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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

Régionales. Le choc des projets pour la grande région du nord

1 Décembre 2015, 17:25pm

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

Régionales. Le choc des projets pour la grande région du nord

Les têtes des listes en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Fabien Roussel, pour le Front de gauche-l’Humain d’abord, soutenu par le PCF et Ensemble, et Xavier Bertrand, pour l’union de la droite et du centre, ont accepté, samedi, à Villeneuve-d’Ascq (Nord), un face-à-face inédit animé par l’Humanité.

Après les attentats, la priorité à la sécurité publique doit-elle s’imposer sur celle du développement des services publics ?

Fabien Roussel Après ces terribles attentats, il est important d’afficher l’image d’une France unie et prête à se défendre. Mais c’est important aussi de montrer que nous ne laisserons pas entrer la moindre petite graine de haine dans nos cœurs. Les élections sont maintenues et il ne s’agit pas de changer de discours. Les électeurs vont se déterminer en fonction des enjeux régionaux. Cette situation met un peu plus en lumière ce que nous disions sur notre grande région qui a été trop longtemps oubliée, méprisée par les gouvernements successifs. Notre région est belle, mais elle a besoin d’être rebelle et combative pour un plan d’urgence et un rattrapage dans tous les services publics, y compris en matière de sécurité.

Xavier Bertrand Depuis ces attentats terribles, les gens que l’on rencontre nous parlent toujours d’emploi, de travail, d’apprentissage, des lycées, des transports. L’emploi, besoin numéro un, reste toujours ma priorité. Les habitants ont le sentiment que la sécurité, c’est la responsabilité première de l’État. Notre région a vraiment besoin d’être protégée parce qu’il n’a échappé à personne que pour aller de ­Molenbeek en Île-de-France, il faut traverser la région Nord-Pas-de-Calais-­Picardie. Cela signifie des forces de sécurité supplémentaires, notamment dans les trains régionaux.

 

On vous reproche parfois, Xavier Bertrand, une ligne dure de droitisation. Expulsion accrue des migrants, blocus en ­Méditerranée… N’êtes-vous pas sous l’influence de Marine Le Pen ?

Xavier Bertrand Je dois être l’ennemi numéro un de Mme Le Pen. Je suis sur sa liste noire. Le FN n’aime pas la droite républicaine de rassemblement populaire. Vous parlez de droitisation, mais quand j’implante la vidéosurveillance dans ma ville de Saint-Quentin, des gens qui ne votent certainement pas comme moi au niveau national la plébiscitent. Tous les commentaires médiatico-parisiens, je m’en moque royalement. Moi je produis des résultats. Mme Le Pen agite les peurs. Elle n’a pas voté la loi sur le renseignement qui protège les Français, moi si. C’est un parti d’extrême droite qui refuse le rôle de l’État même quand il peut protéger. Cela fait une sacrée différence entre elle et moi.

 

De votre côté, Fabien Roussel, vous proposez de « sortir par le haut du scandale humanitaire subi par les réfugiés »…

Fabien Roussel Ce qui se passe à Calais est à l’image de l’abandon de l’État. Il est absolument inadmissible de laisser grandir une « jungle » avec 5 000 à 6 000 personnes, en grande partie victimes elles aussi de Daech. Et on laisse la population, les élus, seuls, en ne proposant que des kilomètres et des kilomètres de barbelés. L’État ne joue pas son rôle. Il est urgent d’accueillir dans des conditions dignes ces êtres humains qui fuient la guerre. L’armée doit être mobilisée pour une mission humanitaire afin d’accueillir ces familles de manière temporaire, dans l’attente que ce gouvernement exerce une pression à la hauteur pour que ­l’Angleterre tienne ses promesses.

Xavier Bertrand Quand j’ai dit qu’il fallait l’armée à Calais, j’ai été attaqué. Je vais plus loin que Fabien Roussel. J’ai aussi demandé l’intervention de l’armée pour sécuriser, parce que les forces de l’ordre sont aujourd’hui harcelées, assaillies, malmenées. Je ne sais pas si je suis trop ferme mais aujourd’hui, la lande est ouverte à tous, surtout aux passeurs. Si les Anglais ne veulent pas bouger, la frontière anglaise est à Douvres, pas à Calais. Ce sera alors leur problème. En attendant, pour une action efficace, c’est au HCR d’intervenir parce qu’il sait à la fois mettre en œuvre des conditions d’accueil digne mais aussi de la discipline. Il faut de la fermeté et de la générosité. Mais on ne réglera pas seulement le problème à Calais, il faut le régler bien avant l’Europe. Il faut des centres d’accueil, par exemple en Turquie, parce qu’il y aura plus de chances que les migrants retournent dans leur pays après la guerre.

Fabien Roussel Le HCR a tiré la sonnette d’alarme, mais le monde entier est resté sourd. L’argent coule à flots pour les milliardaires, mais on ne sait pas trouver les fonds pour que ces familles qui fuient la guerre n’aient pas à s’éloigner trop longtemps. On s’en sortira non en perpétuant les logiques de guerre, mais en construisant des logiques de coopération avec ces peuples.

 

Le travail est un point central de vos campagnes. En quoi vos projets diffèrent-ils ?

Fabien Roussel C’est un choix de société : soit on continue à subir un chômage de masse, soit on met l’argent au service d’une politique industrielle créatrice de richesses. La désindustrialisation n’est pas une fatalité, c’est la conséquence de choix politiques qui privilégient la concurrence entre les peuples. Nous, nous voulons mettre les aides publiques au service de l’emploi. Nous demandons que le CICE soit attribué par le conseil régional en fonction de critères sociaux, environnementaux et de relocalisation. Comme les banques ne jouent pas leur rôle, nous créerons une banque publique régionale qui prêtera à taux zéro aux entreprises en fonction de ces critères et aux collectivités. Les emprunts, quand ils répondent à des besoins, préparent l’avenir. Le scandale, ce sont les taux d’intérêt qui plombent l’économie. Les régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie ont, en 2014, versé 76 millions d’intérêts aux banques. Cet argent pourrait être utile à notre région.

Xavier Bertrand Ce ne sont pas les politiques qui créent les emplois, ce sont les entrepreneurs. Leur problème, ce n’est pas le salaire, mais les charges, qu’on leur fasse les poches quand ils réussissent. Pour tout nouvel emploi créé, le conseil régional s’acquittera d’une partie des charges patronales. Cet argent se retrouvera ensuite dans l’économie régionale, car celui qui retrouve un emploi a plus sur sa fiche de paie que sur le bulletin d’allocation chômage. La région doit également soutenir la trésorerie des petites entreprises avec un prêt à taux zéro ou une avance remboursable. Si la banque ne joue pas le jeu, personne ne le fera, à part la région. De même, un plan d’urgence de soutien au secteur du bâtiment est indispensable au premier trimestre 2016, sinon nombre d’entreprises iront au tapis.

 

Vous pointez du doigt également, Xavier Bertrand, les chômeurs qui « pensent que l’on peut s’en sortir sans travailler »…

Xavier Bertrand Plus de 500 000 familles sont concernées par le chômage dans la région et 120 000 offres d’emploi ne trouvent pas preneurs. Les chefs d’entreprise cherchent mais ne trouvent pas et des personnes pensent qu’en travaillant, on y gagne moins qu’en ne travaillant pas. Mon rôle est d’apporter des solutions. Le problème, c’est la formation, dont il faut changer le système de fond en comble. La région financera aussi une partie des transports des salariés, une partie de la garde d’enfants pour ceux qui travaillent.

Fabien Roussel On rencontre en effet énormément de salariés qui n’y arrivent plus. Ce n’est ni supportable, ni viable. Les mesures pour l’emploi sont un millefeuille de contrats précaires. À Maubeuge, chez Renault, ils sont 1 500 en CDI, 350 intérimaires et 80 en contrat AFPR inventé par le précédent gouvernement qui oblige des personnes sans emploi à aller sur une chaîne de montage en étant payées par Pôle emploi. 500 ou 600 euros par mois pour faire le travail d’un ouvrier normalement payé 1 300 euros, et en plus l’employeur touche une prime… On marche sur la tête. Même si la région ne vote pas les lois, elle peut exercer son droit d’expérimentation et décider que les aides publiques soient fléchées vers l’industrie pour garantir de vrais emplois et de vrais salaires. Je crois, à l’inverse de Xavier Bertrand, dans la volonté politique. Quand les mines ont été fermées, ce sont les élus, les salariés, les syndicats qui se sont battus et ont obtenu l’implantation de l’industrie automobile. C’est cette volonté politique que je souhaite exercer à l’échelle de notre région.

Xavier Bertrand Je voudrais dire aussi que je ne suis pas non plus d’accord avec votre façon de voir les choses sur le canal Seine-Nord. Vous dîtes que cela profitera à Dunkerque et au Havre. Mais moi, c’est Dunkerque qui m’intéresse, ma région. Il faut faire les investissements pour accueillir tous les cargos qui créeront de l’activité. On peut créer jusqu’à 10 000 emplois supplémentaires en dix ans. J’irai démarcher les grands groupes et les grandes fortunes comme un VRP.

Fabien Roussel Si demain nous présidons la région, nous mettrons en chantier immédiatement les investissements nécessaires pour permettre le transport des péniches à gros gabarit qui aujourd’hui ne pourront pas passer par le port de Dunkerque pour emprunter le canal Seine-Nord. Par ailleurs, il faut zéro travailleur détaché sur le chantier. Ce n’est pas contre les ouvriers étrangers. Français ou étranger, l’ouvrier est toujours exploité. On doit respecter le Code du travail de notre pays. À la tête de la région, nous prendrons les dispositions nécessaires. Si la direction du travail ne fait pas son boulot, une brigade régionale le fera. Le conseil départemental de l’Oise, dirigé par « Les Républicains », a bien mis en place une brigade pour aller chasser les bénéficiaires du RSA qui ne respecteraient pas les règles… Eh bien, nous, nous préférons faire la chasse au chômage qu’aux chômeurs.

Xavier Bertrand Il faut aller au bout du raisonnement, et exclure des marchés publics régionaux toutes les entreprises qui emploient les clandestins. Deuxièmement, il faut une règle : le nombre de kilomètres entre l’entreprise et le chantier pour prendre en compte les émissions de gaz carbonique. C’est un peu tiré par les cheveux, mais c’est une façon de privilégier au maximum l’emploi local. Et il faut mettre dans les critères pas seulement la clause sociale, mais le nombre de demandeurs d’emploi de la région qui vont être recrutés sur un chantier comme celui du canal Seine-Nord.

 

Vous proposez aussi, Fabien Roussel, le maintien intégral et sous statut des 8 500 agents du conseil régional. On est assez loin des positions de Xavier Bertrand, qui propose de ne pas remplacer tous les départs…

Fabien Roussel Ne pas remplacer les départs en retraite, c’est au final priver les jeunes de travail. Chaque emploi est utile. Je propose que, dans chaque bassin d’emploi de cette grande région, il y ait des antennes du conseil régional, ce qui garantirait l’emploi de chacun. Peut-être même qu’il faudra en créer de nouveaux.

Xavier Bertrand Là, nous sommes à des années-lumière l’un de l’autre. Les emplois publics, quand on en a besoin, à l’instar des personnels techniques des lycées, d’accord. Mais au siège de la région, en dix ans, les effectifs ont doublé. Je ne crois pas qu’à l’avenir on ait besoin de tout le monde. Les gens sous statut resteront là, mais je ne remplacerai pas systématiquement les départs à la retraite. Cela permettra de faire des économies. Dans votre projet, si vous dépensez plus, il faut dire quelles taxes vont augmenter. Pour ma part, je le dis clairement : les taxes n’augmenteront pas.

Fabien Roussel C’est une différence fondamentale entre nous : moi, je ne suis pas dans cette vision austéritaire de réduction de la dépense, je pense qu’au contraire la dépense doit répondre aux besoins. La région Nord-Pas-de-Calais a perdu 29 millions d’euros de dotations d’État en 2015, et la Picardie 28 millions. Menons déjà cette bataille pour dire : la saignée, c’est terminé !

Xavier Bertrand Si je suis élu président de région, quel que soit le gouvernement, je ne laisserai pas déshabiller la région. Mais l’argent public ne coulera plus jamais à flots. Il y a une façon d’obtenir plus de recettes sans augmenter les impôts : c’est de faire venir davantage d’emplois et d’entreprises. Pour cela, il ne faut pas décourager l’esprit d’entreprise. Même si on a énormément souffert, je crois davantage à notre potentiel pour créer de l’activité, attirer des entreprises.

Fabien Roussel La région Bretagne s’est mobilisée et a obtenu un plan d’urgence. Pourquoi n’y arriverions-nous pas ? Il faut sortir des querelles de chapelles pour obtenir ce plan de rattrapage. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour créer de l’emploi et que l’industrie se développe, mais ça ne peut pas reposer seulement sur la région.

 

Quels sont vos projets pour développer les transports ?

Fabien Roussel Développer le train pour les voyageurs comme pour les marchandises, c’est un choix de bon sens pour relever le défi climatique. Le budget transport est le premier budget de la future région, près de 500 millions d’euros. Je n’accepterai pas que la SNCF se désengage en remplaçant des lignes de train par des cars. Maintenir les lignes, augmenter les cadences et faire en sorte que l’on puisse aller au travail en train, ce doit être la colonne vertébrale. Nous voulons la gratuité pour les scolaires, de l’école à l’université. Et nous exigeons le triple A : assis, arrivés à l’heure, et avertis en cas de panne…

Xavier Bertrand La question, c’est : comment fait-on pour arriver au triple A ? Le raccordement au barreau Creil-Roissy (ligne nouvelle faisant la jonction avec le réseau à grande vitesse – NDLR) est une priorité. Et il faut le wi-fi dans les trains régionaux, pour permettre aux gens de travailler dans le train plutôt qu’à la maison, et installer une vidéosurveillance moins coûteuse pour renforcer la sécurité. Les conseils régionaux sortants n’ont pas été très exigeants avec la SNCF. On peut payer 10 à 20 % de moins pour le même service.

Fabien Roussel Nous devons être exigeants avec la SNCF parce qu’elle s’est au fil des ans désengagée et qu’elle a augmenté la facture pour la région. La convention avec la nouvelle région devra être harmonisée par le haut dans le service rendu, en veillant particulièrement à la présence d’agents dans les trains.

 

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