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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

Le capitalisme ou l’aboutissement du fascisme

3 Janvier 2016, 13:42pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Hier soir j’ai regardé Salo ou les 120 jours de Sodome, le dernier film du génie Pier Paolo Pasolini. J’aime Pasolini mais je n’avais qu’une vague idée de son travail de cinéaste. Je connaissais Pasolini le poète, le penseur avec son concept de génocide culturel, mais trop peu le cinéaste. Quelle claque pour moi que la découverte de ce film inclassable, à la fois sulfureux et terriblement politique. Je n’ai pas envie ici de discuter de sa technique, du fait que le film serait selon les esthètes moins bon que sa trilogie de la vie. Non en le voyant j’ai pensé instinctivement à l’idée de mal radical, le fameux concept de Kant qui lie, passion, raison et morale. Pas étonnant qu’on y trouve également une double référence littéraire : à Dante et ses cercles des enfers et Sade.
 
Pasolini était, à juste titre, obnubilé par l’idée que nos sociétés occidentales étaient décadentes parce que conditionnées par l’idée de se vautrer dans leurs pulsions. Des pulsions consommatrices antithèses de l’esprit, de la pensée.Il aura d’ailleurs cette formule célèbre : « Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé « la société de consommation », définition qui paraît inoffensive et purement indicative. Il n’en est rien. Si l’on observe bien la réalité, et surtout si l’on sait lire dans les objets, le paysage, l’urbanisme et surtout les hommes, on voit que les résultats de cette insouciante société de consommation sont eux-mêmes les résultats d’une dictature, d’un fascisme pur et simple. » C’est un concept que plus tard travaillera génialement Clouscard avec son capitalisme de la séduction. C’est aussi l’idée qui trotte dans la tête de Lordon quand il rapproche Marx et Spinoza.
 
Bref c’est sur cette conviction ancrée au plus profond de lui que Pasolini prendra rapidement ses distances avec les événement de mai 68. Pour lui en mai 68 il n’est pas question d’une révolution mais d’une guerre civile, où seule comptait la soif de liberté sans remettre profondément en cause les structures politiques, économiques, mentales. Sans remettre en cause le capitalisme dans toute sa substance. 68 accouchera du libéral-libertaire, celui qui détruira la gauche, celui qui instaura un langage, une sémantique stérile, qui créera l’Union Européenne et qui se fera le VRP d’un grand marché transatlantique. Celui qui aujourd’hui nous fait perdre un temps précieux car il nous faut crier, écrire et conceptualiser l’idée du nécessaire besoin de revenir à la source des choses : repenser ce que nous ont légué nos aînés et plus que tout, ne pas oublier que notre objectif est de combattre le capitalisme et, par là, de réinventer l’homme. J’ai toujours eu quelques raideurs avec cette dernière formulation, sans doute est-ce lié à des années de bourrage de crâne labellisé par le ministère de l’éducation nationale. Pourtant c’est bien l’un des objectifs de notre bataille. L’homme qui aujourd’hui se croit plus libre que jamais n’a en réalité, en nul temps, été aussi prisonnier. Prisonnier de ses pulsions qu’on encourage à libérer, d’un modèle uniforme, violent parce que flattant les pires instincts de l’humanité. Au forceps on le pousse à consommer, à se gaver, à acheter tout le temps et partout. La publicité omniprésente, le sexe marchandisé, la culture consommable et jetable. Le capitalisme atteint aujourd’hui le stade du mal radical que j’évoquais plus haut. La nécessité de le détruire n’a jamais été autant impérieuse. Il en va de se prémunir contre de futurs cataclysmes ravageurs et meurtriers.
 
Il me semble que, de ce point de vue, nous avons assez perdu de temps. L’histoire s’accélère brutalement et la bourgeoisie est à la manœuvre. Pourquoi ? Comme toujours. Parce que la course au profit se ralentit, que le modèle est en crise, que la planète va mal. Or il n’est pas question de renoncer au profit. C’est le sens même du capitalisme, c’est par définition l’élément qui crée l’appartenance du bourgeois à sa classe. La bourgeoisie qui est de nouveau tentée d’utiliser l’autorité en réhabilitant l’extrême-droite et en donnant du crédit au fascisme dissimulé sous les habits propres du socialiste opportuniste, de la droite affairiste. Comprenne qui pourra.
 
Nous là dedans, nous ne comptons pour rien ou presque. Tout est à reconstruire. Nous sommes incapables de tirer les leçons de nos échecs et nous nous empêtrons dans la reconduction absurde de nos erreurs. Le parti est moribond car inutile aujourd’hui. Est-il tout juste bon à apporter une caution de gauche à une social-démocratie fanatisée par les vertus du libéralisme. La boucle est bouclée. Réinventer la gauche, c’est réhabiliter notre mission révolutionnaire, c’est désigner l’ennemi clairement, c’est se doter d’un parti de masse qui éduque et organise, c’est proposer une autre lecture du monde, de la société. Un clin d’œil aux ayatollahs de Podemos, c’est transformer le consommateur d’aujourd’hui en un citoyen demain, au sens où il serait pourvu d’un esprit critique. Par soucis d’efficacité, un mouvement structuré et organisé me paraît tout de même beaucoup plus efficace pour atteindre cet objectif qu’un simple rassemblement des mécontents qui rêvent de démocratie directe mais qui aiment tout de même bien le confort de dicter aux ouvriers incultes comment il faut penser et consommer.
 
La feuille de route est donc en fait d’une incroyable simplicité. J’invite donc ceux qui émergent de notre mouvement, qui en assurent la personnification, à regarder et à lire Pasolini, à sortir du grenier Clouscard et les autres, à nous permettre d’irradier le clair-obscur gramscien par les lueurs volubiles de clarté qui émaneraient de notre parti, de nos batailles, de notre projet, des consciences délivrées qui se tiendraient solidement à nos côtés sur les barricades du temps. Oui c’est grandiloquent sur le style mais parce que le fond revêt une immense envergure. Notre mission est passionnante et monumentale. A nous donc de savoir développer les outils adéquats pour la mener à bien.
 
Guillaume Sayon
 

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Righetti Julien 06/01/2016 17:43

Merci pour ce conseil, je prend note de l'auteur.Cet article me plaît beaucoup.Nous sommes devenus des machines à consommer et nos pulsions sont excitées et apprivoisées par les groupes industrielles.