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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

De quoi le burkini est-il le nom ?

27 Août 2016, 07:26am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

De quoi le burkini est-il le nom ?

Je ne prends pas ici la plume, en cette rentrée maussade, pour ne pas dire plongée toute crue dans les eaux bouillantes de la tétanie collective, celle qui nous paralyse quand l’histoire balbutie et dévale brutalement l’espérance et l’humanité heureuse, pour souiller à mon tour l’intelligence. Je ne parlerai pas ici du burkini ou de toute autre absurdité qui vient définitivement ôter aux honnêtes gens l’espoir que la transformation viendra du monde présent. Comment y croire quand le sinistre et vulgaire vautour de la droite affairiste plane de nouveau dans les cieux médiatiques pour concourir à l’intronisation suprême. Comment y croire quand on peut oser porter la dégressivité des allocations chômage alors que le couperet est déjà tombé. N’être plus rien aux yeux des autres. Sentir les regards pesants, vivre chaque heure avec le poids de l’inutilité dont on se convainc avec la force d’un ecclésiastique. Comment pourront accepter les 2000 salariés d’Air France arbitrairement mis à contribution pour dégraisser le mammouth une telle violence alors même que leur patron s’est considérablement augmenté et que le groupe fait d’importants bénéfices. Une sorte de double peine. Est-ce là le monde que nous acceptons de vivre définitivement ?

Est-ce que l’avenir, notre avenir, va se résumer à faire disparaître les nuisibles, les autres. Celui qui ne travaille pas, celui qui est étranger dans son pays, celui qui se bat et qui n’est coupable que de cela ? N’y a t-il donc plus que de timides et rares rages au cœur et au vente ? Notre siècle est-il celui du silence complice ? Rester immobile, s’indigner mollement dans sa cuisine le temps de la cuisson des pâtes ? Sans doute est-il trop simple de crier son indignation, de donner des leçons de courage. Je ne subis pas la fatigue qui vous écrase jour après jour comme un mégot dans le caniveau. Bosser toujours plus fort, toujours plus vite, rentrer, se laver, manger et se coucher et recommencer encore et encore. Même si j’ai connu quelques nuits muettes à me demander comment finir le mois, je n’ai jamais eu à endurer l’horrible questionnement qui consiste à savoir si j’allais pouvoir continuer à nourrir les enfants. Des millions de personnes se posent ces questions sans cesse. Alors ils veulent pouvoir s’évader, ils voudraient pouvoir dormir et ainsi rêver, mais non. Le rêve est un luxe. Même cela la bourgeoisie le confisque. Alors franchement, parler d’un bout de tissu sur une plage, qu’est ce que cela peut-il bien vouloir signifier dans ces petits appartements qui se chevauchent en dévorant faussement le ciel, dans ces pavillons de banlieue qui se ressemblent à en avoir le tournis ?

L’ouvrier de l’usine Renault qui pointe à la fin de sa journée, grignoté sournoisement et imperturbablement par les douleurs articulaires et la lassitude de ce travail idiot, visser, tapis, visser, tapis, visser, tapis … Que peut-il bien en penser du Burkini ? Il se trouvera sans doute un journaliste véreux qui pointera son micro vers un des gars pour savoir. Alors lui et sa fatigue, lui qui ne vote plus depuis des années, il dira ce qu’on lui souffle à l’oreille. Il dira exactement ce que la bourgeoisie veut qu’il dise. Mais lui s’en fiche comme de la chemise de ce DRH à Air France. Lui il a déjà imaginé égorger son patron, ou alors le mettre sur le tapis de la chaîne et lui visser de longues tiges de métal partout dans le corps. Une chemise c’est petit joueur ! C’est violent, malsain ? Non chers amis, pas du tout. Ce qui est malsain c’est d’évoquer le burkini quand les hommes en sont réduits à cette violence sourde, cancérigène. Tout le monde s’en fout de cette réalité là. Tout le monde s’en fout de cette violence ! Mais il faut manger malgré l’écœurement. Du matin jusqu’au soir, en boucle, à toutes les chaînes, sur toutes les pages. Mais surtout il ne doit pas oublier, il faut voter et bien voter.

C’est ainsi que je suis communiste. Attention, un vrai de vrai, je ne fais pas semblant. Je suis fils d’ouvrier, petit fils d’un mineur immigré, j’habite le nord de la France. Je suis comme monsieur et madame tout le monde. Je suis cerné par la violence, par cette haine mal digérée qui n’arrive plus à se contenir. Alors, à ma façon, je tente de l’apaiser cette haine et j’essaye de contribuer à ouvrir une perspective. Pas des jérémiades de communicants ou des postures rebelles. Pas tel un frondeur ou comme un simple électron libre de la gauche gentiment baptisée critique. Non je crois au renversement brutal, je crois en la possibilité de créer de l’ordre dans le chaos, parler, convaincre, s’organiser méthodiquement. Encore une fois, ne pas parler pour ne rien dire. Ne pas brandir de vieilles lunes éteintes. Non parler de la vie, la vraie et rendre possible ce qui ne l’est pas. S’approprier collectivement son usine, son champs, son bureau, avoir une maîtrise publique et collective du crédit, réaffirmer la nation autour d’un faisceau de valeurs renouvelées. Se partager goulûment la culture, le savoir, le temps. Dynamiter le règne de l’argent et réduire au silence et à la diète la plus stricte, les paltoquets qui se sont engraissés comme des porcs pendant que le monde crevait à leurs pieds. Espérer frôler le bonheur commun. Moi j’appelle cela le socialisme. Appelez-le comme bon vous semble. C’est de cela et de cela seulement, dont nous devons, sans jamais nous arrêter, parler. Il doit être un songe qu’on murmure à l’oreille, dans chaque foyer opprimé, celui capable de lever une armée qui, pour paraphraser le grand Robespierre, aura la force de mener à bien le plus sacré et le plus indispensable des devoirs, l’insurrection.

Guillaume Sayon

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