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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

Mon discours lors de la première de la pièce des Samsonite

3 Octobre 2016, 17:24pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Mon discours lors de la première de la pièce des Samsonite

Mesdames, messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les maires et élus des collectivités territoriales,

Monsieur le maire d’Avion, cher Jean-Marc,

Mesdames et messieurs les élus chers collègues,

Mesdames et messieurs les ex-salariés de Samsonite et leurs familles,

Chère Hélène, chère Marie,

Mesdames et messieurs,

Je vous souhaite la bienvenue dans cette magnifique salle de spectacle Louis Aragon, notre petite fierté au cœur de cette cité ouvrière, à l’heure où la dureté de l’existence et une série de choix politiques voudraient que les plus humbles d’entre-nous ne puissent plus avoir accès à la culture et au message qu’elle délivre parfois sans détour. Une salle de spectacle qui se greffe dans ce vaste espace que nous avons décidé de nommer Jean Ferrat. Même si ma génération n’a pas été bercée par les vers du poète ardéchois, souvenons-nous ensemble de sa magnifique chanson « Ma France ».

« Ma France, celle qui ne possède en or que ses nuits blanches, pour la lutte obstinée de ce temps quotidien ». La lutte obstinée cela doit parler à nombre d’entre-vous je crois ce soir. La lutte contre un patron qui vend son usine et le savoir faire exceptionnel de ses ouvriers et ouvrières à un repreneur voyou. Puis le combat contre le capital, le vrai, le puissant, celui qui n’hésite pas à broyer des vies humaines pour satisfaire l’appétit gargantuesque de ces actionnaires dont on connaît les noms mais pas les visages.

Du tribunal des prud’hommes en salles d’audience, d’assemblées générales en manifestations locales, vous êtes le visage fier et déterminé de cette France qu’aimait tant Ferrat, la nôtre. Vous les petits, les sans dents comme on dit dans les salons privés parait-il, vous avez été défier un candidat milliardaire à l’élection présidentielle américaine avec votre formidable avocat Fiodor Rilov. Certains américains savent maintenant placer le Pas-de-Calais sur une carte grâce à vous.

Je sais que lorsqu’on lutte de la sorte, que l’on voit la paye si précieuse fondre comme neige au soleil mois après mois, il est parfois difficile de prendre le recul nécessaire pour mesurer la portée de ce dont on est en train d’accomplir. Alors moi je vais vous le dire ce soir, vous pouvez être fiers de vous, de ce que vous avez fait et de ce que vous continuez à faire. Vous pouvez être fiers d’avoir refuser que l’on piétine sans vergogne votre dignité.

C’est votre camarade, qui est aussi dans d’autres circonstances la mienne, Brigitte Petit, qui a l’immense chance d’être avionnaise, qui me le rappelait il y a quelques temps. Je lui demandais, comment partir à la bataille quand on affronte un monstre pareil dont tout le monde dit que vous n’arriverez pas à lui faire mettre genou à terre. Elle m’a alors répondu qu’elle avait la haine d’avoir tout donné pour cette entreprise, d’avoir eu le sentiment d’être entourée d’une grande famille solidaire, où tout le monde se serre les coudes, où le patron à la manière des vieux paternalistes du XIXème siècle se montrait parfois compréhensif et à l’écoute et de voir que tout cela s’écroule, que pire on s’était ouvertement moquée d’elle et de tous les salariés, ses collègues, en vendant de faux espoirs de reprise. Le cynisme des puissants, voilà ce qui allait devenir pour elle le carburant de cette longue et difficile lutte. Et puis me disait-elle, et sans doute est-ce là le plus important, le devoir d’inculquer aux enfants et aux petits-enfants de ne jamais courber l’échine, de ne jamais s’écraser comme on vous pousse à le faire parfois, de garder la tête haute, toujours !

Alors quand Hélène et Marie sont venues nous rencontrer avec Michel Grabowski, le directeur du service culturel, pour nous parler de leur projet, c’est exactement cette idée qui nous a convaincu. Le devoir de transmission. Le devoir d’expliquer notamment aux jeunes générations que dans la vie il faut se battre, qu’il faut être solidaire et jamais, absolument jamais, se laisser écraser.

Le devoir de dire sans détour ce que nous vivons ici dans notre région. Cette région où des générations entières et successives de travailleurs ont tout donné pour la patrie, avec cette fierté de travailler dur. Une région où on a lutté à chaque fois avec une force incroyable contre l’oppression et ses artisans. Hier les grèves patriotiques de nos mineurs contre l’occupant, les grèves pour exiger la réduction du temps de travail, le droit au loisir, l’augmentation des salaires ou encore plus et mieux de sécurité au travail. Aujourd’hui la lutte des Samsonite, la vôtre pour beaucoup d’entre-vous ce soir.

De ce fait nous avons fait des pieds et des mains pour que nous puissions passer cette exceptionnelle soirée ensemble ce soir. Nous voulions pouvoir ouvrir le bal de ce spectacle unique et fort. Nous rêvions de cette salle ce soir avec vous les ex-salariés. Je pense pouvoir saisir l’émotion qui doit être la vôtre à quelques minutes de la représentation. Même chose pour vous Marie et surtout toi Hélène qui les accompagne depuis le tout début.

C’est l’aboutissement d’un long processus. Je me souviens de vous avoir dit d’aller taper à la porte du sénateur Dominique Watrin pour obtenir des fonds sur son enveloppe parlementaire. Lui l’élu communiste rouvroysien qui a été sensible à cette lutte et qui a pu la relayer dans les hémicycles. J’ai une pensée fraternelle d’ailleurs pour mon ami et camarade Jean Haja, le maire de Rouvroy qui, souffrant, ne peut malheureusement pas être à nos côtés ce soir et je sais que ça le peine beaucoup. Je salue l’investissement d’autres élus dans ce projet, comme Marie-Christine Blandin présente ici ce soir et d’autres encore. Je ne citerai pas tout le monde de peur d’en oublier.

Le spectacle auquel nous allons assister, il me rappelle pourquoi j’ai voulu m’engager et pourquoi je suis adjoint à la culture aujourd’hui. Permettre ces temps de rencontre, permettre que des mots et des formes puissent parler de nos vies, de nos luttes. Délivrer un message d’espoir alors que tout semble s’écrouler dangereusement autour de nous.

Je sais qu’elles ont un trac d’enfer en coulisse et pourtant déjà hier elles ont vécu un moment fort avec des classes de nos écoles. Je leur souhaite une belle et longue aventure théâtrale et je leur dis déjà bravo. Moi le fils d’ouvrier, j’ai une admiration indescriptible pour ces femmes et pour ce qu’elles entreprennent sur scène. J’imagine donc la vôtre ce soir. Sur ces quelques mots, belle et douce soirée à toutes et à tous et surtout, que la lutte soit victorieuse !

Guillaume Sayon

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