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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

Articles avec #crimee

Crimée – Donbass. Paix et prospérité d’un côté, guerre et famine de l’autre. Pourquoi cette différence ?

23 Août 2014, 10:38am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Crimée – Donbass. Paix et prospérité d’un côté, guerre et famine de l’autre. Pourquoi cette différence ?

 

En Crimée, les touristes se pressent comme toujours sur les plages au soleil. A Donetsk ou Lougansk, 500 kilomètres plus au nord, c’est l’enfer : l’armée ukrainienne bombarde tout ce qui bouge, combattants fédéralistes comme civils, les villes manquent de tout, même d’eau et d’électricité, et la famine menacerait Donetsk, une ville d’un million d’habitants.

Les habitants ne peuvent s’échapper car le gouvernement de Kiev, dit ukrainien, refuse la mise en place de couloirs humanitaires. On approche les deux mille morts depuis que Kiev fait la guerre à son propre peuple dans l’Est du pays. Selon l’ONU, il y aurait plus de 500 000 réfugiés ukrainiens en Russie. Et l’Occident ne cesse d’accuser la Russie d’agression alors que les populations de réfugiés ne vont jamais chez l’agresseur. Elles ont peur des canons de Kiev et non des canons russes !

Comment en est-on arrivé là ? En Crimée, la population a eu la chance, protégée par la Russie, de pouvoir décider de son destin et comme prévu, elle a voté à une grande majorité, la sécession envers l’Etat ukrainien puis le rattachement à la Russie. Le pays est en paix. Le rattachement à la Russie s’est fait sans un seul mort, comme la réunification de l’Allemagne. Le développement économique va reprendre, à l’aide notamment du tourisme, dans la presqu’ile qui était négligée par Kiev parce qu’elle votait « mal ».

Par contraste, les régions de Donetsk et de Lougansk ont aussi fait un référendum, demandant l’indépendance dans une perspective de rattachement à la Russie. Le gouvernement de Kiev n’a pas accepté cette sécession démocratique et a décidé de rétablir son autorité par des moyens militaires. Ainsi, l’armée ukrainienne est contrainte de tirer sur son propre peuple ! Cela ne semble pas choquer les Occidentaux. Le président français a critiqué la Russie pour avoir changé la frontière en Crimée comme si la France n’avait pas fait la même chose à Mayotte en 2011 (en étant condamnée par l’ONU ce qui ne la gêne pas) ou en Alsace Lorraine en 1918.

Toute la différence entre la Crimée et le Donbass est là ! En Crimée, tout s’est fait conformément à la volonté de la majorité des habitants. La paix en est résulté même si Kiev ne reconnait pas la nouvelle Crimée russe ! Dans le Donbass, on a voulu faire fi de la volonté des populations. Ce fut la panique à Kiev car on sait très bien que de nombreuses régions du sud est de l’Ukraine voudraient se séparer de Kiev. Le pouvoir de Kiev a commis, il est vrai, une erreur impardonnable, enlever au Russe son statut de langue officielle à côté de l’Ukrainien. C’est comme si la Belgique interdisait tout d’un coup le néerlandais en Flandre ! Outre Donetsk et Lugansk, les régions de Kharkov ou de Dniépropetrovsk voulaient aussi s’émanciper. Quant aux régions d’Odessa, de Mikolaiev et de Kherson, elles réclamaient leur rattachement à la Crimée.

Au lieu de chercher une solution négociée autour d’une constitution fédérale, comme cela fut fait en Belgique, le pouvoir de Kiev, issu originellement d’un putsch, a maintenu la fiction d’un Etat unitaire et a décidé de bombarder ceux qui ne pensaient pas comme lui.

La charte de l’ONU défend le principe de l’intégrité territoriale mais défend aussi le principe d’autodétermination des peuples, si cher à Charles de Gaulle. La Russie n’a pas touché à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, sauf en Crimée qui avait été « donnée » à l’Ukraine par Nikita Khrouchtchev sans consulter les populations. On ne savait pas l’Occident attaché à ce point aux révisions de frontières pratiquée arbitrairement dans l’ancienne Union soviétique. Maintenant, la Russie est accusée sans preuves sérieuses de soutenir les rebelles fédéralistes et l’Occident trouve par contre normal que l’armée ukrainienne bombarde les habitants de l’Est.

Ce déni de démocratie est appliqué pour mettre en œuvre la pensée du géopoliticien américain Zbigniew Brzezinski. Celui-ci est aux présidents américains successifs ce que Haushofer fut pour les doctrinaires du nazisme. Sa doctrine ouvertement impérialiste implique d’affaiblir la Russie coupable de s’étendre sur l’Eurasie et de concurrencer l’Amérique. Pour Brzezinski, il faut créer la brouille entre la Russie et l’Europe occidentale. Mais son impératif premier est d’empêcher tout rapprochement entre la Russie et l’Ukraine. Peu importe pour lui les liens historiques et économiques, la parenté ethnique et linguistique, la communauté religieuse commune des Russes et des Ukrainiens. Tout cela, ce sont des données humaines. La géostratégie de monsieur Brzezinski parle le langage du pouvoir et de l’impérialisme, non le langage des hommes, de leur identité et de leur liberté. Il est triste de voir une pareille doctrine qui rappelle des heures sombres de notre histoire, reprise par les médias du monde occidental.

Les conséquences humaines sont là : alors que la Crimée redevenue russe coule des jours heureux (il suffit d’en parler avec les habitants), les habitants du Donbass vivent l’enfer et ce qui commence à ressembler à un vrai génocide. Quand l’Occident retrouvera-t-il les valeurs qu’il proclame et qu’il bafoue tous les jours en Ukraine ? Heureusement que le président Poutine donne l’exemple de la sagesse, pour sauver les chances de paix, permettre à la Russie et l’Ukraine de rester amies face à des forcenés qui ne connaissent que le langage de la violence.

La recette pour une politique moins désastreuse est simple : il faut respecter les hommes et non les mépriser. Respecter les hommes, cela veut dire les respecter pour ce qu’ils sont dans leur altérité. Pourquoi un Ukrainien « prorusse » comme on les appelle, et ils sont des millions, devrait-il être méprisé au point qu’on n’éprouve plus la moindre miséricorde pour ses souffrances ? Ce n’est ni humain ni chrétien. Mais le philosophe Heidegger en disant que l’homme occidental moderne était dominé par « l’arraisonnement utilitaire » avait bien vu que l’homme serait réduit à un rouage de la technique, de l’économie et de la volonté de puissance. L’Ukrainien n’est pas « utile » dans le dispositif géopolitique de monsieur Brzezinski. Il peut donc être effacé de la terre, s’il résiste au projet de domination impériale. Cette pensée n’est ni humaine, ni chrétienne, espérons qu’elle s’effacera devant l’exemple de ceux qui se montrent humains et chrétiens, comme le président Poutine et le patriarche Cyrille.

par Ivan Blot

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Intervention de Marianne Dunlop et Danielle Bleitrach pour dire stop à la guerre

25 Juin 2014, 18:39pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

A Paris c'était dimanche :

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/06/22/a-12-h-le-2206-2014-a-paris-et-a-12h-a-kiev-le-meme-jour/

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/06/23/toujours-la-manifestation-de-dimanche-un-contenu-eleve/

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/06/23/la-voix-de-la-russie-sur-la-manifestation-a-paris-interview/

et à Lille c'était mercredi 25 juin, place de la République, à l'appel noramment de la JC.

Pourquoi c'est important:

1) des milliers de morts au centre de l'Europe, un demi-million de réfugiés

2) coup d'état fasciste à Kiev, terrorisme anticommuniste, menace d'interdiction du parti communiste d'Ukraine

3) extension de l'OTAN vers l'est, remise en cause des résultats de la seconde guerre mondiale et du rôle de l'URSS

4) confrontation USA/BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud)

5) rôle de la France comme supplétif des USA, et notre responsabilité en tant que communistes

6) ne pas laisser au FN le beau rôle soi-disant "anti-impérialiste"

... et j'ajouterai, pour ceux qui ont lu les reportages de Crimée: 100% des personnes que nous avons interrogées regrettent le temps de l'Union Soviétique, c'est aussi cela l'enjeu aujourd'hui.

Le moteur de l'histoire s'est remis en marche !

Message  De Danielle BLEITRACH  pour le rassemblement du mercredi 25 a Lille                                         
 Stoppons les bombardements au Donbass. Paix en Ukraine  18 juin 2014  > Depuis le coup d’état et l’élection de Porochenko, les violences n’ont pas stoppé en Ukraine. Aujourd’hui c’est le Donbass et sa population qui est victime de violences de la part du Gouvernement. Des civils sont tués, manquent de vivre, de médicaments, et sont harcelés par l’armée de Kiev. Pour garantir leur indépendance économique et politique, les citoyens des provinces de Donetsk et de Lougansk ont votés massivement pour leur autonomie, lors du référendum populaire du 11 mai. Le gouvernement central refuse de se soumettre à l’avis du peuple, et envoie l’armée dans les villes du Donbass qui ont fait sécession. Ces territoires ont simplement exercé l’article 1 de la charte des nations unies sur le droit des peuples à l’autodétermination. Aujourd’hui ils sont les victimes du gouvernement de Kiev : des civils sont bombardés, l’armée estutilisée contre le peuple. Nos gouvernants doivent réagir. Hollande, l’Union européenne, les Etats unis et l’OTAN ont tout mis en place pour faire s’embraser ce pays, n’hésitant pas à soutenir les partis d’extrême droite comme Svoboda ou Paviyi Sektor, qui terrorisent les opposants et les civils . Le 6 mai dernier, dans la ville d’Odessa, alors que des manifestants hostiles au nouveau gouvernement occupaient pacifiquement la place, ilsont été délogés par la force. Les manifestants se sont réfugiés dans la maison des syndicats. Les militants d’extrême-droite ont mis le feu au bâtiment, tuant sesquarante-trois occupants. Rassemblons-nous pour refuser la guerre et la barbarie.

 MERCREDI 25 JUIN, A 18h, PLACE DE LA REPUBLIQUE
 

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La Crimée observée par Marianne Dunlop et Danielle Bleitrach

19 Juin 2014, 16:04pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Voici une série de reportages réalisés par deux camarades:

 Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop.

Afin de connaitre le récit du voyage : cliquez sur les adresses du blog de Danielle Bleitrach ci-dessous

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/06/05/la-crimee-le-donbass-et-les-deux-grand-meres/

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/06/07/nouvelles-de-crimee/

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/06/07/le-veritable-handicap-des-partis-communistes-de-lex-union-sovietique/

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/06/13/introduction-a-un-voyage-en-pays-tatar-i-alexander-le-chauffeur/

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/06/15/voyage-en-pays-tatar-bakhtchyssarai/

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/06/14/de-la-propagande-a-la-realite-lantisemitisme-suppose-des-russes/

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/06/08/porochenko-et-lukraine-reelle/

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/06/07/le-flic-communiste-linsupportable-corruption/

http://histoireetsociete.wordpress.com/2014/06/09/lhomo-sovieticus-ne-fait-plus-de-politique/

 

Voyage en pays tatar (Bakhtchyssaraï – l’érudite locale) le 15/06/2014

15JUIN

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Notre voyage en pays tatar fut relativement court, de l’aube à la nuit avec un retour sous une pluie diluvienne. Ces changements de temps sont fréquents dans cette presqu’île méditerranéenne. Mais il nous a confrontées à la rupture de la belle unanimité constatée jusqu’ici. Nous nous sommes retrouvées devant une opposition dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est travaillée politiquement par l’occident et qu’il n’y a aucune chance que cela s’arrête de sitôt, les Tatars sont pris dans le nouveau grand jeu.

Selon le guide, y a deux manières d’accéder à Bakhtchyssaraï, par Simferol (31 km) ou Sebastopol (46 km), nous y sommes parvenus par un troisième itinéraire qui traversait le Kolkhoze "La voie de Lénine". Son territoire a jadis coïncidé avec Nikolaïvka et des localités voisines… Nous commençons à être obsédées par l’éternelle question que semblent se poser tous les gens ici: mais quand et pourquoi est-ce que tout cela a-t-il disparu? Pourquoi la fin de l’Union soviétique?

Marianne me faisait remarquer que nous n’avions pas besoin de chercher à interviewer les gens, ils se présentaient à nous en files serrées, comme à confesse. Avec quelques messages simples, les médias ukrainiens mentent mais aussi en filigrane, l’incompréhension de ce qui leur arrive. Et tandis que le paysage désolé de l’ancien kolkoze défile, des souvenirs reviennent à l’esprit, des bribes de discussion. Comme avec cet ouvrier misérable, un SDF, les passagers s’écartaient de lui dans le trolleybus qui mène à Yalta. Il avait 58 ans, il venait de Lugansk pour chercher du travail. Ce n’était vraiment pas un révolutionnaire, mais il a dit deux choses: à Lugansk, les pensions n’étaient plus payées alors les mineurs sont allés en délégation réclamer à Kiev, on leur a répondu "Mangez de l’herbe!" Voilà pour la révolte du petit homme acculé à prendre les armes. A Slaviansk, il n’y a plus d’eau et les bombardements se poursuivent avec la complicité de mon pays. Mais l’homme avait aussi à nous donner son avis sur la chute de l’Union Soviétique qu’il déplorait comme tout le monde: tout avait commencé dans la deuxième partie du règne de Brejnev, quand il s’était mis à boire et qu’il avait regardé le pays sans le voir. Quand il est mort, on a beaucoup espéré dans Andropov qui était du KGB (le terme employé pour lui comme pour Poutine est un tchékiste, ce qui semble à leur yeux une valeur sûre). Mais la fille et le gendre de Brejnev (la mafia de Tachkent) convaincus de corruption l’ont fait assassiner. Comment sait-il cela? parce que cela se dit et il l’a même lu. Après c’était foutu.

Dans la campagne en jachère, des vignes abattues et repoussant d’une manière sauvage. Il ne s’agit pas seulement de la fin du kolkhoze, de sa privatisation et de la misère qui a frappé les anciens habitants incapables d’assumer dans l’isolement et le manque de moyens la mise en valeur des terres. Il y a eu aussi avant, pendant la péréstroïka, Gorbatchev dans le cadre de la lutte contre l’alcoolisme avait fait couper les vignobles de Crimée. Cela dit assez bien, la débilité gorbatchévienne dont l’occident fit son favori avant de le transformer en homme sandwich pour Pizza Hut. les temps troublés de la chute de l’URSS sont intervenus, les vacances du pouvoir, la lutte pour l’accumulation primitive… Le prélude à la chute que personne ne semble avoir vu venir.

En attendant, une tradition séculaire, celle des vignobles de Crimée, développée par les Russes depuis Catherine II, gisait là au milieu des ronces. Pour atteindre Gourzouf sur la mer, nous avons traversé le reste du pays Tatar, une station de montagne, véritable alpage où on nous a fait déguster des vins de Crimée, tellement coupés, sucrés, assortis d’arômes les plus invraisemblables qu’ils étaient imbuvables… Mais il y a nous a-t-on dit des cépages que des Français sont venus élever et il semble qu’une production de meilleure qualité soit en train de se développer, on attend aussi Gérard Depardieu.

Nous sommes donc arrivés, Alexander le chauffeur, Marianne et moi vers le pays Tatar en vivant la chute de L’URSS à travers celle du Kolkhoze "la voie de Lénine"… Il reste aujourd’hui assez de force et de conviction au villageois pour appeler les communistes de Simféropol pour leur demander de venir avec eux garder la statue de Lénine quand des bandes ont menacé de l’abattre. Les communistes ont dit à condition que tout le monde soit d’accord dans le village. Ce qui fut voté.

Donc par "la voie de Lénine", puis les routes défoncées du pays tatar. Sans transition, nous sommes passées d’un espace collectif en ruine à un autre sur le même genre de route, la voiture sautait et nous avec. Alexandre gêné devant l’état de son pays après avoir accusé les Tatars de n’avoir plus qu’une industrie, la cimenterie pour ériger des mosquées payées par l’étranger avait ajouté: Les Tatars se plaignent que l’on ne fait rien pour eux en matière de voirie et de services publics, mais ils font tout pour ne pas payer d’impôts.

Nous avions été accueillis en Crimée à notre arrivée dans une famille de communistes, moitié russe, moitié tatare, revenue d’Ouzbékistan et qui a vécu les difficultés de la réimplantation. La mère, une russe du Donbass, une vraie mère courage est une communiste orthodoxe de religion, stomatologiste de son état qui n’ayant pas trouvé de travail a dû tenter l’élevage de volailles et même de chèvres sur un terrain pentu dont personne ne voulait. Un homme qui à Nikolaïvka déplorait la prise de possession illégale des terres par les riches, nous a dit que les Tatars ne gênaient personne, ils s’installaient là où personne ne voulait aller, ceux qu’ils dénonçaient étaient ceux qui tentaient de prendre le front de mer pour y construire des palais. Donc la famille qui nous a accueillies a peu à peu construit sa maison et là aussi nous passons de pièces tapissées meublées presque richement en tous les cas confortablement à des espaces encore en construction avec les fers du béton à vif et les escaliers des échelles de bois. Le père vient de temps en temps, il est grand, roux aux yeux bleus. Il est habillé comme un saoudien. Ce n’est pas un hasard. La mère nous explique qu’il a été embrigadé par une filière turque qui menait au wahabisme. Il se rend fréquemment à la Mecque et a subi une véritable lavage de cerveau. Quand on le retrouve devant la maison, avec son turban et son chapelet, au début c’est la joie des enfants qui lui sautent dans les bras, puis c’est la tension, il commence son prêche, invitant la jeune femme et la mère à respecter les lois de la Charia, que les filles quittent l’école, à ne plus travailler dehors et à obéir à leur époux. Il fait pression pour qu’Arthur soit circoncis en menaçant chacun des flammes de l’enfer. Il reçoit un journal de Kiev, quelque chose qui ne parle que de religion, mais est très insidieux. La mère excédée finit par le renvoyer et nous dit c’est un fanatique et elle ajoute que son autre religion est le football. Quand elle l’a épousé, il était normal, plaisantait et faisait la fête et puis il a été retourné par des filières qui recrutent chez les Tatars.

Mais revenons au voyage. Tandis que nous affrontons les routes défoncées du pays Tatar, Alexander notre chauffeur commente lui aussi la spécificité tatare: "ils ont peut-être boycotté le référendum et encore, pas à Nikolaievka, mais ils ont été les premiers à réclamer un passeport russe." Alexandre énonce cela sans la moindre acrimonie comme un constat. Les Tatars, si nous en croyons nos hôtes, sont un groupe particulier au sein de la Crimée, mais il y en a d’autres et la presqu’île est une mosaïque de peuples avec des espaces de transition dans la jeunesse où les unions sont si fréquentes qu’il est parfois difficile physiquement de distinguer les uns des autres.

Nous arrivons très tôt et le palais du Khan n’est pas encore ouvert à la visite. Le guide du routard que la prévoyante Marianne a emporté avec elle fait état d’une auberge au sommet de la colline qui surplombe le palais. Là il y aurait la représentante des enseignants tatars, elle tient table d’hôte et dit le guide c’est une mine sur l’histoire des Tatars. Nous décidons d’aller la voir. Alexander suit. La femme qui a environ la cinquantaine nous accueille avec beaucoup de chaleur en apprenant que nous sommes français. Elle nous demande si nous sommes des amies de Xavier. Quelque chose se met alors en alerte chez moi, j’imagine le dit Xavier, un militant des droits de l’homme très anti-communiste sur le fond, un enseignant en tous les cas un cadre, une tenue baba cool ou au contraire le parfait petit randonneur. J’ai presque envie de dire que "OUI!" Mais cette femme a l’air si gentille, si accueillante et tout de suite, elle nous installe sur des lits autour d’une table avec un café et des douceurs. Donc, non nous ne connaissons pas Xavier. Mais rien n’y fait, nous sommes français donc occidentaux et ennemis des Russes, alors nous allons avoir droit à tout. D’abord à l’injustice subie par les tatars, les hommes étaient encore sous les drapeaux quand les femmes et les enfants ont été déportés, chassés par Staline de leur Crimée vers d’autres républiques, la moitié sont morts durant l’exode. Quand elle me dit que les hommes étaient sous les drapeaux, un démon malin me pousserait presque à demander "Sous quel drapeau, celui de l’Union soviétique ou celui des nazis?" Je suis convaincue que les Tatars dans cet exode massif ont subi une injustice que justifiaient les défenseurs de la décision en expliquant que les mettre à l’écart était les protéger du courroux du reste de la population, mais nous y reviendrons. Mais notre hôtesse poursuit son historique, quand Gorbatchev les a fait retourner en Crimée (encore lui), ils ont tout de suite été aidés par des organismes polonais proches de Solidarnosc et après par la fondation Soros. Ces charitables organisations continuent à financer les activités culturelles et accueillent des séminaires en Pologne pour la jeunesse tatare.
Marianne et moi nous sommes toute ouïe, Alexander toujours aussi poli ne pipe mot et regarde droit devant lui.
Quand nous sortons, l’hôtesse nous raccompagne sur le seuil et nous dit son désespoir devant l’annexion de la Crimée, ils ne s’attendaient pas à ça. Je me refends d’un "c’était écrit!", elle proteste que rien n’est écrit et que tout dépend de la lutte et que celle-ci continue.
Mais le palais du Khan s’ouvre aux visites et ceci est encore une autre histoire comme disait Shéhérazade à son cruel époux…

histoireetsociete

par Danielle h

La Crimée observée par Marianne Dunlop et Danielle Bleitrach
La Crimée observée par Marianne Dunlop et Danielle Bleitrach

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De la propagande à la réalité: l’antisémitisme supposé des russe

14 Juin 2014, 15:09pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

C’est peu de dire que les nouvelles ont ici un tout autre impact que celles que l’on surprend en passant à la télévision française, ou dans les forums sur internet. Chacun y raconte n’importa quoi sans mesurer les conséquences. Ici c’est différent on s’en doute.

Aujourd’hui la télévision russe, on annonce que deux avions militaires ukrainiens ont bombardé la direction de l’Intérieur de Gorlovka (région de Donetsk) où se trouve à présent l’état-major des forces d’autodéfense, il y a un mort et six blessés. Nous venons de quitter l’auberge de jeunesse de Nicolaïev et avons laissé Constantin, l’homo-sovieticus comme nous l’avions baptisé dans l’article sous le même titre. Marianne avait bien traduit son propos sur Gorlovka indiquant qu’il s’agissait du "fief des séparatistes", mais comme dans le même temps il insistait sur le calme, l’absence de combat dans cette ville nous en étions restées là et ne l’avions pas noté dans l’interview.

Peu à peu nous nous étions convaincues que Constantin en savait plus qu’il ne le disait et qu’il avait participé au combat, mais cette nouvelle nous fait revoir l’ensemble de ses propos et donner encore un autre sens à sa colère, à la tension qui l’habitait, à sa dernière phrase "Tout va bien, tout est sou contrôle". Voilà, face à l’horreur de cette guerre civile à laquelle mon pays, la France, participe chaque visage bouleversé, chaque pleur nous atteint presque autant qu’eux qui n’ont pas un mot de reproche contre nous Français et nous accueillent avec cette tendresse timide des Russes. Nous n’y sommes pour rien, nous venons là pour aider et ils veulent que nous disions la vérité… mais comment rétablir le flot de mensonge…

Un exemple, le faux tract antisémite, la rumeur des réseaux sociaux… 
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Des souvenirs passent dans mon esprit… Celui d’ un faux tract antisémite s’adressant à la communauté juive de Donetsk, c’était le 17 avril 2014. Il les invitait à se faire inscrire sur une liste spéciale en vue d’un impôt.

http://www.leparisien.fr/international/ukraine-un-tract-visant-les-juifs-seme-la-panique-a-donetsk-17-04-2014-3776053.php

Instinctivement j’ai su que ce truc était un faux et je l’ai dénoncé. Avant même l’assaut, le crime de masse on en créait les conditions, la justification… Très rapidement d’ailleurs, le faux a été démonté. Malgré ce j’ai surpris des Israéliens, des "amis de la paix" en train de continuer à diffuser ce faux avec tous les commentaires que l’on peut imaginer sur l’antisémitisme russe.

Ces gens savaient ce qu’ils faisaient et sous couvert de leur amour de la paix, ils relayaient les conditions de la guerre. Il leur fallait inventer un antisémitisme russe pour faire oublier celui bien réel de ceux qui se revendiquent de Bander et qu’ils avaient choisi comme alliés par pur soutien à l’agression d’ Obama.

Mais il a fallu venir ici pour mesurer l’injustice terrible d’un tel comportement, parce que le faux est un fusil pointé sur de pauvres gens qui se battent le dos au mur dans le Donbass et tout le sud-est en général.

Voilà sur les réseaux sociaux, dans la presse française, il y a des gens qui parlent, qui écrivent en se contentant de répéter le mensonge qui accompagne le meurtre… Le Russe serait antisémite, homophobe et terroriste… Que des juifs cautionnent le meurtre de ceux qui ont donné tant de morts à leurs côtés face au nazisme. Je n’arrive pas à comprendre, tout en moi se révulse devant le mensonge, l’ingratitude, l’utilisation d’un drame terrible… Je ne supporte pas le négationnisme, cela veut dire que l’on a la permission de remettre ça?

L’exemple de l’ignoble Kolomoiski

Avant de venir ici, je détestais déjà cet oligarque jouissant d’un passeport israélien et ukrainien, Kolomoiski. Ceux qui ont suivi ses turpitudes sur ce blog me comprendront, mais c’est encore autre chose de découvrir dans le pays ce dont ce type est capable. Chaque fois qu’il était question de lui ici, je rentrais la tête dans les épaules, m’attendant à voir déferler des injures antisémites. Le seul qui a fait allusion à la qualité de juif de ce salaud – je pèse mes mots- a été le responsable espérantiste de Yalta qui se définit lui même comme mathématicien, juif, patriote russe, ami d’Israël. Nous avons rêvé ensemble de tuer Kolomoiski, et il m’a dit que nombreux étaient les juifs du sud-est de l’Ukraine, de Crimée et d’ailleurs qui y pensaient sérieusement. Mais aucun autre interlocuteur n’a jamais fait allusion à son judaïsme…

Mieux, avant hier, Marianne va écouter les nouvelles à la télé dans la salle collective. Elle revient et me me dit: "ton oligarque favori a encore fait des siennes, il a déclaré qu’il fallait entourer le sud est de fils de fer barbelés et bruler au lance flamme ses habitants. Ce que par parenthèse on le soupçonne d’avoir financé à Odessa.

Quand on imagine que les gens qui écoutaient étaient eux-mêmes de ce sud-est, avaient le coeur déchiré d’angoisse pour un proche, un ami ou un parent… que de surcroît cette ordure avait vidé tous les comptes de dépôt avant de fermer sa banque en Crimée, on conçoit sa popularité… J’ai interrogé Marianne sur ce qu’avaient dit les gens:" est-ce qu’il y avait eu des allusions au fait qu’il était juif? -Pas la moindre!" m’a-t-elle répondu, il a été traité de tous les noms, ils se sont moqués de son allure de clochard, mais pas un mot sur le fait qu’il était juif.

Le maire de Karkhov

Autre exemple, les deux femmes de Kharkov qui n’avaient rien vu ni manifestation, ni désordre dans leur ville, disant que c’était des points particuliers de la ville, mais que le reste était calme. Elles l’attribuaient à leur maire qui avait déclaré qu’il ferait tout pour que Kharkov soit épargné par les désordres. Elles avaient une confiance totale en lui, il avait rendu la ville propre et tranquille. Je leur ai demandé si elles avaient su que leur bon maire avait été atteint d’une balle dans le dos en faisant du jogging, en profitant d’un match où les hooligans du club de foot de Dnipropetrovsk, appartenant encore à Kolomoiski, avaient semé un désordre propice à ce genre d’attentat. Elles ont dit qu’elles l’avaient su mais ignoraient qui était coupable, l’affaire avait été étouffée.

Leur bon maire se soignait en Israël, mais il gérait la ville par skipe en communication directe avec ses adjoints, elles l’avaient vu sur son lit d’hopital. Elles n’ont même pas parlé du fait qu’il était juif et elles étaient bien contentes qu’il jouisse de bons soins en Israël.

J’ai repensé au journal de Goebbels qui déplore que même dans la Galicie ukrainienne, les gens protestent contre l’extermination des juifs et il ajoutait que le bolchevisme avait émoussé le bel antisémitisme de ces populations.

En revanche, il est des choses dont on devrait bien se préoccuper c’est l’offensive menée par Marine Le Pen vers la Russie. Hier un de nos interlocuteurs nous a dit: "Cette femme dit des choses justes, à savoir que l’Ukraine n’a rien à espérer de l’UE !" Je lui ai répondu qu’Hitler aussi disait parfois des choses justes, cela n’empêchait pas qu’il soit quelqu’un dont il fallait se méfier… Il a argumenté: il avait vu une émission à la télé russe qui expliquait que son père était un fasciste qui était pour les nazis, antisémites, colonialiste.. Mais elle repoussait les idées de son père…" Bien évidemment j’ai répliqué qu’elle était tellement éloignée des idées de son père que celui-ci était tête de liste aux Européennes. Tout cela lui a paru trop compliqué et puis de toute façon, la pièce clé n’est pas la France qui est le caniche des Américains, mais l’Allemagne et il s’est intéressé aux incohérences de Merkel.

Mais tout cela me confirme dans l’idée des deux fers au feu du capital, apparaître comme le progressiste dans les moeurs alors même que dans le même temps il donne de la force à l’extrême-droite, à la manière dont l’oligarque,Kolomoiski, encourage la propagande sur l’antisémitisme supposé des Russes et des séparatistes avec les faux les plus grossiers tout en finançant et armant de vrais néo-nazis.

Danielle Bleitrach

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