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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

Des communistes s'interrogent, échangent, construisent dans une réflexion collective

23 Octobre 2016, 08:46am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Ce qui circulent dans le réseau FVR-PCF

Gilbert Remond a écrit :

Hervé Hubert lors d'un précédent envoie fait à la liste, nous donnait à lire, la deuxième partie d'un texte consacré a une approche des nuits debout, ces rassemblements festifs et politiquement créatif  qu'il analysait du point de vu de la psychanalyse et du marxisme, tout en rapportant certains aspects de la structure de ces derniers à la question du transfert et de ce qui sur un plan pulsionnel peut les rapprocher de ce que Freud avait développé dans sa psychologie des foules en relation avec les mécanisme du moi.

Si nous pouvons voir avec lui et le partager, qu'une partie de la jeunesse essayait dans ces espaces de rouvrir la question du politique dans sa relation avec la  vie quotidienne, il me semble pas par contre, que nous ne devrions y trouver quelque chose de tout a fait neuf. Certes il faut déverrouiller l'accès à ce que certains appellent la parole citoyenne. Mais au profit de qui et comment? Qui se trouvait convoqué sur ces places? Les AG des grévistes n'étaient-elles pas aussi des lieux où se forgeaient de nouvelles représentations des luttes ainsi que de nouvelles formes de participation à ces dernières (Mise en acte d'ailleurs beaucoup plus radicale et beaucoup plus violente puisque le plus souvent directement liée a l'affrontement avec le capital et ses défenseurs)

Personnellement j'ai fait une expérience différente de la sienne de ses  manifestations. Les nuits debout de l’agglomération lyonnaise ont cherché a s'implanter dans les quartiers populaires, en particulier dans ma ville. Intention louable! J'ai  cependant retiré de cette opération un gout étrange ou se répétait quelque chose des éventements que j'avais connu en 68 quand les étudiants voulaient se joindre aux travailleurs pour leur expliquer la révolution et la lutte des classes. Dans les deux cas la volonté de se lier avec les gens était réel. Pourtant chacune de ces expériences montraient un même refus d'entendre que ceux a qui ils s'adressaient  avaient leur vécus, leur savoir et leurs  traditions, c'est-à-dire  leur culture de la lutte dans une vie qui était la leur et les leçons qu'ils en avaient dégagé.

C'est ainsi que la représentation d'un groupe d'étudiants de l'ENS était faite sur l'idée que les blancs présents dans l'assemblée étaient forcément extérieures à la ville, exigeant presque que nous nous taisions pour laisser la parole aux habitants  qu'ils imaginaient être éclipsé par notre présence 

 

Nous parlions à la place des habitants. Il ne leur venait pas à l'idée que les foules croisées au marché se désintéressaient de leurs palabres démocratiques et libertaires, qu'à midi femmes et hommes rentraient dans leurs immeubles pour le repas et que le public présent relevait d'une même extraction sociale que la leur, même si, d'origine émigrée, qu'en sommes une ville populaire comme Vaulx-en-Velin pouvait avoir une histoire au-delà des trente dernières années et que sa population puisse aussi être composée de ceux qui venait d’Europe où d'autres région de France. En sommes dans leur représentation il n'y avait dans nos villes que des gens d'origine étrangères forcément victime d'islamophobie, condamnés a la précarité et au chômage, sans logis où mal logé, victime d'un colonialisme d'état sans racine de classe, provenant d'une espèce de construction résultant de rapport de race et exclue toute analyse de classe. Les rapports sociaux de production n'existe pas et tous ces gens ne peuvent à aucun moment être considéré comme des travailleurs salariés comme les autres. D'une certaine manière nos interlocuteurs lyonnais  et leur correspondants locaux reprenaient sans s'en rendre compte la division de la société que propose le FN. 

La dernière manifestation des nuits debout sur ma ville était en soit éclairante du décalage qui existe entre la représentation que se font les participants des nuits debout des rapports sociaux et des constructions politiques qui les expriment. Ils étaient présent samedi dernier au centre du Mas du taureau sur une place un peu excentré du marché, mais très passante. Ils avaient dressé des tables, avec des brochures, des panneaux où étaient exposés des documents sur la zone de notre Dame des Landes. Une sono diffusait  très fort, de la musique rock . Des groupes se formaient et se déformaient devant les tables, composés de toujours les mêmes participants qui parlaient entre eux, mais ne se mélangeaient pas avec la population environnante. Ils étaient comme transparents à celle-ci qui vaquait sans leur prêter attention . J'étais  plus loin sur le marché pour diffuser l'Humanité Dimanche. A côté de moi se trouvaient des militants de LO avec leur journal et des panneaux. Là le mode de présence changeait du tout au tout. Les militants accrochaient les passants qui s'arrêtaient pour discuter, qui des élections qui des problèmes avec la mairie, de leur travail, du manque d'argent pour vivre correctement, des difficultés pour assurer l'éducation des enfants, du manque de moyens donné par l'état, la ville pour faire fonctionner les services publiques. Il m'a semblé que deux mondes coexistaient qui avaient une conception du politique qui ne pouvait se rejoindre. Ils se juxtaposaient sans pouvoir communiquer.

 

Néanmoins le texte Hervé Huber pose une question importante, celle du rôle et de la fonction de la psychanalyse dans le social. Le thème psychanalyse et politique reste plus que jamais un thème d'actualité, peut être même nous permettra-t-il de redonner du contenu et un avenir à cette illusion qui nous est nécessaire pour faire lien dans le social,  la société qui l’anime et l'ordonne, les lignes de fuite qui lui donne espace, profondeur et ouverture. Enfin ce thème nous permet de faire un récit des conflits passés et des tentatives pour nous sortir du chaos initial. Il pourra sans doute faire fond à ce qui demande d'être continué et enrichi, pour redonner sens aux utopies d'hier en les nettoyant des ordures qu'elles ont subie dans les combats qu'il leur fallu livrer ou encore de la poussière qui les recouvre à cause de l’indigence des pensées actuelles où de la corrosion des idéologies reformatrices du jour, ces acides dévastatrices, déversées sur elles pour les dissoudre et les effacer.

 

C'est un peu à cette conclusion qu'arrive le texte  de Danielle Bleitrach que je vous présente . Il s'appuie en les reformulant sur celles exprimées par Freud dans son ultime écrit "L'homme Moïse et la religion monothéiste".  Sa réflexion nous intéresse, à plus d'un titre. D'abord au regard des convulsions actuelles auxquelles se livre toute une classe politique au sujet d'une religion bouc émissaire, l'islam. Il est important de souligner que cette classe privilégie des interprétations issues de ses haines et de ses obsessions pour oublier le ventre dont elle-même sort. La réflextion de Danielle Bleitrach à la suite de celle de Freud nous intéresse aussi et surtout pour reprendre souffle dans nos convictions d'hier, leurs combats et les perspectives qu'ils rendaient possibles.

 

Leurs textes parlent de traces et d'expérience passées, leur donne une raison d'avoir existé, tout en leur rendant une possibilité d'influence pour une postérité a venir. "Nous avons supposé écrivait Freud que la religion de Moïse fut d'abord rejeté et oubliée et qu'ensuite elle fit sa percée en tant que tradition. Nous supposons a présent que ce processus se répéta une seconde fois. Lorsque Moïse apporta au peuple l'idée du Dieu unique, celle-ci n'était pas nouvelle, mais elle  représentait l'animation d'une expérience qui surgissait des temps primitifs de la famille humaine, expérience qui avait disparu depuis longtemps de l'expérience des humains. Mais cette expérience avait été si importante, elle avait introduit des modifications si profondes qu'on ne peut s'empêcher de croire, qu'elle avait laissé certaines traces durables, comparables a une tradition dans l'âme humaine"

 

Qu'en est-il de celle du socialisme? De récentes manifestations nous disent que bien des choses de cet ordre sont là aussi au travail. 

 

Ainsi les mineurs du Donbass qui réquisitionnent leurs entreprises et appellent les peuples d'Europe à soutenir leur programme de gouvernement populaire et qui en alliance avec les travailleurs de la terre, la défende contre les expéditions fascistes lancées en sous main par les pays impérialistes. 

 

Ainsi les femmes de Pologne qui se mobilisent pour la défense d'un acquis du socialisme, le droit à l'avortement, exprimant fortement et massivement, leur volonté de rester maitresse de leur corps et de leur vie de femme.

 

Alors que paraissaient ces textes une autre figure du monde intellectuel s'exprimait dans le Figaro pour répondre  d'une manière cinglante à un certain nombre des affirmations qui semblent faire consensus dans la sphère des fabricants d'opinion. Elle nous invitait justement à plus de circonspection dans l'approche de phénomène qu'on nous présente comme étant ceux qui doivent occuper nos actions politiques et leur manifestations langagières, déconstruisant à grand coup d'ironie dans une langue riche et précise, les idées toutes faites qui nous entourent  et font notre atmosphère, devenue irrespirable.


Hier soir  j'ai  regardé  l’émission de TF1, consacré au grand débat des primaires de la droite. Je l'ai regardé un temps suffisant pour comprendre que je n'entendrait rien d'autre que cette petite musique autoritaire et militarisée que décortique Régis Debray au fil des questions que lui posait dans son interview, le journaliste du Figaro. Comment s'étonner ? La concordance des temps et leur conjugaison sont le récit d'une même source, celle des maitres de guerre et des fabricants d'armes  à qui Dylan, le nouveau Nobel de littérature s'adressait déjà dans les années soixante  en disant:

"Comme Judas de l'ancien temps/vous mentez  vous trompez/On peut gagner une guerre mondiale / vous voulez m'en convaincre/ mais je vois dans vos yeux/ je vois dans votre cerveau/ Comme je vois dans l'eau/ Qui coule dans mon égout/ Vous armez les fusils/ Aux autres de tirer/ En retrait vous suivez/ L'addition des morts qui augmente/ Caché dans vos résidences/ Quand le sang des jeunes gens/ S’échappe de leur corps/ Et s'enterre dans la boue.

    
Ils sont à la tête de nos journaux ou se retrouvent au cœur de l'état. Ils parlent d'une même voix qu'ils habillent de paroles piochées à gauche ou à droite selon les opportunités électorales. Mais ils présentent toujours le même texte, celui de leurs conseils d'administration et des think tank qui  traduisent leurs décisions, pour les faire gober aux gens du dehors que nous sommes. Régis Debray  n'est certes pas communiste, mais il reste une de ces voix que l'uniformité de la pensée unique n'est pas parvenu à distraire de ses engagements d'homme de gauche. Son républicanisme garde les contours de celui que la légende accorde à de Gaulle. Il est encore plus fondamentalement celui de l'esprit normalien, celui des intellectuels de la république des lettres, de l'élite formée aux feux des humanités pour le service d'une cause universaliste. 

 

Il n'est pas celui d'un A Gérin qui au nom des valeurs de la république appelle à la mobilisation contre une partie de ceux à qui elle devraient s'adresser, ni celui d'un Mélenchon qui veut exclure ceux d’ailleurs qui s'invitent au partage des miettes (je pense à sa sortie sur les travailleurs européen). Il est celui d'un penseur qui cherche dans l'élévation du langage, l'élévation vers des cimes visionnaires et fraternelles, toutes figures mise en grande souffrance dans l'hiver sociétal que nous traversons.Il reprend ainsi un certain nombre des petites phrases qui font fureur et des thèmes qu'elles ressassent. 

Le lexique de guerre qui s'emploie partout, lui semble proche du déni de réalité. Il dénonce cette tendance à vouloir faire du Clémenceau à bon compte pour que montent les tentions et capter l'attention populaire en la détournant de la réalité produite par les politiques sociales adoptées. 

 

Il explique que la situation n'est pas aussi grave  que ce qui nous est dit a longueur de jours. Elle est selon lui limité à quelques actes de sauvagerie isolée qui devraient exiger une bonne police et des ordinateurs c'est à dire des moyens. Ce qu'il dit sur le choc de civilisation et les échec à l'intégration est tout aussi intéressant. Pour lui enfin tout le malheur vient de ce qu'on a perdu ce qui soutenait notre belle tradition d'accueil. Parmi ses raisons, il note la disparition du parti communiste comme force structurante des quartier populaires.

Pour terminer je vous donne à entendre 
l'interview d'une journaliste anglaise sur la situation de la Syrie présenté par Mohamed El-Ghazi dans un article publié en Algérie,  où elle dénonce les manipulations occidentales et tous les efforts fait pour occulter la réalité des combats. Elle dénonce en particulier l'engagement partisan auprès des forces obscurantistes  de ces fameux casques blancs que notre presse présente comme de véritable héros de l'humanité au service d'une population martyrisée par les armées russes et syriennes.Elle n'hésite pas a les apparenter aux terroristes des groupes islamistes.

 

Je vous souhaite bonne lecture et l'envie de débattre sur cette question.

 

Amicalement

 

Gilbert Remond

 

Textes cités par Gilbert

 

Freud, le monothéisme, la vérité historique, l’explication psychanalytique (3). Proposé par Danielle Bleitrach. [Suite…]

La vérité historique; l’écriture et la légitimité de la loi par Freud (2). Proposé par Danielle Bleitrach. [Suite…]

La vérité historique et l’idée de peuple selon Freud (1). Proposé par Danielle Bleitrach. [Suite…]

Régis Debray : « Une guerre civile? La « grosse blague », aurait dit Flaubert ». [Suite…]

Une journaliste britannique de retour d'Alep : « Les médias occidentaux vous mentent ! ». [Suite...]

 

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