a la vocation jupitérienne…

Descartes

(1) Cet extrait et les suivants viennent de l’article suivant :  https://melenchon.fr/2019/06/28/fait-pas-chaud-pareil-pour-tous/

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J
sachez que dans FI, il manque un S devant et un O à la fin, et nous voici revenu dans les années 1960 pour la SFIO prenait les voix des partis de gauche pour s'allier avec le MRP et les autres
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