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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

Articles avec #communistes du monde

Attentats / Bruxelles : « Monstrueux carnage. Solidarité et soutien avec les Belges »

24 Mars 2016, 20:31pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

 

Communiqué du PCF

La nouvelle des attentats de ce matin à Bruxelles nous frappe toutes et tous de stupeur et d'effroi. A cette heure, le bilan provisoire fait état de 26 morts et plusieurs dizaines de blessés. Le Parti communiste français (PCF) tient d'abord à exprimer sa profonde peine devant ce monstrueux carnage, et à assurer de toute sa solidarité et de son soutien les familles des victimes, les habitant-e-s de Bruxelles et la population de Belgique tout entière.

Le PCF condamne ces attentats comme tous ceux perpétrés en France, au Proche-Orient, au Maghreb et en Afrique au long de ces dernières années avec le but d'entretenir des situations de violence, de guerre et de déstabilisation.

Les mobiles exacts des assassins ne sont pas encore connus mais l'objectif est évident: par une stratégie de terreur aveugle et inhumaine, ancrer les divisions en Belgique, en Europe, au plan international.

Ce drame appelle plus que jamais à l'inverse à une plus grande solidarité et une détermination politique pour non seulement retrouver et arrêter les meurtriers comme les commanditaires, mais aussi à apporter des réponses politiques durables à ce qui nourrit les filières criminelles qui veulent "importer un climat de guerre" en Europe et qui l'entretiennent partout ailleurs.

La responsabilité de nos gouvernements et de l'UE est de refuser de s'inscrire dans cette logique mais aussi de revoir la logique de leurs politiques internationales qui restent cantonnées à des réponses militaires au détriment des solutions politiques.

Le travail de la police et de la justice pour démanteler les réseaux et filières, pour stopper les donneurs d'ordre et les soutiens sera déterminant, et doit se dérouler dans le respect absolu des droits et libertés, individuelles et collectives, fondamentales, contre tous ceux, à commencer par les commanditaires des attentats, qui veulent les déstabiliser.

Attentats de Bruxelles: SOLIDARITÉ ENVERS LES VICTIMES ET CONDAMNATION DES RESPONSABLES – déclaration du PC belge (de Wallonie-Bruxelles)

Attentats de Bruxelles/Zaventhem: SOLIDARITÉ ENVERS LES VICTIMES ET CONDAMNATION DES RESPONSABLES

Face aux lâches crimes commis aujourd’hui à Bruxelles, le Parti communiste exprime toute sa douleur et sa solidarité envers les nombreuses victimes, leurs familles et leurs proches. Sa sympathie va également aux pompiers, ambulanciers, policiers et civils qui ont participé au secours des victimes de ces crimes. Bruxelles ensanglantée, la population du pays, plus unie que jamais, l’accompagne en sa douleur.

Mais la profonde compassion envers les victimes de ces crimes abjects ne doit pas nous faire oublier les graves responsabilités de l’Union européenne et de nos Gouvernements qui se sont inscrits, docilement, dans la politique irresponsable et guerrière des États-Unis et de l’OTAN. Ce sont en effet, ces Gouvernements, y compris celui de notre pays, qui ont apporté leur soutien aux aventures militaires contre la Libye hier et qui continuent à le faire contre la Syrie aujourd’hui même. Utilisant hypocritement le concept « droits de l’homme », ces (ir)responsables politiques en déstabilisant et organisant l’assassinat du chef d’état libyen ont fait de ce pays un réservoir du terrorisme international. Comme si cela ne leur suffisait pas, ils sont occupés à essayer de faire exactement la même chose en Syrie aujourd’hui.

C’est pourquoi le Parti communiste estime que la vraie solidarité envers les victimes, le vrai combat contre le terrorisme, commencent par la dénonciation des fauteurs de guerres et des marchands de canons et par le soutien aux dialogues et aux négociations comme instrument de solution des conflits. Pour organiser cette solidarité et ces combats il nous semble plus que jamais urgent d’organiser un puissant mouvement pour la paix.

Bruxelles, le 22 mars 2016,

Le Bureau Politique du Parti Communiste

 
 
 
 

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Raoul Hedebouw Député fédéral du PTB

16 Mars 2016, 18:57pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Enfin une bouffée d'air quand notre camarade Raoul s'exprime avec son franc-parler et son inoxydable détermination, devant la chambre des députés belges.

À regarder et écouter sans modération!

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La véritable histoire de la Faucille et du Marteau

4 Janvier 2015, 07:30am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

La véritable histoire de la Faucille et du Marteau

La faucille et le marteau, deux outils qui entremêlés symbolisent le communisme. Que cela plaise ou pas et bien que l'Union soviétique ait disparu, cet emblème garde sa puissante signification.

Il évoque toujours l'espoir de jours meilleurs pour des millions de femmes et d'hommes à travers le monde. Mais d'où vient cet emblème ?

Qui l'a suggéré, qui l’a créé, qui l’a dessiné ? De quand date t- il ?

Que la faucille et le marteau soient un héritage de la révolution russe, rien n'est plus évident.

C'est pendant l'hiver de 1918 que le Conseil des commissaires du peuple se préoccupa de faire établir un emblème pour le sceau du gouvernement et le pays alors que diverses représentations spontanées avaient déjà vu le jour.

La tâche fut confiée à un artiste, Alexandre Léo. Celui-ci élabora un premier projet représentant une faucille, un marteau, un glaive entrecroisé devant un bouclier d'acier, le tout entouré d'une couronne d'épis.

Le Conseil des commissaires du peuple en discuta à partir du 20 avril. Lénine se prononça pour la suppression du glaive : qu'avait à faire celui-ci sur le sceau d'un état qui se voulait pacifique ?

Restèrent donc la faucille et le marteau qui furent d'ailleurs reprises en mai et juin 1918 dans bien d'autres projets. Retenons déjà la signification pacifiste de ce choix.

La faucille et le marteau furent conservés dans les armes de la RFSFR prévues par la première constitution de celle-ci en juillet 1918, puis dans les armes de l'URSS en 1922.

Dès 1918-19 d'ailleurs, en Russie, la faucille et le marteau, emblèmes très vite populaires, se croisent ou voisinent, comme ce fut le cas pour les emblèmes républicains à l'époque de la Révolution française, sur toutes sortes d'objets, plats, médailles, timbres etc., tandis que des artistes les reprennent dans leurs compositions, comme le peintre Jean Pougny, qui né en Finlande, travaillait alors en Russie.

Que représentent dans l'imaginaire alors le marteau et la faucille?

Le marteau, c'est le travail industriel assurément, mais c'est aussi l'ouvrier, plus généralement l'homme caractérisé par sa vigueur corporelle, car ce marteau peut être aussi une " masse ", lourde à porter.

Outil polyvalent utilisé dans de très nombreux métiers et même dans les travaux domestiques - qui n'a pas aujourd'hui un marteau chez soi ?, il apparaît assez bien adapté à la représentation du travail industriel ou artisanal, surtout si l'on tient compte du fait que les représentations symboliques des réalités matérielles sont souvent marquées par un certain archaïsme.

Quant à la faucille, c'est loin d'être seulement un symbole du travail agricole. Bien que le mot faucille en russe (" serp ") soit masculin, la faucille c'est l'outil de la femme à la campagne alors que les hommes utilisent plutôt la faux.

La faucille, c'est donc aussi la femme, ce que suggèrent peut-être implicitement ses formes arrondies. Une affiche du 1er Mai 1920 en Russie illustre cette interprétation. On y voit, s'avançant fièrement vers l'avenir, côte à côte, un ouvrier portant une lourde masse, un paysan pourvu d'une faux, une paysanne portant une faucille.

La meilleure illustration de cette dualité faucille - marteau se trouve dans le monument du pavillon soviétique à l'Exposition universelle de Paris en 1937, qui fut justement célèbre: un ouvrier et une kolkhozienne tendent vers le ciel, entrecroisés, le premier un marteau, la seconde une faucille.

La signification apparaît claire : la société soviétique réconcilie le travail agricole et le travail industriel sur fond de paix comme elle unit plus étroitement l'homme et la femme. Il était normal qu'en France, où la pratique des symboles politiques était familière (avec le bonnet phrygien, par exemple), l'attirance pour le symbole nouveau fut vive.

Dans la tradition républicaine et socialiste française, bien des éléments préparaient son adoption. La franc-maçonnerie avait déjà popularisé la représentation emblématique des outils du travail (le niveau, le fil à plomb).

 

Le marteau était, à travers le personnage du " forgeron ", familier aux écoliers français qui avaient appris à l'école l'Outil de Clovis Hugues : " Le père; un forgeron musclé comme un athlète/a deux outils de fer l'enclume et le marteau " ;ou mieux encore : la Légende du forgeron de Jean Aicard : " Un forgeron forgeait une poutre de fer (. ..)/ Il chantait le travail qui rend dure la main / Mais qui donne un seul cœur à tout le genre humain ". Que de fois l'image de la " forge " avait été utilisée pour illustrer l'avenir en préparation, le rougeoiement du foyer s'identifiant au soleil levant !

Quant à la faucille, bien que cet outil ait été présenté, et parfois en plusieurs exemplaires, dans toutes les exploitations paysannes et même bien au-delà, qu'il ait été largement utilisé par les femmes dans une France encore majoritairement rurale, c'est peut-être un symbole usité, sans doute parce qu'en terme de représentation féminine, l'image de Marianne avait ici occupé le terrain.

Un dessin de Steinlen, Souvenir de la Commune de Paris, met au premier plan, dans une foule ouvrière symbole du peuple, un ouvrier muni d'une masse, un paysan avec une faux, mais la femme du peuple qui conduit le cortège est ici - nous dirons : naturellement — une Marianne à bonnet phrygien.

Rien ne s'opposait en tout cas, dans le domaine des représentations symboliques, à l'adoption en France de la faucille et du marteau. Le prestige de la révolution d'Octobre aidant, la symbolique empruntée à la révolution soviétique s'acclimate sans peine dans le terreau culturel français.

Il n'est donc pas étonnant que les timbres du nouveau Parti communiste fassent place en France dès 1922 à la faucille et au marteau (remplaçant la République rouge encore présente en 1921). 

 

Ce n'est qu'un peu plus tard avec la bolchévisation que le symbole est associé en 1924 au titre de l'Humanité.

Sans doute, avant cette date, la faucille et le marteau trouvent occasionnellement leur place dans le journal : le 11 octobre 1923, par exemple, un dessin de Grandjouan montre une Marianne assise et pensive à côté d'un porte - feuille d'actions, d'un sabre, d'une faucille et d'un marteau, avec cette légende : " La révolution ou la guerre, la faucille et le marteau du travail ou le sabre, il faut choisir ma petite ! " Le 4 octobre 1924, le pas décisif est accompli. L'emblème- très proche alors que celui de la RSFSR — prend place à la droite du titre de l'Humanité.

On tâtonne ensuite pour lui trouver une place définitive d'abord entre le L et le H (24 octobre 1924), puis derrière le M (16 mars 1926), et en même temps on le simplifie et or l'épure pour ne mettre en valeur finalement que les deux instruments de travail.

Beaucoup plus récemment enfin, c'est sous le titre du journal qu'ont pris place ceux-ci.

Parti populaire, ouvrier et paysan, le PCF a trouvé dans la faucille et le marteau un emblème dont la signification la plus évidente (l'union des travailleurs industriels et agricoles) semblait bien correspondre à son identité réelle, alors que cet emblème était porteur au départ — comme on a tenté de le montrer plus haut -, de contenus plus riches et plus variés qui n'ont peut-être pas été pleinement assimilés."

 

 

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La chute du mur de Berlin : la version d’Egon Krenz

10 Novembre 2014, 14:34pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

José FORT

Depuis samedi matin, radios et télé accordent une large place à la chute du mur de Berlin. « Pour faire œuvre de pédagogie auprès des plus jeunes », précisent les médias. Ce matin, moi aussi, je vais faire « oeuvre de pédagogie ». A ma manière.

Voici une interview de Egon Krenz réalisée à Berlin en septembre 2009 et publiée dans l’Humanité de novembre de la même année.

Le dernier président du Conseil d’Etat de la République démocratique allemande (RDA) évoquait la chute du mur, le rôle de Gorbatchev, ses relations avec Kohl, ses propres erreurs, le socialisme.

Egon Krenz vit avec sa famille près de Rostock. Notre rendez-vous a eu lieu à Berlin dans un endroit discret. Il doit prendre des précautions, n’étant pas à l’abri d’une provocation. La presse de droite allemande le salit, l’insulte. Or, il n’a jamais commis le moindre crime et a tout fait pour que les événements de 1989 puissent se dérouler sans la moindre violence. Egon Krenz est un homme chaleureux, courageux, fidèle à ses engagements. L’autre jour à Berlin, il est descendu de sa voiture. En face, dans l’immeuble en construction, trois maçons l’ont reconnu. « Egon, droit toujours », lui ont-ils lancé. Ses yeux ont brillé un instant. Et nous avons parlé…

JF. Vous avez été emprisonné pendant plusieurs années. Comment allez-vous ?

EK. J’ai la chance d’avoir une famille intacte et des amis fidèles. Les vrais, ceux qui gardent la tête haute. J’ai l’espoir que mes petits enfants réussiront ce nous avons tenté de construire. En 1989, ce n’est pas l’idée socialiste qui a été enterrée mais plutôt un certain modèle de socialisme. Je suis optimiste. Je ne crois pas que le capitalisme soit le dernier mot de l’histoire. Vous n’avez pas devant vous un personnage écroulé dans un petit coin d’Allemagne mais un homme debout.

JF. D’autres se sont écroulés ?

EK. Oui, malheureusement. La dureté de notre défaite et le triomphe de l’anticommunisme ont eu des retombées redoutables. Certains se sont retirés. D’autres ont déserté.

JF. Qui par exemple ?

EK ……. (Il me regarde fixement. Son regard lumineux soudain s’assombrit. Il garde le silence)

JF. Des membres du Bureau politique du parti socialiste unifié (SED), par exemple ?

EK. Notamment. Pour revenir à votre première question, ces années de prison ont été surtout dures pour ma famille car les attaques visaient mon honneur personnel. Je savais qu’on ne m’offrirait pas des fleurs. Pour une raison simple : dès son élaboration, la loi fondamentale de la RFA stipulait que les territoires allemands situés hors RFA devaient être récupérés, tous ceux y exerçant une fonction responsable étant considérés comme des criminels, des malfaiteurs. Je savais cela depuis longtemps. J’étais prêt à subir la prison. Mais je refusais et refuse toujours les accusations qui ont été portées contre moi. L’histoire me libérera. Mon sort personnel importe peu. En revanche, le calvaire vécu par de nombreux citoyens de la RDA relève de l’inadmissible. Je pense à tous ceux qui ont perdu leur travail alors qu’il n’y avait pas de chômage en RDA. Je pense aux intellectuels de la RDA décapités. Je pense à tous ceux qui ont été marginalisés. Un exemple parmi tant d’autres, celui de l’hôpital de la Charité à Berlin : la plupart des médecins, des spécialistes reconnus mondialement, ont été licenciés. La division de l’Allemagne n’était pas chose naturelle. Elle était contraire à notre histoire. Mais avez-vous remarqué que les dirigeants de la RFA ont tout mis en œuvre pour éviter la prison aux nazis. Moi, j’ai scrupuleusement respecté les lois de la RDA. Je n’ai commis aucun crime.

JF. Comment avez-vous vécu les derniers jours de la RDA ?

EK. Je ne suis pas de la génération de ceux qui venaient des camps de concentration, de la guerre, de la Résistance, de Moscou. Au bureau politique du SED, j’étais le plus jeune. Je suis un enfant de la RDA. Tous les autres avaient survécu au nazisme. J’ai exercé de nombreuses fonctions : de représentant des élèves dans mon collège jusqu’à la présidence du Conseil d’Etat. Avec la disparition de la RDA, c’est une bonne partie de ma vie que j’ai enterrée.

JF. Aviez-vous passé des accords avec le chancelier Kohl ?

EK. Nous avions décidé d’ouvrir plusieurs points de passage. La date avait été fixée par mon gouvernement au 10 novembre 1989. Or, la veille, un membre du bureau politique, Schabowski, a annoncé publiquement non pas l’ouverture de passages mais la « destruction du mur ». Nous nous étions mis d’accord avec Kohl pour l’ouverture en « douceur » des frontières. Il ne s’agissait pas à ce moment là de la fin de la RDA, de la fin du pacte de Varsovie et de Berlin comme territoire au statut particulier. Il s’agissait d’ouvrir les frontières.

JF. Avez-vous pensé, un moment, faire utilisation de la force ?

EK. Je peux jurer que nous n’avons jamais envisagé une telle décision. Je savais qu’un seul mort aurait eu des conséquences tragiques. L’utilisation de la force, et nous en avions les moyens, aurait conduit à la catastrophe. Nous avons refusé de tirer sur le peuple.

JF. Dans un de vos ouvrages vous vous élevez contre la réécriture de l’histoire.

EK. Tant de choses ont été écrites… Il faut en revenir à l’essentiel : sans Hitler, le nazisme, la Seconde guerre mondiale et la réforme monétaire de 1948, l’histoire de l’Allemagne aurait pu s’écrire autrement. Le malheur du peuple allemand, c’est le fascisme.

JF. Pensez-vous à vos propres responsabilités ? (Il observe un instant de silence puis s’approche de la table. Visiblement, il est ému)

EK. J’y pense constamment. Je pense au fossé entre la direction et la base, au déficit de confiance entre le parti et la population. Le manque de démocratie, de débat, la différence entre la réalité et la propagande. Les plus anciens refusaient le débat direct. Une terrible erreur. Il fallait combattre l’adversaire sur le plan des idées. Il fallait accepter la confrontation idéologique. Nous ne l’avons pas fait. Nous rencontrions de gros problèmes économiques et faisions comme si tout allait bien. Pour les citoyens de la RDA, les acquis sociaux étaient chose normale. Il fallait dire la vérité, montrer les difficultés, parler franchement. Nous n’avons pas su ou pas voulu ouvrir la société.

JF. Vous n’évoquez pas l’environnement international, la guerre froide, le rôle de l’Union soviétique et de Gortbachev.

EK. J’y viens. Je l’avoue, j’ai été naïf. J’avais une grande confiance en Gorbatchev, une grande confiance dans la perestroïka comme tentative de renouvellement du socialisme. J’ai rencontré Gorbatchev le 1er novembre 1989 à Moscou. Quatre heures d’entretien. Je lui ai dit : « Que comptez vous faire de votre enfant » ? Il me regarde étonné et me répond : « Votre enfant ? Qu’entendez-vous par là » ? J’ai poursuivi : « Que comptez-vous faire de la RDA ? » Il m’a dit : « Egon, l’unification n’est pas à l’ordre du jour ». Et il a ajouté : « Tu dois te méfier de Kohl ». Au même moment, Gorbatchev envoyait plusieurs émissaires à Bonn. Gorbatchev a joué un double jeu. Il nous a poignardés dans le dos.

JF. Egon Krenz, le Gorbatchev allemand, disait-on à l’époque.

EK. En 1989, je l’aurais accepté comme un compliment car l’interprétant comme reconnaissant mon action visant à améliorer, à moderniser, à démocratiser le socialisme. Pas à l’abattre. Aujourd’hui, si certains me collaient cette étiquette j’aurais honte.

JF. Vos relations avec Helmut Kohl ?

EK. Le premier entretien date des obsèques de Konstantin Thernenko à Moscou. J’accompagnais Erich Honecker et Kohl avait demandé à nous rencontrer. Les Soviétiques étaient opposés à cette rencontre et me l’ont fait savoir avec insistance. Erich Honecker s’est aligné. Mais comme le rendez-vous était déjà pris à notre résidence, Erich m’a dit en consultant sa montre : « Dis à Kohl que nous ne pouvons pas à l’heure indiquée. Tu prétexteras un entretien avec Gorbatchev à la même heure. Or, Erich Honecker n’avait pas mis sa montre à l’heure de Moscou. Nous avons vu arriver Kohl. Il s’est installé et nous a dit : « Enfin, une rencontre en famille ». Nous avons longuement parlé puis nous avons rédigé un court texte mettant l’accent sur le respect des frontières. Mon dernier contact a eu lieu le 11 novembre 1989. Kohl m’a téléphoné, a évoqué l’ouverture pacifique des frontières et m’a remercié.

JF. Vingt après la fin de la RDA, le socialisme selon vous est-il mort ?

EK. L’idée socialiste, les valeurs socialistes vivent et vivront. Je reste persuadé que l’avenir sera le socialisme ou la barbarie. Le système ancien est définitivement mort. Je considère que j’ai failli. A d’autres de construire le socialisme moderne et démocratique. Un nouveau socialisme.

Entretien réalisé par José Fort

URL de cet article 27357
http://www.legrandsoir.info/la-chute-du-mur-de-berlin-la-version-d-egon-krenz.html

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En Russie, 50000 militants, sympathisants communistes dans la rue pour le 97 ème anniversaire de la Révolution d'Octobre

10 Novembre 2014, 13:11pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

En Russie, 50000 militants, sympathisants communistes dans la rue pour le 97 ème anniversaire de la Révolution d'Octobre

7 novembre 2014, 97 ème anniversaire de la Révolution d'Octobre. Bravant la pluie, la neige ou un froid glacial, des dizaines de milliers de Russes ont célébré la Grande révolution, sans abanadonner l'espoir d'en refaire une nouvelle, dans une crise qui n'épargne pas la Russie.

Près de 100 ans avant cette révolution qui a ébranlé le monde, le message de Lénine reste vivant pour des millions de Russes. Ce 7 novembre, ilsétaient entre 40 et 50 000 Russes à défier un temps excécrable pour porter le flambeau, un public de militants communistes, sympathisants.

Le travail minutieux de compte-rendu du KPRF (Parti communiste de la Fédération de Russie) permet d'avoir une image assez fidèle de la mobilisation, quoiqu'elle pourraît être légèrement sous-estimée, les chiffres reflétant tantôt des chiffres régionaux, tantôt des chiffres limitées à une ville.

De Rostov à St-Petersbourg, de plus en plus de jeunes têtes dans les cortèges

En tout cas, certaines villes de province ont mobilisé massivement : 1 000 à Samara, Riazan, Toula, Kirov, 1 500 à Tomsk, 2 000 à St-Petersbourg (Léningrad), 4 000 dans la région de Rostov et 5 000 dans celle de Koursk.

Les cortèges étaient plus petits mais combatifs dans les autres villes : 250 à Novogorod, Maikop, Ivanovo, Iaroslav, Mourmansk, Pskov, Ourenbourg, Tioumène, Astrakhan ou en Kalmoukie. Ils étaient 500 en Amour, à Loulianovsk, Kaliningrad, Sotchi, en Chouvatchkie, à Iekaterinbourg, Krasnodar, Tambov et Simferopol.

Le cortège le plus important se trouvait naturellement à Moscou, sous la pluie, où la circulation a été perturbée dans l'après-midi par la tenue de la manifestation. Si les autorités annoncent entre 5 et 8 000 manifestants, le chiffre correspond au moins au double, entre 15 et 20 000 manifestants.

En dépit de l'inégale ampleur des cortèges, le rituel était partout analogue : des cortèges groupés autour des drapeaux rouges ornés de la faucille et marteau, l'image de Lénine toujours omniprésente, les banderoles avec des mots d'ordre en l'honneur de la Révolution d'Octobre.

Cette année, quelques changements, déjà sensibles l'an dernier.Moins d'idolatrie à partir des icônes de Lénine et Staline, moins de nostalgie, plus de têtes jeunes dans les cortèges, plus de mots d'ordre politiques actuels et combatifs.

L'actualité de la Révolution dans un pays à la dérive

Trois questions ont été relayées dans presque tous les discours commémoratifs, inscrits dans la réalité locale.

Un, l'actualité de la Révolution d'Octobre, dans un pays ravagé par vingt-cinq ans de capitalisme du désastre, les privatisations, la casse de l'appareil productif, le démantèlement de l'Etat social.

La Russie actuelle atteint péniblement le niveau de production de la Russie soviétique de 1991, le niveau de vie moyen est plus faible qu'à l'époque soviétique, l'insécurité galopante, l'espérance de vie toujours anormalement basse alors qu'au moins 2 millions de Soviétiques sont morts, directement en raison de la transition au capitalisme.

Deux, la solidarité avec le peuple ukrainien face aux ingérences étrangères. Partout, la montée du fascisme en Ukraine, les menées des impérialismes américains et européens ont été condamnés.

La solidarité avec le peuple ukrainien a été exprimée systématiquement, ressentie plus nettement dans les villes méridionales, occidentales, à la frontière ukrainienne. Parfois, des messages de solidarité avec les rebelles pro-russes ont été explicitement prononcés, des drapeaux évoquant les insignes des Républiques séparatistes

Trois, une dénonciation de la politique anti-sociale du gouvernement Poutine. Dans les régions, les villes industrielles, les communautés prospères à l'ère soviétique, meurent.

Le gouvernement central asphyxie les régions, les municipalités en leur retirant les fonds nécessaires à leur fonctionnement autonome. Les budgets d'éducation, de santé, de l'aide sociale sont coupés, ce qui aboutit à des baisses de salaire, des fermetures de services publics.

Ziouganov : le gouvernement détruit l'industrie, l'éducation, la culture

A Moscou, dans son discours de clôture, Guennadi Ziouganov, secrétaire du KPRF, a rappelé les prouesses économiques de la Révolution d'Octobre, le développement éclair du pays sous Lénine avec l'électrification, la NEP, puis une industrialisation qui sous Staline en 10 ans a rattrapé un retard de 100 ans sur le reste de l'Europe.

L'Union soviétique, selon Ziouganov, a résisté à la plus grande armée d'invasion de l'histoire. Russes, Ukrainiens, Juifs, Tatars, Moldaves ont transcendé leurs différences derrière le Parti communiste, pour remporter la victoire face au fascisme.

L'URSS a représenté jusqu'à 20 % de la production mondiale, aujourd'hui la Russie pèse moins de 3 %, là où Etats-unis et Union européenne concentrent 60 % du PIB.

Ziouganov a valorisé l'existence des BRICS, les liens avec la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Afrique du sud. Il a soutenu les initiatives du gouvernement russe en politique étrangère, quand elles vont dans ce sens.

Le chef des communistes russes a dénoncé les fausses promesses des liquidateurs de l'URSS. L'OTAN devait rester à distance, elle est aux portes de la Russie. Kiev est désormais captif des néo-nazis, des nostalgiques de Bandera.

On avait promis à la Russie qu'elle deviendrait la Suisse et la Suède. Eltsine a trahi son pays, désormais elle s'approche plus de la Colombie et du Bandgladesh.

Guennadi Ziouganov a critiqué la politique intérieure de Poutine, qui paupérise les Russes, plonge le pays dans le sous-développement, la dépendance envers l'Europe.

Tout pays développé doit avoir une industrie puissante. La Russie détruit la sienne. Il faudrait investir dans l'éducation, la recherche. Or, son budget sera réduit de moitié dans les trois prochaines années. Même constat dramatique dans la santé.

Le secrétaire du KPRF se présente comme partie prenante de l'opposition constructive, tout en étant convaincu que le gouvernement ne saura faire face à la crise, bien que de l'argent il y en ait : chez le oligarques, chez les investisseurs américains et européens.

Il conclut en disant que le pays a besoin d'un nouveau cap, une nouvelle politique économique, une politique sociale volontariste. Celle inspirée par la Grande Révolution de Lénine qui a fait la Russie forte, un socialisme fait de justice, d'amitié entre les peuples, pour les ouvriers et paysans, enseignants et médecins, scientifiques et gens du peuple.

Ziouganov concluait, comme nous aimerons conclure : Vive le socialisme ! Vive la Révolution d'Octobre ! Vive les travailleurs – ouvriers de toutes les victoires, toutes les réalisations. Félicitations, camarades !

En Russie, 50000 militants, sympathisants communistes dans la rue pour le 97 ème anniversaire de la Révolution d'Octobre

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Cinq PARTIS COMMUNISTES ARABES dénoncent l’Etat islamique comme les interventions impérialistes en SYRIE et en IRAK

1 Octobre 2014, 16:52pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Les partis communistes signataires de cette déclaration dénoncent la cruauté de l'attaque sanguinaire menée par des organisations terroristes dangereuses comme l’Etat islamique (NdT : Daech en arabe) ainsi que la violation de la souveraineté de la Syrie et de l'Irak.

 

Ce mouvement a pris illégitimement possession de territoires où il est à l’origine de tellement d'exactions, de pratiques barbares : massacres de milliers de citoyens, décapitations, déplacements forcés de dizaines de milliers de personnes, enlèvements et prises d'otages. 

 

Actuellement, ces organisations terroristes étendent leurs territoires jusqu'au Liban et la Jordanie. Leurs activités desservent la cause palestinienne par des actions criminelles censément menées en représailles contre les bombardements israéliens sur la bande de Gaza.  

 

De ce fait, elles légitiment la position d'Israël dans la coalition internationale pour la lutte contre le terrorisme et instaurent une atmosphère de peur en Europe et dans le monde.

 

Ces forces terroristes sont financées par l'impérialisme américain, l'Otan et ses alliés.

 

Elles bénéficient des facilités financières, militaires et logistique de la part des pays réactionnaires arabes et leurs activités suivent un plan impérialiste sioniste et réactionnaire qui a été établi depuis plus de trente ans dans le but de diviser la région et de la fragmenter en plusieurs ethnies selon des lignes de fractures communautaires.

 

C’est l'essence du projet du Grand Moyen-Orient conçu par l'Etat américain sous prétexte de la lutte contre le terrorisme.

 

Il est donc impératif du lutter contre ces organisations terroristes, afin d'instaurer une stabilité intérieure à travers des institutions, et une véritable réconciliation nationale, qui soient dans l'intérêt du peuple.

 

Cela lui permettra de consacrer toute son énergie au combat contre l'impérialisme et le terrorisme qui menacent nos peuples ainsi que toute la région arabe. 

 

Nous appelons tous les partis communistes et toutes les forces nationales, progressistes et démocratiques à adopter une attitude pragmatique face au terrorisme en général et plus particulièrement l’Etat islamique et le Front Al-Nosra pour les éradiquer et couper leurs sources de financement.

 

De même, nous invitions ces partis à rejeter l'intervention impérialiste sous toutes ses formes en se coordonnant avec  les forces indépendantes dans le monde et à repartir à l’offensive selon la volonté de nos peuples, afin de résister à la colonisation et l’occupation  ainsi qu’aux tentatives de divisions et aussi pour reconnaitre leurs droits démocratiques et sociaux, et préserver l'unité nationale.

 

15 Septembre 2014

 

Partis signataires:

 Parti communiste jordanien,

Parti communiste libanais,

Parti communiste irakien,

Parti communiste palestinien,

Parti communiste Syrien Unifié

http://www.solidarite-internationale-pcf.fr
 

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Ukraine : Les députés communistes (KPU) exclus du parlement par la junte fasciste de Kiev

23 Juillet 2014, 14:07pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

22.07.2014 Верховная Рада проголосовала за запрет Компартии Украины 22/07/2014 Verkhovna Rada a voté pour interdire le Parti communiste d'Ukraine

 Ukraine : Les députés communistes (KPU) exclus du parlement par la junte fasciste de Kiev

"Les forces politiques qui ont voté pour la dissolution de la faction parlementaire du Parti communiste, ils viennent de privé de représentation 3 millions de citoyens qui ont soutenu les communistes lors des législatives" déclare le Premier secrétaire du Parti communiste Petro Simonenko.


Hystérie anticommuniste des autorités de Kiev

"Je tiens à attirer l'attention, l'hystérie anti-communiste en Ukraine coïncide avec une phase d'obscurantisme." "L'obscurantisme et la lutte contre l'opposition se résument aujourd'hui a empêcher les citoyens ukrainiens d'exprimer au Parlement un point de vue différent". Petro Simonenko a également souligné que la faction du Parti communiste n'a jamais soutenu la guerre et n'a pas voter pour la loi de mobilisation partielle.

"Nous avons constamment et ouvertement déclaré que nous étions contre la mobilisation partielle, et que nous étions pour une résolution pacifique du conflit dans l'Est, nous sommes contre la guerre. Nous exigeons d'arrêter l'effusion de sang. Des civils, des personnes âgées, des femmes, des enfants sont tués tous les jours. Nous nous opposons à la guerre. Comment pourrions-nous voter pour la mobilisation partielle ? Cette mobilisation est une poursuite de la guerre. Ils ont tenté de nous faire du chantage et ont menacé d'interdire notre parti."

Le leader communiste a également attiré l'attention sur le fait que la dissolution de la faction du Parti communiste discrédite le parlement en Europe.

"Une fois encore, je tiens à souligner que c'est un massacre flagrante de communistes qui est organisé, cet obscurantisme est une preuve supplémentaire qui prouve l'établissement d'une dictature fasciste en Ukraine. Cette dictature discrédite l'Ukraine en raison du fait qu'elle viole ses soi-disant valeurs européennes. En Europe aucun parti d'opposition ne serait interdit. Il est devenu évident que l'Ukraine a franchi une ligne, et vous savez maintenant où ils vont mener le pays dans un proche avenir".

Une Ukraine en ruine et vendue aux intérêts étrangers

Petro Simonenko a également rappelé que l'Ukraine d'aujourd'hui a perdu son potentiel économique, elle détruit le Donbass, et se prépare à réduire son budget.

"Cette semaine, ils vont aussi prendre une décision, celle des prochaines coupes budgétaires, plus de 30 milliards de hryvnia. Cela signifie que ce les montants pour aider les plus pauvres de la société ukrainienne vont être réduits".

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Le Parti communiste israélien condamne fermement l'agression israélienne contre Gaza et rejette toute attaque visant des civils

23 Juillet 2014, 14:00pm

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Le Parti communiste israélien condamne fermement l'agression israélienne contre Gaza et rejette toute attaque visant des civils

Le Parti communiste d'Israel (PCI) exprime sa colère et sa condamnation ferme de la guerre terroriste vicieuse et meurtrière que mène le gouvernement israélien contre le peuple de Gaza et les arabo-palestiniens plus largement ces derniers jours.

 

De la même façon, le PCI réprouve clairement et sans ambiguïté le bombardement de civils israéliens par le Hamas et d'autres organisations dans la bande de Gaza. De notre point de vue, de telles attaques ne sont pas seulement répréhensibles mais aussi contre-productives à la cause palestinienne même, précisément son aspiration juste et légitime à établir un Etat indépendant aux côtés de l’État d’Israël, dont la capitale est Jérusalem-est, dans les frontières du 4 juin 1967.

 

En dépit de notre dénonciation de toute attaque contre la population civile, le PCI met l'accent sur le fait que le responsable de l'escalade et du bain de sang actuel est le gouvernement d’Israël – son refus continu de toute perspective d'une paix juste, les massacres de masse et les ravages qu'il inflige à Gaza, son indifférence totale pour les vies et le bien-être palestiniens et, surtout, son éternel renforcement de l'occupation israélienne et de la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-est accompagnant le blocus inhumain de Gaza.

 

Comme le PCI avait mis en garde il y a un mois de cela, la réelle motivation de l'administration Netanyahu n'a jamais été de garantir la sécurité des israéliens mais seulement de faire obstacle au gouvernement d'unité nationale palestinien et de s'absoudre de toute responsabilité dans l'échec des négociations de paix.

 

Nous devons désormais ajouter que l'agression actuelle contre Gaza sert également le gouvernement israélien dans deux autres façons: (1) elle consolide la coalition de Netanyahu dans une période d'agitation sociale interne, elle aide ainsi Netanyahu à maintenir intact son gouvernement criminel, et (2) elle met les questions de pauvreté, d'inégalité, de racisme, de sexisme sous le tapis, et marginalise toutes les luttes pour la justice sociale et la démocratie.

 

Tout le monde sait désormais que Netanyahu, et ses compères de choc au gouvernement tout comme l'armée étaient au courant que les trois jeunes colons assassinés avaient été enlevés, dès le premier jour.

 

Quelle était la cause de l'invasion israélienne et des arrestations de masse en Cisjordanie si ce n'est mettre la feu à la région et défendre les objectifs affichés ?

 

Le PCI réaffirme son dernier message et insiste à nouveau sur le terrorisme, beaucoup plus massif et dangereux, de l'occupation israélienne et toutes ses conséquences, ses crimes de guerre, y compris le mur de séparation, le blocus et les complexes coloniaux.

 

L'histoire nous enseigne que toute occupation rencontre la résistance du peuple occupé. Le droit international garantir au peuple occupé le droit de résister à l'occupation en usant des moyens légitimes dans sa lutte légitime. Le PCI réaffirme sa position de principe contraire à toute attaque visant les civils, en particulier des mineurs.

 

Le PCI appelle les mouvements progressistes, les organisations de défense des droits de l'Homme et tous les États du monde à organiser des événements en solidarité avec le peuple palestinien, appelant le gouvernement israélien à cesser immédiatement son agression contre la bande de Gaza et à arrêter ses crimes de guerre, et tant le gouvernement israélien que les organisations palestiniennes de s'abstenir de toute attaque contre des civils.

 

Non aux crimes de guerre !

 

Non aux attaques contre des civils !

 

Levée du blocus de Gaza !

 

 

A bas l'occupation !

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BRICS : Nouvel ordre mondial en gestation ?

22 Juillet 2014, 13:15pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

BRICS : Nouvel ordre mondial en gestation ?

 

Les BRICS acronyme de Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, sont une organisation d’États qui entendent coordonner leurs activités pour peser dans l’ordre mondial capitaliste dominé par les USA, l’Union Européenne et le Japon. Ces États aux économies dites émergentes représentent près de la moitié de la population mondiale et environ 20% du Produit intérieur brut mondial. Ils assurent 17% du commerce mondial.

 

Réunis pour leur sixième sommet au Brésil, ils ont signé un accord créant une banque de développement et une réserve de change commune. Par cet acte, ils entendent selon la Présidente du Brésil : « reconfigurer la gouvernance économique mondiale » en clair, s’affranchir au moins partiellement du Fonds Monétaire International qui est le bras armé monétaire de l’impérialisme US dominant. Si la capitalisation du fond ainsi créé est encore modeste (50 milliards de dollars avec l’objectif d’arriver à 100 milliards), elle constitue néanmoins l’amorce d’une possibilité pour des États potentiellement emprunteurs et investisseurs d’éviter les conditionnalités imposées par le FMI et dont on connaît la litanie : austérité, privatisations et ouverture des marchés aux monopoles dominants.

 

Il y a donc incontestablement une volonté politique commune des BRICS de se mettre en situation d’assurer à leurs propres monopoles des marges d’autonomie et de développement par rapport aux monopoles des États impérialistes anciens dominants et en particulier des USA. Cette réalité explique l’attraction que jouent les BRICS auprès d’une grande diversité d’États allant de Cuba à la Turquie en passant par l’Iran et bien d’autres.

 

Cette évolution des choses traduit bien le fait que le Monde bouge au travers du développement même du capitalisme mondial. Des contradictions nouvelles se font jour. Elles dessinent des zones de concurrence et d’affrontements partout dans le Monde. Ce à quoi nous assistons, c’est bien au repartage du Monde et de ses zones d’influences.

 

Chacun des États des BRICS a fait le choix d’un développement capitaliste, ils le font en encourageant et/ou en organisant la constitution de monopoles industriels et agraires capables de rivaliser avec les géants mondiaux actuels. Ces monopoles sont souvent privés, ils peuvent cependant être publics ou mixtes ce qui n’est pas contradictoire avec un développement capitaliste. Se plaçant dans cette logique de développement capitaliste, les BRICS veulent aussi jouer leur partition politique à l’échelle planétaire et asseoir leur domination dans ce qu’ils considèrent comme leurs zones d’influence. Trois d’entre eux sont des puissances nucléaires importantes et disposent de potentiels militaires non négligeables à l’échelle régionale voire mondiale. Analyser la nature et l’évolution des BRICS est donc d’une grande importance politique.

 

Certains y voient l’amorce d’un nouvel ordre mondial ce qui amène des partis communistes et des mouvements progressistes à appuyer leur bourgeoisie nationale monopoliste en participant à des gouvernements de coalition.

 

C’est le cas au Brésil où le Parti Communiste du Brésil (PC do B) est au gouvernement avec le Parti des Travailleurs. Cette alliance autour d’un projet de modernisation du capitalisme brésilien n’est justement pas partagée par le Parti Communiste Brésilien qui mène la bataille de classe en dénonçant l’embrigadement du mouvement populaire à la remorque des forces du capital. Il est donc important de prendre la mesure à la fois des contradictions qui évoluent dans le monde capitaliste mais aussi de bien garder à l’esprit que seule la lutte de classe à l’échelle nationale et internationale est de nature à modifier fondamentalement les rapports internationaux et les rapports sociaux en les extirpant de la dimension monopoliste et impérialiste.

 

 

SOURCE:

www.sitecommunistes.org

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Délégation communiste Arrageoise à la fête de la presse UZ (Unsere Zeit), journal hebdomadaire du DKP (Parti Communiste Allemand) qui avait lieu à Dortmund du 26 au 28 juin 2014.

6 Juillet 2014, 18:04pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

 

Nous sommes Arrivés vers 20 h  après 8 h de voiture.

 Deux super bouchons nous attendaient sur la route qui nous conduisait vers la fête du DKP (le premier à Antwerpen Belgique et le deuxième à Essen Allemagne)

Alors que 5 h de voiture était justifiée par mon GPS.

C'est par un temps moyennement ensoleillé, mais de manière extrêmement chaleureuse que nous avons été accueillies le samedi 27 juin par notre ami et camarade Werner Sarbok, dirigeant du DKP d'Herten,et par de nombreux camarades communistes germains, dans l'immense parc de la patinoire de la ville de Dortmund, où était organisées durant 3 jours, la fête du Parti communiste d'Allemagne.

 Fête de solidarité internationale qui regroupait de nombreux stands.

 Dès notre arrivée sur la fête, nous avons été présentés aux délégations des 21 pays présents et aux deux associations internationales.

La fête du DKP est l'une des plus grandes fêtes politiques regardées de près par les médias, aussi de par tous les partis politiques, particulièrement par la gauche allemande.

 Nous avons été impressionnés par l'ampleur de ce rassemblement, bien que le temps ne l'ait pas favorisé. 

2 jours ½ pour concéder nos avis sur la politique de la France, de l'Europe et du monde.

 Combien les communistes allemands restent sensibles au combat contre l'extrême droite.

 2 Jours ½ d'écoute, mais aussi d'argumentations pour finir sur l'image d'un Parti communiste ouvert aux débats, ouverts aux peuples.

Bref, 2 jours ½ de bonheur.

Ci-dessous photos prises de la fête.

 

Les 21 délégations:Deutsche Kommunistische Partei , Communist Party United states of America,  Belgium Communist Party,  Irakische Kommunistische Partei , Parti Communiste Français,  Parti Communiste Brésilien , The National Young Organisation of the Western Sahara , Communist Party of Ireland,  Partido Communista Colombiano , Europäische Allianz Für die Unterstützung der Palästinensischen Gefangenen,  Communist Party of Britain,  Latin America Solidarity Coalition San Francisco – USA,  Communist Party of the Peoples of Spain (PCPE) , Partido Communista de Chile , Partido Communista Peruano (PCP) , Akel – Cyprus  Partido Communista de Espana  ,Tudeh Party of Iran , Türkiye Komunist Partisi – TKP  Parti Communiste Libanais , Parti du Travail de Belgique,  Partido Communista de Cuba,  Demokratische Front zur Befreiung Palästinas (DFLP).

Les 21 délégations:Deutsche Kommunistische Partei , Communist Party United states of America, Belgium Communist Party, Irakische Kommunistische Partei , Parti Communiste Français, Parti Communiste Brésilien , The National Young Organisation of the Western Sahara , Communist Party of Ireland, Partido Communista Colombiano , Europäische Allianz Für die Unterstützung der Palästinensischen Gefangenen, Communist Party of Britain, Latin America Solidarity Coalition San Francisco – USA, Communist Party of the Peoples of Spain (PCPE) , Partido Communista de Chile , Partido Communista Peruano (PCP) , Akel – Cyprus Partido Communista de Espana ,Tudeh Party of Iran , Türkiye Komunist Partisi – TKP Parti Communiste Libanais , Parti du Travail de Belgique, Partido Communista de Cuba, Demokratische Front zur Befreiung Palästinas (DFLP).

notre camarade Werner avec Françoise ( interprète) et Claudine.

notre camarade Werner avec Françoise ( interprète) et Claudine.

Echange de cadeaux

Echange de cadeaux

DKP de Hambourg

DKP de Hambourg

Délégation communiste Arrageoise à la fête de la presse UZ (Unsere Zeit), journal hebdomadaire du DKP (Parti Communiste Allemand) qui avait lieu à Dortmund du 26 au 28 juin 2014.
Merci aux camarades du DKP- stand du DKP de Dortmund et le PCF de l'Arrageois.
Merci aux camarades du DKP- stand du DKP de Dortmund et le PCF de l'Arrageois.

Merci aux camarades du DKP- stand du DKP de Dortmund et le PCF de l'Arrageois.

un grand moment d'émotion pour la chanteuse de 96 ans, déportée sous le régime nazi, qui a subi comme de millions d'Allemands communistes, la répression sous Hitler, qui reste une grande militante contre  le nazisme et l'extrême droite
un grand moment d'émotion pour la chanteuse de 96 ans, déportée sous le régime nazi, qui a subi comme de millions d'Allemands communistes, la répression sous Hitler, qui reste une grande militante contre  le nazisme et l'extrême droite

un grand moment d'émotion pour la chanteuse de 96 ans, déportée sous le régime nazi, qui a subi comme de millions d'Allemands communistes, la répression sous Hitler, qui reste une grande militante contre le nazisme et l'extrême droite

délégations suisse ( Parti suisse du Travail) et Belge ( PTB)

délégations suisse ( Parti suisse du Travail) et Belge ( PTB)

discourt de UDO STUNZ secrétaire  du DKP de Dortmund

discourt de UDO STUNZ secrétaire du DKP de Dortmund

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Il y a 80 ans, le procès de l’incendie du REICHSTAG et la libération de DIMITROV

12 Avril 2014, 15:06pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Ils les avaient arrêtés et accusés de l’incendie du Reichstag qu’ils avaient eux-mêmes déclenché en janvier 1933 pour parachever leur prise du pouvoir. Ils avaient mis en scène un procès politique, un procès spectacle, destiné à frapper l’opinion publique internationale. Mais à la fin, ils n’ont pu faire autrement que d’acquitter les communistes.

Dans la gueule du loup, Dimitrov produit une défense extraordinaire, utilise tous les restes de légalité, le caractère public du procès. Il démonte l’accusation point par point. Il parvient à l’emporter en renversant le procès politique anticommuniste, en démasquant Goering et Goebbels, en détaillant l’action politique de l’organisation communiste que les fascistes et les capitalistes considèrent, avec raison, comme leur ennemi le plus irréductible.  

Nous reproduisons ci-dessous le dernier plaidoyer de Dimitrov devant le tribunal, le 16 décembre 1933 (d’après le sténogramme du procès).
(pardon pour la longueur du texte)

Article repris par http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net 

                         (depuis l'original : http://vivelepcf.fr/)
Dimitrov. – En vertu du paragraphe 258 du code de procédure criminelle, j’ai le droit de parler comme défenseur et comme accusé.

Le président. – Vous avez le droit de parler le dernier. Cela vous est accordé maintenant.

 

Dimitrov. – En vertu de ce code, j’ai le droit de discuter avec le ministère public et, ensuite, de faire une dernière déclaration.

Messieurs les juges, messieurs les accusateurs, messieurs les défenseurs, déjà, au début du procès, il y a trois mois de cela, j’ai adressé, en tant que prévenu, une lettre au président du tribunal. J’y exprimais mon regret de ce que mes interventions aient abouti à des conflits avec les juges. Mais je protestais résolument contre l’interprétation de ma conduite comme un abus prémédité de mon droit de poser des questions et de faire des déclarations aux fins de propagande. On conçoit qu’étant accusé bien qu’innocent, je cherche à me défendre contre de fausses accusations par tous les moyens dont je dispose.

 

Je reconnais, écrivais-je, que certaines questions n’ont pas été posées par moi de façon aussi juste du point de vue de l’opportunité et de la formulation que je l’aurais voulu. Mais cela ne s’explique que par mon ignorance du droit allemand. En outre, je suis pour la première fois de ma vie impliqué dans un pareil procès judiciaire. Si j’avais eu un défenseur de mon choix, j’aurais certainement pu éviter des incidents aussi fâcheux pour ma propre défense. J’avais nommé plusieurs avocats, Detchev, Moro-Giafferi, Campinchi, Torrès, Grigorov, Léo Gallagher (Amérique) et le docteur Lehmann (de Sarrebrück). Mais le tribunal d’Empire a repoussé sous divers prétextes, toutes mes propositions, les unes après les autres. Ce n’est pas que je nourrisse une méfiance personnelle à l’égard de M. le docteur Teichert, ni comme homme, ni comme avocat. Mais, dans l’état actuel des choses en Allemagne, je ne puis nourrir la confiance nécessaire envers Teichert dans son rôle de défenseur officiel. C’est pourquoi je m’efforce de me défendre moi-même, et il est évident qu’il m’arrive de commettre des irrégularités au point de vue juridique.

 

Dans l’intérêt de ma défense devant le tribunal, et aussi, comme je le crois, dans celui de la marche normale du procès, je m’adresse encore une fois – la dernière – à la Cour suprême, pour lui demander d’autoriser l’avocat Marcel Willard, à qui ma sœur a donné aujourd’hui pleins pouvoirs, à prendre part à ma défense. Si cette dernière proposition devait être, elle aussi, repoussée, il ne me resterait qu’à me défendre moi-même du mieux que je pourrai.

 

Cette proposition ayant été rejetée, j’ai décidé d’assumer moi-même ma défense. N’ayant besoin ni du miel, ni du venin de l’éloquence du défenseur qui m’a été imposé, je me suis défendu seul au long de ces débats.

Il est tout à fait clair que je ne me sens lié en aucune façon par la plaidoirie du docteur Teichert. Ce qui compte seul pour ma défense, c’est ce que j’ai déclaré jusqu’ici moi-même devant le tribunal, et ce que je vais déclarer tout de suite. Je ne voudrais pas offenser mon camarade de parti, Torgler – à mon avis, son défenseur l’a déjà bien assez malmené – mais je dois le dire explicitement : je préfère être condamné à mort, innocent, par le tribunal allemand qu’obtenir mon acquittement par une défense comme celle du docteur Sack au profit de Torgler.

Le président (interrompant Dimitrov). - Il ne vous appartient pas de faire des critiques de cette nature.

Dimitrov. – J’admets que je parle un langage rude et vif, mais ma lutte et ma vie l’ont été également.

 

Cependant, mon langage est sincère et franc. Je cherche à appeler les choses par leur nom. Je ne suis pas un avocat qui a l’obligation de défendre ici son client.

Je me défends moi-même comme un communiste accusé.

Je défends mon honneur politique, mon honneur de révolutionnaire.

Je défends mes idées, mes convictions communistes.

Je défends le sens et le contenu de ma vie.

 

Aussi bien chaque parole prononcée par moi devant le tribunal, c’est, pour ainsi dire, le sang de mon sang et la chair de ma chair. Chaque parole est l’expression de ma plus profonde indignation contre l’accusation injuste, contre le fait qu’un pareil crime anticommuniste soit attribué aux communistes.

 

On m’a souvent reproché de ne pas prendre au sérieux la Cour suprême allemande. C’est absolument injustifié.

 

Il est vrai que pour moi, communiste, la loi suprême est le programme de l’Internationale communiste, la Cour suprême la Commission de contrôle de l’Internationale communiste.

 

Mais pour moi, comme accusé, le tribunal suprême est une instance qu’il convient de considérer avec le maximum de sérieux, non seulement parce qu’il est composé de juges d’une haute qualification juridique, mais encore parce que ce tribunal est l’organisme juridique le plus important de l’Etat allemand, de l’ordre social régnant, instance qui peut en définitive condamner à la peine capitale. Je puis, la conscience tranquille, déclarer que, devant le tribunal et, par conséquent, aussi devant l’opinion publique, je n’ai dit que la vérité sur toutes choses. En ce qui concerne mon Parti, qui est réduit à l’illégalité, j’ai refusé d’apporter aucun témoignage quel qu’il soit. J’ai toujours parlé avec sérieux, avec ma conviction la plus profonde.

 

Le président. – Je ne tolérerai pas qu’ici, dans cette salle, vous vous adonniez à la propagande communiste. Vous l’avez fait tout le temps. Si vous continuez dans ce sens, je vous retirerai la parole.

 

Dimitrov. – Je dois protester résolument contre l’affirmation que j’ai poursuivi des fins de propagande. On peut estimer que ma défense devant le tribunal a eu une certaine action de propagande. J’admets aussi que ma conduite devant le tribunal puisse servir d’exemple à tout accusé communiste, mais ce n’était pas là le but de ma défense. Mon but consistait à réfuter l’accusation visant à faire croire que Dimitrov, Torgler, Popov et Tanev, le Parti communiste allemand et l’Internationale communiste ont un rapport quelconque avec l’incendie.

 

Je sais que personne en Bulgarie ne croit à notre prétendue complicité dans l’incendie du Reichstag. Je sais qu’à l’étranger, en général, il est peu probable qu’il se trouve des gens pour le croire. Mais en Allemagne les conditions sont différentes : ici on peut ajouter foi à ces étranges affirmations. C’est pourquoi j’ai voulu prouver que le Parti communiste n’a eu et n’a rien de commun avec la participation à ce crime.

 

Si l’on parle de propagande, bien des interventions, ici, ont revêtu ce caractère. Les discours de Goebbels et de Goering ont également exercé une propagande indirecte en faveur du communisme, mais personne ne peut les rendre responsables de ce que leurs interventions ont eu un tel effet de propagande (mouvement et rires dans la salle).

 

Non seulement la presse m’a diffamé de toutes les manières, – ce qui m’est totalement indifférent, – mais à travers moi on a qualifié le peuple bulgare de « sauvage » et de « barbare » ; on m’a qualifié d’ « individu balkanique suspect », de « sauvage Bulgare », et je ne saurais passer cela sous silence.

 

Il est vrai que le fascisme bulgare est sauvage et barbare. Mais la classe ouvrière et la paysannerie de Bulgarie, les intellectuels du peuple bulgare ne sont ni des barbares ni des sauvages. Le niveau des conditions matérielles dans les Balkans est certainement moins élevé que dans les autres pays d’Europe; mais, au point de vue intellectuel et politique, il est faux de dire que nos masses populaires sont à un niveau inférieur à celui des masses des autres pays européens. Notre lutte politique, nos aspirations politiques en Bulgarie ne sont pas inférieures à celles des autres pays. Un peuple qui pendant cinq cents ans a vécu sous le joug étranger sans perdre sa langue et sa nationalité, un peuple d’ouvriers et de paysans qui a lutté et continue à lutter contre le fascisme bulgare, n’est ni barbare, ni sauvage. Les barbares et les sauvages en Bulgarie, ce sont uniquement les fascistes.

Mais je vous le demande, monsieur le président, dans quel pays les fascistes ne sont-ils ni des barbares, ni des sauvages ?

 

Le président (interrompant Dimitrov). - Ne faites-vous pas allusion à la situation en Allemagne ?

 

Dimitrov (avec un sourire ironique). - Evidemment non, monsieur le Président…

A l’époque où l’empereur d’Allemagne Charles-Quint disait qu’il ne parlait l’allemand qu’à son cheval, et où les nobles allemands et les hommes instruits n’écrivaient que le latin et avaient honte de la langue maternelle, dans la « barbare » Bulgarie, Cyrille et Méthode avaient créé et diffusé l’ancienne écriture bulgare.

 

Le peuple bulgare a lutté de toutes ses forces et de toute sa ténacité contre le joug étranger. Aussi bien je proteste contre les attaques dont le peuple bulgare est l’objet. Je n’ai pas à rougir d’être un Bulgare, je suis fier d’être un fils de la classe ouvrière bulgare.

 

Avant d’en venir à la question essentielle, je dois marquer ceci : le docteur Teichert nous a reproché de nous être nous-mêmes placés dans la situation d’inculpés de l’incendie du Reichstag. A cela je dois répondre que, depuis le 9 mars, jour de notre arrestation, jusqu’au début de ce procès, il s’est écoulé bien du temps ; pendant cette période on aurait pu éclaircir tous les points éveillant des soupçons. Au cours de l’instruction, j’ai parlé à des fonctionnaires de la commission d’enquête sur l’incendie du Reichstag; ces fonctionnaires m’ont déclaré que nous, les Bulgares, ne sommes pas coupables de complicité dans ce crime. On ne devait que nous imputer d’avoir vécu avec de faux passeports, sous des noms d’emprunts, sans nous être faits enregistrer, etc.

 

Le président. – Ce dont vous parlez maintenant n’a pas été débattu au procès; par conséquent, vous n’avez pas le droit d’en parler ici.

 

Dimitrov. – Monsieur le Président, on aurait dû pendant ce temps vérifier toutes les données pour nous éviter en temps opportun cette accusation. L’acte d’accusation porte que « Dimitrov, Popov et Tanev affirment être des émigrés bulgares. Cependant, on doit tenir pour prouvé qu’ils séjournaient en Allemagne aux fins d’action politique illégale ». Ils sont, est-il dit dans l’acte d’accusation, « envoyés par Moscou en Allemagne chargés de préparer une insurrection armée ».

 

A la page 83 de l’acte d’accusation, il est dit : « Bien que Dimitrov ait déclaré avoir été absent de Berlin du 25 au 28 février, cela ne change rien, cela ne le dégage pas, lui, Dimitrov, de l’accusation de participation à l’incendie du Reichstag. » Cela ressort, – est-il dit plus loin dans l’acte d’accusation, – non seulement des dépositions de Hellmer, d’autres faits témoignent également que…

 

Le président. – Vous ne devez pas lire ici tout l’acte d’accusation, nous le connaissons parfaitement.

 

Dimitrov. – Je dois dire que les trois quarts de tout ce qu’ont dit au procès le procureur et les défenseurs, est depuis longtemps connu de tout le monde et cependant ils l’ont répété ici (mouvement et rires dans la salle). Hellmer a témoigné que Dimitrov et Van der Lübbe se trouvaient au restaurant Bayernhof. Plus loin je lis dans l’acte d’accusation :

 

Si Dimitrov n’a pas été pris sur le lieu du crime, il n’en a pas moins participé à la préparation de l’incendie du Reichstag. Il s’était rendu à Munich pour se ménager un alibi. Les brochures trouvées chez Dimitrov montrent qu’il participait au mouvement communiste d’Allemagne.

Telle est la base de cette accusation hâtive, qui s’est avérée une fausse-couche.

 

Le président (interrompant Dimitrov). - Vous ne devez pas employer de ces expressions irrespectueuses en parlant de l’accusation.

 

Dimitrov. – Je tâcherai de trouver d’autres expressions.

 

Le président. – Mais pas aussi inadmissibles.

 

Dimitrov. – Je reviendrai aux méthodes d’accusation et à l’accusation, à un autre point de vue.

 

Le caractère de ce procès avait été déterminé par cette thèse que l’incendie du Reichstag est l’œuvre du Parti communiste d’Allemagne, de l’Internationale communiste. Cet acte anticommuniste – l’incendie du Reichstag – a été attribué aux communistes, comme devant proclamer le signal de l’insurrection communiste, le signal du renversement de la Constitution allemande actuelle. A l’aide de cette thèse on a conféré à tout le procès un caractère anticommuniste. L’accusation porte :

 

L’accusation s’en tient au point de vue que cet attentat criminel devait servir d’appel, de signal aux ennemis de l’Etat, qui voulaient déclencher ensuite l’attaque générale contre l’Etat allemand pour l’anéantir sur l’ordre de la IIIe Internationale et ériger à sa place la dictature du prolétariat, un Etat soviétique.

 

Messieurs les juges ! Ce n’est pas la première fois que semblable attentat est attribué aux communistes. Je ne peux citer ici tous les exemples de ce genre. Je rappelle l’attentat sur le chemin de fer ici, en Allemagne, près de Juterborg, attentat commis par un aventurier anormal, un provocateur. A ce moment, non seulement en Allemagne mais aussi dans les autres pays, on a, des semaines durant, accrédité le bruit que c’était là l’œuvre du Parti communiste allemand, que c’était un acte de terrorisme des communistes. Plus tard on apprit que cela avait été fait par le fou, l’aventurier Matuchka. Celui-ci a été arrêté et condamné.

 

Et voici un autre exemple, l’assassinat du président de la République française par Gorgoulov. Là aussi, on écrivit dans tous les pays qu’on y voyait la main des communistes. Gorgoulov était représenté comme un communiste, un agent soviétique. Qu’elle était la vérité ? Cet attentat s’est trouvé être organisé par les gardes blancs, et Gorgoulov s’est avéré un provocateur qui voulait obtenir la rupture des relations entre l’Union soviétique et la France.

 

Je rappellerai aussi la tentative de faire sauter la cathédrale de Sofia. Cet attentat n’avait pas été organisé par le Parti communiste bulgare, mais ce dernier n’en a pas moins été l’objet de poursuites. Deux mille ouvriers, paysans et intellectuels furent sauvagement assassinés par les bandes fascistes sous le prétexte que les communistes avaient fait sauter la cathédrale. Cette provocation, l’explosion à la cathédrale de Sofia, avait été organisée par la police bulgare. Déjà en 1920, le chef de la police de Sofia, Proutkine, avait organisé pendant la grève des cheminots des attentats à l’aide de bombes, comme moyen de provocation contre les ouvriers bulgares.

 

Le président (interrompant Dimitrov). - Cela n’a rien à voir avec ce procès.

 

Dimitrov. – Le fonctionnaire de police Heller a parlé ici de la propagande communiste des incendies, etc. Je lui ai demandé s’il ne connaissait pas des cas où des incendies, allumés par des entrepreneurs pour toucher le montant de l’assurance, avaient été ensuite imputés aux communistes. Le Völkischer Beobachter du 5 octobre a écrit que la police de Stettin…

 

Le président. – Cet article n’a pas été présenté au procès. (Dimitrov tente de continuer.)

 

Le président. – Je vous interdis d’en parler ici, du moment que ce fait n’a pas été mentionné au procès.

 

Dimitrov. – Toute une série d’incendies…

 

Le président interrompt de nouveau Dimitrov.

 

Dimitrov. – On en a parlé à l’instruction, parce que toute une série d’incendies ont été imputés aux communistes. Par la suite, il s’est avéré que les propriétaires des immeubles les avaient allumés « pour donner du travail ! ». Je voudrais également traiter un instant de la question des faux documents. Il existe un grand nombre de faux qui ont été utilisés contre la classe ouvrière. Ces exemples sont nombreux. Je rappellerai par exemple la fameuse lettre de Zinoviev. Cette lettre n’avait jamais été écrite par Zinoviev. On l’avait fabriquée. Et ce faux fut utilisé par les conservateurs anglais contre la classe ouvrière. Je rappellerai une série de faux qui ont joué un rôle dans la politique allemande.

 

Le président. – Cela sort du cadre de ces débats.

 

Dimitrov. – On a affirmé ici que l’incendie du Reichstag devait servir de signal à une insurrection armée. Et on a cherché à fonder cette affirmation comme suit :

 

Goering a déclaré ici, au procès, que le Parti communiste allemand, au moment où Hitler a accédé au pouvoir, était obligé d’exciter l’effervescence des masses et d’entreprendre une action violente quelconque. Il a dit : « Les communistes étaient obligés de faire quelque chose – alors ou jamais ! » Il a affirmé que le Parti communiste avait depuis de longues années déjà appelé à la lutte contre le national-socialisme et que pour le Parti communiste allemand, au moment où les nationaux-socialistes accédaient au pouvoir, il ne restait rien d’autre à faire que de déclencher l’action – maintenant ou jamais. Le procureur général a essayé ici de formuler la même thèse de façon plus claire et plus ingénieuse.

 

Le président. – Je ne permettrai pas que vous offensiez le procureur général.

 

Dimitrov. – Ce que Goering a affirmé en qualité d’accusateur suprême, le procureur général l’a développé ici. Le procureur général, le docteur Werner, a dit :

 

Le Parti communiste se trouvait dans cette situation qu’il devait ou céder sans livrer combat ou accepter le combat, même si les préparatifs n’avaient pas été achevés. C’était la seule chance qui restait au Parti communiste dans les conditions données. Ou bien renoncer sans coup férir à son but, ou bien se décider à un acte risqué, jouer son va-tout, ce qui aurait pu modifier la situation en sa faveur. L’affaire pouvait avorter, mais alors la situation n’aurait pas été plus mauvaise que si le Parti communiste avait reculé sans se battre.

 

La thèse, formulée ainsi et attribuée au Parti communiste, n’est pas une thèse communiste. Cette supposition montre que les ennemis du Parti communiste allemand le connaissent mal. Qui veut bien combattre son adversaire, doit bien le connaître. Interdire le Parti, dissoudre les organisations de masse, perdre la légalité, ce sont là évidemment des coups sérieux portés au mouvement révolutionnaire. Mais cela ne signifie pas encore, il s’en faut de beaucoup, que de ce fait tout soit perdu.

 

En février 1933 le Parti communiste était menacé d’interdiction. La presse communiste était interdite, l’interdiction du Parti communiste était imminente. Le Parti communiste allemand s’y attendait. On en parlait dans les tracts, dans les journaux. Le Parti communiste allemand savait bien que les Partis communistes sont interdits dans nombre de pays, mais qu’ils n’en continuent pas moins à travailler et à combattre. Les Partis communistes sont interdits en Pologne, en Bulgarie, en Italie et dans certains autres pays.

 

Je veux en parler, fort de l’expérience du Parti communiste bulgare. Ce dernier avait été interdit à la suite de l’insurrection de 1923, mais il continuait de travailler et, bien que cela lui ait coûté de nombreuses victimes, il est devenu plus fort qu’avant 1923. Cela tout homme doué d’esprit critique comprend l’importance de ce phénomène.

Le Parti communiste allemand même illégal peut, la situation s’y prêtant, accomplir la révolution. L’expérience du Parti communiste russe le prouve. Le Parti communiste russe était illégal, il subissait de sanglantes persécutions, mais la classe ouvrière, le Parti communiste en tête, a conquis le pouvoir. Les dirigeants du Parti communiste allemand ne pouvaient tenir ce raisonnement : devant l’interdiction de leur Parti tout était perdu et : l’alternative se posait : ou bien l’insurrection, ou bien la fin. La direction du Parti communiste ne pouvait avoir une idée aussi stupide. Le Parti communiste savait pertinemment que le travail illégal coûterait de lourds sacrifices et exigerait de l’abnégation et du courage, mais il savait aussi que ses forces révolutionnaires se consolideraient et qu’il serait capable de réaliser les tâches qui lui incombent. Aussi la supposition que le Parti communiste allemand ait voulu dans cette période, jouer son va-tout, doit être absolument exclue. Par bonheur, les communistes n’ont pas la vue aussi courte que leurs adversaires, et ils ne perdent pas la tête dans les situations difficiles.

 

Il convient d’ajouter à cela que le Parti communiste allemand et les autres Partis communistes sont des sections de l’Internationale communiste. Qu’est-ce que l’Internationale communiste ? Je me permettrai de citer un passage de ses statuts. Je cite ici le premier paragraphe :

 

L’Internationale communiste, Association internationale des travailleurs, est l’organisation des Partis communistes des différents pays en un Parti communiste unique mondial. Guide et organisateur du mouvement révolutionnaire mondial du prolétariat, champion des principes et des buts du communisme, l’Internationale communiste lutte pour la conquête de la majorité de la classe ouvrière et des grandes couches de paysans pauvres, pour les principes et les buts du communisme, pour l’instauration de la dictature mondiale du prolétariat, pour la création d’une Fédération mondiale des Républiques socialistes soviétique, pour l’abolition complète des classes et la réalisation du socialisme, première étape de la société communiste. (Programme de l’Internationale communiste, suivi des Statuts de l’I.C., p. 79. (N.R.).)

 

Dans ce parti mondial de l’Internationale communiste, comptant des millions de travailleurs, le Parti communiste de l’Union soviétique est le plus fort Parti. Il est le Parti dirigeant de l’Union soviétique, le plus grand Etat du monde. L’Internationale communiste, ce Parti communiste mondial, analyse la situation politique de concert avec la direction des Partis communistes de tous les pays.

 

L’Internationale communiste devant laquelle toutes les sections sont directement responsables, n’est pas une organisation de conspirateurs, mais un parti mondial. Un tel Parti mondial ne joue pas aux soulèvements et à la révolution. Un tel Parti mondial ne peut dire officiellement à des millions de membresune chose, et en même temps faire secrètement le contraire. Un tel Parti, mon excellent docteur Sack, ignore la comptabilité en partie double !

 

Docteur Sack. – Parfait, continuez votre propagande communiste !

 

Dimitrov. – Un tel Parti, quand il s’adresse aux millions de prolétaires, quand il prend ses décisions sur la tactique et les tâches immédiates, le fait sérieusement, avec la pleine conscience de sa responsabilité. Je citerai ici la décision de la XIIe assemblée plénière du Comité exécutif de l’Internationale communiste. Comme ces décisions ont été mentionnées au procès, j’ai le droit d’en donner lecture.

 

Conformément à ces décisions, la tâche essentielle du Parti communiste allemand consistait à mobiliser les millions de travailleurs pour la défense de leurs intérêts vitaux, contre leur pillage féroce par le capital monopoliste, contre le fascisme, contre les décrets-lois, contre le nationalisme et le chauvinisme, en luttant pour l’internationalisme prolétarien, en développant les grèves économiques et politiques, les manifestations et en amenant les masses à la grève politique générale ; gagner les masses principales de la social-démocratie, liquider résolument les faiblesses du mouvement syndical. Le principal mot d’ordre que le Parti communiste allemand doit opposer à celui de la dictature fasciste (« le troisième Reich »), de même qu’au mot d’ordre du Parti social-démocrate (« la deuxième République »), doit être : la République ouvrière et paysanne, c’est-à-dire de l’Allemagne socialiste, soviétique, assurant aussi la possibilité du rattachement volontaire des peuples d’Autriche et des autres régions allemandes. (Thèses, décisions, résolutions de la XIIe assemblée plénière du Comité exécutif de l’Internationale communiste. Bureau d’Editions, Paris, 1933, p. 15 (N.R.).)

 

Travail de masse, lutte de masse, résistance de masse, front unique, point d’aventures ! Voilà les bases de la tactique communiste.

 

On a trouvé chez moi, un appel du Comité exécutif de l’Internationale communiste. J’estime que l’on peut également le citer. Deux points sont particulièrement importants dans cet appel. Ainsi, on y parle des démonstrations qui se déroulent dans différents pays en liaison avec les événements d’Allemagne. On y parle des tâches du Parti communiste dans sa lutte contre la terreur national-socialiste, ainsi que pour la défense des organisations et de la presse de la classe ouvrière. Il est dit, entre autres, dans cet appel :

 

Le principal obstacle dans la voie de la réalisation du front unique de lutte des ouvriers communistes et social-démocrates, a été et reste la politique de collaboration avec la bourgeoisie, suivie par les partis social-démocrates, qui actuellement ont amené et exposé le prolétariat international aux coups de l’ennemi de classe. Cette politique de collaboration avec la bourgeoisie, connue sous le nom de politique dite du « moindre mal », a, en fait, amené en Allemagne le triomphe de la réaction fasciste.

 

L’Internationale communiste et les Partis communistes de tous les pays ont plus d’une fois affirmé leur volonté de lutter en commun avec les ouvriers social-démocrates contre l’offensive du Capital, la réaction politique et la menace de guerre. Les Partis communistes ont été les organisateurs de la lutte commune des ouvriers communistes, social-démocrates qui brisaient systématiquement le front unique des masses ouvrières. Déjà le 20 juillet de l’année dernière le Parti communiste allemand, après l’effondrement du gouvernement social-démocrate prussien Von Papen, adressait au parti social-démocrate et à la Centrale syndicale d’Allemagne, la proposition d’organiser une grève commune contre le fascisme. Mais le parti social-démocrate et la Centrale syndicale d’Allemagne, avec l’approbation de toute la IIe Internationale, qualifièrent cette proposition d’organiser la grève commune, de provocation. Le Parti communiste allemand renouvela sa proposition d’action commune au moment où Hitler accédait au pouvoir, invitant le Comité central du parti social-démocrate et la direction de la Centrale syndicale allemande à organiser en commun la résistance au fascisme. Mais cette fois encore, sa proposition fut repoussée.

 

Bien plus, lorsqu’en novembre de l’an dernier les travailleurs des transports berlinois se mirent unanimement en grève contre la réduction des salaires, la social-démocratie torpilla le front unique de lutte. La pratique du mouvement ouvrier international est pleine d’exemples analogues.

 

Cependant l’appel du Bureau de l’Internationale ouvrière socialiste du 19 février de cette année, contient la déclaration des partis social-démocrates, affiliés à cette Internationale, affirmant leur volonté d’établir le front unique avec les communistes pour la lutte contre la réaction fasciste en Allemagne. Cette déclaration est en contradiction flagrante avec tous les actes de l’Internationale socialiste et des partis social-démocrates, jusqu’à ce jour. Toute la politique et l’activité de l’Internationale socialiste jusqu’à présent donnent à l’Internationale ouvrière et aux partis communistes le droit de ne pas croire à la sincérité de la déclaration du Bureau de l’Internationale ouvrière socialiste, lequel fait cette proposition au moment où, dans toute une série de pays, en Allemagne avant tout, la classe ouvrière elle-même prend déjà l’organisation du front unique de lutte dans ses propres mains.

 

Néanmoins, en présence du fascisme qui attaque la classe ouvrière d’Allemagne et dénoue toutes les forces de la réaction mondiale, le Comité exécutif de l’Internationale communiste appelle tous les Partis communistes à faire encore une tentative pour établir le front unique avec les masses ouvrières social-démocrates par l’intermédiaire des partis social-démocrates. Le Comité exécutif de l’Internationale communiste fait cette tentative dans la ferme conviction que le front unique de la classe ouvrière contre la bourgeoisie repousserait l’offensive du Capital et du fascisme et accélérerait grandement la fin inévitable de toute l’exploitation capitaliste.

 

Etant donné les conditions particulières de chaque pays et la diversité des tâches concrètes de lutte qui se posent devant la classe ouvrière dans chacun d’eux, l’accord entre les Partis communistes et les partis social-démocrates en vue d’actions déterminées contre la bourgeoisie, peut être réalisé avec le plus de succès dans le cadre de chaque pays. Aussi le Comité exécutif de l’Internationale communiste recommande-t-il aux partis social-démocrates adhérants à l’Internationale socialiste, l’action commune contre le fascisme et l’offensive du Capital. Ces pourparlers doivent avoir pour base les conditions élémentaires de la lutte commune contre l’offensive du Capital et du fascisme. Sans un programme concret d’action contre la bourgeoisie, tout accord entre les partis serait dirigé contre les intérêts de la classe ouvrière…

 

Devant l’ensemble de la classe ouvrière internationale, le Comité exécutif de l’Internationale communiste formule ces propositions et appelle tous les Partis communistes, le Parti communiste d’Allemagne en premier lieu, sans attendre le résultat des pourparlers et des accords sur la lutte commune avec la social-démocratie, à procéder immédiatement à l’organisation de comités de lutte communs, tant avec les ouvriers social-démocrates qu’avec les ouvriers de toutes les autres tendances. Les communistes ont démontré par leur lutte de longues années qu’ils ont été et seront toujours aux premiers rangs de la lutte pour le front unique non en paroles mais en fait, dans les actions de classe contre la bourgeoisie.

 

Le Comité exécutif de l’Internationale communiste est fermement convaincu que les ouvriers social-démocrates et sans-parti, indépendamment de l’attitude que les chefs de la social-démocratie observent à l’égard de la création du front unique, surmonteront tous les obstacles et réaliseront, en commun avec les communistes, le front unique non en paroles mais en fait. Maintenant surtout que le fascisme allemand a organisé, en vue d’écraser le mouvement ouvrier d’Allemagne, une provocation inouïe (l’incendie du Reichstag, faux relatif à l’insurrection, etc.), chaque ouvrier doit comprendre son devoir de classe dans la lutte contre l’offensive du Capital et de la réaction fasciste.

 

Cet appel ne dit rien d’une lutte immédiate pour la prise du pouvoir. Cette tâche n’a été posée ni par le Parti communiste allemand, ni par l’Internationale communiste. Il est naturellement vrai que l’appel de l’Internationale communiste n’écarte pas la possibilité d’une insurrection armée. Le tribunal en a faussement conclu que dès l’instant où le Parti communiste se propose comme but une insurrection armée, c’est donc que cette insurrection était préparée en fait et devait immédiatement éclater. Cela est illogique, inexact, pour ne pas dire plus. Oui, bien entendu, lutter pour la dictature du prolétariat est la tâche des Partis communistes du monde entier. C’est notre principe, c’est notre but. Mais c’est là un programme précis, pour la réalisation duquel sont nécessaires non seulement les forces de la classe ouvrière, mais encore des autres couches de travailleurs.

 

Que le Parti communiste allemand ait été pour la révolution prolétarienne, tout le monde le sait. Mais ce n’est point là la question qui doit être résolue à ce procès. La question est de savoir si réellement une insurrection armée avait été fixée au 27 février pour la prise du pouvoir, en liaison avec l’incendie du Reichstag.

 

Qu’est-il résulté de l’instruction judiciaire, messieurs les juges ? La légende visant à faire croire que l’incendie du Reichstag était l’œuvre des communistes, s’est effondrée complètement. Je ne vais pas citer les témoignages apportés, ainsi que l’ont fait les autres défenseurs. Mais cette question peut être considérée comme entièrement élucidée pour tout homme au jugement normal. L’incendie du Reichstag ne se trouve en aucune liaison avec l’activité du Parti communiste, non seulement avec une insurrection, mais avec une démonstration, une grève ou tout autre action de ce genre. Ceci a été parfaitement prouvé par l’instruction. L’incendie du Reichstag – je ne parle pas des affirmations de malfaiteurs et d’anormaux, – n’a été compris par personne comme le signal de l’insurrection. Personne n’a remarqué, en liaison avec l’incendie du Reichstag, aucun acte, action ou tentative d’insurrection. Personne n’avait alors rien entendu à ce sujet. Tous les racontars sur ce point se rattachent à une période beaucoup plus récente. La classe ouvrière se trouvait alors en état de défensive contre l’attaque du fascisme. Le Parti communiste allemand s’efforçait d’organiser la résistance des masses, leur défensive. Mais il a été démontré que l’incendie du Reichstag a fourni le prétexte, a été le prélude d’une campagne destructrice largement conçue contre la classe ouvrière et son avant-garde, le Parti communiste. Il a été irréfutablement prouvé que les représentants responsables du gouvernement n’avaient même pas songé les 27 et 28 février que l’insurrection communiste était imminente.

 

J’ai posé à ce sujet nombre de questions aux témoins cités ici. J’ai interrogé tout d’abord Heller, le fameux Karwahne (rire dans la salle), Frey, le comte Heldorf, les fonctionnaires de police. Malgré les différentes variantes, tous m’ont répondu qu’ils n’avaient pas entendu dire qu’une insurrection communiste dût éclater. Cela signifie que les milieux dirigeants n’avaient pris absolument aucune mesure contre la possibilité d’une telle insurrection.

 

Le président. – Pourtant, le tribunal a reçu communication du chef du département occidental de la police sur ce point.

 

Dimitrov. – Le chef du département occidental de la police, dans sa communication, rapporte que Goering l’avait mandé auprès de lui et lui avait donné des instructions verbales sur la lutte contre les réunions communistes, grèves, démonstrations, campagne électorale, etc. Mais, même cette communication ne dit pas que des mesures avaient été prises contre l’insurrection communiste imminente. Hier, l’avocat Seifert a également parlé de cela. Il a fait cette conclusion que personne dans les milieux dirigeants ne s’attendait à une insurrection à ce moment. Seifert se référait à Goebbels, indiquant que ce dernier n’avait pas tout d’abord ajouté foi à la nouvelle de l’incendie du Reichstag. En a-t-il été ainsi ? C’est là une autre question.

 

A cet égard, une preuve est également fournie par le décret-loi du gouvernement allemand, en date du 28 février 1933. Ce décret fut promulgué aussitôt après l’incendie. Lisez-le. Que dit-il ? Il y est dit que tels ou tels articles de la constitution sont supprimés, à savoir les articles concernant la liberté d’organisation, la liberté de la presse, l’inviolabilité de la personne, l’inviolabilité du domicile, etc. C’est là le fond du décret-loi, de son deuxième paragraphe. L’offensive contre la classe ouvrière…

 

Le président. – Pas contre les ouvriers, mais contre les communistes…

 

Dimitrov. – Je dois dire qu’en vertu de ce décret-loi on arrêta non seulement des communistes, mais aussi des ouvriers social-démocrates et chrétiens, on interdit leurs organisations. Je voudrais souligner que ce décret-loi était dirigé non seulement contre le Parti communiste allemand, – quoique, bien entendu, avant tout, contre ce dernier, – mais aussi contre les autres partis et groupes d’opposition. Cette loi était nécessaire pour instaurer le régime d’exception, elle est directement, organiquement, liée à l’incendie du Reichstag.

 

Le président. – Si vous continuez à attaquer le gouvernement allemand, je vous retirerai la parole,

 

Dimitrov. – Dans ce procès, une question n’a pas du tout été éclaircie.

 

Le président. – En parlant vous devez vous adresser aux juges, et non à la salle, autrement votre discours peut être considéré comme de la propagande.

 

Dimitrov. – Une question n’a pas été éclaircie, ni par le ministère public, ni par la défense. Je ne m’étonne pas qu’ils n’aient pas jugé cela indispensable. Ils redoutent beaucoup cette question. C’est la question de savoir quelle était la situation politique en Allemagne en février 1933. Je dois m’arrêter sur ce point. Fin février, la situation politique était telle qu’à l’intérieur du camp du front national la lutte se livrait…

 

Le président. – Vous vous engagez sur un terrain, que je vous ai déjà interdit plus d’une fois.

 

Dimitrov. – Je tiens à rappeler la proposition que j’ai faite au tribunal, de citer des témoins tels que Schleicher, Brüning, Papen, Hugenberg, vice-président du Casque d’Acier, Duesterberg, etc.

 

Le président. – Mais la Cour a refusé de faire comparaître ces témoins. Aussi ne devez-vous pas vous y arrêter.

 

Dimitrov. – Je le sais et, de plus, j’en connais la raison.

 

Le président. – Il m’est désagréable de vous interrompre sans cesse pendant votre dernière intervention, mais vous devez vous conformer à mes injonctions.

 

Dimitrov. – Cette lutte intérieure dans le camp national se poursuivait en liaison avec la lutte menée dans les coulisses entre les dirigeants de l’économie allemande. La lutte se poursuivait entre les milieux de Thyssen et Krupp (industrie de guerre), qui ont financé des années durant le mouvement national-socialiste, et leurs concurrents qui devaient être refoulés au second plan.

 

Thyssen et Krupp voulaient établir dans le pays une dictature politique, une domination absolue, sous leur direction personnelle ; à cet effet, il fallait écraser le prolétariat révolutionnaire. Le Parti communiste s’efforçait, dans cette période, de créer le front unique pour rassembler toutes les forces en vue de résister aux tentatives des nationaux-socialistes pour anéantir le mouvement ouvrier. Une partie des ouvriers social-démocrates sentaient la nécessité du front unique de la classe ouvrière. Ils s’en rendaient compte. Des milliers d’ouvriers social-démocrates rejoignirent les rangs du Parti communiste allemand. Mais, en février et mars, la tâche consistant à établir le front unique ne signifiait nullement l’insurrection ni sa préparation, mais seulement la mobilisation de la classe ouvrière contre la campagne spoliatrice des capitalistes et contre la violence des nationaux-socialistes.

 

Le président (interrompant Dimitrov). - Vous avez toujours souligné que vous vous intéressez uniquement à la situation politique en Bulgarie ; or vos développements de tout à l’heure prouvent que vous avez manifesté un très grand intérêt pour les questions politiques d’Allemagne.

 

Dimitrov. – Monsieur le Président, vous m’adressez un reproche. A cela je ne puis que vous répondre ceci : comme révolutionnaire bulgare je m’intéresse au mouvement révolutionnaire de tous les pays. Je m’intéresse, par exemple, aux questions politiques sud-américaines, et je les connais peut-être aussi bien que les questions allemandes, bien que n’ayant jamais été en Amérique. Au reste, cela ne veut point dire que si en Amérique du Sud, le siège de quelque Parlement vient à brûler, ce sera de ma faute. Je m’intéresse à la politique allemande, mais je ne me mêle pas des affaires politiques de l’Allemagne.

 

Au cours de ces débats, j’ai appris bien des choses et, grâce à mon sens politique, j’ai vu clair dans bien des détails. La situation politique de cette période comportait deux facteurs essentiels : le premier, c’est l’effort des nationaux-socialistes pour accéder au pouvoir ; le deuxième – à l’opposé du premier – c’est l’activité du Parti communiste visant à créer le front unique des ouvriers contre le fascisme. A mon avis, cela s’est révélé également pendant ces débats.

 

Les nationaux-socialistes avaient besoin d’une manœuvre de diversion, pour détourner l’attention des difficultés qui existaient à l’intérieur du camp national et briser le front unique des ouvriers. Le « gouvernement national » avait besoin d’un prétexte valable pour lancer son décret-loi du 28 février qui supprimait la liberté de la presse, l’inviolabilité de la personne, et inaugurait un système de répression policière, de camps de concentration et autres mesures de lutte contre les communistes.

 

Le président (interrompant Dimitrov). - Vous voilà arrivé à l’extrême limite, vous faites des allusions !

 

Dimitrov. – Je veux simplement éclairer la situation politique en Allemagne à la veille de l’incendie du Reichstag, comme je la comprends.

 

Le président. – Il n’y a pas place ici pour des allusions à l’adresse du gouvernement et pour des affirmations depuis longtemps réfutées.

 

Dimitrov. – La classe ouvrière devait se défendre de toutes ses forces, et c’est pour cela que le Parti communiste a tenté d’organiser le front unique, en dépit de la résistance de Wels et de Breitscheid, qui maintenant, à l’étranger, poussent des clameurs hystériques.

 

Le président. – Vous devez passer à votre défense, si vous le voulez; autrement vous n’aurez pas assez de temps pour le faire.

 

Dimitrov. – J’ai déjà déclaré que sur un point je suis d’accord avec l’acte d’accusation. Maintenant, il faut confirmer cet accord. C’est en ce qui concerne la question de savoir si Van der Lübbe a organisé l’incendie seul ou s’il avait des complices. Le représentant de l’accusation Parisius a déclaré ici que, de la réponse à la question de savoir si Van der Lübbe avait ou non des complices, dépendait le sort des accusés. Je réponds à cela : non, mille fois non : cette conclusion du procureur est illogique. J’estime que Van der Lübbe n’a réellement pas été seul à incendier le Reichstag. L’expertise et les données ressortant de ces débats m’amènent à conclure que l’incendie dans la salle des séances du Reichstag était d’un autre genre que celui allumé dans le restaurant du rez-de-chaussée, etc. Le feu a été mis à la salle des séances par d’autres gens et par un autre procédé. L’incendie allumé par Van der Lübbe et l’incendie dans la salle des séances coïncident seulement pour le temps; pour le reste ils sont foncièrement différents. Le plus probable, c’est que Van der Lübbe a été l’instrument inconscient de ces gens, instrument dont on a abusé. Il ne dit pas toute la vérité ici. Maintenant encore il persiste dans son mutisme. Bien qu’il ait eu des complices, ce fait ne décide pas du sort des autres accusés. Van der Lübbe n’a pas été seul, c’est vrai, mais ceux qui étaient avec lui n’étaient ni Torgler, ni Popov, ni Tanev, ni Dimitrov.

 

N’est-il pas probable que, le 26 février, Van der Lübbe a rencontré à Hoenigsdorf une personne à qui il a communiqué ses tentatives de mettre le feu à l’Hôtel de ville et au palais ? Que cet homme lui a dit que tous ces incendies ne sont que des jeux d’enfants, qu’une affaire sérieuse, ce serait l’incendie du Reichstag pendant les élections ? Et n’est-il pas probable que c’est ainsi que de l’union secrète entre la démence politique et la provocation politique a surgi l’incendie du Reichstag ? L’allié du côté de la démence politique est au banc des prévenus. Quant aux alliés du côté de la provocation politique, ils sont en liberté. Tandis que le naïf Van der Lübbe faisait ses tentatives malhabiles pour mettre le feu au restaurant, dans le corridor et au rez-de-chaussée, des inconnus se servant de ce liquide inflammable secret dont a parlé le docteur Schatz, ne perpétraient-ils pas l’incendie de la salle des séances ? (Van der Liibbe se met à rire. Tout son corps est secoué d’un rire silencieux. L’attention de toute la salle, des juges et des prévenus se porte à ce moment sur Lùbbe.)

 

Dimitrov (montrant Lübbe). - Les complices inconnus ont veillé à tous les préparatifs de l’incendie. Ce Méphistophélès a su disparaître sans laisser de traces. Et voilà qu’ici se trouve l’instrument stupide, le pitoyable Faust, tandis que Méphistophélès a disparu. Le plus probable, c’est qu’un pont a été jeté à Hoenigsdorf entre Van der Lübbe et les représentants de la provocation politique, les agents des ennemis de la classe ouvrière.

 

Le procureur général Werner a déclaré ici que Van der Lübbe était un communiste ; il a dit ensuite que si même il n’était pas communiste, il a accompli son œuvre dans l’intérêt du Parti communiste et en liaison avec ce dernier. C’est là une affirmation fausse.

 

Qui est Van der Lübbe ? Un communiste ? Pas du tout ! Un anarchiste ? Non. C’est un ouvrier déclassé, c’est une épave rebelle de la société, une créature dont on a abusé, qu’on a utilisée contre la classe ouvrière. Non il n’est pas communiste. Il n’est pas anarchiste. Pas un seul communiste au monde, pas un seul anarchiste ne se comporterait devant le tribunal comme le fait Van der Lübbe. Les anarchistes commettent souvent des actes insensés, mais toujours devant les juges, ils revendiquent leurs responsabilités et expliquent leurs buts. Si un communiste avait fait quelque chose d’analogue, il ne se tairait pas devant le tribunal, alors que quatre innocents sont au banc des accusés à ses côtés. Non, Van der Lübbe n’est pas un communiste, ni un anarchiste, il est l’instrument dont a abusé le fascisme.

 

Avec cet homme, avec ce misérable instrument dont on a abusé, que l’on a utilisé au préjudice du communisme, il ne peut y avoir rien de commun, il ne peut y avoir aucune relation entre lui et le président de la fraction communiste du Reichstag, entre lui et les communistes bulgares.

 

Je dois rappeler ici que le 28 février au matin, Goering a publié un communiqué sur l’incendie. Ce communiqué annonçait que Torgler et Koenen s’étaient enfuis des locaux du Reichstag à 10 heures du soir. Cette nouvelle fut radiodiffusée dans tout le pays. Le communiqué disait que l’incendie avait été allumé par les communistes. Toutefois, on n’a pas fait d’enquête sur les agissements de Van der Lübbe à Hoenigsdorf. L’homme qui passa la nuit avec Van der Lübbe au poste de police, n’a pas été retrouvé…

 

Le président (interrompant Dimitrov). - Quand avez-vous l’intention de finir vos discours ?

 

Dimitrov. – Je veux parler encore une demi-heure. Je dois exposer ma façon de voir sur cette question…

 

Le président. – On ne peut tout de même pas parler sans fin.

 

Dimitrov. – Pendant les trois mois que dura le procès, monsieur le Président, vous m’avez, un nombre incalculable de fois, contraint au silence, en me promettant qu’à la fin du procès je pourrais parler en détail pour me défendre. Cette fin du procès est arrivée. Mais contrairement à votre promesse vous limitez de nouveau mon droit de parole. La question de ce qui s’est passé à Hoenigsdorf est extrêmement importante. Waschinski, qui avait passé la nuit avec Van der Lübbe, n’a pas été retrouvé. Ma proposition de le découvrir a été reconnue inutile. L’affirmation que Van der Lübbe s’est trouvé à Hoenigsdorf avec des communistes est un mensonge monté par le témoin national-socialiste, le coiffeur Grave. Si Van der Lübbe avait été à Hoenigsdorf avec des communistes, la chose aurait été depuis longtemps élucidée, monsieur le Président. Mais personne ne s’est préoccupé de découvrir Waschinski.

 

Le jeune homme, qui s’était présenté au commissariat de la porte de Brandebourg pour apporter la première nouvelle de l’incendie du Reichstag, n’a pas été recherché ; il reste jusqu’à présent inconnu. L’instruction a sur une fausse voie. Le docteur Albrecht, député national-socialiste, qui avait quitté le Reichstag immédiatement après l’incendie, n’a pas été interrogé. On n’a pas cherché les incendiaires là où ils étaient, mais là où ils n’étaient pas. On les recherchait dans les rangs du Parti communiste, et on avait tort. Cela a permis aux vrais incendiaires de disparaître. On a donc décidé : du moment qu’on n’a pas pris et qu’on n’a pas osé prendre les vrais fauteurs de l’incendie, il faut en prendre d’autres, des « ersatz-incendiaires » pour ainsi dire, du Reichstag…

 

Le président. – Je vous interdis de dire cela, et je vous donne encore dix minutes.

 

Dimitrov. – J’ai le droit d’apporter et de motiver des propositions concernant le verdict. Le procureur général a traité toutes les dépositions des communistes comme indignes de foi. Je n’adopterai pas une position contraire. Je n’affirmerai pas, par exemple, que tous les témoins nationaux-socialistes sont des menteurs. Je pense que parmi les millions de nationaux-socialistes il se trouve aussi d’honnêtes gens…

 

Le président. – Je vous interdis de pareilles remarques malveillantes.

 

Dimitrov. – N’est-il pas significatif que tous les principaux témoins à charge sont des députés nationaux-socialistes, des journalistes et des partisans du national-socialisme ? Le député national-socialiste Karwahne n’a-t-il pas dit avoir vu Torgler en compagnie de Van der Lübbe au Reichstag ? Le député national-socialiste Frey a déclaré avoir vu Popov avec Torgler au Reichstag. Le garçon de restaurant national-socialiste Hellmer a témoigné qu’il avait vu Van der Lübbe avec Dimitrov. Le journaliste national-socialiste Weberstedt aurait vu Tanev avec Van der Lübbe. Est-ce un effet du hasard ? Le docteur Dröscher, qui est intervenu ici en qualité de témoin, et qui est en même temps collaborateur au Völkischer Beobachter, Zimmermann…

 

Le président (interrompant Dimitrov). - Cela n’est pas démontré.

 

Dimitrov. – … a affirmé que Dimitrov est l’organisateur de l’explosion à la cathédrale de Sofia, ce qui a été démenti, et qu’il m’aurait vu avec Torgler au Reichstag. Je déclare, avec une certitude à cent pour cent, que Dröscher et Zimmermann, ce n’est qu’une et même personne…

 

Le président. – Je le nie, cela n’est pas prouvé.

 

Dimitrov. – Le fonctionnaire de police Heller a cité ici un poème communiste pris dans un livre édité en 1925, pour démontrer que les communistes ont mis le feu au Reichstag en 1933.

 

Je me permettrai également de citer des vers du plus grand poète d’Allemagne, Goethe :

 

Apprends à être plus intelligent.

L’aiguille de la grande balance

Du bonheur reste rarement en repos ;

Tu dois ou t’élever

Ou descendre ;

Tu dois dominer et gagner,

Ou bien servir et perdre.

Souffrir ou triompher,

Etre l’enclume ou le marteau.

 

Oui, quiconque ne veut pas être l’enclume, doit être le marteau ! Cette vérité, la classe ouvrière allemande dans son ensemble, ne l’a comprise ni en 1918, ni en 1923, ni le 20 juillet 1932, ni en janvier 1933. La faute en est aux chefs social-démocrates, aux Wels, Severing, Braun, Leipart, Grasseman.

 

Aujourd’hui, bien entendu, les ouvriers alle­mands pourront la comprendre !

 

On a beaucoup parlé ici du droit allemand et de la légalité, et je tiens à dire mon opinion à ce sujet égale­ment. Le jugement d’un tribunal se ressent toujours, incontestablement, des combinaisons politiques du moment actuel et des tendances politiques dominantes.

 

Le ministre de la justice Kerl est sans aucun doute pour le tribunal, une autorité compétente. Il a exprimé son opinion dans une interview publiée dans la presse.

 

La prévention du droit libéral formel, déclare-t-il, consiste à affirmer que la justice doit avoir le culte de l’objectivité. Maintenant nous en sommes arrivés à la source d’éloignement entre le peuple et la justice et la faute de cet éloignement retombe toujours en fin de compte sur la justice. Qu’est-ce que l’objectivité au moment où le peuple lutte pour son existence ? Le soldat combattant, l’armée combattante connaissent-ils l’objectivité ? Le soldat et l’armée ne savent qu’une chose, ne savent qu’une considération, ne connaissent qu’une seule question : Comment dois-je sauver la liberté et l’honneur ? Comment sauver la nation ?

 

Ainsi, il va de soi que la justice d’un peuple qui combat dans une lutte à mort, ne peut avoir le culte d’une objectivité morte. Les dispositions du tribunal, du ministère public, des avocats doivent être dictées exclusivement par cette seule considération, à savoir : qu’est-ce qui importe pour la vie de la nation ? Qu’est-ce qui sauvera le peuple ?

 

Ce n’est pas l’objectivité invertébrée qui signifie le marasme et, par là même, la pétrification, l’éloignement vis-à-vis du peuple, non, tous les actes, toutes les mesures prises par la collectivité dans son ensemble et par chaque individu doivent être subordonnés aux besoins immédiats du peuple, de la nation.

Ainsi, le droit est une notion relative…

 

Le président. – Cela n’a pas de rapport avec le sujet. Vous devez faire vos propositions.

 

Dimitrov. – Le procureur général a proposé d’acquitter les prévenus bulgares, à défaut de preuves de culpabilité.

 

Le procureur général a proposé d’acquitter les Bulgares accusés, faute de preuves. Mais cela ne saurait nullement me satisfaire. La question est loin d’être aussi simple.

 

Cela n’écarterait pas complètement les soupçons. Au cours du procès, il a été démontré péremptoirement que nous n’avons rien de commun avec l’incendie du Reichstag et que, par conséquent, il n’y avait pas la moindre base pour justifier des soupçons contre nous. Nous, Bulgares, aussi bien que Torgler, devons être acquittés, non pas faute de preuves, mais parce que nous, communistes, n’avons rien et ne pouvions rien avoir de commun avec un acte anticommuniste.

 

Je propose donc de rendre le jugement que voici :

 

1. La Cour suprême reconnaît notre innocence dans l’affaire, et l’accusation injustifiée ; ceci est vrai pour nous : – pour moi, Torgler, Popov, Tanev.

2. Déclare que Van der Lübbe a été instrument utilisé au détriment et au préjudice de la classe ouvrière.

3. Qu’il convient de mettre en jugement les personnes coupables d’avoir porté de fausses accusations contre nous.

4. Et de nous dédommager aux dépens de ces coupables pour le temps perdu, la santé compromise et les souffrances endurées.

 

Le président. – Ce que vous nommez vos propositions, le tribunal les aura en vue au cours de la délibération sur le verdict à prendre.

 

Dimitrov. – Le temps viendra où ces comptes seront réglés avec intérêts. La pleine lumière sur la question de l’incendie du Reichstag et les véritables incendiaires c’est, évidemment, le tribunal du peuple de la future dictature du prolétariat qui s’en chargera.

 

Au XVIIe siècle, le fondateur de la physique scientifique Galileo Galilée, a comparu devant le sévère tribunal de l’Inquisition qui devait le condamner, comme hérétique, à la mort, il s’est écrié avec une profonde conviction et résolution :

 

« Et pourtant la terre tourne ! » Et ce principe scientifique est devenu plus tard le patrimoine de toute l’humanité.

 

(Le président interrompt brutalement Dimitrov, se lève, rassemble ses papiers, et s’apprête à sortir.)

 

Dimitrov (continuant) : Nous, communistes, pouvons aujourd’hui, proclamer avec non moins de résolution que le vieux Galilée :

 

« Et pourtant elle tourne ! » La roue de l’histoire tourne, avance, vers une Europe soviétique, vers l’Union mondiale des Républiques soviétiques. Et cette roue, poussée par le prolétariat sous la direction de l’Internationale communiste, on ne parviendra à l’arrêter ni par des mesures d’extermination, ni par des condamnations aux travaux forcés, ni par des exécutions. Elle tourne et continuera à tourner jusqu’à la victoire définitive du communisme !

 

(Les policiers empoignent Dimitrov et le forcent à se rasseoir sur le banc des accusés. Le président et le tribunal s’éloignent pour délibérer sur la question de savoir si Dimitrov peut continuer son discours. Après délibération, la Cour revient et annonce que la parole est définitivement retirée à Dimitrov.)

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La participation des partis communistes au gouvernement : une réflexion critique de la revue belge « Etudes marxistes »

25 Août 2013, 08:16am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

La participation des partis communistes 

au gouvernement : 

une façon de sortir de la crise capitaliste?

Par Herwig Lerouge, pour le numéro 100 d'Etudes marxistes 

(revue théorique du Parti du travail de Belgique)

Au cours des dernières années, la possibilité de participation au gouvernement de certains partis communistes (ou ex-communistes) a été à l’ordre du jour. En Allemagne, Die Linke a participé à certains gouvernements régionaux et y participe d’ailleurs toujours. Le parti a débattu d’une participation possible à un gouvernement fédéral. En Grèce et aux Pays-Bas, la coalition de gauche Syriza et le Socialistische Partij ont clairement annoncé leur volonté d’entrer au gouvernement. La majorité suffisante du Parti socialiste français lors des récentes élections parlementaires de 2012 a éliminé la question d’une nouvelle participation au gouvernement du Parti communiste français. Le PCF et, en Italie, Rifondazione Comunista et le Parti des communistes italiens ont participé à plusieurs gouvernements au cours des dernières décennies.

En 2008, les succès électoraux de certains de ces partis ont amené le magazine britannique de gauche, The New Statesman, à conclure : « Le socialisme — le socialisme pur, inaltéré, une idéologie considérée comme morte par les capitalistes libéraux — effectue un retour en force. À travers le continent, on assiste à une tendance bien nette dans laquelle les partis du centre gauche établis depuis longtemps sont défiés par des partis indubitablement socialistes. Ils défient un système économique dans lequel les intérêts des simples travailleurs sont subordonnés à ceux du capital[1]. »

Malheureusement, ces visions d’un brillant avenir socialiste pour l’Europe par le moyen des élections ont été dépassées par les derniers résultats électoraux et, fait plus important encore, par l’évolution politique de ces partis.

La tragédie italienne

La plupart des ces partis ont été créés après que Gorbatchev eut réalisé sa contre-révolution de velours. En Italie, lors de son congrès de Rimini, en 1991, le Parti communiste italien historique (PCI) se transforme en un parti social-démocrate ordinaire. La même année, les communistes italiens fondent le Partito della Rifondazione Comunista (parti de la refondation communiste). Au sein de Rifondazione, le débat sur le cours stratégique du parti reste longtemps ouvert… Une fois que Bertinotti accède à la présidence, le débat s’accélère. Lors du 5e congrès de Rifondazione, en février 2002, Bertinotti présente ses 63 thèses comme une collection d’« innovations ». Il a découvert une « nouvelle classe ouvrière », née à Gênes, en 2001 ; un « nouveau concept de parti ». Il rejette le parti d’avant-garde, devenu « obsolète », et le remplace par le parti conçu comme une composante du « mouvement des mouvements ». Il découvre également une « nouvelle définition de l’impérialisme », selon laquelle le monde n’est plus divisé entre blocs capitalistes rivaux et la guerre n’est plus un moyen de le partager périodiquement. L’ancien centralisme démocratique est remplacé par le droit de tendance…[2] »

Après trente-six mois d’innovation, la direction de Rifondazione Comunista se déclare prête à participer au gouvernement, en compagnie des démocrates chrétiens de Romano Prodi et de la social-démocratie de D’Alema. Lors du 6e congrès du PRC, en mars 2005, Bertinotti affirme que son parti devrait être la force motrice d’un processus de réforme. Et la participation au gouvernement est devenue un passage nécessaire dans cette direction. Dans le discours de clôture du congrès, il dit : « Le gouvernement, même le meilleur, n’est qu’un passage, un passage de compromis. Le parti doit être placé dans une position telle qu’il pourra faire voir sa stratégie, afin de bien montrer qu’il veut aller plus loin […][3]. » Pour prévenir des critiques contre le PRC qui entre dans une coalition favorable à l’UE avec l’ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi, Bertinotti ne trouve pas de meilleure excuse que la pirouette éculée de la social-démocratie : « Nous devons répandre l’idée que les mouvements et le parti doivent garder leur autonomie par rapport au gouvernement. Le parti ne devrait pas être identifié au gouvernement. Il devrait garder sa propre ligne et une stratégie allant bien au-delà de celle du gouvernement[4]. »

Le membre bien connu du groupe Bilderberg, Romano Prodi, était présent au congrès et il perçut très bien la volte-face du dirigeant de Rifondazione : « Voilà un parti socialiste de gauche qui accepte le défi du gouvernement[5]. »

En moins de dix ans, Bertinotti est parvenu à mettre un important potentiel révolutionnaire sous le contrôle du système. En 2007, le PRC ralliait la coalition de l’ « Olivier ». Sans opposition de gauche anticapitaliste claire à la participation à la guerre en Afghanistan et aux mesures d’austérité du gouvernement Prodi, la droite combla le vide politique et Berlusconi fut remis en selle. Le PRC perdit toute sa représentation parlementaire dans la débâcle de la gauche électorale. Il s’agit de l’expérience la plus récente des dégâts que le révisionnisme peut occasionner. Aujourd’hui, le mouvement communiste italien traverse une crise profonde.

France : des communistes au gouvernement en 1981 et 1997

Le vingtième siècle avait déjà prouvé l’échec de ceux qui prétendent modifier l’équilibre du pouvoir en faveur de la classe ouvrière par des majorités au sein des parlements bourgeois.

Dans l’euphorie de la victoire électorale de Mitterrand en 1981, le secrétaire général du PCF, Georges Marchais, envoya quatre communistes au gouvernement, afin de modifier l’ « équilibre du pouvoir ». Le dirigeant du PCF, Roland Leroy, expliqua : « Notre présence concorde bien avec notre mission et notre stratégie : utiliser chaque opportunité, même le plus petit pas en avant, pour bâtir un socialisme original par des moyens démocratiques[6]. »

Au lieu d’obtenir un socialisme original, la classe ouvrière française a dû subir un Code du travail dérégulé, une sécurité sociale réduite et des salaires déconnectés de l’index des prix. Seize ans plus tard, en juillet 1997, la direction du PCF remettait le couvert. Trois ministres communistes ralliaient le gouvernement de la « Gauche plurielle » (PS-PCF-Verts-MDC) venu au pouvoir après les grandes luttes de 1995. Le résultat ? Il y a eu plus de privatisations sous ce gouvernement que sous les administrations de droite Juppé et Balladur mises ensemble. La privatisation d’Air France fut supervisée par le ministre communiste des Transports, Jean-Claude Gayssot. Thomson, Air France, France Télécom, les compagnies d’assurance GAN et CIC, la Société marseillaise de crédit, CNP, Aérospatiale ont été « ouvertes au capital ». La direction du PCF resta au gouvernement de « Jospin-la-guerre » lorsque, en 1999, la France soutint le bombardement de la Yougoslavie par l’Otan.

Bien sûr, certaines concessions ont été faites aux exigences syndicales, mais, comme ce fut le cas en 1936 avec le gouvernement de Front populaire, elles ont été en premier lieu le résultat des grandes luttes qui avaient précédé ou accompagné la victoire électorale de la gauche.

Prétendre modifier dans l’hémicycle parlementaire l’équilibre du pouvoir en faveur de la population laborieuse est absurde aux yeux de tous ceux qui observent le cirque électoral, qui voient les milliers de groupes de pression et autres commissions d’experts payés par les groupes d’affaires afin d’influencer directement les décisions politiques. Comment « la richesse exerce son pouvoir indirectement, mais avec plus d’efficacité » (pour reprendre les termes d’Engels) n’est nulle part plus évident qu’aux États-Unis. En 2000, les 429 candidats dont les finances de campagne étaient les mieux alimentées occupaient les 429 premières places au Congrès américain. Seuls les sièges 430-469 sont allés aux candidats moins « fortunés »[7].

S’il y a un seul avantage à toute la saga du néolibéralisme, c’est celui-ci : l’évidence de l’emprise des plus puissants groupes du capital sur les États nationaux, les institutions européennes et les institutions financières internationales n’a jamais été aussi ouverte et éhontée. Les décisions réelles sont la prérogative de l’exécutif depuis de nombreuses décennies et le Parlement n’est qu’une machine à ratifier les décisions déjà prises au niveau du gouvernement. De plus en plus, les lois sont préparées par des cabinets ministériels et même, aujourd’hui, par les groupes de pression des firmes importantes. Une paix durable et le progrès social requièrent une société socialiste et une transformation radicale de la société. La voie parlementaire vers le socialisme repose sur l’illusion que le grand capital va accepter de se mettre en retrait et qu’il va céder sans coup férir sa machine d’État à la classe ouvrière lorsque celle-ci sera suffisamment représentée au Parlement.

Naturellement, nous devons être conscients de ce que la majorité des gens en Europe, aujourd’hui, reconnaît l’ordre social actuel comme le seul possible.

Un processus révolutionnaire requiert de la flexibilité tactique, une adaptation à la réalité politique, une évaluation adéquate de l’objectif de chaque bataille, une connaissance exacte des contradictions de classe et des rapports de pouvoir, et de larges alliances.

Nous luttons pour des réformes, nous luttons pour renforcer la force politique et organisationnelle des travailleurs. À la population, nous ne disons pas : « Nous allons résoudre ça pour vous », mais nous leur disons : « Prenez vous-mêmes votre destinée en mains. » Dans la bataille, les travailleurs acquièrent de l’expérience et notre devoir est d’introduire la perspective socialiste à terme. Même pour les réformes, ce n’est pas le parlement ou les élections qui sont décisifs, mais les luttes. Tout ce que le mouvement ouvrier a obtenu résulte d’un combat organisé, en faisant campagne et en créant un rapport de forces dans la rue.

La Gauche européenne

Les 8 et 9 mai 2004, les deux partis susmentionnés, le PRC et le PCF, ont été parmi les fondateurs du Parti de la Gauche européenne. Bertinotti en est devenu le président.

Le Parti de la Gauche européenne est un bond qualitatif de l’évolution vers le réformisme (de gauche), a déclaré l’un de ses fondateurs, le président du Parti du socialisme démocratique (PDS), Lothar Bisky. Dans une interview réalisée par le journal Freitag, il explique : « Pour les forces politiques de l’Union européenne qui tirent leur origine du mouvement ouvrier révolutionnaire, le Parti de la Gauche européenne signifie un nouveau pas qualitatif dans le processus d’adaptation du socialisme de gauche[8]. »

Ni dans le Manifeste de la Gauche européenne ni dans ses statuts, il n’est fait référence à la propriété privée des moyens de production, aux crises économiques inhérentes au système, à la concurrence meurtrière que se livrent les sociétés monopolistes ou au partage du monde par les principales puissances impérialistes. Le Parti de la Gauche européenne promet « une alternative progressiste », la « paix », la « justice sociale », un « développement durable » et bien d’autres belles choses que personne ne songerait à rejeter[9].

Tout cela reste vague et entièrement dans les limites du système et de ses rapports de propriété. L’on cherchera en vain la moindre référence à une stratégie de la révolution sociale. Au contraire, le Parti se concentre entièrement sur la « réforme en profondeur » des institutions du système. « Nous voulons faire en sorte que les institutions élues — le Parlement européen et les parlements nationaux — aient plus de pouvoir et de possibilités de contrôle[10]. »

Die Linke

Un parti important au sein de la Gauche européenne est le parti allemand de la gauche, Die Linke. Il résulte de l’unification, en 2007, du Parti du socialisme démocratique (PDS, le parti qui a succédé au principal parti en RDA, le SED) et le WASG (des sociaux-démocrates de gauche déçus, des responsables de syndicats et des groupes trotskistes de l’Allemagne de l’Ouest).

Le WASG est né en 2005 des protestations suscitées par le gouvernement de Gehrard Schröder composé du Parti social-démocrate (SPD) et des Verts. Sa réforme Hartz IV, qui supprimait aux chômeurs leurs allocations au bout d’un an et les plongeait dans un système d’assistance sociale, avait créé un énorme secteur à bas salaires. Les conséquences de la réforme Hartz IV ont été désastreuses. Un rapport des Nations unies[11] sur la situation sociale en Allemagne explique qu’aujourd’hui, 13 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et que 1,3 million de personnes, bien qu’ayant du travail, ont besoin d’une aide supplémentaire parce que leurs revenus ne leur suffisent pas pour subsister. La pauvreté infantile affecte 2,5 millions d’enfants. Des études ont montré que 25 % des écoliers se rendent en classe sans avoir eu un petit déjeuner.

On constate une pauvreté en hausse parmi les personnes âgées en raison des pensions très modestes et revues à la baisse avec les réductions de salaire. Aujourd’hui, 8,2 millions de personnes ont des emplois temporaires ou des « mini-jobs » — à moins de 400 euros par mois. 75 % de tous les nouveaux emplois sont précaires. Tout ceci fait les choux gras des super-riches. En Allemagne, en 2010, il y avait 924 000 millionnaires, soit une augmentation de 7,2 % en trois ans.

Cette « réforme » divisa le parti social-démocrate et poussa l’ancien ministre social-démocrate Lafontaine à claquer la porte du parti. Il fut suivi par des sections entières du mouvement syndical allemand. Ces transfuges allaient créer le WASG. Le parti unifié WASG-PDS devenait « Die Linke » et, en 2009, il remportait 11,9 % des suffrages aux élections fédérales, gagnant ainsi 78 sièges. Son nombre de membres frisait les 80 000.

Mais, trois ans plus tard, selon les sondages les plus récents, Die Linke a des problèmes pour franchir l’antidémocratique seuil de 5 %, qui s’applique à toutes les élections, tant nationales que régionales. En mai 2012, il perdait ses sièges dans les deux Parlements régionaux allemands du Schleswig-Holstein (de 6 %, les votes retombaient à 2,2 %) et de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (de 5,6 %, à 2,5 %). Le nombre de ses membres est redescendu à moins de 70 000.

La nouvelle social-démocratie

Die Linke a adopté un programme lors de son congrès d’Erfurt, en 2011. Il est présenté comme une synthèse entre les tendances marxistes et les réalistes très réformistes[12].

« Die Linke, en tant que parti socialiste, est pour des alternatives, pour un avenir meilleur (p. 4). » Cet avenir englobe très justement « une existence dans la sécurité sociale, avec un revenu minimal garanti exempt de sanctions et à l’abri de la pauvreté, ainsi qu’une protection totale contre la dépendance, avec une pension statutaire pour tous, s’appuyant sur la solidarité à l’abri de la pauvreté, avec une assurance santé et des soins pour tous les citoyens et reposant sur la solidarité, avec un enseignement convenable, gratuit, accessible à tous, avec une diversité culturelle et la participation de tous à la richesse culturelle de la société, avec un système de taxation juste réduisant les charges imposées aux bas et moyens revenus, les augmentant pour les hauts revenus et tirant substantiellement plus des grosses fortunes pour réaliser la démocratie et faire régner la loi contre le pouvoir exorbitant des grosses sociétés, avec l’abolition de toute forme de discrimination basée sur le sexe, l’âge, le statut social, la philosophie, la religion, l’origine ethnique, l’orientation sexuelle et l’identité ou basée sur des incapacités en tous genres ». 

Mais on ne sait pas avec certitude si ces bonnes intentions seront concrétisées dans ce système capitaliste ou si ce système devra être aboli. À un endroit, on peut lire : « Nous avons besoin d’un système économique et social différent : le socialisme démocratique (p. 4). » L’ « économie sociale de marché » est critiquée comme « un compromis entre le travail salarial et le capital qui n’a jamais éliminé ni l’exploitation prédatrice de la nature ni les relations patriarcales dans les sphères publiques et privées ». Dans d’autres passages, le problème n’est pas le système, mais le « capitalisme sans restriction » (p. 58), le « modèle politique néolibéral » (p. 56) et les « marchés financiers dérégulés » (p. 15).

Le texte évoque un « long processus d’émancipation dans lequel la dominance du capital est renversée par le biais des forces démocratiques, sociales et écologiques », menant à une « société de socialisme démocratique (p. 5) ». À un autre endroit, la question décisive du changement social est la question de la propriété. « Aussi longtemps que les décisions prises par les grosses sociétés seront orientées vers les rendements désirés plutôt que vers le bien public, la politique sera sujette au chantage et la démocratie s’en trouvera minée. »

Ailleurs, « la propriété publique » est limitée « aux services d’intérêt général, d’infrastructure sociale, aux industries de l’énergie et au secteur financier » (p. 5). Et le programme copie la vieille thèse sociale-démocrate de « la démocratie qui s’étend à la prise des décisions économiques et soumet toutes les formes de propriété aux normes émancipatrices, sociales et écologiques. Sans la démocratie dans l’économie, la démocratie demeure imparfaite […]. » Ainsi, là, cet « ordre économique démocratique différent » sera donc une économie de marché régulée. Nous « soumettrons la régulation du marché de la production et de la distribution à un encadrement et à un contrôle démocratique, social et écologique ». « Le monde des affaires doit être soumis à un sévère contrôle de la concurrence (p. 5). »

La classe ouvrière n’a aucun rôle dans la conquête du pouvoir politique. Il est question de « majorités gagnantes (p. 20) » et le « socialisme démocratique » pourra être réalisé au sein des structures « démocratiques » de la constitution allemande et d’un « État social de droit ».

Les services de renseignement devraient être abolis, mais un « contrôle démocratique » de l’armée et de la police sera suffisant pour les transformer en outils du socialisme.

La participation au gouvernement

Selon le programme, la participation au gouvernement n’a de sens que si elle s’appuie sur un « rejet du modèle néolibéral de politique », si elle entraîne un changement « socio-écologique » et si elle peut réaliser une amélioration du niveau de vie de la population. Si tel est le cas, le « pouvoir politique de Die Linke et des mouvements sociaux peut être renforcé » et « le sentiment d’impuissance politique qui existe chez de nombreuses personnes peut être refoulé (p. 56) ».

On se demande comment cette position a pu être adoptée quelque temps seulement après la débâcle de ce qui avait toujours été présenté comme un exemple d’avant-garde de la stratégie du parti : le désastre de Berlin. En août 2010, Die Linke s’est effondré aux élections du Sénat de Berlin. En dix ans de participation au gouvernement de Berlin, le parti chuta, passant de 22,3 % à 11,5 %.

Pendant dix longues années, une coalition gouvernementale SPD-Die Linke géra la capitale allemande. Elle ferma de nombreuses crèches, sabra les indemnités sociales et privatisa 122 000 appartements sociaux. Die Linke vota la privatisation partielle du système berlinois de tramways, fit campagne contre la parité nationale des salaires pour les travailleurs du secteur public (qui gagnent toujours considérablement moins à l’est) et s’exprima contre les efforts pour ramener à la propriété publique la société approvisionnant Berlin en eau. Elle contribua également à privatiser une partie du principal hôpital de Berlin — ce qui allait se traduire par une dégradation des conditions de travail et une diminution des salaires.

Mathias Behnis, politologue et porte-parole du Front de résistance contre la privatisation de la société berlinoise de distribution d’eau, et Benedict Ugarte Chacón, politologue et porte-parole de l’Initiative berlinoise contre le scandale bancaire, établirent un bilan particulièrement noir dans le journal Junge Welt du 20 août 2011[13]. La coalition SPD-PDS (à l’époque, il s’agissait encore du PDS qui, plus tard, allait participer à la création de Die Linke) fit savoir clairement dès le début en 2002 quelle voie elle emprunterait, en approuvant une garantie de risque pour la Bankgesellschaft Berlin. Elle reprit les risques d’un fonds immobilier créé par la banque pour un montant de 21,6 milliards d’euros. Depuis, la Région de Berlin gère les pertes annuelles de cette banque. Le PDS était d’accord pour garantir les gains des actionnaires de ce fonds à l’aide d’argent public.

Dans un même temps, il mena une politique budgétaire stricte au détriment, par exemple, des allocations aux aveugles en 2003, ou du billet social pour les transports publics urbains en 2004, après que le gouvernement fédéral eut supprimé les subsides. D’énormes protestations sociales furent nécessaires pour réintroduire ce billet social, mais à un prix bien plus élevé.

Les crèches et les universités ne furent pas épargnées. Ceci déclencha de véhémentes protestations parmi les étudiants et le congrès de parti du PDS, le 6 décembre 2003, dans le luxueux hôtel Maritim dans le centre de Berlin, dut être protégé des étudiants par la police anti-émeute, qui fit évacuer la rue avec brutalité.

En mai 2003, les parents furent obligés de participer jusqu’à concurrence de 100 euros dans l’achat des manuels scolaires.

Die Linke à Berlin est également responsable de la détérioration de la situation de milliers de locataires. En mai 2004, le gouvernement régional de Berlin a vendu, au prix avantageux de 405 millions d’euros, 65 700 maisons de la société publique de logement GSW à un consortium auquel appartenaient le Whitehall-Fund de la banque d’investissement Goldman Sachs et la société d’investissement Cerberus. En 2010, il permit à ces sociétés d’entrer en Bourse et de transformer des milliers de logements berlinois en objets de spéculation.

Il supprima également les allocations aux propriétaires qui louaient leur maison à un loyer social, sans se soucier le moins du monde de ce qui allait advenir des locataires. Dans les anciens appartements naguère bon marché, occupés surtout par des travailleurs à bas salaires et des chômeurs, les loyers augmentèrent de 17 %.

L’eau se mue en marchandise

En 1999, l’ancien gouvernement avait vendu 49,9 % de l’ancienne société de distribution d’eau berlinoise à RWE et à Vivendi (Veolia). Le PDS obtint le poste de ministre de l’Économie en 2002, mais n’apporta aucun changement. Le prix de l’eau augmenta de 33 %. Sous l’ancien gouvernement, le PDS avait fait campagne contre la privatisation partielle de l’eau. Mais le ministre PDS, Wolf, fit exactement ce contre quoi il s’était battu : il garantit les bénéfices des actionnaires privés et tira lui-même profit des prix élevés de l’eau.

Dans l’accord de coalition de 2006, Die Linke et le SPD avaient parlé de s’atteler au retour de la société de distribution d’eau à l’autorité municipale. Mais rien ne fut fait. Pire encore, ils s’opposèrent par tous les moyens à un large mouvement extraparlementaire en faveur de la publication de l’accord secret de privatisation de la société de distribution d’eau. Plus de 666 000 personnes réclamèrent que cela fasse l’objet d’un référendum. La coalition fit campagne contre ce référendum. Le référendum obtenu, force leur fut de l’accepter, mais ils continuèrent à s’opposer à toute initiative légale de la population.

Tout ce qu’ils purent dire pour leur défense, ce fut l’éternelle rengaine des sociaux-démocrates : « Sans nous, c’eût été pire. » Non, cela aurait été exactement pareil, ou même mieux, parce que leur participation paralysa une partie du potentiel de résistance.

Après avoir été évincés aux élections, ils se plaignirent de n’avoir pas été en mesure d’imposer leurs points de vue au SPD. Il y eut des « restrictions à la liberté de mouvement », dit le dirigeant du parti, Klaus Lederer. Naturellement, mais quand vous promettez d’entrer dans un gouvernement pour changer les choses, vous ne devez pas être surpris si les gens vous demandent ce que vous avez changé, en fin de compte.

Dans les gouvernements régionaux du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et du Brandebourg, tout comme à Berlin, le parti participa aux restrictions et aux fermetures.

Néanmoins, le congrès d’Erfurt conclut que la participation au gouvernement avait du sens.

C’est à peine si la participation à des gouvernements locaux et même fédéraux est encore aujourd’hui mise en question au sein du parti. L’aile droite de la direction a même tiré parti des mauvais résultats récents pour réclamer que le parti renonce à son « désir de rester dans l’opposition ». Il devrait déclarer ouvertement son intention de chercher à participer à tous les niveaux de gouvernement, particulièrement avec son « partenaire naturel de coalition », le SPD. Dietmar Bartsch, l’un de ses principaux porte-parole, est soutenu par le parti dans la totalité des cinq Länder de l’est, où l’organisation a beaucoup plus de membres. À l’Est, la participation au gouvernement est aujourd’hui devenue la norme.

Oskar Lafontaine, qui est considéré comme représentant la gauche du parti, ne s’est jamais opposé à ce que le parti s’embarque dans des coalitions au pouvoir — que du contraire. C’est un keynésien et il rêve d’un genre d’État providence socialement limité au niveau national. Retour aux années 70. Lui et ses partisans ne cessent de formuler les « principes » ou des « conditions » qu’il faudrait remplir pour participer au gouvernement.

 « Nous ne pouvons laisser le SPD et les Verts gouverner seuls. Le social n’est possible qu’avec nous », tel était l’intitulé du principal texte de la direction du parti lors de son congrès de Rostock en 2010. « Die Linke peut gouverner, même mieux que les autres. Et nous, dans le Mecklenburg-Vorpommern, nous avons des idées très claires sur ce qui devrait s’améliorer et comment le réaliser », a déclaré Steffen Bockhahn, président régional de Die Linke dans le Land Mecklenburg-Vorpommern, à ce congrès[14]. « Nous devons avoir des alternatives à la coalition CDU-FDP », ont dit les dirigeants du parti. Comme si le SPD et les Verts n’étaient pas d’accord pour faire payer la crise aux travailleurs ! Il n’y a plus aujourd’hui de critique acerbe à l’encontre de ces partis.

Die Linke affirme qu’elle combine les protestations sociales et politiques, élaborant des alternatives possibles et des réalisations politiques dans le cadre du gouvernement. Mais il est clair qu’il n’y a pas aujourd’hui de rapport de forces rendant possible d’exercer sur les gouvernements une pression telle qu’ils seraient forcés de réaliser d’importantes réformes en faveur du peuple. La seule conséquence de la participation gouvernementale, c’est qu’elle paralyse les mouvements de masse et qu’elle les intègre au système, comme nous l’avons vu à Berlin.

Les expériences de la participation communiste dans les gouvernements européens ont prouvé que cette participation n’arrêtait pas les privatisations, la régression sociale, ni même la participation à des guerres impérialistes. Ces expériences ont ébranlé la confiance dans les partis qui ont participé à ces gouvernements et elles les ont amenés à montrer qu’ils n’étaient guère différents de n’importe quel autre parti. La participation à un gouvernement bourgeois où les monopoles capitalistes dominent affaiblit les forces anticapitalistes.

En Grèce

Néanmoins, certains partis refusent de tirer les leçons de telles expériences. Ils prouvent qu’ils sont devenus de véritables partis sociaux-démocrates, prêts à remplacer les anciens, aujourd’hui discrédités.

En Grèce, plus la possibilité d’une victoire électorale semblait réaliste, plus la section locale du Parti de la Gauche européenne, Syriza, a rendu son programme le plus acceptable possible pour la direction de l’UE et la bourgeoisie grecque. Son programme gouvernemental[15] fut présenté comme un « plan pour mettre fin à la crise ». « Il s’agit d’unir le peuple autour du programme gouvernemental de Syriza visant à libérer la Grèce de la crise, de la pauvreté et de sa mauvaise réputation. » Nulle part, le système capitaliste n’est mentionné comme cause de la crise : il n’est fait état que de la gestion « néolibérale ». Le programme est présenté comme socialement et fiscalement équitable. Il promet l’annulation des mesures les plus insupportables et antisociales, la hausse du salaire minimal, la restauration de l’ancien niveau de protection contre le chômage et la maladie. Il promet de supprimer les taxes spéciales sur les bas et moyens revenus. Mais ce plan n’appelle qu’à la « stabilisation des dépenses primaires autour d’un minimum de 43 % du PIB, contre les 36 % du mémorandum, et d’un maximum de 46 % du PIB ». Ceci ne fera que ramener la Grèce dans « l’actuelle moyenne au sein de la zone euro ». C’est un programme qui ne va jamais au-delà du cadre capitaliste. « Nous organiserons la relance de la production du pays avec d’importantes impulsions visant à soutenir le développement d’industries compétitives. » Il ne promet que de geler la privatisation des entités publiques d’importance stratégique qui étaient encore publiques en 2010, quand la crise a éclaté. Sur la question de la dette, le programme cherche un compromis avec la bourgeoisie de l’UE au pouvoir. Il est loin en dessous du programme en dix points de Syriza pour les élections du 6 mai, qui appelait à « un moratoire sur le service de la dette, des négociations en vue d’annuler certaines dettes (pas la dette, comme le KKE le demandait) et la régulation de la dette restante pour inclure des provisions pour le développement économique et l’emploi[16] ». Le 8 mai, après les premières élections, Alexis Tsipras, le dirigeant de Syriza, a présenté un programme en cinq points comme base pour la formation d’un « gouvernement de gauche ». Là nous ne trouvons plus que « la création d’une commission d’audit internationale pour enquêter sur les causes du déficit en Grèce, avec un moratoire sur le service de la dette en attente de la publication des résultats de l’audit »[17].

Avant les nouvelles élections du 17 juin, son « programme de gouvernement » se limite à dénoncer des emprunts (négociés avec la Troïka) afin de remplacer leurs conditions par « d’autres qui ne mettront pas en question la souveraineté nationale de la Grèce et la survie économique de notre pays. Des conditions telles que la priorité dans le remboursement des prêts ou la saisie de la propriété de l’État, accordée aux créditeurs par le mémorandum, ne seront pas acceptées sans condition… » Il n’y a pas de revendication radicale visant à faire payer les responsables de la crise (les bourgeois grecs et européens et autres banques…), ni de moyen d’imposer ces mesures. Tout sera négocié. Le programme n’entend pas imposer « l’annulation du régime fiscal zéro pour les armateurs et l’Église », mais « chercher un accord » avec le secteur de l’industrie maritime afin de supprimer les 58 exemptions. Rien n’est dit sur la création d’un gouvernement capable d’imposer ces mêmes mesures. Il veut « amener le niveau des taxes au niveau du reste de l’UE », où la totalité du fardeau repose sur les épaules de la population laborieuse. Nulle part il n’est question du contrôle de l’administration ou du système économique par les travailleurs. Qui va contrôler les patrons, les banquiers ? Rien sur la police, sur l’armée. Syriza reste au sein de l’Otan, de l’UE.

Les dures leçons du passé

Les expériences confirment les positions de Marx, de Lénine et de la Troisième Internationale à ce propos. Ils rejettent tous la participation, à l’exception d’une situation où le fascisme constitue une réelle menace, dans le cas d’une situation où il peut s’agir d’une transition vers un gouvernement réellement révolutionnaire, c’est-à-dire dans des situations prérévolutionnaires avec de très importantes luttes de classe et un équilibre du pouvoir favorable (comme le Chili au début des années 1970, le Portugal en 1975…). Dans ces situations, il est possible que nous devions sceller des alliances avec des forces qui représentent les couches non prolétariennes, mais qui sont également opprimées par les monopoles ou menacées par le fascisme ou des belligérants extérieurs. Mais cela uniquement à condition que ce pouvoir évolue ou veuille évoluer vers la démocratie populaire et le socialisme, vers un État différent contrôlé par les travailleurs. Ce n’était pas le cas au Chili, où la réaction massacra socialistes et communistes en les mettant dans le même sac.

Le gouvernement des travailleurs, tel qu’il est proposé par la Troisième Internationale, est compris comme « le front uni de tous les travailleurs et une coalition de tous les partis des travailleurs, tant dans l’arène économique que politique, pour lutter contre le pouvoir de la bourgeoisie et, finalement, pour la renverser ». « Les tâches les plus fondamentales d’un tel gouvernement de travailleurs doivent consister à armer les travailleurs, à désarmer les organisations contre-révolutionnaires bourgeoises, à introduire le contrôle de la production (par les travailleurs), à faire passer le principal fardeau de la taxation sur les épaules des riches, et à briser la résistance de la bourgeoisie contre-révolutionnaire[18]. »

Un tel gouvernement des travailleurs n’est possible que s’il naît des luttes des masses elles-mêmes et s’il est soutenu par les organisations militantes des travailleurs[19].

Ceux qui justifient une coalition avec les partis politiques bourgeois dans les institutions parlementaires utilisent souvent les écrits de Dimitrov sur le front uni contre le fascisme. Il est vrai que Dimitrov critiqua les gens qui refusaient la politique de front uni contre le fascisme, mais selon Dimitrov, le front populaire antifasciste doit se créer sur base d’un front uni des travailleurs. Il demande qu’un gouvernement de front populaire prenne des mesures révolutionnaires, anticapitalistes : il peut surgir « une situation telle que la formation d’un gouvernement de front unique prolétarien ou de front populaire antifasciste devienne non seulement possible, mais indispensable dans l’intérêt du prolétariat. […] Nous exigeons de lui qu’il mette en pratique des revendications révolutionnaires radicales, déterminées, répondant à la situation. Par exemple, le contrôle de la production, le contrôle des banques, la dissolution de la police, son remplacement par la milice ouvrière armée, etc.[20] »

Dimitrov mettait en garde contre le fait que « maintenir un front populaire en France ne signifie pas, et de loin, que la classe ouvrière va soutenir l’actuel gouvernement[21] à tout prix […]. Si, pour une raison ou une autre, le gouvernement existant se montre incapable de faire passer le programme du Front populaire, s’il adopte la ligne de la retraite devant l’ennemi, chez soi et à l’étranger, si sa politique affaiblit la résistance à l’offensive fasciste, alors, la classe ouvrière, tout en continuant à resserrer les liens du Front populaire, tendra à provoquer la substitution d’un autre gouvernement à l’actuel […][22]. »

C’est ce qui arriva, et le PCF mit trop de temps à le comprendre. En 1936, après une victoire électorale des partis de gauche, le gouvernement Blum des socialistes et des radicaux fut formé, soutenu de l’extérieur par le PCF. Une énorme vague de grèves exerça une pression sur le gouvernement afin de le forcer à satisfaire les revendications que l’on retrouvait dans le programme du Front populaire. Mais, pour reprendre les termes de son chef, ce gouvernement ne se fixa comme objectif que de trouver une façon de « procurer un soulagement suffisant à ceux qui souffrent » dans le cadre de la société telle qu’elle existait. Pour Blum, la mission du Front populaire consistait à « ménager la société bourgeoise » et d’en extraire « un maximum d’ordre, de bien-être, de sécurité et de justice ». Dans ces conditions, l’impact négatif de la participation au gouvernement a considérablement augmenté. Les administrations « de gauche » présidant au système capitaliste ont historiquement démoralisé et démobilisé la classe ouvrière, et ouvert la voie à des partis et des gouvernements conservateurs et même d’extrême droite.

Le gouvernement Blum fut déboulonné deux ans après et deux ans supplémentaires allaient suffire pour que les capitalistes français prennent leur revanche et reviennent sur les concessions qu’ils avaient faites. À l’initiative du Parti socialiste, le gouvernement dirigé par le leader du Parti radical, Daladier, déclara le PC illégal le 21 novembre 1939 et les représentants de ce dernier passèrent en jugement. Le 7 juillet 1940, les mêmes représentants radicaux et socialistes votèrent la confiance au gouvernement traître de Pétain.

Même dans les périodes où une participation au gouvernement peut mener à la phase de la lutte ouverte pour le socialisme, la plus grande vigilance est de mise.

En septembre 1947, lors d’une réunion où étaient présents des membres du nouvel organe de coordination des partis communistes après la Seconde Guerre mondiale — le Kominform[23] — les participants critiquèrent la ligne opportuniste du PCF et du PCI dans leur politique de front uni durant l’occupation et leur participation au gouvernement par la suite.

Il était dans l’intérêt de la bourgeoisie de coopérer avec les communistes pendant et après la guerre, parce qu’elle était faible. Les communistes auraient dû tirer avantage de cette situation pour occuper des positions clés, mais ils ne le firent pas. Au lieu de conquérir un soutien de masse afin de prendre le pouvoir, ils désarmèrent les masses et semèrent des illusions à propos de la démocratie bourgeoise et du parlementarisme.

Au lieu de créer une unité antifasciste à partir de la base, avec la création d’instruments émanant des masses, rassemblant toutes les tendances qui étaient réellement prêtes à suivre la voie de la lutte pour un pouvoir révolutionnaire, les dirigeants du PCF et du PCI ont commis l’erreur de construire un front au sommet, sur la base d’une représentation égale de différents partis, alors que l’objectif des partis bourgeois était d’empêcher la transformation réelle du pays. Pour mener cette politique, les dirigeants du PCF et du PCI ont prétexté que toute revendication autre que celle de la libération nationale, toute revendication de changements démocratiques radicaux et révolutionnaires aliènerait au front antifasciste un certain nombre de groupes sociaux et de forces politiques.

La réunion critiqua le PCF pour avoir permis et même facilité le désarmement et la dissolution des forces de la Résistance sous le prétexte que la guerre n’était pas terminée et qu’une action contre la politique de De Gaulle aurait abouti à une confrontation avec les Alliés. Cette conception facilita la tâche des impérialistes soucieux de reconquérir leurs positions d’avant la guerre. Cela créa des illusions à propos de la « démocratie » des impérialistes et de leur capacité à aider à la reconstruction, sans autres objectifs, des nations qui avaient été libérées du fascisme.

Globalement, les délégués à la Conférence leur reprochèrent de persévérer dans les illusions d’une voie parlementaire vers le socialisme et de les propager parmi les masses au lieu de mobiliser ces dernières contre la politique proaméricaine de leurs gouvernements et pour une alternative vraiment révolutionnaire[24].

Aujourd’hui moins que jamais

La première question reste : quel est le caractère de la société dans laquelle un parti communiste veut participer à un gouvernement ? C’est un État capitaliste. Sa base économique est le capitalisme et sa tâche est par conséquent de gérer le capitalisme, de protéger et de créer des conditions favorables à la réussite du développement du capitalisme. Cet État a adopté une constitution et des lois, des règles et des réglementations qui servent l’objectif qui vise à garantir l’ordre constitutionnel, à créer les conditions pour le développement du capital et pour empêcher les conflits au sein même de la société.

La politique hostile aux travailleurs dans ces États ne relève pas de mauvais politiciens ni de mauvais partis avec de mauvais programmes. Aussi longtemps que la propriété privée des moyens de production règnera, que les entreprises devront se faire concurrence pour survivre, elles vont devoir accumuler, accroître leurs bénéfices, réduire les salaires, refuser les revendications sociales. À cette loi ne peuvent s’opposer de « bons » politiciens au gouvernement avec des idées et des programmes « corrects ».

Le capitalisme d’aujourd’hui ne peut plus, comme l’espère Lafontaine, revenir à l’époque de ce qu’on a appelé l’« économie sociale de marché » avec partenariat social. Ce fut un épisode qui doit être replacé dans le contexte de la rivalité idéologique entre le socialisme et le capitalisme, de la force des partis communistes après la période de la Résistance, quand les revendications pouvaient être prises en compte à partir des profits de la phase de reconstruction de l’après-guerre.

Cela n’est plus possible et cela n’est d’ailleurs plus nécessaire dans la logique capitaliste. Les vingt-cinq millions de chômeurs officiels dans l’UE qui exercent une pression sur les salaires et les marchés de l’emploi aujourd’hui mondialement accessibles réduisent le prix de la main-d’œuvre. Le chômage de masse grève deux fois le budget social : les salaires en baisse apportent moins de rentrées dans les caisses de l’assurance sociale alors qu’il y a davantage de bénéficiaires à satisfaire à partir de ces fonds. L’effondrement du système de sécurité sociale n’est qu’une question de temps s’il n’y a pas un large combat visant à faire payer le capital. En outre, les rentrées des impôts en provenance des entreprises sont en baisse malgré les profits à la hausse ; des réductions d’impôt supplémentaires sont nécessaires pour renforcer les capitalistes nationaux sur les marchés internationaux.

L’État capitaliste est là pour créer les conditions favorables à l’accroissement de la rentabilité des entreprises, pour créer pour elles de nouveaux marchés grâce à la privatisation et à la redistribution du revenu national en faveur des détenteurs de capitaux. Il est là pour faire taire ou réprimer la classe ouvrière nationale et pour garantir les intérêts du capital dans d’autres régions.

Ainsi, la participation à des gouvernements dans de telles conditions signifie uniquement la participation à la régression sociale, même si elle peut s’en trouver quelque peu ralentie. Cela signifie désarmer la résistance en donnant de faux espoirs au mouvement ouvrier.

D’anciens partis communistes ont choisi de participer au pouvoir, sachant souvent que cela signifiait gouverner dans l’intérêt du capital et prendre part à la destruction des acquis sociaux obtenus de haute lutte par le mouvement ouvrier.

La participation au gouvernement a contribué à démobiliser la résistance pourtant si nécessaire et le développement d’un contre-pouvoir. Aujourd’hui, pour modifier l’équilibre des forces de classe, nous devons nous unir pour une série de combats défensifs contre la régression sociale, afin de créer un mouvement politique indépendant des travailleurs et de ceux qui sont empêchés de travailler, et diffuser une conscience anticapitaliste croissante au sein du mouvement ouvrier.

La faiblesse de l’opposition communiste et de syndicats avec une claire orientation anticapitaliste est la principale cause de la domination agressive du capital dans la plupart des pays capitalistes.

Nous avons besoin d’un programme politique alternatif et nous devons nous battre pour ce programme. Il comprend des revendications immédiates, mais aussi le mot d’ordre l’abolition des rapports capitalistes de propriété. Ces revendications ne devraient pas être adressées à des partenaires potentiels au sein d’un gouvernement de gauche (qui n’existe pas), mais au mouvement ouvrier organisé et aux autres couches exploitées de la société. Elles devraient être adressées aux syndicats, à toutes sortes d’organisations populaires actives dans tous les domaines de la lutte sociale, démocratique, anti-impérialiste et culturelle.

La véritable question est de savoir comment les partis communistes vont se préparer aux batailles à venir, comment ils vont s’organiser pour être en mesure d’assumer efficacement la charge des nouvelles luttes de la classe ouvrière et de la population laborieuse au sens large. La crise pousse de larges couches de travailleurs à tourner le dos à la social-démocratie. Nous ne devons pas leur proposer une nouvelle social-démocratie rénovée. Ce qui est nécessaire, c’est un parti révolutionnaire qui prend en compte l’actuel niveau de conscientisation, qui fait siens les problèmes des petites gens, qui parle un langage accessible, qui cherche l’unité avec le groupe le plus large possible dans la lutte. Mais qui ne déroge pas à ses principes, qui maintient le cap vers une société où il n’y aura pas d’exploitation de l’homme par l’homme, une société sans propriété privée des moyens de production de base, une société dans laquelle les travailleurs seront réellement libres et avec un État qui protègera la liberté de la vaste majorité contre l’oppression par la minorité.

Herwig Lerouge (herwig.lerouge(at)teledisnet.be) est rédacteur en chef d’Études marxistes.


[1] « Socialism’s comeback », The New Statesman, décembre 2008,http://www.newstatesman.com/europe/2008/12/socialist-party-socialism?page=5.

[2] Fausto Bertinotti e.a., Tesi maggioranza (thèses de la majorité), V Congresso Nazionale, 2002, Partito della Rifondazione Comunista. Toutes les citations sur le PRCI proviennent de l’ouvrage « La classe ouvrière à l’ère des entreprises transnationales » de Peter Mertens, Études marxistesnuméro 72 (2005). (Ces thèses en italien : http://www.d-meeus.be/marxisme/modernes/Bertinotti63Tesi.html.)

[3] Partito della Rifondazione Communista. VI Congresso Nazionale. Relazione introduttiva del segretario Fausto Bertinotti.

[4] Partito della Rifondazione Comunista. VI Congresso Nazionale. Conclusioni del segretario Fausto Bertinotti.

[5] La Stampa, 4 mars 2005, p. 7, http://www.archiviolastampa.it/.

[6] Le Nouvel Observateur, 10 février 1984.

[7] Michael Scherer, Amy Paris e.a., « Campaign inflation », dans Mother Jones 400, mars 2001,http://www.motherjones.com/news/special_reports/mojo_400/index.html.

[8] Junge Welt, 8 avril 2004, http://www.jungewelt.de/2004/04-08/004.php.

[9] Parti de la Gauche européenne, « Manifeste du Parti de la Gauche européenne », 10 mai 2004.

[10] Ibid.

[11] United Nations Economic and Social Council, 20 May 2011. Concluding Observations of the Committee on Economic, Social and Cultural Rights. Germany. http://www.ag-friedensforschung.de/themen/Menschenrechte/deutsch-un.pdf

[13] Mathias Behnis et Benedict Ugarte Chacón, « Die Überflüssigen : Hintergrund. Harmlos, farblos und immer treu zur SPD. Zehn Jahre Regierungsbeteiligung der Linkspartei in Berlin — eine unvollständige Bilanz des Scheiterns », https://www.jungewelt.de/loginFailed.php?ref=/2011/08-20/024.php.

[14] Disput, juin 2010.

[20] Georgi Dimitrov, L’Offensive du fascisme et les tâches de l’Internationale communiste dans la lutte pour l’unité de la classe ouvrière contre le fascisme,http://actionantifasciste.fr/documents/analyses/28.html.

[21] Le gouvernement du Front populaire de socialistes et radicaux dirigé par Léon Blum, voir plus loin.

[22] Georgi Dimitrov, Œuvres choisies, t. 2, p. 160, Sofia Presse.

[23] C’est en 1943 que fut dissoute la Troisième Internationale. Après la défaite du fascisme, elle fut restaurée sous l’appellation de Kominform. Ce dernier ne s’est réuni qu’à trois reprises. Lors des sessions qui se tinrent du 23 au 26 septembre 1947 inclus, il fut discuté en détail de la situation en France et en Italie.

[24] Intervention de Djilas du 25 septembre 1947. Giuliano Procacci (red.), The Cominform : Minutes of the Three Conferences 1947/1948/1949, Milan, Fondazione Giangiacomo Feltrinelli & Russian Centre of Conservation and Study of Records for Modern History (RTsKhIDNI), 1994, pp 255-257. Cité dans Peter Mertens, « La classe ouvrière à l’ère des entreprises transnationales »,Études marxistes 72 (2005).

 

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Il y a 70 ans, l'Armée Rouge gagnait la plus grande bataille de l'histoire qui décida du sort de la guerre, qui permit le débarquement allié de Normandie le 6 juin 1944...

26 Juillet 2013, 12:15pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Après Koursk, l'armée allemande sera définitivement réduite à la défensive... jusqu'à Berlin

SANS LES VICTOIRES DE STALINGRAD ET DE KOURSK JAMAIS LES ALLIES N'AURAIENT PU DEBARQUER EN NORMANDIE...

La dernière offensive à l'Est de l'Armée allemande : du 5 au 23 juillet 1943

La contre-offensive soviétique du 12 juillet au 23 août 1943

SOMMAIRE

1. La Bataille de Koursk :

- Introduction et préparatif             

- L'attaque allemande

- La contre attaque soviétique

2 - Documents graphiques (cartes)

Désolé pour la longueur du post et des textes qui suit, mais vu la richesse des documents, il est impossible de les résumer, même avec la meilleure volonté du monde.

 

Koursk le duel des blindés

Par le Colonel G.A.Koltounov

 

Au cours de l'été de 1943, se produisit sur le front de l'Est l'un des plus terribles chocs de blindés de toute la guerre : la bataille de Koursk. Comme pour Moscou et pour Stalingrad, ce fut un affrontement effroyable par son intensité et d'une ampleur considérable. Des armées, fortes de millions d'hommes de chaque côté, s'étaient empoignées dans une lutte sans merci qui dura quinze longues journées. Jamais, au cours de la guerre, on n'avait vu et l'on ne verrait un plus grand nombre de blindés en action. Les attaques allemandes, qui visaient à récupérer l'initiative stratégique en Russie et à modifier le cours de la guerre, furent littéralement annihilées.

 

 

Au cours de l'été de 1943, on put constater un changement d'orientation radical dans la stratégie employée sur le front de l'Est le front décisif de cette guerre. Après l'offensive qui suivit la bataille de Stalingrad, l'armée Rouge avait arraché l'initiative aux Allemands et l'avait conservée. Les attaques soviétiques avaient non seulement fait évacuer aux envahisseurs germains les territoires qu'ils avaient conquis en 1942, mais encore libérés de nombreuses villes et régions. Des millions de citoyens soviétiques avaient ainsi été délivrés de l'oppression nazie et l'armée Rouge avait commencé l'expulsion massive des envahisseurs de la totalité du territoire soviétique.

 

 

Les défaites subies à Stalingrad et pendant l'offensive d'hiver des troupes soviétiques avaient posé au grand quartier général allemand le problème de la stratégie à adopter sur le front de l'Est. Prévoyant une offensive des Russes, l'Allemagne pourrait rester sur la défensive. Mais quel effet cette attitude produirait-elle sur le moral de l'Allemagne et de ses alliés? Le fait de renoncer à prendre l'initiative ne pouvait que faire se dresser devant le monde entier - et avant tout devant l'Allemagne - le spectre d'une défaite finale admise par le Reich lui-même. Ce n'était donc qu'en prenant l'offensive que l'Axe pourrait se préserver de la désintégration, que la foi en la victoire pourrait subsister en Allemagne, que les peuples des pays envahis pourraient continuer d'être tenus en esclavage sous la menace et qu'enfin la puissance et l'invincibilité des armées germaniques pourraient continuer de représenter quelque chose aux yeux du reste du monde !

 

 

« Tigre » et « Panthère »

 

 

Et voilà pourquoi le haut commandement allemand décida de monter une puissante offensive d'été sur le front de l'Est afin de reprendre en main l'initiative stratégique. II comptait ainsi consolider le bloc et restaurer le prestige allemand, qui avait subi quelques accrocs. Le chef d'état-major de l'O.K.W., le maréchal Keitel, était tout à fait de cet avis, qu'il exprima du reste lors d'une des conférences tenues à la chancellerie du Reich « Il nous faut attaquer, c'est une nécessité politique. »

 

 

Les militaires et les dirigeants politiques allemands étaient unanimes à penser qu'un succès à l'est saperait les fondements de la coalition alliée et l'amènerait sans doute à se disloquer, provoquant ainsi le mécontentement du gouvernement soviétique et de toute la population russe à l'égard des Américains et des Anglais, qui différaient sans cesse l'ouverture d'un second front en Europe. Comme l'écrit l'historien de l'Allemagne de l'Ouest, Walter Gôrlitz, Hitler pensait que « plus tôt un nouveau coup important serait frappé en Russie, plus tôt la coalition entre l'Est et l'Ouest s'effondrerait ».

 

 

En préparant cette offensive d'été, les dirigeants allemands tenaient compte de leur potentiel économique qui se trouvait en constante progression. La production de chars moyens et lourds, qui était de 5 700 en 1942, était montée à 11 900 en 1943 et, dans le même temps, celle des avions était passée de 14 700 à 25 200. Quant aux canons et mortiers, le Reich en avait produit deux fois plus en 1943 qu'en 1942, sans compter que les derniers sortis étaient pour la plupart d'un type nouveau. Les munitions, elles, sortaient à une cadence trois fois plus rapide en 1943 qu'en 1940. Dans ces conditions, le haut commandement allemand était en mesure non seulement de combler ses pertes en armes et en matériel, mais encore d'équiper de nouvelles unités qui étaient sur le point de voir le jour.

 

 

Sur ce nouveau matériel, de nombreux espoirs étaient fondés, en particulier sur les récents chars et canons d'assaut dont la production s'était singulièrement accrue au cours de l'été de 1943. Le Pzkw-VI « Tigre », puissante machine pesant 56 tonnes, armée d'un canon de 88 ainsi que de deux mitrailleuses, bénéficiait d'un blindage frontal épais de 100 mm (150 mm pour le « Tigre Royal »).

 

 

Levy 330

 

 

Le nouveau char moyen Pzkw-V « Panthère » était aussi entré en production massive et le nouveau canon automoteur « Ferdinand », avec son blindage frontal de 203 mm et son tube à tir rapide de 88 mm, sans compter sa mitrailleuse, était également inscrit sur les plannings de production.

 

 

Les Allemands avaient de plus accordé la plus grande attention au renouvellement du matériel de la Luftwaffe. Celle-ci avait déjà commencé à recevoir de nouveaux appareils, comme le Focke-Wulf-190 A, chasseur dont la vitesse maximale dépassait 680 Km/h, et le Henschel-129, employé en appui direct d'infanterie sur le champ de bataille. Tous les deux possédaient un armement important.

 

 

Tandis qu'ils dotaient leurs forces armées de nouveaux matériels, les Allemands se hâtaient de compléter leurs divisions, qui avaient subi de lourdes pertes. En juillet 1943, les effectifs des forces armées allemandes s'élevaient au total à 10 300 000 hommes, soit à peu près le même chiffre qu'en 1942. La Wehrmacht restait donc une armée puissante, bien équipée et capable d'affronter de durs combats.

 

 

Il est évident que la situation de l'Allemagne se trouvait facilitée du fait qu'aucun second front n'avait encore été ouvert en Europe et son haut commandement profita de l'avantage ainsi offert pour transférer de plus en plus d'unités et de formations sur le front de l'Est. C'est ainsi que 196 des meilleures divisions allemandes (soit les deux tiers de l'armée) purent combattre en compagnie des 32 divisions et 8 brigades fournies par les alliés du Reich, avec quelque 56 200 canons et mortiers, 5 800 chars et canons d'assaut et 3 000 avions.

 

 

« Un phare que le monde verra s'illuminer »

 

 

Le front germano-soviétique restait le plus important de la guerre, si l'on considère que, à la même époque, sept divisions et deux brigades seulement (2,7 %, des forces allemandes) se trouvaient engagées face aux Américains et aux Britanniques. Le reste (91 divisions et 3 brigades) était cantonné dans les territoires occupés.

 

 

Les Allemands décidèrent de porter leur effort sur un étroit secteur qu'on appelait le « saillant de Koursk » et qui avait été créé au cours de l'offensive soviétique de printemps en 1943. La forme même du front dans ce secteur favorisait cette décision. En effet, les forces allemandes concentrées dans les zones d'Orel et de Bielgorod menaçaient les flancs et les arrières des troupes russes placées à l'intérieur du saillant. De même, ce saillant, enfoncé profondément au cœur des défenses allemandes, était de la plus grande importance pour les Russes puisque ceux-ci, à leur tour, pouvaient l'utiliser pour frapper sur les flancs respectifs des forces allemandes d'Orel et de Bielgorod.

 

 

Dès la fin de l'hiver, les Allemands préparèrent leur plan dans le moindre détail. Hitler donna, le 15 avril 1943, l'ordre d'attaquer sur le saillant de Koursk (opération « Citadelle »). Il était précisé : « Cette offensive revêt une importance capitale. Elle doit se conclure par un succès décisif et rapide [...]. Dans la direction de l'effort principal, seront utilisés le meilleur matériel, les meilleures troupes, les meilleurs chefs et les plus grandes quantités de munitions. A chaque échelon, tour les chefs, tous les soldats devront avoir été convaincus à fond de l'importance primordiale de cette offensive. La victoire de Koursk doit être un phare que le monde entier verra s'illuminer. »

 

 

En application des plans de l'opération « Citadelle »», l'effort principal à faire porter sur les forces soviétiques devait être double et venir du sud d'Orel, avec la IXe armée du groupe d'armées Centre, en même temps que du nord de Kharkov, avec la IVe armée blindée et le groupement tactique « Kempff », du groupe d'armées Sud. En dirigeant l'action sur Koursk, le haut commandement allemand comptait encercler et détruire les forces des fronts de Voronej et du Centre qui défendaient le saillant, raccourcir le front et, si l'opération était couronnée de succès, développer leur offensive sur les arrières du front du Sud-Ouest (opération Panthère). Ils n'écartaient même pas la possibilité d'une action consécutive vers le nord-est, pour tourner Moscou et prendre à revers la totalité des forces soviétiques au centre du front.

 

 

En face des fronts de Voronej et du Centre, les Allemands avaient concentré d'énormes forces : les effectifs se montaient à 50 divisions, dont 16 étaient blindées ou motorisées, soit près de 90 0000 hommes avec quelque 10 000 canons et mortiers et 2 700 chars. Une force additionnelle de 20 divisions se trouvait sur l'aile de la force principale, prête à intervenir pour appuyer les troupes d'assaut. C’était donc 70 divisions que les Allemands avaient à leur disposition pour la mission prescrite, plus du tiers de toutes les forces allemandes du front de l'Est, et dont à peu près le quart était constitué de panzers ou de divisions motorisées. Une flotte de plus de 2 000 appareils fournirait l'appui aérien. L'élite de la Luftwaffe se trouvait sur place : le groupe de chasse 51 (« Môlders »), la légion « Condor » et bien d'autres.

 

 

Étant donné l'importance attachée à une telle opération, l’O.K.H., état-major général de l'armée de terre, étudia et modifia plusieurs fois le plan « Citadelle »», Hitler ayant dit à plusieurs reprises qu' « il ne fallait absolument pas échouer »». Les divisions qui devaient prendre part à l'offensive furent mises au repos et complétées au maximum de leurs tableaux d'effectifs en hommes et en matériel. On accorda une attention particulière au terrain et au système défensif des Soviétiques à l'intérieur du saillant. D'après le général allemand Mellenthin, chaque mètre carré en avait été photographié d'avion. Comme il l'écrit dans son livre Batailles de panzers, 1939-1945, « aucune offensive n'avait jamais été préparée avec plus de soin que celle-là ». Grâce à un excellent service de renseignements.

 

 

L'entraînement, lui, avait été rendu aussi réaliste que possible ; les tirs pratiques et les exercices tactiques s'étaient succédé régulièrement. En avril, le général Guderian, à l'époque inspecteur général des blindés, avait inspecté les unités de panzers. Ainsi que devait l'écrire plus tard l'un des membres de l'état-major de l'O.K.W., le général Erfurth, « tout le potentiel offensif que l'Allemagne avait pu rassembler fut jeté dans l'opération Citadelle ». II est bien vrai que l'impossible fut fait pour gagner la bataille de Koursk.

 

 

Après les batailles d'hiver de la saison 1942-1943, l'armée Rouge s'était, de son côté, préparée en vue d'une grande offensive d'été. Bientôt, cependant, il vint à la connaissance des Russes que les Allemands préparaient une offensive décisive sur le front de l'Est. Grâce à un excellent service de renseignements, le haut commandement soviétique fut en mesure de reconstituer non seulement la conception d'ensemble et la direction générale des efforts principaux des forces allemandes, mais encore l'exacte composition de celles-ci, leurs positions, leurs ressources, la date de leur mise en place et, ce qui en découlait naturellement, le moment où l'offensive serait déclenchée.

 

 

Quand ils eurent analysé les plans allemands, les Soviétiques décidèrent de se tenir résolument sur la défensive dans le saillant, d'épuiser l'ennemi par une succession de combats sur des positions préparées et de parachever la destruction des forces de choc de l'Axe au cours de contre-offensives dans les zones d'Orel et de Bielgorod. Si cette dernière action se déroulait de façon satisfaisante, elle se transformerait en une offensive soviétique générale sur un immense front pour bousculer le prétendu « rempart oriental » de l'Axe, tout en liquidant la tête de pont du Kouban.

 

 

La défense effective du saillant de Koursk avait été confiée au front du Centre (général Rokossovski) et au front de Voronej (général Vatoutine). Ayant bien présent à l'esprit le fait que l'ennemi préparait une offensive très importante et lourde de conséquences dans ses prolongements possibles, la STAVKA (1) rassembla de grandes réserves dans la région du saillant et les groupa en un même front de réserve (plus tard appelé front de la Steppe), dont le commandement fut attribué au général Koniev. Les forces de ce front - en fait, réserve générale de la STAVKA (1) - étaient destinées à renforcer les deux fronts, du Centre et de Voronej, dans les secteurs sur lesquels ils seraient le plus menacés, à installer un solide front défensif à l'est de Koursk, enfin à participer à la contre-offensive une fois l'ennemi repoussé et saigné à blanc.- Sur place, la coordination des fronts était à la charge du représentant du haut commandement; le maréchal Joukov, et du chef d'état-major général, le maréchal Vassilievski.

 

 

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Des mesures méticuleuses furent prises pour écarter l'éventualité d'une percée du front par l'ennemi. Les lignes furent renforcées de nombreux canons, chars et avions, les plus grandes concentrations étant effectuées sur les axes qui semblaient les plus probables pour l'attaque. C'est ainsi que, sur le secteur tenu par la XIIIe armée, qui couvrait l'axe le plus exposé, le long de la voie ferrée Orel-Koursk, la moitié presque des régiments d'artillerie de la réserve générale affectée au front furent installés. On dota encore cette armée du 4e corps d'artillerie d'assaut avec ses 484 canons, ses 216 mortiers et ses 432 lance-roquettes de campagne. On avait rassemblé là de quoi constituer une défense d'artillerie à peu près jamais réalisée auparavant : quelque 96 canons et mortiers d'un calibre supérieur à 76 par kilomètre de front, soit une fois et demi plus que la densité obtenue par les Allemands dans l'offensive qu'ils montaient.

 

 

Sur les secteurs tenus par les Vle et VIIe armées de la Garde du front de Voronej, se trouvaient 67% des canons et mortiers du front et 70% de l'artillerie de réserve du haut commandement. Le système de défense soviétique dans le saillant était puissamment articulé en profondeur, doté d'armes jusqu'à saturation, solidement installé dans des tranchées bien organisées et bénéficiait de surcroît d'un grand nombre d'obstacles artificiels (barbelés, mines, etc.).

 

 

Comme les Allemands comptaient sur l'emploi massif des chars pour enlever la décision, les commandants de front accordèrent un soin tout particulier aux défenses antichars, qu'ils conçurent sous la forme de solides nids de résistance complétés par un réseau de champs de mines. Les réserves d'artillerie avaient été affectées et entraînées en conséquence, de même que les détachements mobiles de résistance, le tout en temps voulu. D'une façon générale, les nids de résistance disposaient des dotations suivantes : de 3 à 5 canons chacun, jusqu'à 5 armes antichars, de 2 à 5 mortiers, un nombre de sapeurs oscillant entre un groupe et une section et un groupe équipé de mitraillettes. Sur les axes les plus importants, les nids de résistance antichars avaient jusqu'à 12 canons chacun. On n'avait pas lésiné sur le personnel, pas plus que sur le matériel.

 

 

L'articulation en profondeur des deux fronts du Centre et de Voronej sur les axes probables d'attaque atteignait 150 à 180 kilomètres. Si l'on compte la ligne de défense du front de la Steppe et celle bordant le Don, on arrive à 250 et même 290 kilomètres, comprenant huit lignes de positions renforcées successives qui attendaient l'ennemi. Pour donner une idée de l'étendue des travaux effectués pendant cette période préparatoire, il suffit de mentionner que, dans le secteur du seul front du Centre, plus de 4 000 kilomètres de tranchées et de boyaux de communication furent creusés, ce qui représente approximativement la distance de Moscou à Irkoutsk. Sur le même front, les sapeurs avaient posé 400 000 mines et bombes, et la densité moyenne des champs de mines sur les fronts du Centre et de Voronej atteignait 1500 mines antichars et 1680 mines antipersonnel, soit six fois plus que pour la défense de Moscou et quatre fois plus que pour celle de Stalingrad.

 

 

Les défenses antiaériennes, elles aussi, avaient été préparées avec soin. Neuf divisions d'artillerie antiaérienne, 40 régiments, 17 batteries, 10 trains blindés, 2 divisions de chasseurs de la « défense aérienne du territoire » avaient été rassemblées dans le saillant. Enfin, plus d'un quart des mitrailleuses lourdes et légères et des armes antichars de la principale ligne fortifiée et près de la moitié pour les autres lignes avaient été affectées à la D.C.A.

 

 

Une lourde responsabilité reposait sur les forces aériennes tactiques, qui avaient reçu mission de coopérer avec les unités à terre pour repousser l'attaque allemande et assurer la supériorité aérienne. Et alors même que la préparation n'était pas achevée, les flottes aériennes avaient déjà lancé une série d'attaques contre l'ennemi, sur ses aérodromes, ses nœuds ferroviaires et ses concentrations de troupes.

 

 

Tout le personnel avait reçu un entraînement intensif en vue de la bataille qui se préparait : la priorité avait été donnée à la résistance aux attaques des chars et de l'aviation, ainsi qu'aux contre-attaques à mener contre un ennemi qui aurait percé nos défenses. Les conseils militaires des groupes d'armées, le commandement aux différents échelons, les organes politiques, le parti communiste et les organisations de jeunesse entreprirent tous un effort intensif pour soutenir le moral des troupes et leur apporter de meilleures conditions matérielles. On organisa pour ces troupes des discussions sur des sujets variés, sans oublier les divers moyens de s'opposer aux nouveaux chars ennemis.

 

 

Les tranchées des ménagères

 

 

La population civile des régions intéressées de Koursk, Orel, Voronej et Kharkov apporta son active contribution aux forces armées dans la préparation de la bataille. Dès avril 1943, quelque 105 000 personnes de la région de Koursk - travailleurs agricoles des fermes collectives, employés de bureau, ménagères - étaient déjà réquisitionnées pour la, construction des travaux de défense; au mois de juin, elles étaient 300 000. Des travailleurs des régions libérées fournirent une aide inestimable en construisant une voie ferrée, de Stary Oskol à Rjava, dont la nécessité était vitale pour le ravitaillement du front de Voronej.

 

 

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Au cours des trois mois que dura la préparation, les travailleurs des régions proches des lignes creusèrent des milliers de kilomètres de tranchées dans le saillant, et c'est avec leur aide que 250 ponts et plus de 2 500 kilomètres de routes et de pistes purent être remis en état.

 

 

Au moment du déclenchement des opérations, une imposante force soviétique était en place dans le saillant. Sur un secteur long de 550 kilomètres (13 % de la totalité du front de l'Est), l'armée Rouge avait concentré plus de 20 % de ses forces, près de 20 % de son artillerie, environ 36 % de ses chars et canons automoteurs et plus de 27 % de ses avions.

 

 

Contrairement à ce qui s'était passé à Stalingrad et à Moscou, les forces soviétiques, dans le saillant de Koursk, disposaient d'une légère supériorité numérique dans la proportion de 7 contre 5 pour les hommes, de presque 2 contre 1 pour les canons et les mortiers et de 4 contre 3 pour les chars et canons automoteurs; quant aux avions, le rapport était de 6 contre 5. Néanmoins, comme les Allemands escomptaient une rapide percée, ils avaient concentré la plus grande partie de leurs panzers et de leurs divisions motorisées sur les premières lignes, si bien que si l'on considère le seul secteur du front où devait se produire l'effort principal, ils étaient un peu plus nombreux que les Soviétiques : plus de 2 contre 1 en chars, presque autant en hommes. Sur le secteur de la VIe armée de la Garde (front de Voronej), la supériorité allemande était de presque 2 contre 1 en hommes et de 6 contre 1 en chars. Le haut commandement allemand s'attendait donc à enfoncer facilement la défense soviétique dès le premier coup porté par les panzers dotés d'un puissant appui aérien.

 

 

La nuit qui précéda l'attaque, sur tout le front, une proclamation de Hitler fut lue aux troupes : « Demain, disait-il, vous allez participer à de grandes batailles offensives dont l'issue doit décider du sort de la guerre. Par votre victoire, vous prouverez au reste du monde que, plus que jamais, toute résistance aux armées allemandes est vouée, inévitablement, à l'échec. »

 

 

Mais l'offensive allemande ne s'est pas déroulée de la façon dont les dirigeants du Reich l'avaient escompté. Leurs prévisions n'étaient pas fondées et, surtout, ils avaient été loin de surprendre les Russes. Déjà, dès le 2 juillet 1943, la STAVKA (1), informée par les services de renseignements soviétiques, avait été en mesure d'avertir le commandant du front de Voronej et celui du front du Centre que l'offensive ennemie serait vraisemblablement lancée entre le 3 et le 6 juillet, et avait recommandé vigilance et promptitude dans la riposte. De plus, il faut bien le dire, des prisonniers faits le 4 juillet avaient dévoilé que l'offensive des groupes de choc avait été fixée à l'aube du 5 et que les unités avaient déjà pris place sur leurs lignes de départ.

 

 

Une tempête de feu

 

 

Le commandement soviétique décida donc de lancer une puissante contre-préparation d'artillerie et d'aviation. Le principal objectif du gros de l'artillerie du front du Centre était naturellement constitué par les batteries ennemies. Le front de Voronej, pour sa part, s'en prit également aux batteries qui lui faisaient face et manifestaient de l'activité, mais il dirigea aussi son tir contre les chars et l'infanterie qui se préparaient à l'attaque.

 

 

Le 5 juillet, à 2 h 20, des centaines de canons soviétiques lancèrent une tempête de feu sur les positions ennemies. Le calme des premiers jours de juillet était maintenant bien fini.

 

 

Provoquant des pertes en hommes et en matériel, le contre bombardement affecta aussi le moral des Allemands. Ils commencèrent à comprendre que leurs plans étaient connus, qu'il n'était plus question d'effet de surprise et que les Russes les attendaient de pied ferme. II fallut retarder l'offensive d'une heure et demie à deux heures afin de réorganiser les unités. En fait, le contre bombardement ne pouvait pas, à lui seul, disloquer l'attaque, ni au nord ni au sud du saillant. Voici donc comment les événements se succédèrent :

 

 

Sur la ligne Orel-Koursk, la IXe armée allemande (général Model) commença sa préparation d'artillerie à 4 h 30, avec 90 minutes de retard sur l'horaire prévu, puis de nombreux bombardiers décollèrent à 5 h 10. Sous cette couverture d'artillerie et d'aviation, les chars et l'infanterie passèrent à l'attaque sur un front de 40 kilomètres. Il était 5 h 30. L'action principale était dirigée contre la Xllle armée russe général Poukhov) et les XLVIIIe et LXXe armées à droite et à gauche de la précédente. Trois divisions de panzers et cinq d'infanterie furent alors jetées dans la bataille, tandis que la plus forte poussée avait lieu contre le flanc gauche de la XIIIe armée, en direction d'Olkhovatka, où la défense était assurée par les 15e (colonel Djangava) et 81e (général Barinov) divisions de fusiliers.

 

 

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Quelque 500 chars allemands attaquèrent sur l'axe de l'effort principal : des « Tigre » et des « Ferdinand », par groupe de dix à quinze pour le premier échelon, des chars moyens en deuxième échelon, par groupes de cinquante à cent. L'infanterie suivait. Dans les airs, près de 300 bombardiers, par groupes de cinquante à cent, s'acharnaient en même temps sur la XIIIe armée.

 

 

Le commandement soviétique affecta le gros de la XVIe armée aérienne (général Roudenko) à l'appui de la XIIIe armée. Ce fut, aussi bien au sol que dans les airs, une terrible bataille. Quatre fois les Allemands tentèrent de percer au cours de 1a journée. Quatre fois ils échouèrent. Les Russes se battaient avec une farouche résolution, s'accrochaient à chaque parcelle de terrain, tenaient le plus longtemps possible et passaient ensuite à leur tour à la contre-attaque. Au prix d'efforts démesurés et de très lourdes pertes, les Allemands parvinrent à enfoncer la ligne de défense principale de la XIIIe armée.


Au cours des combats des 5 et 6 juillet, ils avancèrent de dix kilomètres, mais ils avaient laissé sur le terrain 2 500 tués et blessés, 200 chars et canons automoteurs, plus de 200 avions et une bonne partie de leur artillerie et de leur matériel. De plus, presque tous les régiments allemands perdirent une grande partie de leurs officiers. Par exemple, le 195e régiment de la 78e division d'infanterie (23e corps) eut tous ses commandants de compagnie hors de combat en deux jours.

 

 

Les chars allemands ne sont pas passés

 

 

Après leur échec sur Olkhovatka, les Allemands décidèrent que leur objectif principal, le 7 juillet, serait constitué par Ponyri, à la jonction des voies ferrées de Koursk et d'Orel, et de durs combats ensanglantèrent le secteur. Les troupes soviétiques qui tenaient cette zone purent porter de rudes coups à l'ennemi au cours de son avance. Ce jour-là, les Allemands se lancèrent cinq fois à l'attaque et chaque fois furent repoussés par les troupes du général Yenchine (307e division de fusiliers) qui défendirent Ponyri avec un héroïsme comparable à celui dont firent preuve les équipages de chars, les artilleurs et les sapeurs qui minaient les routes au fur et à mesure de l'avance des blindés allemands. Au matin du 8 juillet, 300 chars ennemis environ, appuyés par des fantassins armés de mitraillettes, attaquèrent les positions tenues par le colonel Roukossouiev (3e brigade antichars).

 

 

Les artilleurs soviétiques n'ouvrirent le feu que lorsque les blindés ennemis furent à 700 mètres environ et en détruisirent dix-sept. Mais il ne restait plus qu'un seul canon et trois servants. Les Allemands accentuèrent leur pression ; bientôt, ils eurent perdu deux chars de plus et furent forcés de se retirer. Mais il n'y avait plus de batterie : les derniers survivants avaient été tués par un coup direct.

 

 

Trois heures plus tard, les Allemands revenaient à l'assaut.


La situation était devenue si critique que le commandant de la brigade envoya ce message à l'armée : « 1re et 7e batterie anéanties. Je fais donner mes dernières réserves (la 2e batterie). Demande instamment munitions. Nous tiendrons ou nous mourrons. » Dans cet engagement inégal, presque tout un régiment fut détruit, mais les chars allemands n'étaient pas passés !

 

 

Le 10 juillet, les Allemands avaient engagé la quasi-totalité de leur force d'attaque mais avaient échoué dans leur mission d'enfoncer le front soviétique et d'anéantir l'armée Rouge au nord de Koursk. Les chars et l'infanterie ennemis marquaient le pas et, ce faisant, subissaient des pertes considérables. Sur l'axe principal de leur attaque, ils n'avaient avancé que de dix kilomètres, et la IXe armée, ayant perdu près des deux tiers de ses chars, fut contrainte de passer à la défensive. Pendant ce temps, le front soviétique du Centre, une fois l'assaut ennemi brisé et Koursk dégagé par le nord, se préparait à la contre-attaque.

 

 

Au sud, les Allemands n'eurent guère plus de succès. Là encore, ils lancèrent à l'attaque d'importantes forces le premier jour: quatorze divisions (5 d'infanterie, 8 de panzers et une motorisée) du groupe d'armées Sud du maréchal von Manstein. L'effort principal était dirigé contre le secteur tenu par la VIe armée de la Garde (général Tchistiakov) et mené par la IVe armée blindée commandée par le général Hoth. Il visait Oboïan. De son côté, le 3e corps blindé du groupe « Kempff » procédait à une attaque secondaire en direction de Korotcha, contre la VIIe armée de la Garde, aux ordres du général Choumilov. On comptait à peu près 700 chars dans l'attaque principale du premier jour de l'offensive, les divisions étant fortement appuyées par l'aviation (on a pu observer environ 2 000 sorties sur le front de Voronej).

 

 

Les 52e et 67e divisions de fusiliers de la VIe armée de la Garde eurent à soutenir un choc d'une violence inouïe et leur résistance, tout comme celle de la VIIe armée de la Garde, fut si opiniâtre que l'ennemi se vit dans l'obligation d'engager toutes les réserves de la IVe armée blindée et du groupe tactique Kempff » au cours du premier jour.

 

 

Le commandement du front de Voronej décida de protéger au maximum Oboïan et, dans la nuit du 5 au 6, des unités de la 1re armée blindée (général Katoukov) et des 2e et 5e corps blindés de la Garde (du front de réserve) vinrent prendre position sur la deuxième ligne défensive, tandis que la VIe armée de la Garde était renforcée en artillerie antichar.

 

 

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Au matin du 6, ce fut une nouvelle attaque allemande qui déclencha des combats très meurtriers. Le général Popel, membre du conseil militaire de la 1re armée de la Garde, devait écrire par la suite dans ses Mémoires : « Je pense que ni moi ni aucun des autres officiers présents n'avions vu tant de chars ennemis réunis pour une seule action. On aurait dit une charge de cavalerie sur laquelle Hoth aurait tout misé. Pour chacune de nos compagnies, forte de 10 chars, les Allemands alignaient 30 à 40 blindés. Hoth savait bien que rien n'était trop cher, quels que fussent les pertes et les sacrifices, pour s'ouvrir la route de Koursk. »

 

 

Au soir de la deuxième journée, l'attaque ennemie en direction d'Oboïan avait enfoncé la ligne principale de défense au centre du front tenu par la VIe armée de la Garde et s'était approchée de la deuxième ligne, sur laquelle les divisions soviétiques s'étaient repliées. Là, les Allemands furent arrêtés par les corps blindés. La plupart des chars avaient été enterrés et constituaient maintenant autant de nids dont fantassins et artilleurs se servaient comme de remparts pour bâtir une impressionnante barrière de feu. L'attaque allemande sur Korotcha ne fut pas plus payante que les autres.

 

 

Les avions soviétiques apportèrent un soutien efficace aux défenseurs, tant en s'attaquant aux chars et à l'infanterie de l'ennemi qu'en disputant la maîtrise du ciel à la Luftwaffe. Le lieutenant Gorovets établit une sorte de record en abattant neuf avions ennemis au cours du même engagement, mais lui-même fut tué.

 

 

La fine fleur des S.S.

 

 

N'ayant pas réussi à emporter la décision dans le secteur d'Oboïan, les Allemands firent alors porter leur effort principal sur Prokhorovka, afin de tourner Koursk par le sud-est. Là, ils jetèrent dans la bagarre la fine fleur de la Waffen S.S. des panzers conduite par les généraux les plus expérimentés. Ils pensaient qu'ils finiraient par trouver la victoire. Ils avaient rassemblé dans ce secteur 700 chars et canons d'assaut, dont une centaine étaient des « Tigre », tandis que le groupe tactique a Kempff », avec ses 300 chars, montait une attaque secondaire également sur Prokhorovka, mais venant du sud.


Le commandant du front de Voronej, en accord avec la STAVKA, décida de monter une contre-offensive d'envergure contre le coin enfoncé par les Allemands. Le rôle principal dans l'opération fut confié aux deux armées qui provenaient de la réserve de la STAVKA, la Ve de la Garde (général Jadov) et la Ve blindée de la Garde (général Rotmistrov), appuyées par la IIe armée aérienne (général Krassovski), une partie de la XVIIe (général Soudets) et des unités de la force aérienne de bombardement à long rayon d'action.

 

 

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Le 12 juillet, dans la plaine de Prokhorovka, se déroula la plus grande bataille de chars de ta guerre. Au petit matin, dans un espace relativement restreint, au milieu de noirs nuages de poussière et de fumée, deux masses impressionnantes de blindés - au total 1 500 engins s'avancèrent l'une vers l'autre pour s'affronter. Le général Rotmistrov, en rappelant l'histoire de cette bataille, fait remarquer que c'est l'avant-garde de la Ve armée blindée de la Garde, son armée, qui enfonça les lignes allemandes à toute vitesse.

 

 

Ce fut une belle mêlée. Au milieu de cet enchevêtrement de chars, les canonniers des engins soviétiques tiraient à bout portant sur les « Tigre ». Du champ de bataille s'élevait un fracas assourdissant de moteurs qui rugissaient, de métal qui s'entrechoquait et de canons qui crachaient, tandis que cette scène dantesque se trouvait éclairée par les flammes qui dévoraient chars et canons automoteurs. L'affrontement se poursuivit, impitoyable, tard dans la soirée. Les Russes avaient fait preuve d'un courage extraordinaire. Une fois de plus, l'ennemi n'avait pas pu s'ouvrir la route de Koursk.

 

 

Au cours de cette seule journée, les Allemands avaient perdu plus de 350 chars, plus de 10 000 officiers et soldats, pour une progression de 30 à 40 kilomètres. Cette journée du 12 juillet marque d'ailleurs un tournant dans la guerre, car c'est ce jour-là que les fronts soviétiques de Briansk et de l'Ouest déclenchèrent leur offensive contre les troupes ennemies de la région d'Orel. Les forces allemandes connurent alors des heures critiques car elles furent contraintes de passer à la défensive au sud de Koursk et de commencer à décrocher vers leurs positions de départ. Le 16, le gros des unités de la Wehrmacht entama sa retraite, protégé par une forte arrière-garde, tandis que les troupes du front de Voronej se lançaient à leur poursuite, suivies, le 19, par celles du front de la Steppe. Au 23 juillet, les Allemands se retrouvèrent sur les positions mêmes qu'ils avaient quittées le 4. Leur troisième grande offensive à l'est se soldait par un échec.

 

 

En résumé, à l'issue de cette offensive, on peut dire que les troupes soviétiques avaient magnifiquement rempli la mission qui leur avait été assignée. Pour les Allemands, épuisés, saignés à blanc, la roue de la Fortune avait tourné : l'armée Rouge venait de prendre l'avantage. L'opération « Citadelle », préparée avec tant de minutie et de patience, et sur laquelle les nazis comptaient pour reprendre l'initiative, avait abouti finalement à un revers cuisant.

 

 

260 canons au kilomètre

 

 

Déjà, au cours de la bataille, les Soviétiques s'étaient penchés sur le problème du déroulement de la contre-offensive qui allait suivre. L'idée générale de l'opération d'Orel avait été arrêtée : il s'agissait de désarticuler les défenses ennemies au moyen d'un certain nombre d'actions convergentes, puis d'anéantir, une par une, les unités isolées. Les actions envisagées étaient au nombre de quatre

 

 

• Par le front de l'Ouest (général Sokolovski), en direction de Bolkhov et de Khotinetz, de façon à couper l'ennemi dans le saillant d'Orel;

 

 

• Par le front du Centre, en direction de Kromy, afin d'opérer la jonction avec le front de l'Ouest;

 

 

• Par le front de Briansk (général Popov), double action en direction de la région de Novossil, pour déborder Orel à la fois par le nord et par le sud.

 

 

Dans la tête de pont d'Orel, les forces allemandes comprenaient 27 divisions d'infanterie, 8 de panzers et deux divisions motorisées des lie et IXe armées du groupe d'armées Centre, au total 600 000 hommes, 6 000 canons et mortiers, environ 1 000 chars et canons automoteurs. Enfin plus de 1 000 avions de combat étaient disponibles pour les appuyer. Le secteur était bien fortifié et c'est seulement le long de l'étroite bande de terrain par laquelle ils avaient lancé leur attaque et pénétré dans les lignes soviétiques que les forces de première ligne allemandes n'avaient pas préparé de position. Sur le secteur face à l'aile gauche du front de l'Ouest et à la droite et au centre du front de Briansk, jusqu'à la région de Novossil, la construction de positions défensives avait été commencée plus d'un an auparavant, en mars 1942. Plus au sud, en face de l'aile gauche du front de Briansk et du milieu du front du Centre, les travaux avaient été entrepris à la fin de mars 1943.

 

 

En raison de l'importance qu'ils accordaient à Orel, les Allemands avaient installé dans cette ville un solide réseau de défenses avec un système très développé de fortifications protégées par des obstacles. En profondeur du système défensif se trouvaient de nombreuses lignes successives avec secteurs fortifiés, principalement le long des cours d'eau. La plupart des villages avaient été installés en hérissons. Les lignes de défense établies à l'avance et le grand nombre de cours d'eau qui les doublaient constituaient de sérieux obstacles pour l'offensive soviétique. C'était du reste la première fois que les troupes russes se trouvaient en présence d'une organisation défensive aussi perfectionnée et aussi puissante. L'enfoncer allait exiger une grande habileté, un moral solide et beaucoup de mordant. Le commandement soviétique décida donc d'attaquer en profondeur et fournit aux troupes chargées de cette mission de puissants moyens en artillerie. II est intéressant de remarquer ici que, pour la première fois depuis le début de la guerre, une densité d'artillerie de 260 canons et mortiers au kilomètre avait été atteinte dans le secteur de la XIe armée de la Garde du front de l'Ouest (général Bagramian).

 

 

La préparation de la contre-offensive exigea de prêter la plus grande attention au ravitaillement en munitions et en carburant, de même qu'à l'entraînement des troupes en vue d'enfoncer des positions défensives permanentes. Les chefs d'unité et les dirigeants politiques avaient veillé à ce que chaque soldat fût bien conscient de la mission particulière dont était chargée son unité. Dans les batteries, dans les compagnies, sur le front, de très nombreuses réunions avaient été organisées à cet effet par le parti et les Komsomols.

 

 

Au début des opérations dans le secteur d'Orel, la supériorité soviétique était de l'ordre de 2 contre 1 pour les hommes, de 3 contre 1 pour les canons, de 7 contre 3 pour les chars et de 3 contre 1 pour les avions. En manœuvrant avec audace, cette supériorité fut encore accrue dans les secteurs prévus pour la percée.

 

 

Le 12 juillet, à la suite d'une intense préparation d'artillerie et de bombardement aérien, l'aile gauche du front de l'Ouest et ta totalité des forces du front de Briansk se mirent en marche tandis que les Allemands, dans le secteur Bielgorod-Kharkov, tentaient encore de percer la face sud du saillant et que la IXe armée se préparait à reprendre son action sur Koursk par le nord.

 

 

Au soir du 13, la XIe armée de la Garde avait enfoncé les positions ennemies, à la suite d'un combat acharné, sur un front de 20 kilomètres. De leur côté, les troupes d'assaut du front de Briansk, avec la LXIe armée (général Belov) en avait fait de même sur un front de 10 kilomètres.

 

 

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Quant à la Ille armée (général Gorbatov) et à la LXIIIe armée (général Kolpaktchi), elles s'étaient enfoncées dans les lignes sur une quinzaine de kilomètres. Mais les troupes soviétiques se trouvaient encore en face d'une défense organisée et avaient de durs combats en perspective pour venir à bout des innombrables nids de résistance qui s'échelonnaient en profondeur dans le système défensif ennemi.

 

 

Le « lion de la défense » rugit

 

 

L'offensive de la IIe armée blindée avait forcé les Allemands, dès le premier jour, à rameuter des réserves vers les secteurs menacés. En même temps, les commandements des 1er armée blindée et IXe armée avaient été réunis et placés entre les mains d'un seul responsable, le général Model, connu dans l'armée allemande sous le nom de « Lion de la défense ». En prenant son commandement, le 14 juillet, il envoya aussitôt une instruction à la lie armée blindée, instruction dans laquelle il disait : - « L'armée Rouge vient de lancer une offensive sur l'ensemble du saillant d'Orel. Nous allons engager une bataille qui peut décider de tout. A cette heure, qui exige de chacun le plus grand des efforts, je viens de prendre le commandement de votre armée qui a fait ses preuves au combat. » D'autres ordres suivirent, impératifs : les troupes devaient absolument arrêter les formations soviétiques et tenir jusqu'au dernier homme, quoi qu'il arriva.

 

 

Mais les instructions d'un général ne pouvaient suffire à enrayer l'offensive victorieuse de l'armée Rouge, pas plus que de simples ordres n'étaient capables de maintenir au cœur des soldats allemands la foi en la victoire du IIIe Reich.

 

 

Ceux-ci ne pouvaient s'empêcher d'évoquer la mémoire de leurs compatriotes tombés à Moscou, à Stalingrad, à Ponyri, à Prokhorovka. Ainsi, en dépit des renforts considérables venus de tous les autres secteurs du front pour soutenir le saillant d'Orel, la contre-offensive soviétique se poursuivit.

 

 

Le 19 juillet, la XIe armée de la Garde qui avait maintenant pris l'initiative - avait percé le front sur une profondeur de 70 kilomètres et le gros de ses forces poussait au sud en direction de Khotinetz. Les forces du front de Briansk, elles, avaient triomphé de la résistance allemande, enfoncé plusieurs lignes de défense intermédiaires et, le 17 juillet, elles ouvrirent une brèche de 30 kilomètres de large et de 20 kilomètres de profondeur. La Luftwaffe redoublait d'activité pour arrêter l'armée Rouge, mais les pilotes soviétiques leur rendaient la pareille.

 

 

L'escadrille française « Normandie » combattait au coude à coude avec les aviateurs soviétiques et ses pilotes montraient les plus belles qualités de courage, d'adresse et de détermination dans la lutte qui les opposait à la Luftwaffe.

 

 

En attirant de nombreuses forces allemandes de la région d'Orel loin du saillant de Koursk, l'offensive des fronts de Briansk et de l'Ouest avait créé une situation des plus favorables pour le front du Centre. Celui-ci en avait terminé avec ses concentrations de troupes le 14 juillet et passait à l'attaque le 15. Le 18 juillet, son aile droite avait complètement liquidé le coin allemand enfoncé dans les défenses soviétiques en direction de Koursk, réoccupé son front précédent et elle était prête à attaquer Kromy.

 

 

Les combats devenaient de plus en plus âpres et la STAVKA décida d'accentuer la supériorité des forces soviétiques. Le front de l'Ouest reçut ainsi l'ordre d'engager dans la bataille la IVe armée blindée (général Badanov), la XIe armée (général Fediouninski) et le 2e corps de cavalerie de la Garde, qui étaient en réserve, et le front de Briansk d'y lancer la Ille armée blindée de la Garde (général Ribalko).

 

 

Ces réserves se trouvaient loin en arrière. Pour les amener sur les lieux des combats, il fallut surmonter de nombreux obstacles auxquels vint encore s'ajouter une pluie torrentielle qui inonda les routes. La LXIe armée (front de Briansk) et les XIe armée de la Garde et IVe armée blindée (front de l'Ouest) libérèrent Bolkhov, le 29 juillet, et continuèrent leur avance vers Orel par le nord, menaçant les communications de l'ennemi entre Orel et Briansk. Au même moment, les forces du front de Briansk débordèrent largement le flanc ennemi dans la région de Mtsensk, le forçant à se replier. Le front de Briansk, cependant, n'avait pas interrompu sa progression sur Orel, qu'il abordait de l'est. De jour en jour, la situation de l'ennemi s'aggravait et le général Model demanda à Hitler la permission de se retirer de la tête de pont d'Orel, lui annonçant, assez mal à l'aise, qu'il fallait éviter « un autre Stalingrad ».

 

 

En raison de la gravité de la situation sur l'ensemble du front de l'Est et en particulier du danger mortel menaçant ses forces à Orel, le haut commandement allemand s'était déjà résigné, dès le 26 juillet, à abandonner toute la zone d'Orel et à ramener ses troupes sur la ligne Hagen » (positions défensives installées à l'est de Briansk) au cours d'une retraite organisée, utilisant des positions intermédiaires, entre le 31 juillet et le 17 août. C'est sur une profondeur de près de 100 kilomètres que le terrain avait été dégagé, permettant ainsi à plus de vingt divisions de renforcer le front et de s'opposer aux offensives soviétiques en s'accrochant sur la nouvelle ligne de défense, considérablement réduite.

 

 

Les Allemands, soucieux d'assurer un repli méthodique depuis la pointe de leur saillant d'Orel, avaient pris toutes les précautions voulues pour en protéger les flancs, mais leurs plans furent déjoués par les attaques soviétiques. Le maréchal von Kluge, commandant du groupe d'armées Centre, dans l'estimation des forces en présence dans ce secteur, écrivait : « L'état-major du groupe d'armées est pleinement conscient du fait que ses intentions premières de harceler l'ennemi le plus souvent possible au cours du repli sont aujourd'hui irréalisables en raison de l'état d'extrême fatigue de nos troupes et de la réduction sensible de leur potentiel de combat. Le problème, maintenant, c'est de décrocher vite du saillant d'Orel, le plus vite possible. » Dans la nuit du 3 au 4 août, les unités de tête des IIIe et LXIIIe armées soviétiques s'étaient ruées sur Orel et, le 5, la ville avait été complètement débarrassée des Allemands.

 

 

Salves pour l'armée Rouge

 

 

Les 5e, 129e et 380e divisions de fusiliers, la 17e brigade blindée de la Garde et un certain nombre d'unités des forces aériennes, qui s'étaient spécialement distinguées au cours des combats pour Orel, furent autorisées à porter le nom de la bataille à titre de récompense. A Moscou, le 5 août au soir, des salves d'honneur furent tirées pour la première fois, pour célébrer les combattants qui avaient libéré Orel et Bielgorod. De ce jour date la coutume de saluer à Moscou par des salves les victoires de l'armée Rouge.

 

 

Au 5 août, les forces du front du Centre approchaient de l'important nœud routier de Kromy, où se trouvait la base de ravitaillement de l'ennemi. Au 18 août, le front de Briansk et l'aile droite du front du Centre étaient arrivés au contact de la ligne de défense allemande où l'ennemi s'était retranché. Le saillant d'Orel était nettoyé et les forces allemandes qui s'y trouvaient, au lieu de partir à la conquête de Koursk comme prévu, avaient subi une défaite totale.

 

 

L'activité des partisans russes avait contribué au succès d'Orel. Entre le 21 juin et le 3 août seulement, ceux de la région d'Orel avaient fait sauter plus de 10 000 rails, et paralysé ainsi les embranchements et les gares remplis de trains allemands, proies de choix que les bombardiers soviétiques attaquèrent systématiquement.

 

 

Le « choc en retour » des Soviétiques s'étendit sur trente-sept jours, au cours desquels l'armée Rouge progressa vers l'ouest sur 150 kilomètres, environ, brisant les plans d'attaque des Allemands sur Koursk par le nord, repoussant sur Briansk une importante force ennemie, anéantissant une quinzaine de divisions allemandes et créant ainsi des conditions favorables pour la poursuite de l'offensive vers l'ouest.


Les forces des fronts de Voronej et de la Steppe, elles, avaient dû commencer la contre-offensive dans une situation difficile. Les combats défensifs, d'abord, puis la poursuite de l'ennemi leur avait coûté de lourdes pertes en hommes et en matériel. Maintenant, elles avaient en face d'elles un ennemi solidement installé sur ses positions défensives dans les régions de Bielgorod et de Kharkov.

 

 

Un ennemi harcelé et démoralisé

 

 

Les Allemands furent abusés par le calme relatif qui régna sur la face sud du saillant de Koursk du 24 juillet au 2 août. Comme ils restaient dans l'ignorance de ce que les Soviétiques préparaient et que leur propre estimation des forces ennemies et de leur déploiement dans le secteur était erronée, ils étaient loin de s'attendre à une grande offensive de l'armée Rouge sur ce point, à si brève échéance. De plus, ils ne disposaient plus, à l'époque, que de forces très réduites dans le saillant d'Orel. Enfin, le front du Sud-Ouest devait lancer son offensive à partir de la zone d'Izioum, le 17 juillet en direction de Barvenkovo, tandis que le front du Sud déclenchait la sienne sur le Mious.

 

 

Au cours de ces opérations, le front du Sud-Ouest avait franchi le Donetz septentrional en plusieurs points et menaçait de se ruer sur les arrières de l'ensemble des troupes allemandes du Donbass, tandis que le front du Sud avait enfoncé la ligne, fortement défendue, du Mious et s'était emparé d'une tête de pont, sur sa rive occidentale. Le haut commandement allemand avait, en conséquence, commencé à transférer ses troupes de la zone relativement tranquille de Bielgorod-Kharkov vers les régions d'Orel et du Donbass pour renforcer ses positions. Ainsi, le haut commandement soviétique, en organisant une coopération stratégique méticuleuse sur l'ensemble du front, avait réuni toutes les conditions favorables à une contre-attaque des fronts de Voronej et de la Steppe, en direction de Bielgorod et de Kharkov.

 

 

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Les forces principales des deux fronts se trouvaient donc maintenant rassemblées au nord de Bielgorod, bien placées pour déclencher un assaut frontal sur le point de suture de la IVe armée blindée et du groupement tactique « Kempff », contre un ennemi épuisé et démoralisé par l'échec de son offensive sur Koursk. Toutes ces données ayant été prises en considération et afin de réduire au minimum les délais de préparation de l'opération, il fut décidé de ne pas essayer de procéder à une concentration compliquée et de frapper immédiatement un grand coup avec les forces des deux fronts vers le sud-ouest en direction de Bogodoukhov, Balka et Novaia Vodolaga, de façon à couper la IVe armée blindée du groupement tactique « Kempff » et de les détruire tous les deux.

 

 

Dans cette phase de l'opération, le front de Voronej devait affronter plus particulièrement la IVe armée blindée, en l'attaquant par l'est sur Akhtyrka, tandis que le front de la Steppe obliquerait au sud, vers Kharkov, en bousculant au passage les défenses allemandes de la rive droite du Donetz septentrional. Au moment où le front de la Steppe approchait de Kharkov, la LVIIe armée du général Malinovski (front du Sud-Ouest) frapperait à l'ouest, de façon à tourner Kharkov par le sud. Cette opération avait été préparée très rapidement et avait demandé de gros efforts de la part du commandement, des états-majors et des organismes politiques.

 

 

Les forces allemandes, en face, se composaient de 18 divisions, dont 4 de panzers - au total quelque 300 000 hommes - avec plus de 3 500 canons et mortiers et 600 chars, environ, appuyés par les 900 avions de la IVe flotte aérienne. Elles occupaient des positions bien installées comportant un grand nombre d'ouvrages défensifs.

 

 

La défense tactique de la zone était constituée par deux ceintures qui s'étendaient en profondeur sur une vingtaine de kilomètres. La ligne principale de défense était articulée elle-même en deux positions, chacune d'elles comportant une série de points d'appui et de nids de résistance que reliaient entre eux de profondes tranchées, elles-mêmes dotées de boyaux de communication. Tous les villages avaient été équipés de façon à assurer une défense prolongée tous azimuts; quant aux villes de Kharkov et de Bielgorod, elles avaient été entourées d'efficaces ouvrages en bois ou en béton puissamment armés.

 

 

Au moment où l'opération allait se déclencher, les forces soviétiques disposaient d'une supériorité de 3 contre 1 en effectifs, de 4 contre 1 en chars et en artillerie et de 3 contre 2 en aviation. L'habileté du commandement avait encore accru cette supériorité dans les secteurs où devaient s'effectuer les percées.

 

 

La force de frappe principale du front de Voronej devait être constituée de formations des Ve et Vle armées ainsi que de la 1re armée blindée et de la Ve armée blindée de la Garde. Une concentration massive d'artillerie et de chars assurerait une pénétration rapide des défenses allemandes échelonnées en profondeur. A titre d'exemple, le secteur de la Ve armée de la Garde comptait 230 canons et mortiers et 70 chars au kilomètre. Une disposition particulière du plan d'opérations prévoyait que le front de Voronej lancerait les deux armées blindées dans la brèche faite par les deux armées d'infanterie, de façon à réaliser une pénétration profonde et rapide.

 

 

La contre-offensive fut déclenchée dans la matinée du 3 août, après trois heures de bombardement par l'artillerie et l'aviation. A 13 heures, dès que l'infanterie eut entamé la position principale de l'ennemi, avec la Ve armée de la Garde, les blindés entrèrent en action. Les brigades de tête tirèrent parti des trouées pratiquées dans les ceintures défensives et poussèrent en profondeur. Le 4 août, dans cette région, les groupes de choc soviétiques livrèrent de durs combats et poursuivirent leur progression au sud sans s'occuper des nids de résistance. Ils avancèrent ainsi de vingt kilomètres, et, le 5, le 270e régiment du colonel Seriougine, de la 89e brigade de fusiliers de la Garde, les avait conduits dans Bielgorod.

 

 

Ce coup puissant et inattendu des Soviétiques avait considérablement détérioré la situation des Allemands dans le Sud. Les divisions de panzers, fraîchement arrivées d'Izioum, de Barvenkovo et du Mious, battirent hâtivement en retraite non sans être malmenées par une série d'attaques aériennes.

 


L'action des partisans ukrainiens contre les voies ferrées à l'arrière des lignes allemandes fournit une aide efficace aux troupes soviétiques : ils avaient fait dérailler plus de 1 000 trains de ravitaillement et de renforts au cours des mois de juillet et d'août.

 

 

Une lettre du front

 

 

Les brèches pratiquées dans leur système défensif et les pertes subies dans les premiers jours- de la bataille avaient complètement démoralisé les Allemands. Dans une lettre adressée à son frère, un sous-officier, Otto Richter, dit :

 

 

« Mon cher Kürchen. Tu me connais. Je ne suis pas de ceux gui perdent la tête et qui s'affolent. J'ai toujours cru en notre mission et en la victoire. Mais aujourd'hui, ce seront mes adieux. Que cela ne te surprenne pas, je dis bien mes adieux. A jamais. Il y a peu de temps, nous partions à l'attaque. Tu ne peux pas te faire une idée de l'horreur et de l'accablement qui nous attendait. Nos soldats s'avançaient bravement, mais les Russes, de vrais démons, ne voulaient pas céder d'une semelle : chaque mètre nous coûtait la vie de plusieurs camarades. Et quand, à leur tour, ces excités nous foncèrent dessus, nous autres qui essayions de nous sauver, on peut dire qu'ils nous ont sonné les cloches! Nous avons abandonné Bielgorod hier. Nous ne sommes plus beaucoup... Dix-huit seulement, sur toute la compagnie. Et encore, nous n'avons pas trop à nous plaindre : à la 1e, ils ne sont plus que neuf!... Mon Dieu! Comment tout cela va-t-il finir ? »

 

 

Revenons aux troupes des fronts de Voronej et de la Steppe. Elles poursuivaient toujours l'ennemi. Des éléments de la 1er armée blindée et de la VIe armée de la Garde, après avoir progressé de près de 100 kilomètres en cinq jours de combats ininterrompus, s'étaient emparés, le 8 août, de l'un des centres de résistance les plus importants de l'ennemi, la ville de Bogodoukhov, coupant ainsi en deux les forces allemandes de la zone Bielgorod-Kharkov.

 

 

Le 11 août au soir, les troupes du front de Voronej avaient considérablement élargi la trouée vers l'ouest et le sud-ouest, et leur aile droite avait atteint les points d'appui de l'ennemi à Boromlia, Akhtyrka et Kotelva, tandis que leur aile gauche avait coupé la voie ferrée Kharkov-Poltava au sud de Bogodoukhov et dépassé Kharkov à l'ouest, créant ainsi une sérieuse menace pour les forces allemandes qui s'acharnaient encore à défendre la région de Kharkov. L'offensive du front de la Steppe, de son côté, avait également progressé entre le 8 et le 11 août et atteint le périmètre extérieur des défenses de Kharkov. La LVIIe armée soviétique (général Gagen), qui avait franchi le Donetz septentrional et s'était emparée de l'important centre ennemi de Tchougouiev, s'approchait, elle aussi, de Kharkov, mais par l'est et le sud-est.

 

 

Les Allemands faisaient maintenant des efforts désespérés pour entraver la progression soviétique et essayer de conserver Kharkov, dont la perte ouvrirait aux Russes la porte de l'Ukraine. C'étaient spécialement les unités qui s'avançaient au sud de Bogodoukhov qui les inquiétaient car elles laissaient prévoir leur encerclement dans Kharkov par l'ouest et le sud. Le haut commandement allemand décida alors de jeter dans la balance le gros des forces qu'il avait fait venir du Donbass. C'est ainsi que, le 11 août, se trouvaient rassemblées dans la région trois divisions de panzers des Waffen S.S., reconstituées après avoir beaucoup souffert : les divisions a « Das Reich », « Totenkopf » (Tête de mort) et « Viking ». On les lança contre la IIe armée blindée et sur une partie du flanc gauche de la VIe armée de la Garde.

 

 

De sanglants combats se déroulèrent au sud de Bogodoukhov, entre le 11 et le 17 août. Les Allemands avaient réussi à reprendre la supériorité en chars, grâce à l'appoint des divisions de Waffen S.S., ils purent ainsi repousser les Russes de 20 kilomètres vers le nord. Mais, le commandement soviétique ayant immédiatement envoyé sur ce point critique la Ve armée blindée de la Garde, l'ennemi ne put parvenir à percer le front pour prendre à revers la force de frappe du front de Voronej. Le 17 août, les pertes subies par lui le contraignirent à la défensive.

 

 

A la suite de cet échec, le haut commandement allemand prépara, vers le milieu du mois d'août, une offensive contre Bogodoukhov à partir de l'ouest (région d'Akhtyrka). Son intention était de couper le saillant au sud d'Akhtyrka, de pousser sur Bogodoukhov et de détruire le gros de la masse de manœuvre du front de Voronej. Mais, de son côté, te haut commandement soviétique, devinant cette manœuvre, concentra dans le secteur des forces fraîches prêtes à réagir. En trois jours de combats intenses, du 18 au 20 août, le front de Voronej fit échouer cette nouvelle tentative ennemie, d'abord en arrêtant l'avance allemande, puis en la rejetant sur sa ligne de départ.

 

 

La front de la Steppe, lui, avait enfoncé, le 13 août, la ceinture extérieure des défenses ennemies disposées autour de Kharkov, mais les Allemands continuaient à mener un wombat retardateur acharné en s'appuyant sur un système défensif bien articulé. Ils savaient que si Kharkov tombait, c'étaient toutes leurs troupes du Donbass q ui seraient en danger, aussi avaient-ils décidé de stabiliser le front et de conserver entre leurs mains la région industrielle de Kharkov, à quelque prix que ce frit. Von Manstein avait reçu des ordres en conséquence.

 

 

Du 18 au 22 août, les combats furent particulièrement farouches sur les flancs du front de la Steppe. Finalement, au soir du 22, la Ve armée de la Garde et la LIIIe armée avaient dépassé Kharkov à l'ouest et au sud-ouest, cependant que la VIIe armée de la Garde et la LVII° armée en avaient fait autant au sud-est et à l'est. Les Allemands étaient donc presque complètement encerclés. Ils ne contrôlaient plus que la route et la voie ferrée de Kharkov à Merefa et à Krasnograd, bien que cet étroit couloir fût constamment soumis aux attaques aériennes des Russes.

 

 

Le commandant du front de la Steppe, le maréchal Koniev, écrit:

 

 

« Quelle solution adopter, tel était le problème. Nous pouvions, bien sûr, engager la totalité des moyens qui nous étaient nécessaires pour couper _ ce couloir, encercler l'ennemi dans la ville et l'y achever. Mais détruire une force aussi importante dans une ville aussi fortifiée nous aurait pris beaucoup de temps et causé beaucoup de pertes. Il y avait une autre solution prendre la ville d'assaut, en chasser l'ennemi et réduire à néant, en rase campagne, ce qui lui restait déforces. »

 

 

Dans l'après-midi du 22 août, les Allemands commencèrent leur évacuation. Afin de leur interdire une retraite en bon ordre, de récupérer ce qui aurait été pillé et d'éviter la destruction de la ville, le commandant du front de la Steppe ordonna un assaut dans la nuit. La charge de s'emparer de la ville elle-même fut confiée à la LXIXe armée (général Krioutchenkine) et à la VIIe armée de la Garde. Toute la nuit, ce furent des combats de rue extrêmement violents. Les Allemands avaient transformé les immeubles en autant de blockhaus en installant de l'artillerie de moyen calibre aux étages inférieurs et des tireurs munis d'armes automatiques aux étages supérieurs. Enfin, toutes les voies qui menaient à la ville avaient été soigneusement minées et barricadées. Mais les troupes soviétiques, ayant contourné les fortifications de l'ennemi avec adresse, s'infiltrèrent au milieu de ses défenses et attaquèrent sa garnison avec audace et détermination. A midi, le 23, à l'issue de ce combat acharné, la ville, qui avait eu tant à souffrir des Allemands, était complètement débarrassée d'eux. La plupart des unités ennemies avaient été écrasées et les quelques survivants s'enfuyaient le long de la Merefa et de la Mja, avec l'armée Rouge à leurs trousses, laquelle récupérait des quantités de matériel abandonné.

 

 

Les forces soviétiques avaient détruit environ 15 divisions ennemies. Elles menaçaient maintenant toute l'aile sud du front allemand et disposaient d'une excellente position favorable à une offensive qui libérerait l’Ukraine « de la rive ouest » et atteindrait le Dniepr.

 

 

Dernière bataille pour la victoire

 

 

La bataille de Koursk s'était terminée par une brillante victoire des Soviétiques sur un ennemi habile et encore dangereux. C'est - avec Stalingrad - un des événements les plus importants de toute la guerre ; l'un des plus décisifs. Elle avait commencé au moment où l'équilibre des forces penchait en faveur de l'armée Rouge, dont le commandement, à tous les échelons, marquait également de grands progrès.

 

 

Elle avait vu ensuite l'armée Rouge repousser la dernière tentative d'offensive d'été sur laquelle les Allemands comptaient pour retourner la situation, préserver l'Axe de la dislocation et réduire les conséquences politiques de la défaite de Stalingrad.

 

 

La « dernière bataille de l'Allemagne pour la victoire » - ainsi s'exprimaient les Allemands eux-mêmes en parlant d'elle - avait été perdue. Le Reich nazi et la Wehrmacht voyaient maintenant se dresser devant eux le spectre redoutable de la catastrophe. Keitel, le chef d'état-major de l'O.K.W., devait plus tard déclarer qu'après la défaite subie par les forces allemandes au cours de l'été de 1943 le haut commandement allemand savait que la guerre ne pouvait plus être gagnée par les armes.

 

 

Le prestige de l'Allemagne venait de subir une irréparable atteinte.

 

 

Sur les 70 divisions engagées dans la zone de Koursk, 30 avaient été détruites, dont sept de panzers.

 

En cinquante jours de combats, les Allemands, de leur propre aveu, avaient eu plus de 500 000 hommes tués, grièvement blessés ou disparus. L'armée Rouge avait fermement repris l'initiative stratégique et elle devait la conserver pendant tout le reste de la guerre. En un mot, Koursk était véritablement le point extrême du tournant décisif qui avait été amorcé à Stalingrad.

 

 

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L'échec de l'offensive allemande sur Koursk devait porter le coup de grâce à toute la propagande allemande bâtie autour du mythe de la « nature saisonnière » de la stratégie soviétique, qui voulait que l'armée Rouge ne fût en mesure de partir à l'attaque que pendant les mois d'hiver. Les faits avaient montré qu'elle était capable, été comme hiver, de se battre. Une fois de plus, le haut commandement allemand avait mésestimé la puissance de l'armée Rouge et surestimé sa propre puissance et ses moyens. Parlant des batailles de l'été, Churchill a écrit

 

 

« Les trois immenses batailles de Koursk d’Orel et de Kharkov, qui se sont toutes trois déroulées dans l'espace de deux mois, avaient sonné le glas de l'armée allemande sur le front de l'Est. »

 

 

Le groupe de dirigeants allemands qui se partageait le pouvoir comprit que le moment était venu d'imaginer de nouvelles méthodes de faire la guerre. Il fut donc décidé de rester sur la défensive sur la totalité du front germano-soviétique, d'imposer à l'armée Rouge une guerre de positions et de gagner ainsi le temps nécessaire pour tenter de convaincre Américains et Anglais qu'on était arrivé à la « mi-temps » et qu'il convenait maintenant de profiter du rempart de l'Allemagne hitlérienne si l'on voulait préserver l'Europe du « péril rouge ». L'armée Rouge n'en laissa pas l'occasion. Elle continua de plus belle à frapper, sans interruption, tandis que le gouvernement soviétique mettait tout en œuvre pour que fussent appliquées les décisions prises d'un commun accord par les Alliés.

 

 

La troisième contre-offensive (après Moscou et Stalingrad) conduite avec brio par les Soviétiques avait amené les Allemands à jeter sur le front de l'Est tout ce qui leur restait comme forces importantes. C'est ainsi que de nombreuses formations de chasseurs et de bombardiers, de même qu'une grande quantité d'unités et de groupes des autres armes, durent être prélevées sur le théâtre d'opérations de la Méditerranée. Cette ponction facilita grandement le débarquement des Alliés en Italie.

 

 

Quant aux relations de l'Allemagne avec les autres pays de l'Axe, elles devinrent nettement plus délicates. A l'annonce de la défaite de Koursk, les dirigeants de Finlande, de Hongrie et de Roumanie multiplièrent les efforts entrepris depuis Stalingrad pour trouver une solution à leur situation, qui devenait de plus en plus difficile. La victoire de l'armée Rouge, d'un autre côté, avait insufflé une vigueur nouvelle à la lutte que les différents pays occupés menaient dans l'ombre contre l'« ordre nouveau » que Hitler entendait instaurer en Europe.

 

 

Cette victoire de Koursk avait eu, d'autre part les plus heureux effets chez les Alliés ; elle renforça les sentiments de solidarité des différents peuples avec l'Union soviétique. Le président Roosevelt, lui-même dans un discours aux Américains, le 28 juillet, s'était exprimé ainsi : « L'offensive allemande - qui maintenant a vécu - lancée au début de ce mois n'était que la dernière tentative désespérée du Reich pour relever le moral de son peuple. Mais les Russes ne se sont pas laissé surprendre... Jamais il n'a été donné au monde entier d'assister à la démonstration de tant de dévouement, de tant de détermination, de tant d'esprit de sacrifice [...] que ceux manifestés par le peuple et les armées russes. »

 

 

La cause principale de l'échec de la stratégie des offensives de la Wehrmacht était la croissance constante, tout au long de la guerre, de la puissance de l'État soviétique et de ses forces armées, et la bataille de Koursk n'a fait qu'apporter un nouveau témoignage des talents militaires soviétiques. Enfin, la défaite des Allemands à Koursk était à peine consommée que, déjà, se préparait une grande offensive pour les mois à venir.

 

 

L'armée Rouge allait attaquer sur un front de 2 000 kilomètres, de Velikié Louki à la presqu'île de Taman.

 

 

PARTIE 2 :   CARTES

 

 

Levy 339


Carte détaillant l'offensive allemande « Zitadelle » : Période du 5 au 23 juillet 1943.

 

 

Levy 340


Carte de la contre-offensive russe : du 12 juillet au 23 août 1943.

 

Notes :

1 -  StavkaLe 23 juin 1941, au lendemain de l'invasion allemande de l'URSS pendant la Seconde Guerre mondiale (la Grande Guerre patriotique), la Stavka est constituée par un décret top secret signé par Staline en sa qualité de chef du gouvernement et du Parti communiste de l'Union soviétique pour diriger l'Armée rouge. Selon ce décret, la Stavka est comp

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Le PC vénézuélien salue la victoire de Maduro et met en garde : « La droite pro-impérialiste essaie de créer un climat de guerre civile »

16 Avril 2013, 06:59am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

La victoire de Maduro est celle de la patrie

Communiqué du Parti communiste vénézuelien

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

 

conferencia 002Dans la seconde élection présidentielle en un peu moins de six mois, s'est imposée au Vénézuéla la candidature des forces populaires et progressistes, rassemblées dans le Grand pôle patriotique. A cette occasion, la victoire est revenue à Nicolas Maduro, vice-président de la République jusqu'à la mort du président Chavez le 5 mars dernier, et qui fut nommé personnellement par lui comme son successeur avant de se soumettre aux opérations dont il ne se remit jamais.



La différence pour Maduro est la plus infime obtenue par l'alliance bolivarienne depuis le premier triomphe de Chavez en 1998 : 51% contre 49%, un peu plus de 230 000 voix, dans une élection à laquelle participe près de 79% des 18,9 millions de citoyens habilités à exercer leur droit de vote.



Les hauts niveaux de participation lors de ces élections, ont mis de niveau en évidence à la face du monde toute la vigueur de la démocratie vénézuélienne. Il faut rappeler qu'en octobre, quand Chavez était réélu, la participation avait dépassé les 80%. (…)



Tout de suite après l'annonce officielle, une fête populaire a explosé dans les rues du centre de Caracas et dans les quartiers populaires, célébrant le triomphe du candidat du Grand pôle patriotique, une grande alliance dont font partie 14 partis politiques et de nombreuses organisations sociales, culturelles, syndicales et communales.

 

 

Les deux partis les plus importants de l'alliance sont le Parti socialiste unifié du Vénézuela (PCV) que dirigeait Chavez et auquel appartient Maduro, et le Parti communiste du Vénézuéla, premier parti à avoir soutenu Chavez en 1998 et premier de nouveau qui a annoncé formellement la candidature de Maduro après sa XII ème Conférence nationale organisée le 10 mars dernier, cinq jours à peine après la mort de Chavez.



capriles-desconoce-triunfo-de-maduro.jpgLa droite tente de créer un climat qui nous conduit à la guerre civile



Le Bureau politique du Parti communiste du Vénézuéla (PCV), tout en analysant la journée électorale d'hier au Vénézuéla, a mis en garde le peuple contre le fait que la droite fasciste nationale et internationale, de mèche avec l'impérialisme, tentent de tendre une embuscade au peuple et au processus démocratique en créant un cadre qui nous conduise à une Guerre civile.



C'est ainsi que s'est exprimé Oscat Figuera, secrétaire général du Parti communiste, dénonçant l'atittude de l'opposition consistant à ne pas reconnaître les résultats des élections présidentielles :



« Nous souhaitons dénoncer Guillermo Aveledo, le candidat et toute son équipe, qui tentent de tendre une embuscade contre notre peuple et le processus démocratique vénézuélien, de la même façon qu'en avril 2002 ils firent partie des forces qui se sont révoltés contre le processus de transformation démocratique » a souligné Figuera.



Pour le PCV, il est important que le peuple vénézuélien ne perde pas de vue le caractère pseudo-démocratique, les tendances putschistes et déstabilisatrices de ceux qui mènent l'opposition :



« Nous le voyons bien dans le fait que le candidat de l'opposition ne reconnaisse pas les résultats alors qu'ils savent ce que sont les résultats, car si 54% des machines déjà contrôlées se révèlent tout à fait fiables, et eux-mêmes l'attestent, qu'espèrent-ils obtenir des 46% restants ? », a questionné le dirigeant communiste, s'exprimant en faveur du contrôle de 100% des bulletins de vote ou pièces justificatives réalisés par les vénézuéliens via le système automatisé.



Le Parti communiste a dénoncé une droite pro-impérialiste qui cherche à créer un climat de suspicion sur l'organe de contrôle des processus électoraux et des résultats publiés : « et se donner un temps pour faire monter cette exaspération au sein du peuple », a insisté Oscar Figuera.



Figuera a rappelé que Guillermo Aveledo, quelques jours auparavant, soulignait qu'il attendait du gouvernement qu'il respecte les résultats : « Ah, mais ils attendent que le gouvernement respecte les résultats, mais eux ne sont pas disposés à les respecter. Cela fait partie de cette attitude pseudo-démocratique, de ces putschistes qui avancent masqués qui l'ont déjà prouvé en avril 2002, car ce sont les mêmes acteurs, ils ne sont pas nouveaux. Ils sont restés dans l'impunité la plus totale ».



Le Parti communiste a exprimé son avis sur une attitude qui vise à nier définitivement les résultats électoraux :

 

« Ils ont un projet conspirateur, déstabilisateur visant à créer les conditions qui permettent de plonger le pays dans une confrontation fratricide ouverte et ils comptent en cela sur la main visible et invisible de l'impérialisme nord-américain et sur les noyaux de para-militaires qui semés dans notre pays par la droite vénézuélienne et internationale », a dénoncé Figuera.



Le Parti communiste a lancé un appel à ceux qui ont voté pour Nicolas Maduro et pour l'opposition :

 

« Agissons avec la maturité politique qu'exige le moment, rejetant toute forme de provocation et de projet visant à produire un climat d'affrontement, de déstabilisation et de crise générale qui rende ingouvernable la société vénézuélienne ».



Il a ajouté qu' « existent les mécanismes et les méthodes pour que les résultats soient à chaque fois plus transparents, avec l'immense participation de notre peuple, et nous ne laisserons pas faire, en tant que peuple, la manipulation, la provocation qui fait dérailler le processus politique vénézuélien de son cours naturel », a insisté Oscar Figuera.



Le dirigeant communiste a tenu à rendre compte du fait que face à la gravité de la situation : « Aujourd’hui, nous mettons garde nos cadres, dans tout le pays, afin qu'ils restent vigilants pour empêcher les agissements contre-révolutionnaires, anti-patriotiques et au service de l'impérialisme, cherchant à créer un climat qui nous conduise à une guerre civile ».

 

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Non, la Corée du Nord n'a pas "déclaré la guerre" à la Corée du Sud et aux Etats-Unis !

3 Avril 2013, 18:15pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Nucléaire RPDC-USAC'est la loi du genre dans le domaine des médias : les réactions à chaud mettent en avant l'information inédite ou sensationnelle (le "scoop") pour "créer l'événement", le terme même de "créer" étant en lui-même significatif puisqu'il ne s'agit pas seulement de relayer une information, mais de l'interpréter et de la mettre en contexte afin d'amener l'opinion publique, sinon les décideurs politiques eux-mêmes, à agir et réagir. En ce sens, mise à part une minorité de lecteurs, d'auditeurs ou de téléspectateurs avertis, l'opinion peut facilement être orientée dans un sens donné. Pour notre part, au sein de l'Association d'amitié franco-coréenne, nous avons toujours préféré l'analyse, laquelle s'inscrit dans la durée et exige un recoupement des sources, aux réactions à vif. C'est le sens des articles que nous écrivons depuis des mois sur la montée actuelle des tensions dans la péninsule coréenne, où nous montrons que l'escalade ne peut pas, par nature, être le fait d'une seule des parties - alors que les opinions occidentales sont préparées à l'idée d'une réaction ferme des Etats-Unis aux "provocations" de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), selon la terminologie utilisée par les armées américaines et sud-coréennes. Les communicants de ces deux armées, en investissant largement le champ des médias, parviennent ainsi à influencer l'opinion dans un sens favorable aux intérêts de Washington et de Séoul. Dans ce contexte, une nouvelle a défrayé la chronique des médias le samedi 30 mars 2013 : la RPDC serait en état de guerre, et aurait donc déclaré la guerre à la Corée du Sud et aux Etats-Unis. Une telle nouvelle a été accueillie comme pain bénit par les faucons américains et sud-coréens dans leur entreprise de diabolisation de la Corée du Nord. Las, le tuyau était percé : non seulement l'agence officielle nord-coréenne n'a jamais parlé de déclaration de guerre, mais une erreur de traduction serait intervenue... Explication de texte et mise au point.

La nouvelle est tombée ce samedi 30 mars 2013 par une dépêche de l'agence russe Ria Novosti, une des meilleures sources d'informations sur la Corée du Nord qui soit indépendante des gouvernements des pays occidentaux et de la Corée du Sud : "la déclaration faite samedi par Pyongyang selon laquelle la Corée du Nord était en 'état de guerre' avec le Sud résulte d'une erreur de traduction, ont affirmé les autorités nord-coréennes, précisant qu'il s'agissait seulement de la volonté de Pyongyang de réagir ''selon les lois applicables en temps de guerre' à toute agression étrangère."

Il n'y a donc pas d' "état de guerre", ni a fortiori de "déclaration de guerre", comme l'ont interprété un peu hâtivement plusieurs médias. Au demeurant, d'un point de vue juridique, si des actes engageant les Etats comme les déclarations de guerre obéissent à des procédures formelles (en France, une déclaration de guerre requiert une autorisation du Parlement), dans la pratique les déclarations de guerre sont tombées en désuétude, l'exécutif décidant seul des actions militaires, entreprises dans des délais jugés incompatibles avec ceux, plus lents, des travaux parlementaires. Aujourd'hui, on constate seulement des situations, pouvant être qualifiée de "tensions", de "guerre" ou encore d' "opérations", selon une terminologie choisie à dessein par l'émetteur d'informations afin d'influencer l'opinion. Pour reprendre l'exemple de la France, l'engagement actuel des forces militaires au Mali a été suivi d'un débat dans les deux chambres du Parlement, mais il n'y a pas eu de délibération préalable, ni de déclaration de guerre.

Dans l'escalade actuelle autour de la péninsule, les autorités nord-coréennes s'étaient de même déjà placées dans une position de constat d'une situation donnée, en observant que l'accord d'armistice avait de facto pris fin au regard des actions engagées par les Etats-Unis. De ce point de vue, il ne pouvait donc pas s'agir d'une rupture unilatérale de l'accord d'armistice de 1953, comme le leur avait reproché le gouvernement américain.

Dans la nuit du 29 mars, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un avait déjà donné l'ordre de placer les missiles de la RPDC en position de combat afin de pouvoir frapper, en cas de provocations américaines, les bases des Etats-Unis situées sur le continent américain, dans le Pacifique et en Corée du Sud. Une semaine plus tôt, le commandement des troupes américaines en Corée du Sud et le chef d'état-major sud-coréen avaient rendu publique l'existence d'un nouvel accord militaire avec la Corée du Sud comportant un plan d'attaque contre la Corée du Nord, en évoquant l'hypothèse, bien sûr inverse à celle des Nord-Coréens, de provocations de la Corée du Nord... Mais dans ce conflit d'interprétations et de points de vue, les faits sont têtus : ce sont aujourd'hui les Américains qui manoeuvrent à proximité immédiate de la Corée du Nord, et pas l'inverse.

US attack NK map SPARK

Scénario d'attaque contre la Corée du Nord (source : Solidarity for Peace and Reunification of Korea)

En tout état de cause, la RPDC s'estime gravement menacée. Publiée par l'agence officielle nord-coréenne KCNA le 30 mars 2013 (voir ci-dessous), la déclaration conjointe "du Gouvernement, des partis politiques et des organisations de la RPDC" a adopté un ton martial - même si l'on retire les propos liminaires et le titre de la dépêche d'agence selon lesquels les relations intercoréennes sont dans un "état de guerre", puisqu'il s'agit d'une erreur de traduction, comme l'a indiqué Ria Novosti :

- le premier point, qui a fait coulé le plus d'encre, concerne les conséquences de la situation actuelle sur les relations intercoréennes : alors que l'armistice ayant mis fin aux combats de la guerre de Corée a entraîné une situation ambiguë (ni guerre, ni paix), la RPDC estime que les Etats-Unis et leurs alliés sud-coréens ont rendu caduc l'accord d'armistice et que, à présent, "les relations entre le Nord et le Sud seront régies selon les lois du temps de guerre. [...] En conséquence, la RPDC punira immédiatement la moindre provocation blessant sa dignité et sa souveraineté par des actions résolues et sans merci sans avertissement préalable" ; il s'agit, dans un style propre à la RPD de Corée, de dispositions analogues à celles annoncées il y a une semaine par les Etats-Unis dans le nouvel accord de défense avec la Corée du Sud ;

- le deuxième point précise le champ de la mise en garde au regard des potentielles provocations américaines (de ce point de vue, la RPDC est plus transparente que les Etats-Unis puisqu'elle définit la nature de ce qu'elle considère être une provocation, alors que les Etats-Unis entretiennent le flou sur ce que serait selon eux, a contrario, une provocation nord-coréenne qui légitimerait une action de leur part) : "si les Etats-Unis et le groupe fantoche sud-coréen commettent une provocation militaire pour déclencher une guerre contre la RPDC en tout lieu y compris les cinq îles de la mer de Corée occidentale ou le long de la ligne militaire de démarcation, le conflit ne serait pas limité, mais conduirait à une guerre totale et une guerre nucléaire" ; ce point vise à prévenir toute violation du territoire nord-coréen en mettant en garde contre les risques, dans cette hypothèse, d'un conflit généralisé ; ce n'est pas la première fois que la RPDC déclare qu'elle n'acceptera pas le moindre empiètement sur son territoire national, mais il est intéressant de noter que cette déclaration intervient au lendemain du survol de la Corée par des bombardiers américains furtifs B2, qui a laissé planer la menace de frappes aériennes ; par ailleurs, contrairement à ce que veulent faire accroire les communicants de l'armée américaine et leurs relais dans les médias, la Corée du Nord ne se place pas en position d'agresseur, mais dans la situation d'un Etat exerçant son droit de légitime défense et qui riposterait à une agression extérieure ; c'est dans cette seule hypothèse que la RPDC précise qu'une agression impliquerait une riposte nord-coréenne contre n'importe quelle base des Etats-Unis, qu'elle soit située sur le territoire américain, dans le Pacifique ou en Corée du Sud ;

- dans le troisième et dernier point, la RPD de Corée précise qu'elle serait alors engagée "dans une grande guerre pour la réunification nationale", et qu'elle ne laisserait pas échapper une "occasion en or de remporter la victoire finale" ; la déclaration décrit alors le scénario d'une "guerre éclair", dans les faits très proche de l'offensive nord-coréenne qui l'avait conduit, dans les premiers jours de la guerre de Corée en 1950, à occuper presque toute la péninsule, avant la contre-offensive des troupes des Nations Unies sous commandement américain, menée jusqu'à la frontière chinoise, suivie d'une intervention de la Chine dans le conflit puis du reflux des Américains et de leurs alliés avant, in fine, la stabilisation du front autour de l'actuelle zone démilitarisée séparant les deux Corée.

Alors que cette déclaration est généralement interprétée par les médias occidentaux comme une simple escalade verbale, il serait erroné de sous-estimer le sentiment d'insécurité réel des Nord-Coréens et la volonté d'affermir l'unité nationale autour du Parti et des dirigeants. Par ailleurs, vis-à-vis du monde extérieur, la détermination des Nord-Coréens est de nature à dissuader les Etats-Unis de toute aventure militaire et, finalement, prévenir des risques de dérapage vers un nouveau conflit. Selon l'adage romain, "Si vis pacem, para bellum", "Si tu veux la paix, prépare la guerre".

Sources : AAFC, KCNA, Ria Novosti

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Le Parti communiste ukrainien (KPU) triple son score aux législatives : avec 14% des voix, il s'impose comme la troisième force du pays

30 Octobre 2012, 16:37pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

 

cp ukrLe Parti communiste ukrainien (KPU) triple son score aux législatives : avec 14% des voix, il s'impose comme la troisième force du pays





Après la Russie et la République tchèque, c'est désormais en Ukraine que les communistes réalisent une progression historique, s'imposant après les élections législatives du 28 octobre comme la troisième force du pays, après le décompte de 85% des bulletins.



Le duel entre les deux partis représentant les deux fractions de la classe dominante ukrainienne a bien eu lieu.



D'un côté, le « Parti des régions » de Viktor Yanukovitch, représentant l'aile pro-russe et une base électorale orientale trans-classiste mais plutôt populaire, sort vainqueur avec 31,9% des voix.



Il devance le « Parti de la Patrie » de Yulia Timoschenko, pro-occidental, dont le programme libéral représente pour l'essentiel les intérêts des couches moyennes occidentales de l'Ouest et des grandes villes. Un bloc occidental qui obtient 24,1% des voix.



La surprise est venue de la troisième force qui arbitrera ce duel. Défiant tous les sondages, le Parti communiste d'Ukraine (KPU) obtient 14% des voix, réalisant son meilleur score depuis plus de dix ans.



Dans un contexte de crise, la personnalisation extrême mais aussi le flou idéologique et le vide programmatique des deux grands blocs a laissé un espace aux communistes. Ils sont apparus à beaucoup comme la seule alternative au consensus libéral dominant et au jeu des grandes puissances dont l'Ukraine est captive.



Le KPU devance ainsi le parti qui était annoncé comme la « troisième force », le parti de droite UDAR, fondé par le boxeur Vitali Klitschko sur une base pro-européenne, libérale-conservatrice, compatible avec le bloc de Timoschenko. Le parti de Klitschko obtient 13,5% des voix.



Les communistes mettent surtout à distance le parti d'extrême-droite fascisant « Svoboda » (Liberté), alors que la complaisance médiatique avec les 'nationalistes' de Svoboda avait conduit à forger l'idée d'un duel entre communistes et néo-fascistes. Svoboda obtient tout de même 9,5% des voix.



Les communistes ukrainiens ont analysé avec beaucoup d'inquiétude cette percée : « C'est un choc. Le néo-fascisme est aux portes de l'Ukraine », a déclaré le député communiste Piotr Tsybenko. Le secrétaire-général du KPU Piotr Simonenko a rappelé que « ce sont de grands groupes qui financent Svoboda. N'oublions pas que c'est en période de crise, avec le soutien du grand capital, qu'Hitler a accédé au pouvoir dans les années 1930 ».



Les communistes triplent leurs scores avec un ancrage à l'Est et une progression à l'Ouest



Le résultat des communistes constitue une percée spectaculaire par rapport aux scrutins précédents. En 2007, les communistes ukrainiens n'avaient obtenu que 5,39% des voix tandis que Piotr Simonenko était tombé 3,5% des voix aux dernières présidentielles de 2010.



Déjouant le discours dominant sur l'inexorable déclin des communistes ukrainiens, le KPU obtient son meilleur score depuis 2002, ralliant sur le programme des communistes plus de 2,5 millions d'électeurs.



L'analyse de la carte électorale du Parti révèle un ancrage du vote communiste traditionnel, celui des ouvriers et des retraités des couches populaires du l'Est du pays : Donetsk (18,8%), Kharkov (20,8%), Zaporozhje (21,1%), Luhansk (24,9%) ; mais aussi du Sud rouge : Odessa (18,1%), la Crimée (19,5%), Kherson (23,1%) le maximum étant atteint à Sebastopol (29,4%).



La faiblesse relative des communistes chez les jeunes, les autres couches salariés et dans l'Ouest du pays est toujours réelle, mais elle est compensée par une nette progression, en particulier dans les régions de l'Ouest et du Centre. Ainsi, le KPU passe à Vinnitsa de 5 à 9%, à Zhitomir de 5,8 à 13,7%, à Poltava de 6,5 à 13,5% ou encore de 3 à 7% à Kiev.



« Les régions occidentales de l'Ukraine sont confrontées à de nouveaux problèmes. Chaque famille a un enfant travaillant à l'étranger, les enfants sont dans la rue au lieu d'aller à l’école, le chômage et les bas salaires touchent tout le monde », explique le secrétaire-général du KPU.



« Les travailleurs n'hésitent plus, même à l'Ouest, à dire qu'il vivait mieux sous le régime soviétique. Quant aux jeunes, ils sont de moins sous l'emprise des dogmes et des mythes nationalistes », ajoute Petro Simonenko.



Le succès du Parti communiste s'explique par la large diffusion et la réception positive du « Programme anti-crise » du KPU, tranchant avec le consensus ultra-libéral dominant la vie politique du pays.



Parmi les propositions mises en avant : le retrait de la réforme des retraites, la nationalisation des grandes entreprises ou encore un plafond pour les prix des services publics de base.



Les communistes dénoncent les fraudes et marquent leur indépendance politique



L'analyse du scrutin réalisée par les directions nationales et locales du KPU ne se limite pas à une auto-congrulation. Au contraire, c'est la colère qui l'emporte devant les fraudes massives auquel le gouvernement a eu recours.



« Il y a toutes les raisons d'affirmer que ces élections législatives n'étaient ni démocratiques, ni justes » et la conséquence « de la fraude et de la manipulation éleccotrale, c'est que le grand capital sera sur-représenté au Parlement », a déclaré après le scrutin le secrétaire-général du Parti.



La liste des cas de fraudes déclarés s'allonge d'heure en heure : achat des votes à Odessa, « tour de manège » (transport des électeurs en car pour voter plusieurs fois) à Zhitomir, pannes inopinées de courant à Donetsk pendant le décompte des voix, caméras de surveillance laissant des angles morts aux dépouilleurs ou encore les « âmes mortes » (le vote de personnes décédées présentes encore sur les listes) à Vinnitsa

 

Le pouvoir a eu recours à toute la panoplie des fraudes et manipulations pour emporter le scrutin. Des pratiques dénoncées haut et fort par le KPU :



« Nous ne pouvons que reconnaître ces violations, et exiger qu'elles soient condamnées (…) Le Parti communiste ne peut pas se taire devant de tels faits », a déclaré le député Sergey Gordenko.



Mais si le KPU a exprimé sa colère vis-à-vis des méthodes du gouvernement, relayé la lassitude du peuple vis-à-vis de tels procédés récurrents depuis une vingtaine d'années, la question des alliances est restée ouverte après le scrutin.



Le KPU a d'ores et déjà exclu l'éventualité d'une alliance avec les partis d' « opposition » de droite : UDAR, bloc Timoschenko, Svoboda : « nous ne conclurons aucune alliance avec l'opposition », a précisé Igor Alexeev, responsable élections du KPU.



Le Parti communiste n'a à l'heure actuelle pas exprimé son souhait de nouer une alliance gouvernementale avec le « Parti des régions » de Janukovitch, il a par contre exprimé son désir de rester une force politique indépendante :



« Nous traiterons chaque projet de loi au cas par cas. Seul le temps nous prouvera quelles sont les dispositions des différentes forces politiques par rapport à la défense des droits et libertés de nos concitoyens. Le Parti communiste agira au Parlement comme une force indépendante. Il n'y a pas d'autre choix », a ainsi clarifié Petro Simonenko.



En tout cas, en Ukraine, comme en République tchèque, en Russie, ou encore en Lettonie et en Moldavie, vingt après la contre-révolution capitaliste en Europe de l'Est, les communistes qui ont fait le choix de le rester n'ont jamais été aussi populaires.

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Les tentatives visant à faire interdire les communistes en Moldavie sont vouées à l'échec !

25 Juillet 2012, 13:23pm

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Déclaration du Comité Central du Parti Communiste de Transnistrie (PKP)

Le 12 juillet 2012 le Parlement de la République de Moldavie a adopté une loi interdisant les symboles communistes et soviétiques et a pris une décision « l'évaluation historique, politique et juridique du régime totalitaire communiste. »

comite-central-moldave.jpg

Dans le même temps les chefs du Parti libéral et du Parti démocratique ont exprimé leurs intentions "d'évaluer" tous les monuments de l'ère soviétique et, en conséquence - de supprimer toute mention de l'Union soviétique dans les manuels scolaires.

Ainsi, dans le territoire de la République de Moldavie deviennent tabous les symboles de l’État de la République Moldave du Dniestr - le drapeau et des armoiries, héritées de la RSS de Moldavie.

La Transnistrie, vivant jusque-là sous le drapeau avec le marteau et la faucille, tombe dans la «délinquance». Avec tous ses attributs étatiques, les manuels scolaires, et des monuments aux soldats soviétiques.

En outre, un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, qui oserait sortir avec ses décorations militaires, qui dépeignent les symboles soviétiques sera en violation de la loi dans la "démocratique" République de Moldavie. Tombe aussi sous l'interdiction la Bannière de la Victoire dont nous sommes tous fiers.

Les dirigeants de l'alliance font des appels blasphématoires pour «le retour de la Transnistrie a la Moldavie» avec la mise à disposition d'un «statut»! En réalité, ces politiciens sont prêts à tout pour détruire tout ce qui est cher aux honnêtes gens qui vivent sur les deux rives du Dniestr, établir des représailles sur de nombreux citoyens dignes et salir les plus belles pages de notre histoire commune.

Pour la plupart l'interdiction des symboles communistes est une tentative d'imposer l'interdiction du Parti des communistes de la République de Moldavie. L'adoption de cette loi essentiellement anti-nationale a provoqué la colère et le ressentiment de toutes les personnes qui pensent, non seulement à la Moldavie, mais aussi bien au-delà.

Il est clair que les dirigeants actuels de la Moldavie, avec l'effondrement économique du pays, ont mis beaucoup de citoyens moldaves à la limite de la survie, la période où la République de Moldavie soviétique était une des républiques les plus florissantes et les plus sur de l'URSS apparaît comme un coup dur pour l'Alliance. Ils ont peur d'un fort, populaire, bien organisé Parti communiste, qui protège systématiquement les intérêts des citoyens moldaves. Ce qui explique les actions de l '«Alliance».

Ces dernières années, les partis qui sont entré dans l '"Alliance pour l'intégration européenne" n'ont pas eu de réel succès dans les politiques nationales et étrangères, ils n'ont pas lutté contre la pauvreté et la souffrance. Les activités de l '"Alliance" ont contribué seulement a renforcer la haine ethnique dans la société et la résurgence du fascisme. La conclusion logique de ces activités et l'adoption de la Loi, qui a gravement violé les droits de l'homme.

Les auteurs de ce projet de loi sont ceux qui ne reconnaissent pas la décision du Tribunal de Nuremberg. Ceux qui se considèrent comme des perdants, et non pas les gagnants dans la Seconde Guerre mondiale. Ceux qui sont prêts à sacrifier l'indépendance de la Moldavie, la transformant en une province arriérée de la Roumanie et en une base de l'OTAN. Et les insinuations au sujet du "passé totalitaire" de la RSS de Moldavie ne contribueront pas à cacher leur vrai visage – des usurpateurs, des prédateurs, des ennemis de leur propre peuple !

Le Comité central du Parti communiste du Dniestr envisage des actions contre les autorités actuelles de la République de Moldavie n'est pas une lutte politique mais une attaque contre toutes les forces réactionnaires. Les Progressistes, les démocrates de la République de Moldavie doivent lutter contre une tentative d'établir un gouvernement antipopulaire pro-roumain. L'histoire se souvient que les dictatures fascistes dans les pays commencent toujours par la suppression des mouvements communistes et la terreur politique contre les dissidents.

Le Comité Central du Parti Communiste de Transnistrie estime que les actions de l'alliance sont des actes inamicaux par rapport à la République Moldave du Dniestr, son peuple et, étant donné la situation, estime qu'il est impossible de créer un Etat commun avec la Moldavie.

Le Président du Comité central du Parti communiste encourage la Transnistrie, le Soviet Suprême de la Transnistrie a se tenir debout sur les positions de la souveraineté et de l'indépendance de notre république, nous devons confirmer les résultats du référendum de 2006 sur la conservation de la Transnistrie en tant qu'Etat indépendant.

Dans le même temps, nous exprimons notre solidarité avec les camarades du Parti des communistes de la République de Moldavie et nous ne doute pas que les tentatives de l'alliance au pouvoir pour faire face au Parti communiste est vouée à un échec complet. Le peuple moldave a plusieurs reprises a apporté son soutien à un parti communiste de masse.

Nous sommes convaincus que le soutien aux communistes moldaves viendra aussi d'autres partis frères, de toutes les organisations sociales progressistes, tous les peuples qui réfléchissent dans le monde.

Président du Comité central
Oleg Horjan

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Le PC Grec sur l'Acropole : « A la bas la dictature de l'Union européenne des monopoles ! »

12 Février 2012, 10:00am

Publié par -BLOG-PCF-ARRAS

Le PC Grec (KKE) déploie une nouvelle banderole sur l'Acropole : « A la bas la dictature de l'Union européenne des monopoles ! »

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Le KKE a déployé deux banderoles géantes au sommet du rocher de l'Acropole ce samedi matin, second jour de la grève générale de 48 heures. Des centaines de militants du KKE, brandissant des drapeaux rouges et scandant des mots d'ordres contre les mesures du gouvernement, de l'UE et de la ploutocratie, ont lancé un appel à la vigilance et à un soulèvement populaire général.

Le KKE, par cette action symbolique, lance un appel à la classe ouvrière, aux couches populaires et à la jeunesse afin qu'ils participent cette lutte décisive sous le mot d'ordre général : « A bas la dictature de l'Union européenne des monopoles ! » avec comme revendications : « Démission du gouvernement, retrait de l'UE, annulation unilatérale de la dette et pouvoir populaire ».

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Déclaration finale de la 13ème Rencontre des Partis communistes et ouvriers à Athènes

21 Décembre 2011, 10:50am

Publié par -BLOG-PCF-ARRAS

Shma_Sunantisis_TELIKO_Fr.jpgDéclaration finale de la 13ème Rencontre

des Partis communistes et ouvriers à Athènes

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Le socialisme est l'avenir !

La situation internationale et la lutte pratique des communistes vingt ans après la contre-révolution en URSS. Les objectifs du développement de la lutte de classe dans les conditions de la crise capitaliste, des guerres impérialistes, des luttes populaires et des soulèvements en cours, pour les droits ouvriers et populaires, le renforcement de l'internationalisme prolétarien et du front anti-impérialiste, pour le renversement du capitalisme et la construction du socialisme 

Les représentants de 78 partis venant de 59 pays différents ont pris part à la rencontre. Nombre de partis qui ne sont pas parvenus à participer pour des raisons indépendantes de leur volonté ont envoyé des messages écrits. 

Nous saluons depuis Athènes la montée des luttes populaires. Elles libèrent un immense potentiel émancipateur contre l'impérialisme, contre l'exploitation et l’oppression capitalistes, pour les droits sociaux, les droits au travail, le droit à la société sociale des travailleurs du monde entier. 

La rencontre s’est tenue dans le contexte critique où la crise capitaliste, profonde et prolongée, continue de dominer la situation internationale. Elle s'accompagne d'une escalade de l’agressivité de l'impérialisme telle qu’elle s'est exprimée dans les décisions du Sommet de Lisbonne qui a défini la nouvelle stratégie de l'OTAN. Cette réalité confirme les analyses dressées dans les déclarations des 10e, 11e et 12e rencontres internationales qui ont eu lieu au Brésil (Sao Paulo) en 2008, en Inde (New Delhi) en 2009 et en Afrique du sud (Tshwane) en 2010. 

Il devient de plus en plus évident pour des millions de travailleurs que la crise est une crise du système. Il ne s'agit pas de défaillances au sein du système mais c'est le système lui-même qui est défaillant et qui engendre des crises régulières et périodiques. Cette crise provient de l’aiguisement de la contradiction principale du capitalisme entre le caractère social de la production et l'appropriation privée capitaliste et non de telle ou telle gestion du système ou de tel ou tel dysfonctionnement dû à la cupidité de quelques banquiers ou capitalistes ou encore au manque de mécanismes régulateurs efficaces. Cela souligne les limites historiques du capitalisme et la nécessité de renforcer les luttes pour la rupture anticapitaliste et antimonopoliste, le renversement révolutionnaire du capitalisme. 

Aux États-Unis, au Japon, dans l'UE et dans d'autres économies capitalistes, les impasses des diverses formes de gestion bourgeoise sont manifestes. D'un côté, les politiques d’austérité mènent à une récession profonde et prolongée. De l’autre côté, les politiques expansionnistes, avec de grands plans d’aides publiques aux groupes monopolistes, au capital financier et aux banques fait grimper l'inflation et gonfler la dette publique. Le capitalisme transforme les faillites privées en faillites publiques. Le capitalisme n'a pas d'autre réponse à la crise que la destruction massive des forces productives et des ressources, les licenciements de masse, les fermetures d’usine, l'offensive généralisée contre les travailleurs et les droits syndicaux, contre les salaires, les retraites et la sécurité sociale, la baisse des revenus de la population, la hausse massive du chômage et de la pauvreté. 

L'offensive antipopulaire se renforce. Elle se manifeste avec une intensité particulière dans certaines régions. La concentration et la centralisation du capital monopoliste intensifient le caractère réactionnaire du pouvoir politique et économique. Sont mises en avant les restructurations capitalistes et les privatisations pour la compétitivité et la maximisation des profits du capital, pour lui assurer une force de travail à moindre coût et un recul de plusieurs décennies en termes de droits sociaux et de droits des travailleurs. 

L'intensité de la crise, sa simultanéité à l'échelle mondiale, la perspective d'une reprise lente et faible intensifient les difficultés des forces bourgeoises à gérer la crise, ce qui amène à l'aiguisement des contradictions et des rivalités inter-imperialistes. Le risque de déclenchement de guerres impérialistes s’accroît. 

Les attaques envers les droits démocratiques et la souveraineté des peuples s'intensifient dans de nombreux pays. Les systèmes politiques deviennent plus réactionnaires. L'anticommunisme se renforce. Les mesures se généralisent contre l'activité des partis communistes et ouvriers, contre les syndicats, contre les libertés politiques et démocratiques. Les classes dirigeantes multiplient les tentatives pour piéger le mécontentement populaire au travers de changements de système politique, en recourant à une série d'ONG pro-impérialistes et d'autres organisations, en tentant de canaliser la colère populaire dans des mouvements soi-disant sans affiliation politique ou même présentant des traits réactionnaires. 

Nous saluons les luttes et révoltes populaires et ouvrières de grande ampleur pour les droits démocratiques, sociaux et politiques contre les régimes antipopulaires au Moyen-Orient et en Afrique du nord, tout particulièrement celles de Tunisie et d’Égypte. Malgré les contradictions révélées par la situation actuelle, elles constituent une expérience significative que le mouvement communiste doit étudier et dont il doit se servir. Dans le même temps, nous condamnons fermement la guerre impérialiste de l'OTAN et de l'UE contre le peuple Libyen et les menaces d’ingérence dans les affaires intérieures de la Syrie et de l'Iran ainsi que d’autres pays. Nous considérons que toute intervention étrangère contre l'Iran, sous quelque prétexte que ce soit, va à l’encontre des intérêts des travailleurs iraniens et de leurs luttes pour les libertés démocratiques, la justice sociale et les droits sociaux. 

Ces événements confirment la nécessité de renforcer les partis communistes et ouvriers pour qu'ils jouent leur rôle historique, de renforcer plus encore les luttes des travailleurs et des peuples pour la défense de leurs droits et de leurs aspirations, d’utiliser les contradictions du système et les contradictions inter-impérialistes pour une rupture au niveau du pouvoir et de l'économie qui aille dans le sens de la satisfaction des besoins populaires. Sans rôle dirigeant des partis communistes et ouvriers et de la classe d'avant-garde, la classe ouvrière, les peuples seront à la merci de la confusion, de l'intégration au système et de la manipulation par des forces politiques qui représentent les monopoles, le capital financier et l'impérialisme. 

Des réajustements importants dans le rapport de force international sont en cours : l'affaiblissement relatif de la position des États-Unis, la stagnation économique générale des pays capitalistes les plus avancés et l'émergence de nouvelles puissances économiques mondiales, notamment la Chine. La tendance à l'intensification des contradictions va en se renforçant, entre les centres impérialistes eux-mêmes et avec les économies dites « émergentes ». 

L'agressivité de l'impérialisme s'intensifie. Des zones de tension et de guerre existent déjà dans plusieurs régions du monde. Elles se multiplient : en Asie et en Afrique, au Proche-Orient avec l'agressivité croissante d’Israël, en particulier contre le peuple palestinien. Dans le même temps, nous constatons la montée de forces néo-nazies et xénophobes en Europe, des interventions sous plusieurs formes, des menaces et une offensive contre les mouvements populaires et les forces politiques progressistes en Amérique latine. La militarisation se renforce. Le risque d'un embrasement général à une échelle régionale est de plus en plus grand. En ce sens, l'élargissement et le renforcement du front politique et social anti-impérialiste et les luttes pour la paix, qui vont dans le sens de l'éradication des causes des guerres impérialistes, sont fondamentales. 

Il y a deux voies de développement : 

  • la voie capitaliste, celle de l'exploitation des peuples. Elle présente des risques lourds de guerres impérialistes, des menaces sur les droits des travailleurs, les droits démocratiques 

  • et la voie de la libération avec d'immenses possibilités de défense des intérêts des travailleurs et des peuples, de réalisation de la justice sociale, de la souveraineté populaire, de la paix et du progrès. La voie des luttes populaires et ouvrières, la voie du socialisme et du communisme, historiquement nécessaire. 

Grâce à la contribution décisive des communistes et du mouvement syndical orienté sur des positions de classe, les luttes ouvrières en Europe et dans le monde entier se sont encore renforcées. L’agressivité impérialiste se heurte à une résistance populaire résolue au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

Cette réalité, avec toute l'expérience accumulée jusqu'à présent, en particulier en Amérique latine, les luttes et les évolutions en cours, démontrent les possibilités de résistance, de lutte de classe, permettant aux peuples d’avancer, de gagner du terrain, en infligeant des défaites à l'impérialisme parce qu’ils ont comme objectif le renversement de la barbarie impérialiste. 

Nous saluons les luttes des peuples et des travailleurs et faisons le constat de la nécessité de les renforcer. La situation exige l'intensification de la lutte de classe, de la lutte idéologique, politique, de la lutte des masses pour mettre en échec les mesures antipopulaires et de mettre en avant des objectifs qui répondent aux besoins actuels des peuples. La situation exige une riposte organisée des travailleurs pour une rupture anti-monopoliste et anti-impérialiste, pour le renversement du capitalisme mettant fin à l'exploitation de l'homme par l'homme. 

Aujourd'hui, les conditions sont mûres pour la construction de larges alliances sociales anti-monopolistes et anti-impérialistes en mesure de vaincre l'offensive et les agressions impérialistes, sous toutes leurs formes, de combattre pour le pouvoir et pour la mise en œuvre de transformations profondes, radicales, révolutionnaires. L'unité de la classe ouvrière, l'organisation et l'orientation de classe du mouvement ouvrier sont des éléments fondamentaux pour la construction de véritables alliances sociales efficaces avec la paysannerie, les couches moyennes urbaines, le mouvement des femmes et le mouvement des jeunes. 

Dans cette lutte, le rôle des partis communistes et ouvriers aux niveaux national, régional et international et le renforcement de leur coopération sont indispensables. L'activité commune coordonnée des partis communistes et ouvriers, des organisations communistes de jeunesse et des organisations anti-imperialistes auxquelles les communistes apportent une contribution importante constitue un des éléments les plus sûrs pour avancer vers l'élargissement de la lutte anti-impérialiste et le renforcement du front anti-impérialiste. 

La lutte idéologique du mouvement communiste est d'une importance vitale pour défendre et développer le socialisme scientifique, pour faire reculer l'anticommunisme contemporain, pour affronter l'idéologie bourgeoise, les théories anti-scientifiques et les courants opportunistes qui rejettent la lutte de classe, pour combattre le rôle des forces social-démocrates qui défendent et mettent en œuvre les politiques pro-impérialistes et anti-populaires en soutenant la stratégie du capital et de l'impérialisme. La compréhension du caractère d’ensemble des luttes nécessaires à l'émancipation sociale, nationale et de classe, pour la mise en avant explicite de l’alternative socialiste, exige la contre-offensive idéologique du mouvement communiste. 

Le renversement du capitalisme et la construction du socialisme constituent une nécessité impérative pour les peuples. A la mesure de la crise du capitalisme et de ses conséquences, les expériences internationales de construction socialiste prouvent la supériorité du socialisme. Nous réaffirmons notre solidarité avec les peuples qui luttent pour le socialisme, avec ceux qui sont engagés dans la construction du socialisme. 

Seul le socialisme peut créer les conditions de l'éradication des guerres, du chômage, de la faim, de la misère, de l'analphabétisme, de la précarité subie par des centaines de millions de personnes, de la destruction de l'environnement. Seul le socialisme crée les conditions du développement correspondant aux besoins présents des travailleurs. 

Ouvriers, paysans, travailleurs des villes et des campagnes, femmes, jeunes, nous vous lançons un appel à la lutte, tous ensemble, pour mettre un terme à la barbarie capitaliste. Il y a de l'espoir, il y a une perspective. L'avenir appartient au socialisme. 

Le Socialisme est l'avenir ! 

Les 78 partis qui ont participé à la rencontre : 

Parti communiste d’Azerbaïdjan ; Parti communiste d'Albanie ; Parti Algérien pour la démocratie et le socialisme ; Parti communiste d'Australie ; Parti ouvrier du Bangladesh ; Parti communiste du Bangladesh ; Parti populaire progressiste de Guyane ; Parti du travail de Belgique ; Parti communiste du Brésil ; Parti communiste Brésilien ; Parti communiste de Grande-Bretagne ; Nouveau Parti communiste de Grande-Bretagne ; Parti communiste de Bulgarie ; Parti des communistes bulgares ; Parti communiste du Canada ; Parti ouvrier socialiste de Croatie ; Parti communiste de Cuba ; AKEL ; Parti communiste de Bohême-Moravie (République tchèque) ; Parti communiste au Danemark ; Parti communiste du Danemark ; Parti communiste d’Égypte ; Parti communiste de Finlande ; Parti communiste de Macédoine ; Parti communiste français ; Parti communiste allemand ; Parti communiste unifié de Géorgie ; Parti communiste de Grèce ; Parti communiste ouvrier de Hongrie ; Parti communiste d'Inde ; Parti communiste d'Inde (Marxiste) ; Parti Tudeh d'Iran ; Parti communiste d'Irlande ; Parti ouvrier d'Irlande ; Parti des communistes italiens (PdCI) ; Parti communiste jordanien ; Parti du travail de Corée ; Parti révolutionnaire populaire du Laos ; Parti socialiste de Lettonie ; Parti communiste Libanais ; Front populaire socialiste de Lituanie ; Parti communiste du Luxembourg ; Parti communiste de Malte ; Parti communiste du Mexique ; Parti de la refondation communiste (Italie) ; Union des Partis communistes d'Union soviétique ; Nouveau parti communiste des Pays-Bas ; Parti communiste de Norvège ; Parti du peuple Palestinien ; Parti communiste Palestinien ; Parti communiste du Pakistan ; Parti communiste paraguayen ; Parti communiste péruvien ; Parti communiste du Pérou (Patria Roja) ; Parti communiste de Pologne ; Parti communiste Portugais ; Parti communiste Roumain ; Parti communiste de la Fédération de Russie ; Parti communiste ouvrier de Russie/Parti des communistes révolutionnaires ; Parti communiste d'Union soviétique ; Nouveau parti communiste de Yougoslavie ; Parti des communistes de Serbie ; Parti communiste du Sri Lanka ; Parti communiste Soudanais ; Parti communiste syrien ; Parti communiste syrien (unifié) ; Parti communiste Sud-africain ; Parti communiste d'Espagne ; Parti communiste des peuples d'Espagne ; Parti des communistes de Catalogne ; Parti communiste de Suède ; Parti communiste de Turquie ; Parti du travail (EMEP) de Turquie ; Parti communiste des Etats-unis ; Parti communiste d'Ukraine ; Union des communistes d'Ukraine ; Parti communiste du Vénézuela ; Parti communiste du Vietnam ;

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Pour sauver "Die Linke" : plus de communisme ?

24 Octobre 2011, 16:01pm

Publié par -BLOG-PCF-ARRAS

Sahra Wagenknecht pour sauver un "Die Linke" à la dérive ?

3378244-4853763«La belle communiste», étoile montante de Die Linke, est omniprésente dans les médias. En pleine crise de doute, le mouvement s’est réuni ce week-end à Erfurt pour adopter son premier programme, qui prévoit notamment la nationalisation des grandes banques.

Sera-t-elle la prochaine chef du groupe parlementaire de Die Linke au Bundestag? Ou choisira-t-elle plutôt de prendre la direction du parti en juin 2012? Sahra Wagenknecht a l’embarras du choix: son nom est systématiquement évoqué dès qu’un poste se libère à la tête du parti d’extrême gauche allemand. En pleine crise, Die Linke s’est réunie ce week-end en congrès à Erfurt pour adopter le programme qui doit lui permettre de quitter la défensive.

Le congrès n’a pas réglé les questions de casting. Pour bien des militants Sahra Wagenknecht est l’ultime espoir de redressement d’un parti menacé d’implosion et qui n’est plus crédité que de 7,5% des intentions de vote dans les sondages. Déchirée en courants rivaux (Est contre Ouest, pragmatiques contre idéalistes, réformistes contre les communistes…), incapable jusqu’à présent de profiter du contexte actuel de crise de l’euro, pourtant a priori propice à ce parti qui a toujours critiqué la toute-puissance du secteur bancaire, Die Linke est parvenue à faire preuve d’unité en adoptant le premier programme électoral de son histoire, approuvé dimanche par 97% des délégués. Il prévoit la nationalisation des grandes banques, l’abolition des lois sur les minimums sociaux jugés insuffisants et sur la retraite à 67 ans, la dissolution de l’OTAN.

Sahra Wagenknecht… Difficile ces derniers temps de suivre la trace de «la belle communiste» comme l’appelle le journal populaire Bild Zeitung: de débat télévisé en podium de discussion, sa mince silhouette est omniprésente. Inlassablement elle décline le même discours: à ses yeux, Die Linke ne peut retrouver les succès de 2009 (11,9% des voix et 76 sièges de députés au Bundestag) qu’en se positionnant clairement contre le libéralisme, le capitalisme et la guerre.

Die Linke est un parti en déclin qui subit des revers électoraux important, notamment à Berlin ou Die Linke, empêtré dans sa cogestion libérale avec le SDP, ce depuis trois mandats, s'effondre à 11,7% (20,2% en 2009). En Bade-Wurtemberg, en mars 2011, Linke recule de 3,1 à 2,8% (7,2% aux élections au Bundestag). En Rhénanie-Palatinat, Die Linke obtient 3,0% (9,7% de 2009). A Brême, son meilleur Land à l’ouest, Die Linke recule en mai 2011, de 8,4% en 2007 à 5,6% (14,2% en 2009).

Sahra Wagenknecht (née le 16 juillet 1969 à Jena en ex-RDA) adhérente au Parti Socialiste Unifié d'Allemagne (SED) en 1989, elle co-anime la plate forme communiste au sein du PDS (Parti du Socialisme Démocratique successeur de la SED) et aujourd'hui de Die Linke, ainsi que la plate forme de la gauche anticapitaliste. Elle met en avant les expériences positives du socialisme réel (tout en tirant les erreurs de ce dernier) afin de mettre à bas le capitalisme. Ses positions l'ont souvent opposée à Gregor Gysi et Michael Leutert l'accusant de pas rejeter l'expérience de la RDA sous couvert d'accusation d'être "stalinien".

La presse allemande la considère comme un faucon au sein de Die Linke et ses positions sont claires : socialisme, marxisme, pas d'alliances avec le SPD et les verts, solidarité avec Cuba et le Vénézuéla, anti-racisme, anti-fascisme, lutte contre l'anti-communisme, pacifisme.

Nicolas Maury

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