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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

Pierre Gattaz dans le Figaro: « Il faut encore réduire le coût du travail de 90 milliards »

21 Juillet 2016, 10:28am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

      

LE FIGARO. Après le semi-échec de la loi travail qui achève son parcours parlementaire, le président du Medef alerte sur les réformes que la France doit encore mener.

LE FIGARO. - Les conflits qui ont eu lieu sur la loi travail ne démontrent-ils pas que la France est irréformable ?

Pierre GATTAZ.- Je ne le pense pas. Si la loi travail a été mal acceptée, c’est parce que le gouvernement n’a pas expliqué ses enjeux. Il est indispensable de dire à nos concitoyens que le monde traverse une période de mutation intense, avec le numérique, la mondialisation, le défi énergétique. Et que la France peut relever ces défis. Il faut passer de la fatalité du constat à la volonté d’action. Mais pour réformer, tout pouvoir politique doit d’abord avoir une vision pour le pays et l’expliquer aux citoyens. Un cap, c’est ce qui manque à la France depuis trente ans. Voilà pourquoi il y a tant de crispations. Au Medef, nous voulons promouvoir l’esprit d’entreprise dans tous les domaines. C’est ce que nous appelons « l’entre- prenalisme », qui n’a rien à voir avec l’ultralibéralisme ! Nous disons juste qu’il n’y a pas de progrès social durable sans entreprises compétitives. Et qu’une entreprise a besoin de salariés épanouis et avec des compétences renouvelées tout au long de leur vie. Dès la rentrée, nous souhaitons renouer le dialogue avec les syndicats pour discuter de ces sujets. Par ailleurs, en fin d’année, nous proposerons des réformes concrètes, pour alimenter les débats de la présidentielle.

LE FIGARO.Vous pensez donc qu’on peut réformer avec les syndicats ?

Oui, on peut réformer ensemble, dès lors qu’on s’accorde sur un constat, une vision et des valeurs - comme le fait que l’entreprise est créatrice de richesses ou que le travail doit être source de dignité et d’épanouissement. Si jamais cela bloquait, il faudrait réfléchir à ce qu’a fait l’Allemagne. Gerhard Schroder a fait passer des réformes essentielles sans les syndicats.

LE FIGARO.Après l’échec de la négociation de l’assurance chômage, comment voyez-vous le climat social ?

Nous restons optimistes. Il y aura moins d’enjeux dans les prochains mois, ce peut être l’occasion de retenter de discuter avec nos partenaires des solutions pour la France. Sur le sujet plus spécifique de l’assurance chômage, nous avons posé nos lignes rouges : davantage de simplifications et pas de hausse de coût de travail. Elles ne changeront pas. Entre les lignes rouges de chacun, il y a un espace pour négocier pour peu qu’on abandonne les vieilles recettes du donnant- donnant, qui pendant des années ont abouti à une hausse des cotisations sociales. Même chose sur la pénibilité : nous ne sommes pas contre le dispositif en soi, nous disons qu’il est inapplicable en l’état. Remettons-nous autour de la table pour en parler.

LE FIGARO.La loi El Khomri créera-t-elle de l’emploi ?

Non, très peu. Cette loi est une occasion manquée. Avec 10 % de chômage, le marché du travail dysfonctionne en France, et ce n’est pas en faveur des salariés. À Londres, quelqu’un qui en a assez de son entreprise peut la quitter et retrouver un job rapidement... La première version de la loi aurait pu créer de l’emploi mais, passé au moulinet de la folie technico-politicienne, il ne reste plus grand- chose du texte. Juste quelques points positifs : l’article 2 qui renforce la négociation au niveau de l’entreprise, la sécurisation du licenciement économique et les accords offensifs.

LE FIGARO.Vous appelez à une nouvelle baisse du coût du travail. Le pacte de responsabilité n’a pas suffi ?

 

La France va peut-être un peu mieux mais, engluée dans des pseudo-réformes, elle est toujours malade. Nous sommes encore dans les « 30 piteuses ». Le pacte de responsabilité, c’est un premier pas : les entreprises commencent à retrouver des marges et ont créé plus de 100 000 emplois en net l’an passé. Mais cela ne va pas assez loin. Reprenons les faits : en 2013, la France avait un écart de compétitivité fiscale et sociale de près 135 milliards d’euros avec l’Allemagne. Le pacte va régler 40 milliards du problème. Cela veut dire que les prélèvements pesant sur les entreprises françaises sont encore de plus de 90 milliards supérieurs à ceux de leurs homologues allemandes. Il faut combler cet écart.

 

LE FIGARO.Avec ce chiffre de 90 milliards, ne craignez-vous pas que Ton parle encore de cadeaux...

 

Il faut en finir avec cette idée ! C’est l’entreprise qui crée de l’emploi. Il ne s’agit pas de réduire leurs impôts et charges de 90 milliards du jour en lendemain ; mais en cinq ans, c’est faisable. Cela dit, pour créer un choc positif après la présidentielle, une première baisse du coût du travail pourrait être immédiatement décidée, financée par exemple par une hausse de 2 points de TVA, qui rapporterait 16 milliards. Il faut notamment s’attaquer aux impôts de production, qui pèsent sur l’entreprise avant même qu’elle ait réalisé des profits. En ce sens, nous regrettons l’abandon de la suppression de la C3S. L’exécutif n’a pas tenu sa parole, ce n’est pas bon pour la confiance !

 

LE FIGARO.Comment financer cette baisse de prélèvements ?

 

Par des efforts sur les dépenses publiques. Économiser 100 milliards d’euros, ça ne veut pas dire tailler à la hache ! Ça veut dire ne pas augmenter les dépenses pendant cinq ans, sachant que l’évolution naturelle implique une progression de 20 milliards d’euros par an. On commencerait le quinquennat avec 1240 milliards d’euros par an de dépenses, et on le finirait avec... 1240 milliards d’euros. En tirant profit de la révolution numérique, en impliquant davantage les fonctionnaires, en simplifiant, on peut faire énormément d’économies dans la sphère publique, surtout dans les collectivités locales et la protection sociale. Cela donnerait aussi de la marge pour faire un geste fiscal envers les classes moyennes.

 

LE FIGARO.Le Royaume-Uni a annoncé, après le vote du Brexit, qu’il allait baisser le taux d’impôt sur les sociétés (IS) à 15 %. La France doit-elle réagir ?

 

Ils ont fait un beau coup marketing avec cette annonce ! Le gouvernement français ferait bien de s’inspirer de leur volonté - au moins affichée - de se battre dans la compétition fiscale. Souvenez-vous de cette époque où les sièges sociaux américains s’installaient en France... Ce Brexit doit se transformer en opportunité pour la France, mais il faut passer à l’action !

Ce qu’il faudrait déjà, c’est que le taux d’IS français revienne dans la moyenne européenne (22 % pour le taux effectif). Plus globalement, il faudrait une fiscalité plus simple, plus lisible, plus compétitive.

Pour être attractif, il faudra aussi réformer le marché du travail. Mais aussi revoir notre dialogue social, notamment en relevant les seuils en entreprise (en faisant passer celui de 10 salariés à 50 salariés et celui de 50 à 100 salariés) et en créant une instance unique de représentation du personnel. Et enfin, simplifier la réglementation et la législation. Le Parlement doit supprimer une ou deux lois chaque fois qu’il en crée une nouvelle et des fonctionnaires doivent être dédiés à cette mission.

 

LE FIGARO.Le contexte des attentats peut-il tétaniser l’économie ?

 

Le pire, ce serait de se recroqueviller. Nous ne baisserons jamais la tête face à ces attaques ignobles. Bien sûr, le tourisme va souffrir pendant un certain temps. Mais, s’il n’y a pas de réplique, cela ne durera que quelques mois.

 

LE FIGARO.On évoque des dissensions au sein du Medef. Des rumeurs vous prêtent la volonté d’abréger votre mandat...

 

Ces rumeurs sont risibles. Le Medef dérange. Je dérange, et c’est tant mieux, car mon combat c’est l’emploi. Tous ceux dans le système qui préfèrent l’immobilisme se sentent déstabilisés. Je prends régulièrement le pouls des fédérations et des Medef territoriaux et je peux vous assurer qu’ils me suivent. Après, je ne nie pas qu’il y ait des débats permanents au sein du Medef. C’est sain. Certaines fédérations, et beaucoup de chefs d’entreprise, ont les nerfs à vif. Ils sont très déçus de la loi travail et sont effrayés de la pénibilité. Mais je crois en la France et j’agis. ■

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