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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

François Hollande et Manuel Valls ont-ils inventé la gauche vichyste ?

24 Décembre 2015, 09:36am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

La gestion actuelle de l’état d’urgence par un exécutif "de gauche" aurait été inimaginable il y a quelques années. Cette dérive assumée profite au FN et confirme la nécessité de reconstruire la gauche sur ses vraies valeurs.

Nous vivons des temps troublés, qui pourraient bien constituer le prélude à une reconfiguration d’ensemble de l’espace politique national. Mais peut-être que pour bien appréhender la situation, il faut se livrer à l’expérience de pensée suivante.

Fermez les yeux, transportez-vous quelques années en arrière, et imaginez que des attentats terribles se produisent en France. Imaginez alors que, face à ces événements dramatiques, le pouvoir en place décide de fermer les frontières et annonce qu’il va transgresser la charte des droits de l’homme. Imaginez, aussi, qu’il demande à l’Union européenne d’arrêter de recevoir des réfugiés et qu’il décrète l’état d’urgence. Imaginez maintenant que ce même pouvoir en profite pour mener des perquisitions chez des opposants politiques, qu’il les assigne à résidence, qu’il interdise des manifestations, qu’il demande le signalement des faits de grèves. Imaginez en plus que le gouvernement vous enjoigne à mettre le drapeau français à votre fenêtre et à ne pas vous regrouper.

Alors, pas de doute, vous vous réveillez en sursaut et en sueur et vous vous rendez compte que votre cauchemar est fini, non Marine Le Pen n’est pas présidente de la République et que fort heureusement c’est la "gauche" qui est au pouvoir. Problème, tout cela n’est pas une expérience de pensée mais la réalité de l’automne 2015.

Un état d’urgence plus dur, et qui dure

Exagération que tout cela ? Jeudi 3 décembre, la peu rebelle France Inter se faisait l’écho d’un ministre déclarant sous couvert d’anonymat qu’il ne resterait pas dans « le gouvernement Laval ». Ce n’est pas rien, cela ne vient pas de rien non plus. La presse s’est fait abondamment l’écho de ces militants écologistes et autres zadistes assignés à résidence. Au nom de la lutte contre le djihadisme ?

Dans le Loiret, un formulaire de l’éducation nationale « invite instamment les chefs d’établissement à signaler le comportement douteux d’enseignants et de personnels placés sous leur autorité. » Dans la rubrique « atteinte à la sécurité/au climat de l’établissement », précise Libération, il est stipulé que tout acte, tels les « grèves, blocages, manifestations, rassemblements, perturbations » en lien ou non avec « une revendication nationale » et porteur « d’un impact médiatique ou d’une forte connotation politique » doit être signalé.

Dérapages incontrôlés de responsables par trop zélés, nous objectera-t-on. Mais alors que penser de la lettre des autorités française au Conseil de l’Europe sur « sa décision de déroger à la Convention européenne des droits de l’homme » (lire ici). Tout est extraordinaire dans cette lettre. D’abord, et ce n’est pas banal, que le gouvernement, au nom des droits de l’homme, ne va pas respecter les droits de l’homme, et annonce ces intentions liberticides dans le cadre d’une politique d’État. L’autre sujet d’étonnement ou d’inquiétude est qu’une telle possibilité puisse être prévue dans le cadre de la réglementation européenne [1].

Pourtant, pour le tandem de l’exécutif, ce n’est pas encore assez. En une de son édition datée du 3 décembre, Le Monde titrait : "Le plan de l’Élysée pour durcir l’état d’urgence". À cela, il faut ajouter les déclarations de Manuel Valls qui envisage la prolongation de cet état d’urgence, tout juste voté, au-delà du 26 février 2016. Bref, un état d’urgence plus dur et qui dure, tel est l’objectif.

Au service du Front national

Cette évolution est lourde de sens. Sur le terrain économique, la proximité idéologique de la gauche gouvernementale et de la droite libérale était déjà acquise depuis les débuts du quinquennat Hollande, mais la situation demeurait plus différenciée sur les questions sociétales. Les événements récents ont modifié ce dernier aspect. Le Point a ainsi pu titrer : "C’est officiel, il n’y a plus de gauche en France". Loin de s’en réjouir, l’hebdomadaire – pourtant pas vraiment gauchiste – s’en inquiète : « L’évolution idéologique et sécuritaire du gouvernement est telle qu’elle laisse Marine Le Pen et le Front national sans voix. En deux semaines, la gauche au pouvoir s’est emparée de ses thèmes de campagne et de ses chevaux de bataille. Florian Philippot n’en demandait pas tant ». 

Il est encore trop tôt pour entrevoir toutes les conséquences de la politique gouvernementale post-attentats. Deux choses apparaissent claires, cependant. La première est que le Front national, déjà à l’offensive, va profiter de ce nouveau climat – et ce ne sont pas les déclarations de Pierre Gattaz, soutenus par le premier ministre, qui vont inverser la tendance, bien au contraire. La seconde est que, plus que jamais, la gauche est à reconstruire. L’état d’urgence et la manière cynique dont le gouvernement utilise celui-ci contre sa gauche constituent des éléments nouveaux qui auront des conséquences sur le degré de rupture avec la direction du PS. Un gouvernement d’union nationale est désormais à l’ordre du jour, même si les institutions de la Ve République ne facilitent pas la tâche.

Est-ce que l’ensemble du Parti socialiste va basculer ou simplement une partie ? C’est tout l’enjeu des mois qui viennent. Quels que soient les désaccords avec cette frange de l’appareil ou de l’électorat socialiste qui n’entend pas passer de l’autre côté du cheval, il n’est pas anodin qu’ils soient le plus nombreux possible. Cela suppose une discussion sans compromis, mais sans gauchisme.

Notes

[1] La signature de cette Convention n’est donc, contrairement aux grands équilibres économiques édictées par les traités, qu’un chiffon de papier dont on peut s’affranchir à tout instant. Bien naïvement, on aurait pu penser que la signature apposée par un pays valait engagement… Eh bien non, il faut juste prévenir. Sans doute s’agit-il de l’application du vieux dicton : faute avouée, à moitié pardonnée.

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