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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

Que le one-man-show présidentiel commence !

14 Septembre 2016, 17:35pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Que le one-man-show présidentiel commence !

Nous voilà entrés dans le dur. Les candidats se déclarent, les petites phrases assassines fleurissent sur les écrans. On sort les plus belles chemises blanches, on fait tomber la cravate ou la veste de tailleur, teintures, coachs minceur … L’horrible spectacle de la présidentielle est lancé ! Un préalable quand même pour bien pouvoir saisir la provenance de cette ironie acide, je me contrefiche de ce scrutin. A dire vrai, j’en suis au stade d’avoir perdu la moindre illusion quant au bénéfice que nous pourrions tirer du vote. Je vous rassure je n’ai pas sombré dans le côté obscur de la force. Je ne suis pas un néo-anarchiste ou un gauchiste et sa belle petite bouille de premier de la classe. Non, je suis comme des millions de français aujourd’hui, c’est-à-dire conscient que tout ceci est une farce de mauvais goût et que le pouvoir qu’aura le prochain monarque présidentiel sera aussi important et réel que celui de télépathe que nous nous inventions dans la cour de récréation entre deux B.N. Car oui, si on sort de la virtualité médiatique, on devine que le pouvoir se situe en fait dans les gigantesques et froides salles de réunion des multinationales ou des banques, dans les couloirs d’un blanc immaculé de la commission européenne. La politique, cet art noble de la gestion de notre destinée commune, pensé, discuté, fantasmé par les grecs, puis dans tout l’empire romain et continuellement durant les siècles qui suivirent jusqu’à aujourd’hui est devenu un art confiscatoire parfaitement maîtrisé par la bourgeoisie. Bon, cela a globalement été plus ou moins toujours le cas mais je trouve une singularité géniale de nos jours qu’il est intéressant de noter. La démocratie libérale elle-même.

Alors je pourrais ici vous jeter nonchalamment mon venin à la figure et ainsi terminer ma démonstration. Mais non. Je vais vous parler d’un sale personnage de notre histoire. Une sorte de mutation sarkozysto-vallsiste du XIXe siècle. Il s’agit d’Adolphe Thiers. Si vous envisagiez, par originalité ou sens de la provocation, d’appeler votre future petite merveille gavée durant de longs mois de testostérone Adolphe, je vous conseille grandement d’éviter car il y aurait une sorte de corrélation entre ce prénom à la sonorité un peu métallique et un penchant évident pour la boucherie. Ne souriront à cette blague mal inspirée que les fins connaisseurs de l’histoire politique française ou les amateurs d’Arte et ses innombrables documentaires sur la seconde guerre mondiale. Thiers, c’est celui qui massacrera la Commune de Paris, c’est-à-dire une sorte d’embryon du socialisme réel, durant ce qu’on appellera la semaine sanglante. Pour faire court, le peuple de Paris avait fait le choix de prendre son destin en main, de pratiquer l’autogestion, de résister héroïquement à l’envahisseur prussien, obligeant même le pouvoir officiel post-empire à se réfugier à Versailles. Thiers ne se contentera donc pas seulement de mettre fin à cette hérésie révolutionnaire, il pulvérisera le peuple de Paris avec violence et acharnement. Femmes, enfants, vieillards … Tout y est passé ! Un véritable bain de sang qui a du soulager la bourgeoisie parisienne de l’époque si on en juge par la violence des écrits épistolaires qui abordaient les événements du moment, dédicace à George Sand. Cependant, ça n’est pas l’épisode de la Commune que je voulais évoquer. Thiers à la base, est un monarchiste convaincu. Il aura la responsabilité de divers ministères sous la monarchie de Juillet, il est de notoriété publique un Orléaniste jusqu’au bout des ongles. Si vous ne savez pas ce qu’est un orléaniste, google est votre ami. Bref, alors que la France sort d’une défaite humiliante contre la Prusse, que l’Empire s’est éteint avec la capture de Napoléon III à Sedan, une toute jeune République auto-proclamée sur les marches de l’hôtel de ville de Paris naquit dans la douleur. Monarchistes et républicains se déchirent le pouvoir. La France est dans une sorte de parenthèse trouble. C’est là, à la surprise générale, que notre cher Adolphe Thiers se déclare pro-républicain et devient le premier président de la IIIe République.

Alors, ce choix il ne le fait pas par romantisme ou parce qu’une lecture s’est avérée être pour lui une révélation soudaine. Comment se justifie t-il alors de ce basculement brutal ? C’est très simple, laissez le peuple choisir ses dirigeants et vous donnerez une légitimité incontestable au pouvoir. Bien évidemment, le peuple ne choisit pas les candidats, c’est là où la subtilité est incroyablement ingénieuse. Les candidats sont labellisés par la bourgeoisie. Bref le capital investit pour des candidats qui n’auront plus qu’à appliquer une politique en sa faveur. Des candidats élus par le suffrage universel. Il est bien fait le monde … Voilà comment depuis des décennies plane l’ombre de la démocratie alors qu’en réalité cette affirmation est plus que discutable, vous en conviendrez. C’est ainsi que le philosophe Jean Salem écrivit un lucide petit ouvrage intitulé la démocratie de caserne.

Alors que ce système de représentation, voilà là aussi un concept discutable car les deux assemblées qui composent le parlement sont très majoritairement peuplées par des notables (avocats, médecins, notaires, chefs d’entreprises, universitaires … ), est contesté pour son impuissance manifeste, nous assistons à la mise en place d’un nouveau dispositif. Une sorte de rustine qui tente de contrecarrer le rejet de plus en plus partagé de nos institutions par les citoyens. Cette rustine, c’est le principe de la primaire. Nous pourrions donc, à gauche comme à droite, choisir nos candidats. Les têtes-pensantes de nos grands partis démocratiques ne sont pas allées très loin pour imaginer ce mécanisme. C’est ce qui se passe aux États-Unis. Là-bas il y a un long système de primaire pour désigner le candidat à la maison blanche. Ainsi, nous avons l’illusion de ne pas avoir un candidat imposé. Celui-ci serait choisi par des milliers de citoyens qui, après avoir pu comparer le profil des différents prétendants et leurs propositions, pourront choisir celui ou celle qui leur apparaît comme étant le meilleur candidat potentiel. Une belle ruse là aussi. Les médias, les sondages et le carnet d’adresses font le tri de ces différents candidats. Durant des semaines on bâtit des courbes d’opinion, les matinales choisissent scrupuleusement leurs invités et voilà le tour est joué !

La vérité, me semble t-il, est que tout ce système est totalement cadenassé. Le changement réel et brutal auquel nous aspirons par millions, il est évident qu’il n’émanera pas de cette farce républicaine. Il est, je crois, impératif de travailler dur pour recréer de la solidarité à la base, entre-nous, de nous former, d’acquérir des savoirs, de nous doter d’une puissante organisation étrangère à toutes ces manipulations malhonnêtes et surtout de lutter. Comme le font les salariés des usines liquidées, les étudiants dans leurs universités, les élus locaux contre les expulsions locatives et les fermetures de fluides … Tant que nous ne serons pas en capacité d’établir un véritable rapport de force avec ceux qui tirent les ficelles dans l’arrière-boutique, nous n’aurons que nos yeux pour pleurer. Il n’y a pourtant pas de fatalité. Ce qui divise notre société, ça n’est pas le dieu qu’on prie, la tenue vestimentaire que l’on porte, l’orientation sexuelle des uns et des autres ou la couleur de la peau ; ce qui nous divise et nous a toujours divisé, c’est de savoir si le matin je me lève pour échanger ma force de travail contre un salaire ou chercher à pouvoir le faire en cas d’inactivité professionnelle temporaire, ou bien si je me lève en étant propriétaire de l’usine, de la banque ou de ce complexe agro-alimentaire. Car pour résumer, les seconds choisissent les candidats et les premiers subissent et subiront leur politique.

Alors chers amis, je n’encourage pas à fuir les bureaux de vote bien évidemment. Pour faire avancer nos idées, nos aspirations, il nous faudra créer des candidatures et avoir des portes-voix. Mais enfin, j’aurais plus d’enthousiasme à aider des salariés à occuper les usines, à prendre la rue pour exiger de vastes nationalisations et un nouveau régime politique véritablement démocratique … Bref, contrairement à d’autres je crois toujours en la révolution et je crois toujours qu’elle est le seul vecteur réel du changement. La révolution citoyenne, cela fait trembler les cadres moyens au régime sans gluten et qui vont au boulot à vélo. En attendant, je continuerai à exiger une candidature communiste pour 2017. Je n’aurais au moins pas à me pincer le nez pour faire glisser l’enveloppe dans l’urne.

Guillaume Sayon

 

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