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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

Rencontre des collectifs: témoignage d'un délégué

11 Décembre 2006, 16:20pm

Publié par Xavier

Voici un témoignage publié sur le site "Bellaciao", je partage totalement son analyse et je tiens à la diffuser ici:

 

 

J’étais délégué ce week-end à St-Ouen. Voici ce que j’ai vu, en vrac :

une majorité de délégués intervenant pour dire l’attachement de leur collectif à l’unité, et leur préférence pour la candidature de Buffet, et ce quelle que soit la composition du collectif (cf ce collectif du lycée de Gagny ne comptant pas de communiste et s’étant pourtant prononcé à plus de 70% pour Buffet).

des représentants des organisations (Alternatifs, MARS, CCAG, alterekolos...) disant leur attachement immodéré pour l’unité...tant que la candidature commune n’est pas celle de Buffet.

un public clivé en deux "camps" : d’un côté ceux qui pensaient qu’une candidature Buffet était la mieux à même d’atteidnre notre objectif, à savoir être en tête de la gauche au premier tour, et de l’autre ceux qui étaient convaincus du contraire. Ces derniers, soigneusement répartis dans la salle, n’ont cessé de siffler les interventions, pourtant largement majoritaires, des délégués ne partageant pas leur opinion. Leur passe-temps favori : scander "unité, unité !" après les interventions des organisations appelant Buffet à retirer sa candidature !

des "personnalités" (Autain, Salesse, Braouezec, Jacqueline Fraysse...) donnant des interviews aux médias avides de divisions et de "petites phrases" assassines, et discutant entre elles au lieu d’écouter les témoignages des collectifs locaux.

un journaliste de Libération en quête de militants "anti-Buffet", à la technique redoutable : il vous pose une question orientée ("là, c’est foutu, le PCF cherche à passer en force, non ?"), et, si vous répondez "oui", il écrit votre réponse à votre place ! Me prenant pour un militant anti-buffet (puisque je discutais avec certains d’entre eux), il a essayé de me faire le coup !

des militants communistes persuadés que "l’appareil" avait "blindé" les collectifs et cherchait à "passer en force". Leur conviction antilibérale est telle que l’un d’entre eux m’a déclaré : "si c’est Buffet qui sort, je rends ma carte, et je vote Royal au premier tour" ! Croient-ils vraiment que si le PCF avait blindé les collectifs, ils ne réuniraient que 20000 participants ? Croient-ils vraiment que les collectifs se créent tous seuls ? Sur le site de la Défense, ce sont les communistes qui ont créé le collectif d’entreprise du même nom. Qui d’autre aurait pu le faire ? Personne. Aujourd’hui, il a du mal à s’élargir, car le site est difficile à animer... Et pourtant, les efforts continuent.

Voilà. Mais j’ai aussi vu beaucoup de militants, communistes ou pas, prêts à aller jusqu’au bout, quelle que soit le candidat. J’ai aussi vu des gens chercher à convaincre leurs camarades que non, une candidature Buffet ne serait pas "celle du PCF", que les "gens" dont nous parlons sans cesse sans jamais leur demander leur avis étaient suffisamment intelligents pour le comprendre, et que les médias feraient une campagne anti-communiste quel que soit le candidat. J’ai vu que certains confondaient consensus avec "unanimité", j’ai vu que certains pensaient faire un meilleur consensus en partant de 20% que de 60%. J’ai vu des militants de la ligue discuter tranquillement avec leur voisin et affirmant que l’échec du rassemblement serait une bonne chose pour Besancenot.

J’ai surtout vu le Tiers-Etat prendre conscience qu’aucun candidat ne faisait consensus, mais qu’un nom se dégageait nettement au niveau local. En réaction, j’ai vu le Clergé et la noblesse poser leur véto, à l’ancienne. Alors on fait quoi maintenant ? Le consensus (utilisé surtout au Conseil de sécurité de l’ONU et au sein de la Commission Européenne) n’a pas fonctionné. Alors on fait quoi ?

Iknemo.

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tempsdescerises 12/12/2006 22:50

Lettre de Patrick Silberstein à la délégation du PCF au CIUN antilibéral
 

 
En réponse à l’interview de Marie-George Buffet dans L’Humanité de ce matin.
 
La fronde que vous avez affrontée en ce dimanche 10 décembre n’est pas un avertissement gratuit. Le courant unitaire antilibéral qui enfle dans ce pays pour que les choses et la vie changent ne peut en aucune façon être réduit à la satellisation autour du Parti communiste français. Le processus de rassemblement pluraliste des forces antilibérales dans lequel nous sommes engagés ne peut s’accommoder du passage en force ou de l’imposition majoritaire. Il est donc essentiel que vous ne profitiez pas de la semaine qui vient pour une nouvelle manoeuvre qui aboutirait à l’impasse et à l’échec, ce que la lecture de l’interview de Marie-George Buffet dans L’Humanité de ce matin laisse présager [1] .
Il serait temps que vous compreniez la nature et le sens de ce rassemblement antilibéral unitaire et que vous compreniez ce qu’est véritablement, en dehors de vous, la galaxie de la gauche antilibérale. Je ne peux me résoudre à croire que l’aveuglement et l’arrogance des colosses aux pieds d’argile vous tiennent lieu de politique. Nous savons tous que même si la charge était belle et le son du clairon entraînant, la brigade légère a fini dans la débandade et la catastrophe.
Il serait temps que vous compreniez qu’il n’est pas bon pour nous tous de renouer avec les méthodes, les pratiques et les comportements d’un autre âge. Vous allez, si vous persévérez dans cette voie, réussir l’exploit historique de détruire en quelques semaines la confiance et la compréhension que nous avions patiemment, assidûment, avec acharnement, souvent malgré les nôtres, tenté de reconstruire entre votre parti et nos cultures politiques.
Laissez-moi vous raconter une histoire personnelle qui en vaut bien une autre. Il y a une trentaine d’années, alors que par dizaines nous étions arrêtés par la Sécurité militaire, jetés dans des culs de basse fosse ou déférés devant la Cour de sûreté de l’État pour avoir milité en faveur des libertés démocratiques au sein des armées, le PCF n’avait pas eu alors assez de mots pour nous dénoncer. Que de chemin il a fallu parcourir pour rattraper cela car, ayez bien cela à l’esprit, les centaines de jeunes appelés du contingent qui ont participé à ce dur combat sont aujourd’hui dirigeants syndicaux, dirigeants associatifs, universitaires, cinéastes, que sais-je encore ? Nous nous sommes réunis à la fin de l’été dernier avec quelques-uns de ces si particuliers « copains de régiment » et j’ai pu leur expliquer ce que nous faisions ensemble et combien, notamment après la victoire contre le TCE, l’évolution du PCF au cours des dernières années changeait la donne politique et ouvrait la possibilité d’une reconstruction à gauche. Il m’a fallu beaucoup discuté pour convaincre de votre évolution. Certains de ces camarades, notamment ceux qui exercent aujourd’hui des responsabilités syndicales, m’ont appelé ces derniers jours, inquiets du cours pris par votre parti. J’ai expliqué, défendu ce qui était défendable, souligné les difficultés sans rien cacher, ni l’indéfendable ni l’enjeu majeur qui est devant nous. Il nous faut réussir, chacun le ressent profondément, malgré les vieux mauvais souvenirs. Mais face à votre comportement politique, le scepticisme gagne et enfle. Les mauvais souvenirs - qui sont aussi pour notre génération autant de bons souvenirs - reprennent le dessus. Ce n’est plus à moi de dissiper les réserves et les préventions contre vous. J’ai fait ce que j’ai pu et ce que j’ai cru devoir faire pour que se forge et se rassemble une gauche de combat. C’est à vous désormais de donner un signal fort. La même histoire peut d’ailleurs, j’en suis certain, se raconter avec celles et ceux qui avaient 20 ans en Mai 68, avec celles et ceux qui ont pratiqué clandestinement les avortements au temps du MLAC, avec celles qui ont construit le féminisme, avec celles et ceux qui ont combattu le productivisme capitaliste et le tout nucléaire, avec celles et ceux qui ont cru à la possibilité d’un renouveau démocratique du socialisme dans les pays de l’Est. J’en passe. La liste est longue et ce n’est pas la litanie des portes d’usines où Marie-George Buffet est accueillie à bras ouverts qui changera quelque chose à cette donnée politique, sociale, historique. Arlette Laguillier est, elle aussi, accueillie avec chaleur à la porte des entreprises. Et alors ? Qu’est ce que ça change ?
Il serait temps que vous compreniez que le temps des compagnons de route plus ou moins dociles qui ne voulaient pas désespérer Billancourt est révolu. Les composantes organisées et inorganisées qui participent au rassemblement représentent des générations et des cultures militantes qui se sont construites non seulement en dehors du PCF mais contre lui. C’est un fait, et non une attaque anticommuniste, et il est temps d’en prendre la mesure pour aller plus avant dans le dépassement des antagonismes anciens. ll serait temps que vous compreniez que le rassemblement en cours est le fruit de dizaines d’années d’évolution respective, de batailles politiques et d’un lent mûrissement des conditions objectives et subjectives, comme on disait autrefois. Celles et ceux qui ont tenté de vous convaincre de l’erreur de vouloir organiser la campagne autour de votre secrétaire nationale représentent plus qu’une addition arithmétique de militant(e)s. lls et elles ont une influence sur de larges couches de salarié(e)s, de militant(e)s syndicaux, associatifs, écologistes, féministes, altermondialistes... et qu’ils et elles se sont construits, sinon en force politique, mais en sujet collectif. ll serait temps que vous compreniez pourquoi et comment vous êtes passés en un quart de siècle de 20% de l’électorat à 2%, affaiblissant par là-même, quoi que l’on puisse penser de votre politique, les capacités de combat du « peuple de gauche ». ll serait temps que vous compreniez pourquoi vos propres camarades, tel Georges Séguy, ou les quelques intellectuels qui vous accompagnent encore, vous disent « attention, ressaisissez vous ! ».
Oui il est temps de vous ressaisir pour que nous sortions victorieux ensemble de l’impasse dans laquelle vous vous êtes enfermés.
Si vous ne voulez ni comprendre ni prendre en compte les signaux qui viennent de l’histoire sociale et politique de ce pays, si vous vous ne voulez pas comprendre d’où vient le « blocage », si vous persistez à penser que l’issue réside dans une manœuvre visant à faire croire que la « parole » des collectifs locaux est confisquée par les « organisations représentées dans le collectif national », alors les conséquences seront très graves et laisseront des traces indélébiles.
  1) Il apparaîtra que la mutation du PCF n’aura été que superficielle et qu’elle aura volé en éclat à la première échéance importante. Il est facile de prévoir la suite...
  2) Quoi que nous fassions, et quels que soient les montages organisationnels que vous proposez, la campagne de la secrétaire nationale du PCF sera perçue comme un simple ralliement derrière vous. Quand bien même les autres organisations vous suivraient -ce qu’elles ne feront pas -, comment pouvez-vous imaginer que tous ceux et celles qui souffrent dans ce pays et qui aspirent au changement vous accorderaient leur confiance alors même qu’ils vous la refusent de plus en plus dans les urnes depuis des décennies ?
  3) L’issue électorale ne sera pas à la hauteur des espérances et des nécessités et il sera apparu clairement que le PCF qui aurait pu être le parti de l’impulsion ne sera en réalité que celui de la division du mouvement politico-social en gestation. Et, quoi que vous fassiez et quoi que vous disiez, la direction de ce parti en portera la responsabilité.
Contrairement à ce que laisse croire ce matin Marie-George Buffet dans les colonnes de L’Humanité et sur les ondes, l’issue est bien aujourd’hui entre les mains du PCF, une grosse « organisation », mais une organisation parmi d’autres au sein des collectifs et du collectif national unitaire. Les collectifs vous l’ont dit hier : « Ne changez pas la règle du jeu en cours de partie », « Ne détournez pas le sens de l’idée de « double consensus ». Des avertissements vous ont été donnés, provenant d’horizons divers, y compris de l’intérieur même de votre propre parti. Sachez les entendre. Des propositions vous ont été faites pour sortir du blocage et éviter l’échec. Sachez vous en saisir. Ça urge !
Patrick Silberstein, médecin, éditeur (Editions Syllepse), membre du collectif d’initiative national unitaire.