Pierre Laurent a inauguré le nouveau siège héninois du PCF dans une ambiance aussi festive que
combative. Le secrétaire national du PCF a appelé à « poursuivre le combat de classe au-delà du 22 avril » !
Mardi 17
avril. 11h. Le vent est glacial. Une pluie fine s’abat sur la place Jean-Jaurès, la «bien-nommée ». Au micro, Hervé Poly, candidat du Front de Gauche à la Législative de juin,
prévient d’emblée : « Je n’ai pas beaucoup de voix. » « Il nous en faudra pourtant pour aller au 2d tour », reprend aussitôt, hilare, Bernard Czerwinski,
son suppléant. Le ton est à la badinerie. Il se fait plus sérieux à l’instant où Hervé Poly, se revendiquant de l’héritage du député de Carmaux, exige « le retrait des troupes
françaises d’Afghanistan » et rappelle, actualité oblige, son « refus de toute intervention impérialiste en Syrie ». A l’heure de l’inauguration du siège local du
Parti, le dirigeant de la Fédération du Pas-de-Calais surfe sur les fondamentaux qui ont forgé son identité : internationalisme, anti-impérialisme et bien entendu anticapitalisme quand il
s’agit de stigmatiser « le patronat et les banquiers responsables de la crise ». Convoquant Maurice Thorez, Edward Gierek, Joseph Legrand ou Vasil Porik, autant de
figures locales au destin national, il rappelle volontiers que ce sont « les valeurs de solidarité et de résistance qui animent cette 11e circonscription que la classe ouvrière a
marquée de son empreinte indélébile. Non, nous ne sommes pas dans le fief de Marine Le Pen qui fait du chômage de masse et du délétère climat d’affaires qui éclabousse le PS, son
terreau ».
Ne pas banaliser le Front national !
Pierre Laurent est l’invitée-vedette de cette cérémonie. Le secrétaire national du PCF se félicite que « ce soit
le Front de Gauche qui a engagé la bataille contre la banalisation dans les médias du Front national au discours antisocial et plein de haines. On va continuer car nous incarnons la
Gauche de combat qui ne met pas son drapeau dans la poche». Les applaudissements fusent… Près de 200 élus et militants ont fait le déplacement. Du PCF bien sûr à l’instar du parlementaire
Dominique Watrin ou Michèle Demessine et de nombreux élus locaux, mais pas seulement puisqu’on se surprend à reconnaître le chevènementiste Jean-Marie Alexandre venu en voisin ou même Eugène
Binaisse le premier magistrat d’Hénin « en visite de courtoisie républicaine », selon l’appréciation de David Noël, le secrétaire du PCF d’Hénin. Moins surprenante, mais tout
autant réjouissante, la présence de responsables lillois de la Coordination communiste ou de dirigeants de la CGT ayant appelé à voter pour le Front de Gauche. « Cette initiative
est une belle réussite. On reconnaît des têtes qu’on avait plus l’habitude de voir », se réjouit le syndicaliste Alain Labarre.
« On ne compte plus pour du beurre ! »
Il est presque midi. Il fait toujours aussi froid quand Pierre Laurent procède au dévoilement de la plaque commémorative
imaginée à la mémoire de Marie-Serge Opigez, une figure du communisme héninois récemment disparue. L’émotion est perceptible sur le visage de David Noël. « Le PC installé au cœur de la
ville, c’est tout un symbole ! Notre présence n’a rien d’un feu de paille», s’enthousiasme Pierre Laurent avant d’évoquer ses espoirs de « reconquête dans la
durée » d’une commune jadis administrée par le syndicaliste-mineur Nestor Calonne. C’était à la Libération. Une éternité ! « Il y a bien trente ans que nous n’avons plus
de siège, ici. A l’époque, on le partageait avec La Prolétarienne, la fanfare du Parti », prétend Yves Mascarte. Ce sexagénaire héninois éprouve « non de la fierté, mais bien
du plaisir de recevoir un dirigeant national du Parti ». D’autant plus qu’ « après l’accession de Robert Hue à sa tête, on avait l’impression qu’il y en avait plus que pour
les Parisiens. Nous, on comptait pour du beurre ». A ses côtés, bonnet phrygien sur la tête, Chantal est aux anges. Elle a fait le déplacement de Dechy affublée d’un costume de
Marianne républicaine. « Je suis la mascotte du Front de Gauche. Je m’habille ainsi car je suis une révolutionnaire prête à tout, même à tuer ! » ose cette fille de résistant
dans un large… sourire. Ouf ! Michel, son ami arrageois du Parti de Gauche, est là en supporter. Pour dire qu’il « faut virer d’ici Marine Le Pen, qu’elle prenne sa valise et se
casse… ».
A la rencontre des salariés
Le temps de répondre à la presse locale et d’avaler une tartiflette à la bonne franquette, Pierre Laurent est sur le
départ. Direction : le centre hospitalier de Lens où il rencontre les syndicalistes de la CGT et le personnel. « Beaucoup m’ont exprimé leurs souffrances devant la dégradation de
leurs conditions de travail et aussi leurs craintes par rapport aux menaces qui pèsent sur cet outil de service public compte-tenu des logiques de rentabilité, ici, en œuvre »,
commente Pierre Laurent. Dans la foulée, il se rend aux portes de l’usine Durisotti puis en mairie de Sallaumines pour y rencontrer les salariés, en présence de Christian Pedowski. Le maire lui
expose la situation d’une entreprise en redressement judiciaire. Les salariés sont inquiets pour l’emploi. Aux syndicalistes, Pierre Laurent détaille le programme du Front de Gauche pour en
finir avec les licenciements boursiers, exercer davantage de contrôle sur l’utilisation des fonds publics, lutter contre le dumping social ou accorder plus de droits aux salariés dans
l’entreprise ! Des propositions qui s’imposeront d’elles-mêmes si elles sont accompagnées de« luttes sur le terrain. « Il faut redonner de la force à tous ces gens
qui ont perdu confiance dans toute forme d’action collective », assure le dirigeant du PCF. Comme en 1936 ! Il est 17h. C’est l’heure de gagner Sin-le-Noble et de saluer des
hôtes « extrêmement chaleureux et mobilisés », retient l’ancien directeur de L’Humanité. Le Pas-de-Calais rouge de colère et de détermination n’a, semble-t-il,
pas failli à sa réputation.
Jacques KMIECIAK
Derniers Commentaires