Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

La crise dope le PC japonais

21 Février 2009, 22:41pm

Publié par Xavier

convertis Quatre nouveaux adhérents du PC japonais. Tsuyoshi Kanai, ex-prêtre shinto de 23 ans (à dr.), a connu le Parti sur Internet.

http://www.jcp.or.jp/images/jcp-logo-2.gif

photos : p. pelletier pour l'express

  Quatre nouveaux adhérents du PC japonais. Tsuyoshi Kanai, ex-prêtre shinto de 23 ans (à dr.), a connu le Parti sur Internet.



Par Philippe Mesmer,

La précarité croissante et le choc de la crise amènent de nombreux jeunes à rejoindre un Parti communiste en plein réveil. Va-t-il percer dans les urnes?

L'année dernière aura été un excellent cru pour le Parti communiste japonais (PCJ); 2009, année électorale, s'annonce du même tonneau.

Dans le quartier tokyoïte de Yoyogi, le pavillon rouge flotte avec fierté au sommet du siège gris de cette formation née un jour de juillet 1922. Chaque mois, depuis septembre 2007, le Parti enregistre une moyenne de 1 000 nouveaux adhérents, souvent jeunes. Il en compte désormais 415 000: en dehors des pays où les communistes sont au pouvoir, le PCJ est l'un des plus importants au monde.

Karl Marx, version manga!

http://www.seekjapan.jp/showBlogArticle.php?id=1638Dans l'archipel, l'atmosphère fleure bon les idéaux de gauche. Ainsi, la réédition en août dernier d'un ouvrage de 1929, Kanikosen, le bateau-usine de pêche au crabe, a déjà séduit 500 000 lecteurs; un jeune militant communiste, Takiji Kobayashi, y décrit les conditions de travail et la mutinerie de marins de ce bâtiment, en mer d'Okhotsk. Une version manga a été publiée, elle aussi avec bonheur. Idem pour celle du Capital de Karl Marx, parue le 15 décembre.

Même la télévision s'y met. La chaîne privée Nihon Telebi diffuse tous les samedis soir un épisode de la série Zenigeba, la puissance de l'argent. Inspirée d'un manga de 1970, elle relate l'ascension sociale d'un jeune homme pauvre et confronté à "la société pervertie par l'argent, qui a perdu l'idée même du bonheur", dixit le producteur de la série, Hidehiro Kawano.

Est-ce une simple mode? Peu probable. Pour des millions de Japonais, le quotidien est marqué par la précarisation des conditions de travail, la bipolarisation de la société et, de plus en plus, l'impact d'une crise violente.

Taro Tanaka*, 28 ans, a adhéré en janvier au Parti communiste japonais, après une expérience professionnelle douloureuse. Sans diplôme, le jeune homme vendait des abonnements au porte-à-porte pour une filiale du groupe de presse Yomiuri. "Je travaillais douze à treize heures par jour, explique-t-il. Chaque abonnement me rapportait entre 1 500 et 3 500 yens [entre 13 et 30 euros]".

Sans salaire fixe, il ne vivait que des commissions. Or, avec la crise et la concurrence d'Internet, difficile d'obtenir de nouveaux lecteurs: "En deux mois, j'ai perdu 10 kilos parce que je n'avais pas de quoi manger." Quand il rentre bredouille, il se fait traiter d'incapable par ses chefs: "Parfois, ils m'ont frappé." Epuisé, il veut démissionner. Refus du patron. Il décide alors de fuir. D'abord hébergé dans le foyer où l'entreprise loge ses commerciaux, il se retrouve ensuite à la rue.

"Les travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux"

Son histoire n'a rien d'exceptionnel. "Les travailleurs pauvres sont de plus en plus nombreux, constate Tadayoshi Ichida, chef du secrétariat du comité central du PCJ. En 2008, le nombre de personnes gagnant moins de 2 millions de yens par an [17 400 euros], soit la moitié du salaire médian, a dépassé les 10 millions."

Depuis le début des années 2000, les gouvernements successifs, notamment celui du Premier ministre Junichiro Koizumi, dérégulent à tout va le marché du travail. Résultat, le Japon compte 34,5% de travailleurs temporaires, contre 23,8 en 1998. Ces actifs, intérimaires, contractuels ou à temps partiel, peinent à gagner leur vie: "En moyenne, leur salaire horaire équivaut à 60% de celui d'un salarié en CDI", précise Kazuya Ogura, de l'Institut japonais pour la politique du travail et la formation.

Lire la suite

Commenter cet article