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Blog des Militants Communistes de l'Arrageois

La Grèce, l’Europe et les tyrans

2 Juillet 2015, 06:41am

Publié par BLOG-PCF-ARRAS

On a beau se dire que la démocratie est née il y a des siècles en Grèce et que de fait il n’est pas anodin que c’est là-bas qu’elle retrouve ses lettres de noblesse, il n’empêche que la décision prise par le premier ministre Alexis Tsipras est le signe d’un grand courage et d’une intelligence tactique dans le bras de fer qui oppose son pays à la cohorte des cravates en soie, qui s’appliquent de manière très dogmatique à pressurer les salaires, à pulvériser les politiques de solidarité pour une seule et unique raison : permettre aux propriétaires des moyens de production de garantir une courbe ascendante du taux de profit. Car oui, il serait erroné de décrypter les événements grecs à une simple échelle régionale européenne.

C’est la course aux profits et donc la collusion entre les différents impérialismes actifs qui causent de manière collatérale les troubles qui secouent la Grèce et son peuple courageux et digne. Je n’ai pas envie de développer ici une prose courtoise toute en retenue mais simplement d’éclairer mon lecteur sur ce que je crois comprendre de la séquence qui nous intéresse. La Grèce souffre de l’euro qui la crucifie sur place dans la course à la compétitivité au cœur d’un marché commun totalement dérégulé et même d’un marché mondial libertarien, c’est-à-dire sans aucune réelle règle d’encadrement. L’Europe qu’imaginait Monnet et Shumann, elle vit pour une part sous nos yeux. De ce point de vue, je récuse les arguments avancés par Françis Wurtz et par Maud Vergnol dans son éditorial du 29 juin dernier dans l’Humanité. Je la cite « l’ultimatum des usuriers, qui préconise d’acculer toujours plus le peuple grec et de ménager les plus riches, contrevient aux principes et aux valeurs qui ont fondé l’Europe ». C’est fantasmer l’histoire que de croire une chose pareille. Depuis son projet de création largement piloté par les États-Unis dès la fin de la seconde guerre mondiale, l’Union Européenne a toujours été dans l’esprit de ses architectes un vaste marché de libre-échange sensé être le prolongement du pouvoir économique et financier américain sur le vieux continent pour notamment contre-carrer le pouvoir et l’influence de « la mère Russie ». Jamais il n’a été question, sauf à avaler naïvement les psaumes de façade des dirigeants européens, de penser ce projet d’édification supranationale à la lumière des vertus inconditionnelles de la démocratie. En cela, les événements ukrainiens sont un véritable retour aux sources qui a permis à certains de dire très justement qu’on était en pleine réminiscence des logiques de la Guerre Froide.

On ne peut donc pas simplement focaliser notre colère sur Merkel ou même sur la lâcheté d’Hollande qui est néanmoins irréfutable. On ne peut s’en prendre qu’aux logiques intrinsèques au système capitaliste et à l’avènement de son stade suprême : l’impérialisme. C’est parce que les États-Unis sont affaiblis avec un imperium décadent et parce que le front sino-russe s’avère être solide et menaçant pour la nation à la bannière étoilée que nous en sommes dans une telle situation. Ne nous méprenons donc pas et appelons un chat pour ce qu’il est. La métaphore du chien serait plus appropriée dans les faits. Les chiens de garde de la presse aux ordres qui méprisent et insultent tout un peuple martyrisé au travers de papiers qui se disputent la violence à la malhonnêteté. Les chiens dociles à souhait de l’Eurogroupe qui claquent la porte au nez et à la barbe du ministre de l’économie grec pour ensuite publier un communiqué ubuesque menaçant la Grèce de faillite si elle ne rentre pas dans le rang. Les chiens enragés des banques et de la finance qui mènent une offensive tyrannique en faisant le choix de mettre un peuple à genoux pour ne pas menacer les intérêts cruciaux qui se jouent actuellement. C’est sans doute leur talon d’Achille d’ailleurs. A ne vouloir raisonner que dans le cadre d’une courte temporalité, ils risquent d’essuyer de sévères revers dans les mois et les années à venir. Espérons-le fortement.

La grande faiblesse de notre analyse qui est celle aussi de Tsipras, c’est de ne pas remettre en cause le capitalisme et ses logiques. Ni Tsipras et Syriza, ni même le PGE ou le PCF. Ni même d’ailleurs Podemos. Là où il y a danger à mon avis, c’est que les forces progressistes en Europe ne portent pas ce message clair et même refusent d’imaginer le scénario de la sortie de l’Union Européenne et de la zone euro. Tant que l’Europe du sud sera embarquée dans ce scénario cauchemardesque, il n’y aura pas la moindre lueur d’espoir à l’horizon. Sans doute faut-il être patient. Sans doute les événements pousseront pragmatiquement les forces progressistes à revoir leurs jugements et leurs positions. Cependant, le temps manque et des millions de citoyens souffrent de cette situation.

De toute manière le « Grexit », comme on dit, paraît de plus en plus inéluctable. Même si un accord était finalement trouvé avec le FMI pour étaler les 1,6 milliards d’euros que la Grèce doit, il est inconcevable d’imaginer un accord avec la BCE sur les 3,5 milliards d’euros qu’Athènes doit lui rembourser avant le 20 juillet. Un tel accord hypothétique serait incompréhensible quand on voit la violence des mesures et des discours assumés ces derniers jours par les représentants officiels de l’Union Européenne et de ses différentes structures. Pourtant, même Dominique Strauss-Kahn qu’on ne peut raisonnablement pas qualifier de révolutionnaire parle de folie et de non-sens concernant les conditions soumises à la Grèce. Pire que de l’aveuglement, c’est du fanatisme idéologique dont il est question. En cas de défaut de paiement et de maintien de l’ultimatum fixé par la Troïka, la Grèce n’aurait d’autre choix que d’émettre une nouvelle devise monétaire pour continuer à vivre. Ce qui se joue avec ce référendum revête une dimension historique. Au final, l’Union Européenne elle-même pourrait signer son arrêt de mort dans cette affaire. Inversement, Tsipras joue gros et si il perd ce référendum, qui est d’ailleurs loin d’être gagné d’avance, tous les efforts entrepris depuis des semaines seraient anéantis et il n’aurait d’autre choix que de démissionner.

Bref, partout en Europe, nous avons tout à gagner à soutenir massivement la résistance grecque et donc à accompagner une victoire qui devient fondamentale du gouvernement grec lors de cette consultation mémorable.Pour autant, cette victoire si elle devient réelle le 5 juillet prochain, ne sera qu’une étape dans le processus qu’il faudra développer. Pour la suite des événements, Tsipras et les progressistes européens seraient bien inspirés d’écouter un peu plus nos camarades du KKE qui, s’il est vrai souffrent de leur excessivité occasionnelle, pointent du doigt, de manière très juste et malheureusement relativement esseulée, le véritable problème dont il est question dans cette affaire : le capitalisme.

Guillaume Sayon

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