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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

Cette présidentielle qui rend fou

2 Novembre 2016, 11:31am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Nous connaissons tous parfaitement la maxime devenue populaire de Talleyrand, « tout ce qui est excessif est insignifiant ». La connaissance ne nous met pourtant pas à l’abri de l’épouvantable excessivité, ennemie naturelle de la raison. Quel doux euphémisme que de constater que cette période de pré-campagne présidentielle est un concentré puissant en la matière. Celles et ceux qui en usent pour servir une ambitieuse destinée ou tout simplement pour promouvoir des intérêts particuliers sont tellement aveuglés par leur vile entreprise qu’ils ou elles ne mesurent pas les conséquences dramatiques et désastreuses qu’ils ou elles sèment dans le peuple. La politique, cet art noble de la conduite raisonnable et organisée des affaires communes, celles qui nous concernent toutes et tous au quotidien et qui font que la Nation existe, laisse place au népotisme, à la tyrannie des puissants, à une farce cynique et froide obscurcissant dangereusement l’avenir.

Pourtant le peuple est bien plus averti et sensible aux dangers qui pèsent sur lui et son bonheur que ce que beaucoup en pensent et en disent. Sans doute est-ce là un héritage plus que positif de l’âge d’or de la pensée et du mouvement communiste.Les journalistes, prélats du grand capital, les politiques, investissements pratiques de ce dernier et même de nombreux intellectuels qui, au lieu de se consacrer de manière désintéressée au progrès de la connaissance, se fourvoient dans des manœuvres politiques avec quelques réjouissances pécuniaires à la clé, grossissent l’essentiel des rangs de ceux qui soufflent sur les braises, faisant abstraction de la responsabilité qui serait la leur dans l’hypothétique avènement du pire. C’est ce qui par définition accrédite l’idée que le capital n’est par essence pas moral ou immoral. Il est amoral et il est fondamental de s’organiser pour réussir à le détruire. Il en va de la survie même de notre civilisation. Qui peut encore le nier hormis Sarkozy et quelques bougres cornus possédés totalement par l’appât du gain.

Pour ne pas m’être éloigné du peuple et de la réalité, condition sine qua non à mon sens pour avoir droit de s’exprimer en son nom, je sais que nombreux sont ceux qui ont conscience de l’éminence d’une guerre générale. Nombreux sont ceux qui savent, sans d’ailleurs conceptualiser quoi-que-ce-soit, que la spoliation des richesses par le capital, c’est-à-dire par la classe possédante, est l’origine de tous les maux. Beaucoup savent qu’il ne pourra advenir un changement brutal et salutaire que par l’exercice révolutionnaire. Certains ont même conscience du degré de violence que cela pourrait même constituer. Ce qu’il manque en fait cruellement au peuple aujourd’hui, ça n’est donc pas la conscience que ses croyances faussement instinctives sont vraies -l’appauvrissement généralisé des travailleurs et l’expérience des mêmes conditions de subsistance les valident- c’est l’outil qui permettrait de leur donner sens, un discours clair et sans ambages qui les formalise et leur donne de l’épaisseur. Des outils de lutte quotidienne composant une démarche complexe mais maîtrisée pour créer un rapport de force capable d’avoir une prise et un poids sur les événements. Des raisonnements, des arguments, des œuvres littéraires, culturelles et artistiques qui permettraient à la fois de consolider les croyances et de convaincre de l’utilité de ne pas accepter les choses avec fatalité. La lutte appelle la lutte, le combat appelle l’espoir et l’espoir est un moteur puissant. C’est sans doute actuellement l’ingrédient essentiel de la popularité et de la réussite provisoire de Mélenchon. Une courte parenthèse sur le rôle social et politique de l’art. Il existe aujourd’hui de nombreuses œuvres critiques du capitalisme et de ses logiques. Il serait faux et injuste de dire que certains artistes ne travaillent pas ces questions. Par ailleurs, certains artistes arrivent à teinter la production mainstream de quelques fulgurances esthétiques, poétiques et politiques qui pourraient servir la cause. Je pense surtout au cinéma et aux séries que des millions de jeunes (et même de moins jeunes) consomment goulûment aujourd’hui. Pourtant, chaque fois ou presque, elles ne peuvent s’empêcher de se vautrer dans un nihilisme sombre et froid et ainsi toute l’entreprise espérée par le spectateur averti s’effondre âprement. Parenthèse clause.

Quelle est donc notre responsabilité aujourd’hui sans sombrer dans les vieilles querelles pas tout à fait enterrées entre nous ? Comment ne pas être injustement catalogué aujourd’hui lorsque l’on trouve des vertus incontestables à l’idée d’avant-garde ? D’ailleurs, ne peut-on pas voir une corrélation entre l’abandon de cette conception et les reculs et revers successifs de nos organisations et des idées qu’elles portent depuis lors ?

C’est à ce titre que je m’engage fortement dans les débats qui traversent le parti communiste, que je prends la lourde décision de soutenir des textes alternatifs, à me montrer parfois vindicatif et sans état d’âme avec certains de nos camarades qui ont en charge la direction du parti. C’est pour cela que je n’avale pas servilement le catéchisme simpliste qui nous invite à rejoindre sans trop poser de questions et avec un enthousiasme candide Mélenchon et sa démarche. J’ai la conviction que Mélenchon ne fait pas avec le peuple mais à côté du peuple, la nuance n’est pas accessoire vous en conviendrez. C’est pour cela que j’avais émis l’idée de la candidature de Mickael Wamen, le syndicaliste des Goodyear qui en quelques temps sortit de l’anonymat et du brouillard la classe ouvrière combative, fière de ce qu’elle est, déterminée et charismatique. Il aurait pu être une sorte de catharsis. Voyons la solidarité dans la France entière pour son combat. Cet ouvrier qui a réussi à remplir des amphithéâtres dans les universités et des salles des fêtes dans les cités ouvrières. Construire une telle candidature pourrait être le début d’une nouvelle phase de reconquête politique. Une parole forte, honnête et désintéressée qui pourrait raisonner dans bien des esprits aujourd’hui en proie à la colère sombre, à la fatalité et à l’abdication. Bien évidemment, je ne me laisse pas gagner par l’utopie. La bataille demeurerait tout aussi difficile, le capital mettrait tout en place pour briser notre stratégie, mais au moins nous pourrions bâtir de nouveau sur des bases saines et prometteuses.

Voilà donc quelques considérations lancées en vrac pour nourrir les réflexions que je sais profondes et complexes de bien des camarades et de nombreux travailleurs. Il faut dire, sans polémique, que la clarté semble pour l’heure loin d’être évidente chez les communistes. Pis, la confiance se rompt et plus le temps passe plus les communistes se sentent orphelins et désabusés. On finit même par imaginer le pire, le pire étant une sordide tactique politique qui consisterait à se ranger derrière un socialiste un peu moins corrompu politiquement. Si sagesse il faudrait convoquer dans ces conditions, je rappellerais simplement à mes amis et camarades ce mot de Spinoza que nombreux comprendront sans effort, « la sagesse n’est pas la méditation de la mort, mais la méditation de la vie ».

Guillaume Sayon

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